J’ai toujours une peur non négligeable en lançant un Godard, à cause de premières expériences tout sauf plaisantes et malgré l’énorme coup de coeur que fut Pierrot le fou. C’est un cinéaste que je trouve passionnant sur le papier mais qui est aussi, j’ai l’impression, l’archétype du type avec qui “ça passe ou ça casse”, à cause de choix très singuliers et d’une conception du cinéma assez radicale. J’étais donc plein d’appréhensions face à son premier film, et bizarrement je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi “normal”. On sent que c’est un premier film, que toutes ses idées ne sont pas encore exploitées jusqu’au bout, on reste dans un cinéma relativement simple et narratif.
Mais voilà, j’ai adhéré à fond. Je pense que juste ces scènes entre Belmondo et Jean Seberg à elles-seules valent le coup, quand ils marchent au milieu de la rue ou cette très longue scène de la chambre, j'adore ces conversations qui ne vont un peu nulle part, ça a un côté très libre. Et je dois bien dire que Seberg est peut-être l'une des plus belles actrices que j'ai pu voir mise en scène, je ne sais pas si c'est sa beauté naturelle ou la manière qu'a Godard de la filmer. Je pense qu'il a quelque chose avec les femmes, le truc pour les sublimer à l'écran, comme avec Karina (dans Pierrot du moins, pas vu les autres avec elle).
J'aime beaucoup tout ce qui se dégage du film, les expérimentations avec le montage qui rendent inexplicablement les scènes plus vivantes comme les plans très longs, le noir et blanc sublime, cette musique jazzy tonitruante qui habite chaque scène...
Du coup je me dis que j'aurais dû commencer Godard par celui-ci, ça m'aurait sans doute débarrassé de certains a prioris. En tout cas j'ai beaucoup plus aimé que ce que je pensais, même si ça n'atteint pas la beauté ni la richesse de Pierrot le fou.