A l´occasion de la diffusion prochaine par Arte de son oeuvre monumentale, LUDWIG OU LE CREPUSCULE DES DIEUX, je crée un topic sur un des cinéastes qui me passionnent le plus en ce moment, à mon humble avis, un des meilleurs metteurs en scène de tous les temps.
Je n´ai vu que 5 de ses films, mais ces cinq films m´ont tous soufflé par leur quasi-perfection. Ambition et originalité des sujets traités, intelligence du développement, direction d´acteurs impeccable, direction artistique aux petits oignons...Des films vraiment irréprochables à mon avis.
Luchino Visconti s´est lancé dans le cinéma en 1943 avec OSSESSIONE qui est peut-être le premier film néo-réaliste. Coup d´essai, coup de génie: avec ce film, Visconti inaugure un des courants artistiques les plus influents de l´histoire du cinéma.
Néanmoins, son style évolue au fil du temps. A partir des années 50, il commence à mettre en scène des superproductions en costumes, très raffinées. Mais cela n´est pas très étonnant car Visconti était aussi un grand metteur en scène d´opéra.
Il a dirigé beaucoup de stars, révélant parfois leur réel talent de comédien. Des acteurs aussi divers qu´Alain Delon, Romy Schneider, Burt Lancaster, Dick Bogarde, Ingrid Thullin, Jean Marais, Claudia Cardinale...et Terence Hill lui doivent quelques uns de leurs plus beaux rôles.
Visconti était aussi une personnalité fascinante: c´était un aristocrate homosexuel engagé à gauche. Un véritable esthète qui se passionnait autant pour Mozart que pour certains chanteuses popuaires.
SENSO ( 1954): la passion d´une comtesse italienne pour un jeune soldat de l´occupation autrichienne mise en scène comme un opéra. Des couleurs éclatantes, une musique somptueuse, une mise en scène ( trop?) millimétrée.
Sublime, et c´est pourtant son film que j´aime le moins.
LE GUEPARD ( 1963): le déclin d´un aristocrate sicilien au moment de la révolution italienne. Un des plus grands rôles de Burt Lancaster, peut-être son film le plus connu, palme d´or au festival de Cannes. Néanmoins, attention, ce n´est pas parce qu´il y a des stars et des costumes que c´est hollywoodien. Même dans ses superproductions, Visconti reste un auteur assez exigeant. D´où souvent la déception du néophyte qui ne s´attendait pas à un film aussi intimiste.
je sais de quoi je parle, j´ai longtemps été rebuté par Visconti après ma déception quand j´ai vu LE GUEPARD pour la première fois.
LES DAMNES ( 1969): La décadence d´une dynastie allemande au moment de la montée du nazisme. Shakespeare chez les nazis. Inceste, pédophilie, parricide, bains de sang...Visconti n´a peur de rien. Un film comme on n´en fait plus aujourd´hui.
Peut-être mon préféré.
MORT A VENISE ( 1970): les derniers jours d´un vieil écrivain fasciné par un jeune homme lors de ses vacances à Venise ravagée par la peste.
Une superbe méditation sur la mort, l´art et la vieillesse, sublimée par la composition de Dick Bogarde et la musique déchirante de Gustav Mahler.
VIOLENCE ET PASSION ( 1976): son dernier film. Un de ses plus meilleurs. Un film intimiste, loin des superproductions passées ( le film est un huis-clos), mais qui brasse magistralement l´ensemble des thèmes chers à son auteur: temps qui passe, décadence, beauté, rapports entre le charnel et l´intellecutel...
Un film magnifique avec un grand ( pléonasme)Burt Lancaster.
Voilà. Luchino Visconti est un des cinéastes qui me passionnent le plus actuellement.
Un des réalisateurs les plus ambitieux qui furent, faisant réfléchir son public sur des thématiques esthétiques, politiques voire philosophiques tout en signant des films magistraux.
Quel autre cinéaste a accordé une place aussi importante à la question philosophique du beau dans son oeuvre sans jamais ennuyer le spectateur ?
Il n´y a plus de réalisateurs de cette ampleur aujourd´hui.
Il m´en reste encore plein parmi les plus réputés à découvrir, notamment ROCCO ET SES FRERES. Et cette perspective m´enchante.
Néanmoins la plupart des jeunes cinéphiles que je connais restent insensibles à ses films. Pourtant beaucoup adorent des auteurs aussi exigeants qu´Ingmar Bergman ou Wong Kar-Waï, mais Visconti, ils trouvent ça " froid".
Et vous ?
Jeudi dans dix jours, Arte diffuse LUDWIG OU LE CREPUSCULE DES DIEUX, troisième film de sa trilogie germanique. Les deux autres de la triolgie sont MORT A VENSISE et LES DAMNES, peut-être mes préférés.
C´est dire si j´ai hâte de découvrir ce film sur Louis II de Bavière, le roi à la fois fou et protecteur des artistes. En plus, c´est avec Romy Schneider alors...