On pourrait résumer ce film du studio Ghibli par un simple mot : mélancolie. Chaque scène, d'une poésie à couper le souffle, transpire en effet la nostalgie d'une époque que les spectateurs ne peuvent avoir connu, mais qu'ils en viennent tout de même à regretter, tant les personnages, les objets, les lieux, respirent le regret d'un temps qu'ils auraient voulu éternel. Porco Rosso tout d'abord. Cet ancien pilote de l'armée italienne ayant déserté suite à la montée du fascisme, et dont on ignore jusqu'à la cause du maléfice qui le transforma en cochon grognon, même si quelques répliques semblent indiquer qu'il a lui-même choisi sa transformation, dégoûté de la race humaine. Gina, son amie d'enfance et propriétaire d'un hôtel où se réunissent tous les pilotes de l'Adriatique, secrètement amoureuse du porc rouge. Face à eux, deux personnages tournés vers l'avenir viennent contrebalancer ce culte du passé. Curtis, Don Juan américain et pilote talentueux, qui rêve d'épouser Gina, de devenir acteur de films Hollywoodiens et à terme président des Etats-Unis, mais surtout de battre Porco Rosso en duel. Et la jeune Fio, véritable héroïne du film, typique des personnages féminins de Miyazaki, qui saura voir l'homme sous le cochon, à travers des scènes émouvantes où l'on apercevra l'espace d'une fraction de seconde le véritable visage de Marco.
Tous ces personnages se retrouvent donc durant cet été adriatique, et le spectateur finira par se demander lors de rares sursauts de bon sens si le bon vieux temps n'est pas ici, à cet instant, plutôt que derrière nous. Sentiment confirmé par la dernière scène, où la nostalgie atteint son apogée, bercée par la douce voix de Fio.
Sans surprise, l'animation n'a pas vieilli d'un poil et reste très réussi, mais quel film du studio a un jour fait exception à cettre règle ? Amour de l'aviation oblige, les scènes aériennes font partie des plus belles de la collection Ghibli. On a rarement assisté à plus beau spectacle que celui de Porco volant dans son hydravion, sur fond de coucher de soleil et du chant de Gina.
Car la musique de Joe Hisaishi est encore une fois parfaite, alternant fanfares et musiques sensibles qui trouvent tout à fait leur place dans cette fable mélancolique. On pourra également entendre "Le Temps des Cerises", rappelant les origines politiques de Miyazaki, chanté avec un accent prononcé par la voix japonaise de Gina. Mais le doublage français, prestigieux, n'a de son côté rien à se reprocher. Jean Reno est excellent (ce n'est pas pour rien que le maître japonais considère la version française de Marco comme la meilleure) tandis que Jean-Luc Reichmann étonne tant il se débrouille bien dans le rôle de Curtis.
Une fois n'est pas coutume, Hayao attache une grande importance aux lieux, et comme la ville de Kiki, la maison de Totoro, ou encore le Château Ambulant, celui qui frappe par sa beauté et l'envie irrésistible du spectateur de s'y rendre est ici l'Hôtel Adriano, qui porte le nom du premier avion sur lequel volèrent ensemble Marco et Gina.
Tous ces éléments techniques sont comme d'habitude rassemblés dans un mélange dont le studio Ghibli a le secret, nous offrant quelques scènes dignes d'entrer dans le Panthéon des films d'animation. On retiendra surtout l'image du cimetière des avions, magnifique voie lactée flottant au-dessus de Marco sans que celui-ci puisse la rejoindre, au terme d'une bataille de la première guerre mondiale qu'il raconte à Fio lors d'une nuit à la belle étoile.
Le Miyazaki le plus adulte ? Peut-être.
Le plus mélancolique ? Sûrement.
Le plus personnel ? Sans aucun doute.
Note : 18/20
Parce que Ghibli c'est juste la classe
.
S'too
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