" Mes chers enfants..."
Roland s´éveilla au doux son de cette voix. Ses yeux s´ouvrirent sur ceux de sa femme. Perdus, paniqués, mouillés de larmes naissantes, ils effacèrent vite le sourire qui planait sur les lèvres du jeune homme.
" Qu´est-ce qui t´arrive? demanda-t-il.
- Ce n´est rien, lui répondit-elle, une espèce de cauchemar."
Roland s´apprêtait à demander à sa compagne de lui raconter son rêve, lorsque le rideau de la chambre s´ouvrit. Un rayon de lumière vint frapper les yeux du jeune homme, qui se les cacha du dos de la main. Il reconnut son fils au rythme de ses pas. Il pleurait. Anne le fit monter sur le lit et le prit dans ses bras.
" Qu´est-ce qui se passe, mon fils? demandat-t-elle tout en couvrant le front du petit garçon de baisers.
- J´ai entendu une voix, dit-il au milieu de ses sanglots. Elle m´a dit que j´allais mourir. "
Roland sentit sa femme se crisper. Il ôta sa main de devant ses yeux, et, Anne tardant à répondre, rassura son fils lui-même.
" Allons, ce n´était qu´un rêve. Tu n´as pas à t´inquiéter. Vas te recoucher, il est encore tôt. Et je suis sûr que quand tu te réveilleras de nouveau, tu ne te souviendras même plus de ça. "
Il sourit, son fils lui répondit et repartit. Lorsqu´il eut refermé le rideau, Anne serra le bras de son mari.
" Roland... fit-elle, tendue. Moi aussi j´ai entendu une voix, qui me disait... qu´on allait tous mourir. "
Roland soupira.
" Eh bien moi, je n´ai rien entendu de tel, répondit-il. C´est sûrement une coincidence, tu n´as pas à t´inquiéter. Rendors-toi. "
Anne le regarda quelques instants, toujours quelque peu affolée. Puis elle finit par se calmer, lâcha son bras, et s´endormit peu après. Roland chercha lui aussi le sommeil, mais ne s´endormit pas. La voix que lui avait entendue avait laissé en lui une certaine excitation... Elle lui avait semblée familière, mais il ne pouvait parvenir à se remémorer à qui elle appartenait. Douce, mais assez menaçante à la fois. Que disait-elle? Il ne pouvait s´en rappeler. Ses derniers mots, " Mes chers enfants", flottaient encore dans son esprit, mais rien d´autre. Il se répéta ces mots de nombreuses fois pour les garder en mémoire. Son intérêt pour eux était accru de par le fait qu´il n´avait pas connu ses parents.
Finalement, il quitta le lit.