Il y avait quelqu´un derrière la cloison, à l´entrée de la chambre. Roland sentait clairement la peur de l´homme: il devait être trempé de sueur. Sa respiration était rapide, paniquée, et en se concentrant un peu, Roland parvenait à entendre les battements effrénés de son coeur tambourinant dans sa poitrine. Il se délecta en lui-même de ce vacarme effrayé pendant de longues secondes.
Puis, sans ménagement, il prit ce qui avait été sa femme par les cheveux et la fit se lever, tout en lui mettant la main devant la bouche pour l´empêcher de crier. Il la fit lentement avancer vers l´entrée de la chambre, et, à environ un mètre du rideau, la poussa violemment en avant.
L´homme qui montait la garde ne réfléchit pas. Dès qu´il vit le rideau bouger, il abbatit son épée de toute sa force à hauteur de taille. La panique explosa en lui, anéantissant tout son être, lorsqu´il vit cette ravissante créature tomber en deux morceaux sanguinolents au sol. Se prenant la tête entre les mains, il s´agenouilla au sol; il réalisait ce qu´il avait fait. Il ne s´aperçut même pas que Roland le contournait et prenait son épée, qu´il avait laissée tomber. Il ne comprit que sa tête avait été séparée de son corps que lorsqu´elle finit de rouler sur le sol, juste avant que ses yeux ne perdent substance.
Roland sourit. A peine venait-il de naître que trois proies lui étaient offertes. Il lâcha l´épée. Il n´était pas humain. Il n´avait pas d´ongles mais des griffes tranchantes. Pas de dents mais des crocs redoutables. Un flair aiguisé, une ouïe démentielle... et... Oui...
Il envoya soudain son poing dans la cloison, à côté de lui. Sa main traversa le bois sans aucune difficulté. Il sourit.
Il avait une force surhumaine! Il était surhumain!
Il éclata d´un rire féroce, bestial, se retourna vers l´extrémité du couloir pour continuer sa chasse... et sentit une lame lui transpercer la poitrine. Son excitation avait caché à ses dons cet homme, qui avait sur le visage un air d´hésitation, où se mêlaient le triomphe d´avoir tué ce démon et l´incrédulité. Les yeux de Roland vascillèrent dans ses orbites, il cracha une gerbe de sang, perdit l´équilibre... Il entraperçut le sourire du jeune homme qui avait compris ce qu´il avait fait. Un sourire plein de fierté; il était un héros!
Ce sourire plongea Roland dans une colère immense. Quoi? Un humain? Fier de l´avoir tué, lui, qui lui était infiniment supérieur? Il ne pouvait le tolérer! Pour qui se prenait cet insecte? Que croyait-il?
" RIEN!"
Cette pensée explosa dans l´esprit de Roland, telle une révélation, un ouragan dont le souffre emporterait tout sur son passage.
" RIEN NE PEUT M´ATTEINDRE!"
Lorsque le jeune homme vit les yeux du démon reprendre substance, il n´osa pas y croire. Son sourire triomphateur flottait encore sur ses lèvres lorsque son adversaire reprit équilibre. Il s´évanouit en revanche, quand la créature maléfique prit l´épée qu´elle avait en pleine poitrine à pleines mains, et la retira d´un geste, avant de la lancer avec rage vers le sol. Elle s´y planta jusqu´à la garde, qui brisa d´ailleurs le plancher. La panique paralysait le jeune exécuteur, qui se débattit pas lorsque le démon plongea ses doigts dans sa bouche.
Il commença à se débattre lorsqu´il commença à tirer, à écarter ses joues, avec un sourire cruel... Lentement...
Après quelques dizaines de secondes, quand il sentit que la vie s´échappait de ce corps, Roland tira un coup sec, puis laissa la dépouille choir au sol, la peau du visage déchirée du haut du front au dessous du menton, arrachée tout autour de la tête, excepté à l´arrière du crâne. Roland, fier de son oeuvre, se pencha sur sa pauvre victime, et remit la peau en place, comme on fermerait les battants d´une fenêtre...
Puis il partit d´un rire tonitruant.