Tout au long de la mythique saga, Capcom n´aura eu de cesse de multiplier les trouvailles plus ou moins heureuses, mortes avec l´épisode qui les aura vu naître.
Tour d´horizon des différentes évolutions d´une série qui, même en cumulant frustrations et changements de cap, continue de développer un pouvoir de séduction assez impressionnant.
- Resident Evil 1. Une ambiance feutrée dans un manoir isolé au plus profond d´une forêt inquiétante. Le tic-tac d´une horloge de salon, le grincement des portes vermoulues, des boiseries chaleureuses cotoyant des tapisseries cossues, le silence de la forêt seulement rompu par quelques grillons, le ronronnement d´une pompe à eau, des éclairages tamisés... tout cela contribue à bâtir une atmosphère unique, relevée par des thèmes musicaux devenus légendaires, oscillants entre angoisse et relaxation.
Voilà ce qui nous a fascinés dans ce tout premier opus et que Capcom n´a pas su égaler au fil des épisodes.
Sans rancune, sachant à quel point réussir une oeuvre comme Resident Evil qui tienne la route est une tâche bien difficile! Mais un élément des plus stimulants a fait sa disparition depuis ce premier opus : le mystère.
- Resident Evil 2 délaisse en effet l´atmosphère intimiste et le mystère pour une approche plus apocalyptique et déjà une certaine surenchère dans l´action.
Le point fort de cet épisode, entre autres, est de proposer un cd par personnage.
Leon et Claire vivent une aventure parallèle, séparés au début du jeu et se rejoignant à quelques moments clés.
Sans aucun doute la trouvaille la plus jouissive de Capcom, mais malheureusement insuffisamment développée, sachant que les deux parcours s´avéreront trop semblables et les interactions entre les aventures (trouvaille géniale!) beaucoup trop timides.
Là, il y avait matière à peaufiner afin - pourquoi pas - de nous offrir ce système d´aventures parallèles maîtrisé par la suite. Là, je pense qu´on est passés à côté de quelque chose de vraiment génial!
- Resident Evil 3 fonce dans le tas et l´ambiance est désormais à la Romero, sombre et apocalyptique comme jamais, en pleine ville infestée de zombies agressifs.
Les innovations sont ici peu nombreuses et en toute franchise assez superficielles.
Nous avons néanmoins un mouvement qui faisait cruellement défaut jusqu´ici : le demi-tour rapide!
Egalement au programme, un mouvement d´esquive très appréciable bien qu´un poil hasardeux et le moyen de créer vos munitions au choix grâce à un système de poudres à mélanger. Un petit côté RPG qui préfigure en quelque sorte le marchand redondant de RE4.
Ce qui retient ici toute notre attention sont ces choix en temps réel qui interviennent dans des séquences à suspense. Selon le choix du joueur, l´aventure va alors prendre une tournure un poil différente.
Là encore, une idée intéressante est développée, mais ne s´avère pas assez convaincante. Un intérêt toutefois moindre, comparé aux aventures parallèles du 2.
- Code Veronica. Nouvelle génération de consoles oblige, cet épisode se voit affublé d´une 3D assez rigide qui confère aux environnements une certaine froideur et aux animations, une lenteur tout de même assez irritante. On le regrette d´autant plus que Capcom était parvenu à développer un univers hyper léché dans les précédents épisodes, le moindre décor (certes fixe) fourmillant de détails du meilleur effet visuel!
S´il reste le meilleur épisode de la série après le mythique premier opus, Code Veronica se contente un peu de son passage à la 3D comme seule innovation marquante.
Pour le reste, effectivement, pas ou peu de choses nouvelles font leur apparition.
- Rebirth, ou comment taper dans le mille en remettant au goût du jour le tout premier épisode, dont les fans de la première heure se languissent de nostalgie.
Ici, les éléments novateurs ne sont pas forcément révolutionnaires, mais suffisamment en phase avec l´univers Resident Evil pour être soulignés.
D´abord, et pas des moindres, une innovation graphique fait ici son apparition : exit la 3D intégrale, vive l´intégration des éléments vidéo dans des décors précalculés.
A des années-lumière de la 3D glaciale de Code Veronica, nous sommes ici dans un environnement graphique incroyablement superbe et étonnamment vivant! Dans de splendides tableaux (de Maître?), une fontaine en mouvement, une herbe fouettée par le vent, une goutte d´eau dans une flaque ou des flammes dansant dans une cheminée suffisent à nous tétaniser d´émoi.
Passée la claque graphique, nous constatons un changement plus qu´intéressant. Les Crimson Heads font en effet leur apparition. Une apparition surprenante, flippante et agressive : désormais, les zombies se relèvent pleins de fougue et vous foncent dessus en courant! Terreur garantie, du moins dans les premiers moments.
Les armes défensives font également leur apparition - remarquée - pour disparaître aussitôt avec cet opus.
- Resident Evil 0 reste pour ma part le moins stimulant de la saga. Ennuyeux et fade, doté d´un bestiaire plus ridicule que jamais, rien n´est ici bien affriolant, quand bien même il arbore la même qualité graphique super impressionnante que le Rebirth.
Côté innovations, nous avons le fameux "partner zapping", qui consiste à gérer un binôme. Les personnages n´évoluant plus seuls, il faut apprendre à faire équipe.
L´air de rien, ce système casse le côté angoissant (évoluer seul contribue au sentiment de peur).
En outre, nous notons la disparition des coffres communiquants, présents dès le début de la série. Coffres qui, s´ils ne s´avéraient pas crédibles deux minutes, étaient au moins pratiques.
Le partner zapping et cette disparition des coffres ajoutent au final une dose très contraignante de gestions et d´allers-retours à un gameplay qui n´en avait pas besoin.
Ces innovations me paraissent ratées. Les voir disparaître n´est, pour une fois, plus un drame.
- Resident Evil 4 me pose un sérieux problème. Bien que le jeu soit très attractif et même addictif en raison notamment d´une 3D incroyable et d´une refonte quasi-totale du gameplay pour le meilleur, il signe clairement la fin d´un concept. Car si Resident Evil ne l´a pas inventé, ce concept (Alone In The Dark s´en était chargé, ainsi que Sweet Home), il l´a clairement démocratisé et lui a fourni ses lettres de noblesse de bien jolie façon.
Or, ce concept repose à la base sur une atmosphère angoissante et un aspect survie très marqué, d´où l´appellation "survival horror". Un mélange de réflexion, action et de gestion drastique de son inventaire dans le but de parvenir à survivre dans un milieu effrayant et hostile.
Resident Evil 4 sape toutes ces solides bases avec mépris pour sombrer dans un beat´em all vaguement horrifique, donc aux antipodes du concept de base. Les créatures ne sont plus là pour nous faire flipper et créer des obstacles, mais pour nous fournir des cibles à abattre.
Qui plus est, l´univers a totalement perdu de sa cohérence pour nous offrir un fourre-tout d´influences disparates sans souci de cohésion finale.
Le joueur, trop heureux de s´amuser à déboîter du monstre à grands renforts de sulfateuses toutes plus puissantes les unes que les autres, en oublie l´essence d´un Resident Evil : l´ambiance, l´angoisse, les énigmes et la survie.
Car comment justifier l´engouement pour cet opus, qui n´a plus RIEN à voir avec les autres (il aurait pu tout autant s´appeler Soul Calibur en Espagne ou Street Fighter Zombieman) au point même de dénaturer complètement le concept qui l´a fait naître?
Qu´en sera-t-il pour ce Resident Evil 5 qui doit se passer en Somalie? De toute évidence, l´aspect intensément guerrier du 4 a fait ses preuves auprès du public et la série de s´en voir défigurer à jamais, j´en ai bien peur.
Quand on passe allègrement du survival au beat´em all, peut-on parler d´évolution du concept, ou plutôt de régression? Le débat est ouvert.
Quoiqu´il en soit, comme je disais au début, la série, malgré cela, continue de fasciner ce qui est une belle performance, on ne peut le lui retirer.
Mais si demain un autre jeu faisait une refonte totale de son concept pour nous pondre un Myst avec la licence Soul Calibur, par exemple, comment cela serait-il perçu par le public?