Moi j´ai que ça :
"L’hippodrome
Douze, six, trois, neuf. Les chevaux sont partis. Douze. L’air poussiéreux. Six. La piste monocorde, monument de courbes et de rondeurs. Trois. Le silence pesant n’arrache pas un cri au corbeau. Neuf. Depuis longtemps, les couleurs ternes ont recouvert ce lieu.
Douze, six, trois, neuf. Les jeux sont faits. La poussière s’élève, tourbillonne. Un courant d’air se fraie un passage dans ce dédale mortuaire. Un instant, et la grille grince. Un instant, et le hurlement du vent entre les branches, désespoirs des morts, s’intensifie. Les lamentations cessent, et le silence réinstaure son règne. Depuis longtemps, la vie s’en est allée, s’effilochant, disparaissant. Le seul témoin de cette ère révolue n’est autre que le corbeau, charognard, annonciateur de l’apocalypse. La mort s’étend partout, du sol au ciel, des racines aux cimes.
Douze, six, trois, neuf. La mort perd du terrain. Par la grille entr’ouverte, s’est glissée la vie. Une botte s’aventure sur le terrain de jeu de la faucheuse. Puis une deuxième. Une silhouette, bientôt, pénètre dans l’hippodrome. Un homme se tient au cœur de la mort. Un homme, seul, flambeau de la vie, s’avance vers le volatile.
La vie s’en est allée, brutalement, et pourtant, son empreinte résiste aux assauts de l’immolation. Elle perdure, désespoir perdu d’une humanité donnée par mépris et corruption.
Douze. Le dernier homme s’avance…
Six. Abandonné par l’humanité…
Trois. Il est le mépris…
Neuf. Il est la corruption…
Un regard voilé, hanté par la culpabilité, se pose sur le corbeau. Celui-ci, de son œil noir, fixe le Traître."
