Suites aux pages 463,466,469,471,473,475,478,480,483, 485, 488, 489, 491.
Chapitre 8 : Quidditch et débats.
Des jours s’écoulèrent. Tous les matins, la même angoisse revenait avec les hiboux : annonçait-on un nouveau drame ? Fort heureusement, il n’y eut pas de victimes à déplorer, on commença à respirer, le fou dangereux semblait calmé. Si les racontars se tarissaient, personne ne s’en plaindrait.
Cette période creuse vit arriver la remplaçante de Mrs Pomfresh.
Enfermé dans son bureau, Harry reçut un avion le priant de passer à l’infirmerie où la fraîche recrue l’attendait. Cinq minutes plus tard, il lui tombait dans les bras :
« Luna ! C’est toi que le ministère a choisi ? J’en suis ravi.
- Ils ont envoyé une demande de candidature à toutes les personnes intéressées, je n’ai pas su résister à l’envie de revenir ici. J’ai postulé et j’ai été acceptée. »
Incidemment, Harry pensa que les qualifications en psychiatrie de son amie avaient peut-être fait pencher la balance en sa faveur. Scrimgeour ne se méfiait-il pas de ce directeur au lourd passé ? Le fait qu’il ait parlé à Drago des fréquentations malsaines de sa fille avait-il poussé Luna à venir… enquêter ? Néanmoins, il était très heureux de revoir cette tête blonde aux idées parfois farfelues. Un peu de fantaisie serait le bienvenu. Pourtant, dans son uniforme strict, il avait du mal à reconnaître la jeune fille autrefois surnommée loufoca. Elle faisait si sérieux ! Il est vrai que son statut de mère de famille devait l’avoir rendue plus raisonnable.
« La saison de Quidditch va démarrer, tu risques d’avoir du boulot, dit-il
- Après un stage en blessures magiques, je suis blindée. » assura-t-elle.
Ils bavardèrent un petit moment puis Harry se retira.
À une semaine du match d’ouverture affrontant Gryffondor à Serpentard, Lou-Anne Weasley reçut la plus énorme surprise de sa vie.
Harry guettait l’irruption des hiboux avec une anxiété sans rapport avec l’approche de la gazette. Dès qu’il les vit pénétrer la grande salle, il sourit largement.
« Tu as l’air réjoui, remarqua Hermione. Qu’est-ce… »
Un coup de menton en direction de la table de Lou-Anne la renseigna. Trois hiboux portaient un long et mince bagage que, stupéfaite, la demoiselle réceptionna. Très intriguée, sous l’œil attentif de ses condisciples, elle déballa l’objet qui s’avéra être…
« Un Foudroyant III ! rugit Adrien, épaté. Mazette, c’est le dernier modèle, le plus performant sur le marché. Qui te l’envoie ?
- Il n’y a pas de nom sur la carte. » dit la fillette désappointée.
Son regard glissa vers l’estrade des professeurs mais n’y croisa pas celui espéré qui, étrangement, paraissait fasciné par le plafond. Confiante néanmoins, elle rougit de plaisir.
« Tu lui envoies un balai, murmura Hermione.
- Elle en avait besoin. Un petit plus dans le jeu ne gâche rien, tu tiens à la coupe, non ? »
Ils se sourirent en parfaite connivence.
La table de Gryffondor manifesta bruyamment son enthousiasme face à ce cadeau inespéré. Tous voulurent toucher l’objet et, bien sûr, l’essayer. Dès le déjeuner de ce samedi expédié, ils se précipitèrent joyeusement au dehors, suivis de près par des Serpentard verts de jalousie. Harry et Hermione se mêlèrent à la foule désireuse d’assister à la démonstration.
« Allez, grimpe dessus ! Étrenne-le. » la pressa Adrien qui mourrait d’envie de prendre la place de la fillette.
Tremblant d’excitation, Lou-Anne enfourcha le Foudroyant et décolla en chandelle sous les vivats de ses copains.
« Elle vole vraiment bien, admira Hermione. Quels virages, quelle audace ! »
Grisée par la vitesse, la gamine mit le paquet. Piqué vertigineux, remontée spectaculaire, elle maîtrisait parfaitement son engin. Elle se lança dans une spirale décoiffante, et gagna encore de l’altitude. Soudain, il lui sembla que le manche résistait. Elle voulait le baisser pour redescendre, il refusait !
En bas, un souffle d’inquiétude régna :
« Elle est trop haut, elle devrait piquer, non ?
- On dirait qu’elle essaie, mais… »
Hermione saisit le bras de Harry :
« Il se passe quelque chose ! Ce n’est pas normal. »
Les soubresauts du balai étaient nettement visibles au point que, blafard, le directeur entraperçut le drame. Si Lou-Anne tombait de là… L’instinct joua :
« ACCIO Éclair de feu ! » hurla-t-il, paniqué.
Une vitre éclata. Traînant des toiles d’araignée dans son sillage, un balai mal entretenu traversa l’espace. Sans plus réfléchir, Harry l’attrapa et se lança dans les airs. La rejoindre, vite ! Il ne pensait à rien d’autre. Il grimpa à vive allure, concentré sur son objectif qui grossit à vue d’œil.
« Tenez bon, cria-t-il. »
Lou-Anne ne contrôlait plus rien. Secouée, ballottée de gauche à droite, elle semblait en proie à un dangereux rodéo. Une embardée supplémentaire eut raison de ses forces, elle lâcha !
Un cri d’horreur monta de l’assistance crispée.
Telle une pierre, le corps de la demoiselle fila vers le sol. Harry vira serré, accéléra encore. Penché en avant, il tendit le bras, ses doigts se refermèrent sur le poignet de l’enfant qui hurlait de terreur. Quel exploit ! Ils n’étaient pas sauvés pour autant. Il devait freiner, ralentir ou ils seraient tous les deux bons pour l’écrasement. L’esprit focalisé sur sa manœuvre, il parvint à se poser en douceur.
Aussitôt, on accourut vers les rescapés. Lou-Anne, en état de choc, pleurait à chaudes larmes. Harry, lui, vacillait sur des jambes étrangement molles.
« À l’infirmerie, tous les deux ! » ordonna fermement Hermione.
Soutenus par élèves et professeurs, les héros du jour furent évacués vers le château. Luna s’activa rondement en les accueillant. Dès les patients allongés, elle éjecta tout le monde puis administra ses potions.
« Eh bien, tu avais raison, je ne chôme pas, rit-elle en reprenant son verre vide à Harry ! Es-tu mieux ?
- Miss Weasley, comment… ?
- Elle va dormir une paire d’heure puis il n’y paraîtra plus. As-tu remarqué à quel point…
- Elle ressemble à Ginny, c’est vrai. Je me suis pris d’affection pour elle, du fait de cette extraordinaire similitude.
- On a parlé d’un balai fou. Est-ce possible ?
- Apparemment ! Le pire c’est que c’est moi qui lui ai donné. Il va falloir le faire examiner. Sais-tu si on l’a rattrapé ou s’il a fini sa course dans le saule cogneur comme mon Nymbus ?
- Je l’ignore. Veux-tu te reposer encore un peu ?
- Ton médicament, quoique dégoûtant, est très efficace. C’était quoi ?
- Une de mes compositions personnelles : foie cru additionné de caféine et d’ortie pilée. Souverain pour donner un coup de fouet. »
Harry regretta sa question, son estomac remuait bizarrement. Néanmoins, il dit :
« Je suis d’aplomb, je sors ! »
Luna ne s’y opposa pas, il se leva.
Sitôt la porte franchie, une jeune femme se jeta dans ses bras.
« J’ai eu si peur, souffla Hermione. Tu as été vraiment fantastique.
- Je n’en reviens pas moi-même ! J’ai réussi à voler, j’en suis tout chamboulé. La petite s’en remettra. A-t-on arrêté le coupable ?
- Vector et Flitwick l’ont capturé. Ils le passent au crible en ce moment, tu… »
Du coin de l’œil, son amie vit s’approcher une Miss Baddream très tracassée. Avant que Harry ne comprenne, il était enlacé et langoureusement embrassé. Un froufrou dépité s’entendit, leurs lèvres se décollèrent.
« Hermy, haleta-t-il. Qu’est-ce qui…
- Desdémone est convaincue à présent, sourit sa compagne, taquine. Ce n’est pas ce que tu voulais ? »
Oui, devait-il admettre. L’ennui, c’est qu’il n’imaginait pas que cela lui ferait cet… effet-là. Beaucoup plus troublé qu’il n’osa le montrer, le directeur soupira :
« J’aurai la paix de ce côté, merci. À présent, il est urgent de connaître la vérité sur ce balai. Il a été trafiqué, par qui et surtout… pourquoi ? »
Main dans la main, ils coururent aux nouvelles.
Effectivement, le Foudroyant III avait subi un sortilège de confusion prévu pour se déclencher après quelques minutes d’utilisation.
« Celui qui a appliqué ce maléfice voulait être certain que sa victime serait en vol au moment de la perte de contrôle, décréta le professeur Flitwick.
- Je vais retourner à Londres chauffer le matricule de cette vendeuse peu scrupuleuse, grinça Harry.
- Ne te fatigue pas, elle n’y est probablement pour rien. Le colis est resté à la poste un certain temps, le balai a pu être ensorcelé n’importe quand.
- Je n’ose imaginer ce qui se serait passé si vous n’aviez pas eu ce réflexe fulgurant, dit Vector.
- Une chance que mon vieil Éclair de feu ait fonctionné, depuis le temps qu’il dormait, marmonna Harry. Celui-ci sera-t-il bientôt opérationnel ? »
Les professeurs assurèrent qu’aucun vice ne subsistait. La propriétaire pourrait le récupérer quand elle le désirerait. Le directeur fut satisfait.
Le fameux samedi arriva. Dans l’effervescence coutumière, les équipes se préparèrent à l’affrontement. Serpentard critiquait Gryffondor qui lui rendait la pareille, banderoles et calicots fleurissaient partout, ambiance survoltée : bref, la routine.
Harry avait vécu cette semaine dans un mélange d’angoisses et de confiance. Que la pleine lune n’ait engendré aucun désordre, lui permit d’assouplir les mesures de surveillance. Nul sinistre n’avait été évoqué par la Gazette, tant mieux. Comble du bonheur, Miss Baddream le boudait !
C’est donc tout à la joie de la future compétition que le directeur se rendit dans les tribunes. L’étroitesse des banquettes lui provoqua des bouffées de chaleurs fort inattendues. Depuis ce baiser inopiné de Hermione, la proximité de la jeune femme déclenchait invariablement un… doux malaise auquel il ne comprenait rien.
« Lou-Anne est parfaitement remise, affirma son amie. Nous aurons droit à un grand spectacle, je crois.
- Je ne vois pas Neville, le match ne l’intéresse pas ?
- Il m’a dit n’être pas trop dans son assiette. Il désirait profiter de quelques heures de repos. »
Leur tête-à-tête fut brusquement interrompu :
« Humhum ! Puis-je, s’il vous plaît ? »
Miss Baddream, pincée, réclamait le droit de s’installer. Ils se levèrent poliment, le professeur passa.
« Aïe, gémit Hermione.
- Excusez-moi ! sourit Desdémone poursuivant son chemin.
- La vache, souffla Hermione, elle m’a volontairement écrasé le pied !
- Elle n’accepte pas facilement sa défaite, pouffa Harry se rasseyant. »
Le sourire radieux de Hermione le transperça d’une flèche cuisante. Elle s’empara de sa main, il ne la repoussa pas.
L’oratrice entra en lice :
« Bienvenue à tous pour ce match d’ouverture ! Pour ceux qui l’ignoreraient, je suis Amarante Speak de 4ème année à Poufsouffle. C’est à moi qu’échoit le rôle de commenter la compétition de ce jour : Gryffondor contre Serpentard ! »
Une houle d’applaudissements et de huées salua cette annonce. Suivit l’énumération des protagonistes.
Si Harry connaissait la composition de Gryffondor, son opposée était une découverte.
Les poursuiveurs - Greg Morris, Tom Nott et Elie Smart – arboraient un air hautement prétentieux ; le gardien – Jack Emerson – ressemblait à un gorille échappé du zoo ; dans les batteurs, le directeur s’étonna de reconnaître Simon Floïs ainsi que Michael Goyle.
« Ils ont recruté des 1ères années ?
- Ton autorisation ne concernait pas que Gryffondor, soupira Hermione. Attends l’attrapeur, tu ne seras pas déçu. »
La petite Dragona Malefoy fit une entrée très remarquée.
De loin, Harry entrevit Luna qui expédiait quantité de baisers à sa fillette impassible. Le coup de sifflet retentit, ils décollèrent.
« Admirez Adrien Weasley ! Ce garçon de 1ère année vient de piquer le Souaffle au nez de Morris. Il vole vers les buts… attention ! Il a évité le cognard et il maaaarque ! »
Les anneaux protégés par Orlando Stein ne furent pas beaucoup menacés. Adrien, allié à Herbert Young, enchaînait des tirs percutants. Dans les hauteurs, deux fillettes, l’une rousse l’autre blond pâle, surveillaient attentivement les environs.
« Elle l’a vu ! s’excita Harry réjoui. »
À moins qu’elle ne connaisse la feinte de Wronski qu’il avait lui-même expérimentée jadis, Lou-Anne fonçait droit vers…
Il était tellement tendu qu’il faillit rater l’avion en papier qui se posa sur ses genoux. Délaissant le match, il se détacha de Hermione.
« Que me veut-on ? », soupira-t-il contrarié.
La missive dépliée, il chancela.
« Ce n’est pas possible, c’est une erreur. », murmura-t-il livide.
Alarmée, son amie lui arracha la lettre qu’elle lut à son tour.
« Harry, c’est…
- Épouvantable ! J’y cours ! »
D’un bond, il se redressa. Sourd aux protestations soulevées ainsi qu’aux clameurs de la foule, il fendit les rangs de supporters. Il dévala les tribunes au grand galop, courant désespérément vers le château.
À l’entrée, deux hommes à la mine sombre l’attendaient :
« Smith et Wesson ? demanda-t-il dans un souffle. C’est vous qui m’avez envoyé ce pli ?
- Je suis Smith dit un sorcier longiligne aux poils bruns. Nous sommes navrés de vous convoquer aussi abruptement.
- Êtes-vous certains de ce que vous avancez ? s’enquit nerveusement le directeur.
- Nous n’avons pas l’habitude de plaisanter surtout avec ce genre de chose.
- Je vais chercher l’enfant. C’est tellement…
- Faites ! Nous devons l’emmener.
- Selon le jugement, nous vous le ramènerons. »
Accablé sous le poids du chagrin, Harry approuva et rebroussa chemin.
Le match était terminé, les gradins vomissaient leur flot de spectateurs enthousiastes ou déçus. Qui avait gagné était sans importance, le directeur retraça l’élève concerné.