Suites aux pages 463,466,469,471,473,475,478,480,483, 485, 488, 489, 491, 493, 498.
c´est court, mais cela annonce bien du plaisir
Une heure s’écoula pendant laquelle, autour d’une tasse de thé, s’échangèrent d’intimes confidences. Il fallut bien se résoudre à rentrer au château. Leurs mains ne se décollèrent pas une fois les grilles en vue. Pourquoi dissimuler la joie qu’ils éprouvaient à être réunis ?
Dans le hall, ils s’entreregardèrent profondément avant d’aller chacun de leur côté. La tête bouillonnant d’idées décousues, le directeur décida de remettre à plus tard l’analyse de ses sentiments. Il devait urgemment discourir avec son mentor.
De retour dans son bureau, il déversa le compte-rendu complet de l’audience dans les oreilles attentives du professeur Dumbledore. Celui-ci jugea la situation très favorable :
« Si le cas de Mrs McGonagall peut encore laisser flotter des doutes, tu es blanchi pour le décès de Pompom. Reste cette histoire de Patronus que tu aurais envoyé si tu avais été… en forme. Scrimgeour pourrait y voir une preuve de tes lacunes ou… de ta roublardise éventuelle.
- Que va-t-on faire pour protéger les membres de l’Ordre ? Si ce fou s’est déjà fait passer pour moi, il peut recommencer ou prendre l’apparence de n’importe qui.
- Ils sont habitués au danger, ils se montreront plus prudents que nos pauvres amis.
- Après 14 ans de paix, souhaitons que leurs réflexes ne soient pas émoussés, dit Harry, lugubre. »
Après avoir avalé quelques sandwiches à défaut de déjeuner substantiel, la journée de Harry s’étira à trier des tonnes de paperasses diverses. Lupin ! Son cher ami et son adorable épouse venaient d’être supprimés. Il ne parvenait pas à détacher son esprit de cette atrocité. Qu’en plus ils l’en croient responsable l’atterrait. Il tenta de s’atteler à son ouvrage. Si une partie de son cerveau se consacra pleinement à cette tâche monotone, l’autre s’égailla sur un chemin très différent. Hermione… Avait-il rêvé cette matinée ? Avait-il raison de… la chérir autant ?
« Concentre-toi, dit Dumbledore. Tu viens d’écrire 20 bougies au lieu de 2000 ! Quelque chose te tracasse, je le vois. Désires-tu en parler ? Tu penses à l’Ordre ?
- Pas du tout ! rit Harry. C’est plus…
- Ah ! Problème de cœur, alors ?
- Exact ! »
Se levant, Harry arpenta le tapis :
« J’avoue que je suis très troublé par… Hermione. Notre affection remonte à des années, je n’avais jamais envisagé que cela puisse se transformer en quelque chose de plus… fort.
- Tu es amoureux ?
- Je… Je ne sais pas ! Je l’aime beaucoup, c’est sûr mais j’ai l’impression…
- Que c’est plus de la peine qui vous réunit qu’un sentiment puissant ?
- Nous avons vu Ron, ce matin ! Juste après, elle confesse m’aimer… depuis longtemps. Dois-je la croire ? N’agit-elle pas par… revanche ?
- Tu connais suffisamment cette jeune femme pour ne pas te tromper.
- C’est vrai : elle n’est pas comme ça.
- Où est le problème ? Ginny, peut-être ? »
Harry se prit le visage à deux mains, se frottant vigoureusement les joues :
« Oui ! gémit-il. J’ai l’impression de trahir sa mémoire. Je suis comme coupé en deux.
- Pourquoi refuser ce bonheur tout neuf que Hermione t’offre ? N’avez-vous pas assez souffert tous les deux ?
- Je… Je suis indigne d’elle ! Elle mérite mieux qu’une lavette. Que lui apporterai-je ?
- Sais-tu pourquoi elle a accepté ce poste de professeur ? »
Là, Harry marqua un temps d’arrêt. Il devait avouer son ignorance sur cette question.
« Vous le savez, vous ?
- Elle est venue à Poudlard parce qu’elle a eu connaissance de l’identité du nouveau directeur : toi, en l’occurrence. Elle ne t’a pas lâché une seule seconde même quand tu lui as avoué tes tares. Si ça, ce n’est pas une preuve d’amour, laquelle te faut-il, mon enfant ? »
Nerveux, Harry ordonna ces informations. Après tout… Auprès de Hermione, il se sentait… renaître. Ce cœur qu’il avait oublié, battait tellement plus vite en sa présence. Il se redressa :
« Je ne la décevrai pas. Je vais me battre pour récupérer ce que j’étais avant ! dit-il fièrement. »
Là-dessus, il quitta précipitamment les lieux.
Où était-elle passée ? Il devait impérativement lui parler, lui dire ce qu’il avait tu plus tôt. Il la chercha dans ses appartements, bureau, classe, la grande salle, aux cuisines… en vain. Désespéré, il se rua dans les jardins. Il parcourut les allées descendant vers le lac. Son cœur bondit lorsqu’il l’aperçut penchée sur une dalle de marbre blanc ; il accéléra l’allure puis freina brutalement : elle n’était pas seule. Pestant intérieurement, il s’approcha plus lentement de ses deux amis en conversation.
« Oh, Harry ! dit-elle en redressant la nuque au bruit de ses pas. Tu as cessé de travailler ? Neville et moi évoquions… le passé. Tu es tout rouge, tu as couru ?
- Un peu de sport ne peut me faire de mal, je ne voudrais pas m’empâter.
- La bonne chair de Poudlard a en effet tendance à nous faire grossir, rit Neville qui se massa l’abdomen. Nous devrions peut-être installer une salle de gymnastique.
- Cette matière est au programme des cours moldus. Ici, cela ne s’est jamais pratiqué. Si l’on avait un excès de poids, Mrs Pomfresh arrangeait ça. Luna fera pareil si tu en éprouves le besoin, Neville. Mais il me semble que tu aurais tendance à maigrir de ces temps-ci.
- Je me surveille, rit le jeune homme. Je vais vous laisser. Merci pour cette discussion, à ce soir ! »
Il s’éloigna ; le couple se retrouva en tête-à-tête. Harry, embarrassé, ne savait plus comment amorcer ses aveux. La présence de Londubat lui avait coupé ses élans. Il préféra les reporter à un moment plus propice.
« J’ai longuement bavardé avec Dumbledore, il est optimiste, dit-il pour meubler le silence. Tu as averti Neville sur les meurtres ?
- Non, il le saura bien assez tôt. Marchons autour du lac, tout est si paisible, ici. »
Il n’osa pas lui prendre la main, ce fut elle qui chercha la sienne. Ils ne parlèrent pas durant un long moment, goûtant le calme de cet endroit reposant.
Brusquement, elle se tourna vers lui, les lèvres tremblantes :
« Tu regrettes ce qui s’est passé ce matin ? C’est pour ça que tu ne dis rien ?
– Pas le moins du monde, Hermy ! répliqua-t-il très vite. Je suis très heureux, au contraire. Je crois que… je ne suis pas prêt à entamer une relation… poussée. Je t’aime, Hermione. Mais je dois d’abord chasser… mes démons intérieurs et recouvrer l’entièreté de mes capacités.
- Peu m’importent tes talents, pleura-t-elle. Je t’aime tel que tu as été, tel que tu es. Si c’est ta volonté – elle déglutit – je m’y conformerai.
- Hé ! Je n’ai pas dit que nous devions cesser de nous fréquenter ! Je désire juste que nous ne brûlions pas les étapes. Est-ce trop demander ? »
Le baiser dont elle le gratifia lui prouva sa compréhension.
Il lui entoura tendrement les épaules avant de poursuivre leur balade sans se douter, qu’à proximité, une paire d’yeux dépourvus d’aménité les suivait.
Au dîner, Harry étudia discrètement l’attitude des élèves. S’ils ignoraient le récent triple meurtre, l’absence inopinée de Lupin créait un malaise du côté de Gryffondor. Lou-Anne et Adrien ne souriaient guère. Se doutaient-ils de quelque chose ? Apparemment, lui seul et Hermione étaient au courant du drame. Inutile de déclencher un mouvement de panique général en l’annonçant publiquement, la Gazette des sorciers s’en chargerait suffisamment au prochain petit déjeuner. Harry serait paré à la riposte. Il discourut aimablement avec les uns et les autres, se réjouissant de voir Miss Baddream essayer ses charmes sur un Neville assez rétif à ses avances.
Le repas s’acheva dans le brouhaha habituel ; Harry songea à son lit avec délice. Cependant, son devoir exigeait qu’il retourne au bureau afin d’y consulter son éventuel courrier. Il grimaça en constatant, qu’effectivement, une missive poireautait dans la cheminée.
« Le ministère ne dort donc jamais ? », râla-t-il en s’emparant du pli.
Hermione, qui naturellement l’accompagnait, s’approcha, curieuse :
« C’est la réponse à l’audience ? »
Soupirant, il décacheta l’enveloppe. Le feuillet déplié fut lu à mesure que Harry s’altérait :
« C’est impossible, souffla-t-il éberlué. Ils ne peuvent pas nous faire ça !
- Nous faire quoi ? Montre ! »
Abasourdi, il lui tendit la lettre et s’effondra dans son fauteuil. Hermione déchiffra à haute voix :
« Suite à l’audience de ce jour, et en raison des soupçons qui pèsent sur le comportement du directeur – Mr Harry Potter - plaît à la cour de désigner un surveillant extraordinaire. Dès demain matin, pour une durée indéterminée, veuillez préparer un appartement digne de recevoir notre émissaire… Ronald Bilius Weasley. »
Elle s’arrêta, interdite.
« Ron va venir ici ! Je vais l’avoir sur le dos à épier mes moindres gestes. Comme si un espion ne suffisait pas, ils m’en envoient un second !
- Le premier n’est peut-être pas assez fiable, dit Hermione. Scrimgeour peut aussi avoir menti à son sujet, histoire que de te mettre sur tes gardes. Avec Ron, il pourrait ne s’agir que d’une mesure administrative obligée suite à l’audience, mais c’est vrai que l’avoir dans les pattes jusqu’à ce qu’il décide de partir sera pénible.
- Il doit jubiler ! Fameuse promotion, le voici l’équivalent de l’autre… je ne sais plus son nom.
- Dolorès Ombrage, rappela Hermione. Il ne va quand même pas s’immiscer dans les cours comme elle en avait eu l’idée saugrenue ?
- Va savoir ? S’il me juge incompétent, il briguera mon poste, tu verras.
- Ne prends pas les choses au tragique, tout n’est pas si noir ! »
Le sourire attendri qu’elle lui adressa, le réchauffa un peu.