CHAPITRE 10
Alors que, quelque part dans la forêt, Rock testait son dernier déguisement de mammouth, un homme fantasmait au plus haut point devant son miroir…
_Miroir, miroir, qui est le plus beau du monde entier ? demanda un homme à son miroir.
Il pinça la bouche et se répondit d’une petite voix haut perchée.
_Mais c’est vous maître, évidemment !
Un éclatant sourire de satisfaction apparut alors sur son visage.
_Oui, merci Miroir, mais je le savais déjà !
Il examina sa coiffure, un pétard proéminent qui tenait comme par miracle à plusieurs centimètres au dessus de son front. Il tourna la tête à gauche, puis à droite, avant de plaquer une mèche rebelle avec une dernière couche d’extrait de sperme de taureau.
Après quoi, ravi de l’image que lui renvoyait le miroir, il sortit.
Dans la rue, il faisait tout pour attirer les regards. Il bombait le torse, tordait des fesses et sautillait de droite à gauche… malheureusement pour lui, le regard que lui portaient les femmes était davantage surpris et effrayé qu’intéressé. Cela ne l’arrêtait cependant pas et, s’il remarquait qu’une femme le fixait, il lui décochait un sourire qu’il pensait ravageur, accompagné d’un clin d’œil insistant. Les femmes, terrifiées et convaincues d’avoir affaire à un fou, le fuyaient alors, et lui pensait qu’elles étaient trop impressionnées par sa beauté pour oser l’aborder.
Ce jour là, il remarqua une fille qui le regardait d’un air consterné, et il alla tout de suite l’aborder.
_Hello you…
_Euh… bonjour….
_Moi, c’est Maxi, comme maxi-beau, ou maximum… !
_Ah… euh… oui….je suis…
La femme s’interrompit soudain : des clameurs grandissantes retentissant dans la rue avaient attiré son attention, et ses yeux s’agrandirent soudain lorsqu’elle aperçut un fier chevalier sur son destrier blanc.
_Siegfriiieeed !! s’écria t’elle, hystérique.
Toutes les femmes dans la rue s’attroupaient autour de Siegfried, folles de joie. Maxi se sentit aussitôt très agacé, et décida d’aller défier ce chevalier qui, pensait-il, ne lui arrivait pas à la cheville.
_Ou puis-je trouver de la choucroute dans cette petite ville ? demanda Siegfried.
_Choucroute toi-même, blondasse ! répondit Maxi.
Siegfried, qui tenait sa lourde épée à la main, se retourna en entendant la voix et, sans le faire exprès, assomma Maxi, qui s’effondra sur le sol.
Sans prêter le moindre regard à l’homme gisant au sol, les femmes conduisirent leur idole dans le meilleur restaurant de choucroute du coin.
Maxi finit par se relever péniblement.
_Il m’a pris par traîtrise, le fourbe ! souffla t’il.
Soudain, il se figea, et ses yeux s’agrandirent d’horreur.
_Ma coiffure !! ! hurla t’il, il a cassé ma coiffure !!
Fou de honte et de rage, il courut s’enfermer chez lui, non sans se jurer qu’il se vengerait !