Aujourd'hui est un grand jour. Je me marie. Et dans le rôle de la mariée, on retrouve Yu-Gi-Oh! Legacy of the Duelist : Link Evolution. Yu-Gi-Oh! c'est un amour de jeunesse, on s'est perdus de vue à la fin de mon adolescence, et puis voilà, on s'est retrouvés un peu par hasard, des années plus tard, au détour de déambulations à Cultura un après-midi d'été. Un coffret doré, labellisé "Les Duellistes Légendaires", Yugi, Joey, Kaiba, et me voilà qui craquais, à nouveau. Il était temps de concrétiser notre union quelques mois plus tard avec cet achat.
Alors bien sûr, comme toujours, sur le papier, la promesse s'avère extrêmement alléchante, la mariée dispose en effet de sacrés atouts : plus de 9000 cartes (soit le plus grand nombre de cartes qui existe sur un jeu Yu-Gi-Oh! officiel), une redécouverte de l'intégralité de l'univers Yu-Gi-Oh! à travers 150 duels épiques issus des 6 générations de l'anime, un mode online... Qu'elle est belle, la mariée, sur le chemin qui la mène à l'autel.
Bien évidemment la nuit de noces se passe sans encombres : un tutoriel pour se mettre dans l'ambiance en douceur, et nous voilà déjà en pleine lune de miel, dans la peau de Yugi face à Kaiba. Les sensations reviennent, j'ai 10 ans. Le bras droit, le bras gauche, la jambe droite, ça y est ! Je peux enfin invoquer Exodia et mettre une raclée au PDG de la Kaiba Corp ! Je m'attends à voir débarquer en plein écran Exodia, libérant ses chaînes face au Dragon Blanc aux Yeux Bleus. Oui mais voilà, premier couac, en guise d'animation, je me retrouve simplement face à un impersonnel "VICTOIRE" en plein milieu de l'écran. C'est qu'elle est pudique, la mariée. Les rares animations de monstres s'avèrent en effet datées d'une autre génération, indignes d'un jeu publié en 2019. Les saynètes entourant les duels souffrent d'ailleurs du même problème, on aurait aimé voir des extraits de l'anime, on devra à la place se contenter de dialogues interminables, traduits de façon extrêmement maladroite voire incorrecte (erreurs de syntaxe, noms d'oiseaux à gogo).
Allez, peu importe, continuons, nous n'en sommes qu'aux préliminaires. Me voilà à présent à l'assaut du château de Pégasus, que je m'apprête d'ailleurs à battre quand soudain, PAF, un message d'erreur me signifiant l'arrêt du jeu (je précise qu'aucun autre jeu de Switch ne m'a jamais fait cela jusqu'à présent). Allons bon, le coup de la panne, dès le premier soir. Et le pire, c'est qu'elle a recommencé plusieurs fois, depuis.
C'est vrai qu'on a envie de l'aimer, ce jeu, en tant que passionné de l'univers de Yu-Gi-Oh!. On fait tout ce qu'on peut pour l'aimer, mais force est de constater que lui ne fait aucun effort pour se rendre attirant. Et très vite, on se trouve submergé par tant de défauts : un gameplay d'une rare lenteur, une IA qui semble clairement avantagée dans les duels du mode Campagne, aucun système de localisation des cartes, un module de création de deck à mon sens particulièrement alambiqué, la 6ème génération de l'anime clairement négligée (seulement 3 duels disponibles à ce jour), l'inventaire de cartes stoppé fin 2018 et qui accuse donc déjà un certain retard par rapport au TCG à la date de parution du jeu, pas de système de mise à jour (du moins, gratuite) prévu à l'avenir...
Alors, on a beau essayer de l'aimer, la mariée, on ne pourra s'empêcher de lorgner sur sa petite sœur, j'ai nommé Yu-Gi-Oh! Duel Links. C'est qu'elle a tout pour plaire, la frangine : un gameplay nerveux, un univers mis à jour très régulièrement, un système de récompenses ultra addictif, une communauté hyperactive. Bref, tout ce dont n'a pas hérité son aînée, à mon grand dam. Madame Konami semble en effet avoir une chouchoute. Frustrant, c'est le mot qui ressort après ces quelques heures passées devant le jeu. Konami avait de quoi faire un bijou, on devra se contenter d'un collier de nouilles.
Alors oui, j'ai beau lui trouver des défauts, à la mariée, je vais quand même poursuivre ma relation avec elle, parce qu'elle me fait vibrer de temps à autres, parce qu'elle me rappelle des jours heureux, mais aussi parce que je ne suis pas certain de pouvoir trouver mieux ailleurs. Me voilà ainsi condamné à mener une double vie, avec d'un côté la fraîcheur de Duel Links, et de l'autre la promesse de complétude de Legacy of the Duelist. Après tout, l'adultère n'est-il pas meilleur quand il reste en famille ?