Vous aimez Darkest Dungeon mais ça vous déprime à la longue ?
Il faut alterner avec FOR THE KING.
Présenté en jeu de plateau numérique, il propose d'explorer des cartes avec un groupe de 3 héros, en solo ou multi (online & local !), et d'affronter nombre d'ennemis au tour par tour.
Se démarquant par son look gentillet, naïf, et coloré, il ne véhicule pas cette sinistrose du Darkest Dungeon ou d'autres rogue-like ténébreux. For the king opte pour une direction artistique mignonne, mais en la contrebalançant par une musique épique, des sons bien lourds, expressifs, surtout en combat, une interface en mode sérieux, qui vont lui donner son identité.
Notez qu'il est aussi TV-friendly, affichage très lisible, pad accepté et même recommandé dans le canapé.
Mais sous ses airs bisounours, il est très douloureux.
Bien sûr, il ne faut pas venir dans l'optique de gagner, mais de faire un beau run, et si possible, de tomber avec panache.
On suit des règles de rpg tactique / déplacements stratégiques / micro gestion d'équipe / mort permanente.
Points de vie et concentration : deux jauges que vous allez regarder avec obsession.
En face, au bout d'un certain nombre de tours, la map va se garnir d'horreurs diverses pour vous rendre la vie dure.
Le système est pensé pour qu'on ne puisse pas se retrancher, préparer, et parcourir les zones en position dominante. Le "Fléau" et le "Chaos" viennent poivrer votre run et les ennemis se font plus retors, leur endurance augmente, les embuscades se multiplient, tandis que les cases du plateau se gorgent de poison ou incubent une malédiction...
Il faut alors ré-équilibrer l'influence maléfique, en allant tâter du boss, ou désactiver d'épineux générateurs.
On est sans cesse pris entre l'impératif de tours (avant les catastrophes), les aléas de rencontres plus ou moins éprouvantes, et la gestion de ressources au compte goutte (pour se soigner surtout).
Un faux pas, et c'est le drame.
On peut séparer les personnages, en solo comme en multi, et se répartir quelques tâches ou déplacements, mais aussi les objets trouvés.
A 3, l'équipe peut donner lieu à de belles synergies.
Tout cela serait un peu mou sans les quêtes secondaires, les donjons, les rencontres et événements aléatoires qui apparaissent souvent, que ce soit en bien ou en mal.
Il se passe toujours quelque chose pour relancer l'attention, créer l'excitation ou aviver l'angoisse.
For the king est une expérience masochiste et héroïque à la fois, car, à tout moment, le jeu vous fait bien sentir que ce groupe de héros est bien peu de choses face au danger, et que ça va mal finir.
Différents modes s'ouvrent directement :
- un trip frigorifique dans un climat très neigeux, où l'on va perdre des points de vie à chaque tour à cause du froid
- Une tournée de donjons
- la cave infinie
- une chasse au trésor multijoueurs
- une odyssée qui fait passer celle d'Ulysse pour des vacances à la mer
... ou le classique For The King assorti d'une trame principale.
Chaque run peut durer plusieurs sessions, et la fin de partie permet de déverrouiller de nouveaux éléments (items, classes de personnages ou PNJs) qui vont enrichir, diversifier, pimenter autrement les runs suivants.
La génération procédurale du monde offre d'ailleurs une excellente rejouabilité.
Il n'empêche qu'il n'a pas que des qualités.
Pas extrêmement bien optimisé, il semble assez gourmand en terme de ressources, même sur un gros pc, on évitera de bouger trop la caméra sur la carte, on sent que ça ne demande qu'à ramer.
Lorsque le run s'achève, on a pas même droit à un petit écran récapitulatif, ou quoi que ce soit, c'est direct le menu principal. Ca peut vexer.
Car le jeu prévient, au début : n'espérez pas gagner, vous allez en baver etc.
Ok, mais donnez-nous au moins une belle épitaphe, un petit parchemin avec notre nombre de combats, de tours, un petit classement des persos, je sais pas, quelque chose.
Dernier reproche : en privant les joueurs d'un niveau facile, le studio ampute sa clientèle de tout le public familial. S'il n'était pas si affreusement hardcore, For The King pourrait plaire à toute la famille et promettre de belles soirées inter-générationnelles, son look constituant un avantage certain; il n'y a pas de jeu familial de ce genre, et il aurait pu prendre cette place.
On se console en achetant une classe qu'on ne connait pas, et on y retourne.
Sur le long terme, il s'inscrit pour moi dans les jeux "pop corn", occasionnels, auxquels on revient toujours avec plaisir, mais dans lesquels il ne faut pas passer des mois, car c'est tout de même très punitif, et "je suis pas venue ici pour souffrir, ok".