Les débuts sont difficiles. J'ai durant ma première partie passé mon temps à courir dans les champs de la Normandie. Pourtant ça n'a pas été une expérience désagréable loin de là : une immersion que je n'ai ressenti dans aucun autre FPS. Le gameplay est exigeant, même dans cette façon de larguer le joueur sans préavis en pleine zone de guerre au milieu de nulle part. Ensuite j'ai compris le principe du spawn : il faut que dans l'unité il y ait un officier dont la fonction est justement de poser des avants-postes. Ce jeu se joue avec un micro et de la coopération. C'est aussi le cas de Warzone ou Rainbow 6. Mais le concept de Hell Let Loose valorise réellement la coopération et la planification des actions. Le kill est important bien sûr, et de ce point de vue ça reste un FPS pas mal foutu d'ailleurs, mais le gameplay ne se résume pas à cela. Par exemple le médecin ne fera pas beaucoup de kills mais il va éviter des kills parmi ses alliés. L'officier passera pas mal à de temps à observer, tout en échangeant sur un canal de communication privé avec les officiers des autres unités et le commandant en chef. Le commandant en chef (1 seul joueur pour chaque armée belligérante) passera quant à lui beaucoup de temps sur la carte d'état-major, ce qui est logique, afin de déployer des ravitaillements, dispatcher des troupes, donner des consignes, demander des frappes aériennes, demander des avants-postes et des garnisons, etc.Prenons le mitrailleur par exemple : on pourrait imaginer qu'avec une mitrailleuse posée sur un bipied, le mitrailleur va faire une tonne de kills. En réalité pas forcément : son rôle est vraiment de proposer un tir de couverture pour protéger des actions alliées, de bloquer un angle mort à l'invasion ennemie, d'intimider l'ennemi ou effectivement de faire des tirs de suppression et de rafaler des rushers fous qui auraient eu la mauvaise idée de courir à découvert au milieu d'un champ.Ce qui amène l'autre surprise : non seulement il n'y a pas de killcams quand vous mourrez (déstabilisant), mais en plus vous ne savez pas à quel moment vous avez touché ou tué un antagoniste, à moins de le voir vraiment tomber sous vos yeux. Parfois vous rafalez un buisson, une haie ou un bâtiment, et c'est seulement ensuite que vous découvrez dans les stats que vous avez fait des victimes.Et finalement c'est assez jouissif car c'est vraiment le "fog of war", le brouillard de guerre. Et encore, le jeu identifie pour vous vos alliés !! ce qui limite le tir ami, car oui il y a du tir ami, et le tireur fou inattentif ou bourrin aura vite de dégommer des soldats de sa propre armée (pénalités de réapparition dans ce cas, voire exclusion).Plusieurs armes sont représentées : l'infanterie de l'armée de terre bien sûr, mais aussi les blindés ou l'artillerie.S'installer comme servant d'une pièce d'artillerie est assez exceptionnel. Vous vous retrouvez à tirer presque à l'aveuglette, et le temps que les obus retombent, une erreur de calcul peut entraîner du tir ami et la mort de soldats alliés. Il faut donc qu'un observateur sur zone communique des coordonnées assez précises pour ajuster le tir de l'artillerie et espérer faire mouche. Et effectivement sur zone les obus ont des conséquences spectaculaires.Quant aux blindés : leur maniement par l'équipage du char (au minimum 2, voire 3 soldats) relève de l'épique. Une erreur de pilotage peut embourber le blindé et vous passez ensuite 5 minutes à faire patiner les roues ou les chenilles pour vous sortir de l'ornière. La tourelle tourne lentement, vous êtes éventuellement exposés à des soldats antichar et il faut une bonne coordination entre les équipiers pour espérer tirer parti d'une telle arme. Donc voilà pour moi un jeu excellemment bien pensé avec un potentiel énorme, et techniquement bien réalisé. Encore une fois la rigueur et l'approximation de la prise en main initiale ne fait qu'augmenter l'immersion en vous mettant dans les conditions d'un pauvre pleupleu sorti de sa campagne et qui se retrouve au milieu d'un univers complexe. Bien évidemment le TTK, time to kill, est très réduit : pas besoin de vider un chargeur entier sur un antagoniste pour le mettre à terre (coucou Warzone). Le problème évidemment : la maturité et l'investissement de la communauté. Ce jeu ne prend toute sa dimension, encore une fois, qu'en coopération et avec micro ouvert. Un jeu qui mérite pour moi, de par son ambition, la conception de son gameplay et ses qualités techniques un 16/20. Le côté réaliste peut être grisant. Je n'ai pas moi même fait la guerre bien sûr, mais en jouant à ce jeu on retrouve un peu les sensations d'un paintball : marcher dans la gadoue avec le "fog of war", sans savoir avec trop de certitudes où sont les ennemis, dans quelle direction tirer ou d'où viennent exactement les balles que vous entendez siffler autour de vos oreilles.