Après avoir repoussé les limites du jeu à licence avec la superbe tétralogie Batman Arkham, l'homme chauve-souris s'offre un ticket chez Telltale Games pour un jeu épisodique mettant en avant la famille Wayne et permettant pour la première fois de prendre le contrôle de Bruce de manière assez conséquente, puis Batman à d’autres occasions, en ayant parfois le choix d’apparaître en tant que l’un ou l’autre. Sans surprise, la formule enchaîne les qualités habituelles avec sa superbe narration, son esthétique comic book détaillée, ses dialogues ingénieux et sa personnalité développée des personnages. Les QTE évoluent un peu avec parfois l’obligation de presser simultanément une touche et une direction, mais aussi le devoir de pointer vers un point précis et d’appuyer sur R2 pendant un laps de temps très limité. Le gameplay propose surtout des séquences qui sortent de l’ordinaire, notamment des enquêtes demandant de relier six éléments par pairs sur les scènes de crime, non sans rappeler les analyses des Batman Arkham. D’autres passages permettent de choisir, directement sur place ou depuis un drone, comment neutraliser plusieurs ennemis à la suite avec deux choix pour chacun, par exemple utiliser la lampe au plafond ou la table pour lui fracasser le crâne.
Cependant, la formule n’évolue que trop peu et on retrouve les défauts habituels des jeux Telltale concernant les conséquences trop limitées des choix que l’on fait, et surtout trop de QTE qui ne changent rien si on ne les réalise pas, ou qui font recommencer la séquences quelques secondes avant. Les game over sont montrés de manière assez astucieuse pour la licence, les morts de Batman étant soit à contre champ, soit assez peu violentes quand on se prend des balles ; il arrive également qu’on doive recommencer une séquence si le scénario ne se passe pas comme prévu, comme avec Catwoman quand on ne parvient pas à l’empêcher de s’enfuir, ou si on la laisse tomber dans le vide, ce qui est assez dommage car il y aurait moyen de faire continuer le jeu en assumant de telles conséquences, comme le faisait très bien Heavy Rain. Quelques petits soucis sont à noter au niveau de la traduction, parfois laissée en anglais, notamment sur de nombreux dialogues des épisodes 4 et 5, ainsi que quelques ralentissements dans l’enchaînement des scènes.
Le scénario reste le meilleur point de ce type de jeu avec des situations assez peu abordées dans la licence, comme la campagne d’Harvey Dent pour devenir maire de Gotham, Selina Kyle qui sort avec ce dernier, Bruce et Selina qui connaissent leurs identités secrètes suite à leur affrontement sur les toits, Bruce et Oswald qui se retrouvent après avoir été très amis durant leur enfance, la machination qui tombe sur la famille Wayne, accusée d’argent sale et même de meurtres avec le mafieux Falcone et le maire Hill, et même un petit tour à l’asile en tant que patient, où l’on aperçoit Szasz ainsi que Scarface. L’entité des enfants d’Arkham devient vite l’antagoniste principal du jeu, accompagné du jeune Pingouin qui se retourne contre Bruce pour se venger du père de ce dernier qui avait envoyé sa mère à Arkham. Harvey Dent devient évidemment de plus en plus schizophrène, mais il est fort dommage que son comportement change si peu, qu’il se fasse défigurer ou non. Selina reste une voleuse par excellente mais s’attache tout de même beaucoup à Bruce, à tel point qu’il va se réfugier chez elle à un moment donné et qu’on peut aller jusqu’à coucher avec si on va plus loin que l’embrasser. Malheureusement, quel que soit notre choix, Harvey croira à une tromperie.
Si les personnages restent fort bien écrits, on peut regretter que le potentiel soit resté si bas, de nombreux embranchements auraient pourtant été possibles et le background de Lady Arkham sort de nulle part sans réelle complexité, sa narration est juste bien maîtrisée. Vicki est étonnamment très forte, le combat final est très classique mais brillamment mis en scène, si on passe sa mort assez peu marquante, et le fait qu’on ne puisse même pas tenter de la sauver. La découverte de la chambre de torture a de quoi faire frissonner, mais se trouve vite limitée par l’absence totale de background des parents. Reste le Joker que l’on ne voit que tard dans le jeu, fidèle à lui-même, semblant en savoir beaucoup sur les personnages, et qui promet une jolie suite lors du twist final. Ce Batman reste un très bon cru, mais son potentiel est clairement sous-exploité et il faudrait vraiment que Telltale aille beaucoup plus loin son concept.