Je ne suis pas d'accord avec toutes ces critiques dithyrambiques au sujet de NaissanceE. C'est de toute évidence un jeu qui a bénéficié d'un excellent travil de design, mais pour ce qui est du level-design c'est une toute autre histoire et ce principalement pour deux raisons.
La première est que cette fameuse "immensité", si elle est véritable dans les proportions des niveaux, n'est que trompe-l’œil, puisque chacun des parcours ne possède qu'une seule et unique sortie. Dès lors, imaginez une immense salle complètement vide avec à l'autre bout une petite sortie. Deux trois sauts ici et là et vous voilà à la fin du "niveau", vous n'êtes en réalité jamais perdu et c'est là le premier gros défaut de NaissanceE, qui pourtant se présente comme "un jeu où vous vous sentez seul", on ne peut pas dire que le pari soit gagné. Toutefois il faut noter que l'avant-dernière zone du jeu est par contre LA grande réussite du jeu car elle vous place avec brio dans une errance dans une zone complètement ouverte sans jamais vous donner d'indications, ni de points de passages évidents et c'est ce que l'on aurait aimé avoir dès le début!
Deuxième point, la curiosité du joueur n'est qu'à très peu d'occasions récompensée. Elle est plutôt, justement punie. Un nombre incalculable de portes "de décoration" sont parsemées le long de votre route, et si par chance (ou par malheur) vous en voyez une entrouverte, celle-ci a des chances de se révèler être un piège. Pièges parfois grossiers, qui se montrent faussement ingénieux, mais ne recelant pas de réelle substance, ce qui m'amène au second gros défaut de NaissanceE: sa prétention.
Comme je l'ai dit plus tôt, la réussite graphique du bébé de Limasse Five est complète, rien à dire là dessus, ce qui laisse à désirer c'est la matière derrière! Le coté énigmatique des premières minutes de jeu s'estompe assez vite dès lors que l'on découvre, déçus, que les développeurs n'ont pas su se décider entre un univers cohérent, ou assumant clairement son coté abstrait. Un jeu comme Antichamber avait fait le choix de cette abstraction, NaissanceE donne l'exemple inverse en restant perpétuellement, le cul entre deux chaises, ne sachant choisir entre sa ville futuriste déshumanisé, ou le délire d'artiste. A tel point, que l'on en arrive à des extrémités des plus idiotes et manquant de finesse. On a donc droit aux escaliers à l'envers, les portes donnant sur des salles vides, les escaliers sans fin, etc... A vrai dire le jeu regorge d'éléments représentatifs de son arrogance, si bien que sur la fin on ne sait plus s'il ne s'agit pas d'une brochure pour de l'art contemporain, ce qui ne serait pas un mal, mais on est loin de l'aventure annoncée en préambule. On remarquera tout de même ici et là quelques références agréables et assumées, poussées jusque dans le détail pour certaines (Dont une très bonne référence à 2001 Odyssée de l'Espace).
Mais au final, si l'on retire l'avant-dernière séquence qui réussit là où le reste échoue, NaissanceE n'a pas de quoi claironner. Le jeu ne peut pas se targuer d'énigmes intéressantes, celles ci sont ou bien inexistantes ou bien rudimentaires, la physique des sauts et le plaisir de la plate-forme étant eux aussi absents, on parcourt le jeu de bout en bout pour en connaître le fin mot de l'histoire, qui malheureusement lui aussi se révêle au final très abstrait...
Alors qu'en retirer? Une expérience graphique plaisante, mais un jeu qui manque clairement de profondeur, alors même qu'il se voudrait ténor du genre. Au final, l'argument de vente de NaissanceE, la fameuse solitude ne fait pas mouche, tandis que du point de vue ludique, on est très en dessous d'un Antichamber. Attendez les soldes pour vous faire une idée, mais pas de quoi crier au génie. Reste à voir ce que la prochaine productionde Limasse Five donnera, mais en ce qui me concerne, ce "NaissanceE" est une fausse couche.