Neuf années après avoir marqué une communauté PS4 en proposant un slasher horrifique de maestro que personne n'attendait, quelle ne fût pas ma surprise disproportionnée quand j'ai appris qu'un remake (et non un remaster) allait voir le jour sur PC et PS5. L'exclu à fort potentiel de 2015 a été rebâtie et refondue pour proposer une expérience à minima toute aussi haletante.
Graphismes PC : 19/20
Gameplay : 17/20
Scénario : 15/20
Ambiance : 18/20
OST : 15/20
On pourrait parler d'un cauchemar signé Quantic Dream car le jeu en reprend les aspects dans son gameplay. Ce dernier pourra par ailleurs rebuter ceux qui n'en sont pas friands même s'il reste toutefois bien pensé. Les fonctions gyroscopiques jouent sur la tension lors des séquences pressantes. L'interaction qu'elles offrent avec les personnages est appréciable.
Passée l'épineuse question du gameplay, il faut avouer que le remake vise toujours haut avant tout grâce à une ambiance sombre, franchement crade et glauque sublimée par le passage du moteur Decima à l'Unreal Engine 5 entretenant une tension du début à la fin. La modélisation des personnages déjà hallucinante à l'époque prend un coup de polish pour atteindre le niveau d'un Hellblade 2. Les environnements en intérieurs comme extérieurs (arrière-plans montagneux, forêts, mines, etc...) s'affinent via une géométrie étoffée, et s'affirment dans leur aspect, tantôt nantis d'un brouillard à la volumétrie photoréaliste, tantôt embellis par la technologie Lumen esbrouffante de l'UE5. Le remake souffre quand même de quelques soucis de finition au lancement sur PC : softlocking dans les menus, freezes intempestifs, chutes de framerate impromptues ici ou là...
Expérience cinématographique oblige, un bon casting ainsi qu'un fil scénaristique bien tendu se doivent de répondre à l'appel, et là encore, le glaçage est exquis. Les acteurs mobilisés offrent une excellente performance. La profondeur du scénario et ses différents embranchements donnent lieu a de nombreuses séquences de dialogues rythmées. Le jeu excelle dans sa rejouabilité servie par cet excellent système d'effet papillon. Ces deux derniers éléments permettent d'incorporer des événements différents n'ayant rien de secondaires car souvent déterminants par la suite pour les personnages. Bon nombre de détails peuvent également faire changer le cours des choses suivant la façon dont on s'y attarde. De nouvelles scènes ont même été ajoutées par rapport à l'original, en plus d'une toute nouvelle fin (qui devrait plaisir à certains d'autant qu'elle laisse transparaître la possibilité d'une suite!). Ça m'a fait plaisir de constater qu'une liberté est accordée au joueur durant la neuvaine d'heures nécessaires pour le finir à fond (les totems se montrent ingénieux quand il s'agit de faire grimper la tension). Le joueur est le maître des clefs. Décider du sort de quelqu'un dans un jeu est grisant d'autant plus que l'évolution des statistiques entre les huit amis a tendance à faire changer le regard que l'on porte sur untel ou un autre (toujours lié à nos choix). On peut donc s'attacher à un perso tout comme en détester un autre auquel on réservera un destin des plus sanglants. Until Dawn prend en effet plaisir à estoquer ses personnages. C'est parfois vraiment crade, les mises à mort horrifiantes profitant de leur mise à niveau visuelle afin de faire grimper la tension. Les multiples références au cinéma d'horreur savamment glissées ici et là ne rendent l'expérience que plus jouissive et le titre parvient à se tailler une identité forte à travers cette approche inédite du genre slasher. Genre oblige, le jeu rassemble bon nombre de clichés et de screamers tournés à sa façon. Se produisant essentiellement pendant les phases d'exploration, ils prêtent plus souvent au rire qu'à la peur.
J'émets un point négatif à mes yeux cependant. Pour une raison qui m'échappe, les musiques fantastiques de Jason Graves n'ont pas été conservées et une nouvelle tracklist a été composée par Mark Korven. Ce n'est pas mauvais en soi, mais toute la symphonie de l'horreur propre au jeu original s'évapore pour laisser place à des musiques qui rappellent les petits films d'horreur indépendants. Entre la disparition inacceptable d'O'Death supplantée par une musique d'intro digne d'un teen movie et la suppression de toute mélodie durant certains pans stressants entiers du jeu, cela manque à mon sens de sérieux car les envolées musicales lugubres de J.Graves contribuaient farouchement à l'instauration de l'atmosphère très mature et dérangeante de l'original. Les compositions ne sont pas mauvaises pour autant, mais j'espère qu'un mod/patch résoudra le problème.
Until Dawn reste une valeur sûre du genre horrifique qui, s'il ne rebute pas de par le choix du gameplay orienté film interactif (cet aspect divisera) a su revoir ses fondations afin de raviver l'expérience interactive mémorable qu'il était déjà en 2015.