Assassin’s Creed au Japon, on attendait ça depuis le 3. Dès qu’on a compris que la formule allait s’adapter à différents pays, le Japon semblait évident. Assassinats, infiltrations, furtivité… quoi de plus logique que des ninjas ?
Mais ce jeu, Ubisoft aurait dû le sortir il y a dix ans. C’était l’occasion rêvée. Aujourd’hui, la concurrence est rude. Alors oui, le Japon, très bon choix. Mais quelle période ?
Rise of the Ronin a déjà traité la restauration Meiji, un cadre parfait pour un Assassin’s Creed : l’Orient croise l’Occident, des figures historiques puissantes, un vrai décor dramatique.
Ghost of Tsushima a couvert l’invasion mongole. Il reste donc… le Sengoku Jidai, une époque ultra surexploitée dans les médias et la culture geek.
Et Ubisoft choisit l’incident du Honno-ji comme fil rouge ? Très étrange. En plus, des clans majeurs sont absents : où sont les Maeda, Shibata, Uesugi, Mori ? L’événement ne dure que 13 jours, mais le jeu introduit un système de saisons ? Incohérent.
Ce système n’a aucun intérêt. J’aurais préféré un open-world découpé par zones : montagnes, forêts, lacs. La seule saison qui colle à l’esthétique chambara, c’est le printemps : fleurs de cerisier, cigales… Et on ne peut même pas changer la saison nous-mêmes !
Les personnages maintenant Naoe est fade. Sa quête de vengeance est vue et revue. Elle massacre sans pause, sans nuance. Ubisoft aurait pu jouer sur le mythe du ninja, en créant une guerre secrète contre une faction rivale d’Iga, genre les Fuma ou les Koga. Et lui offrir des techniques surnaturelles, illusions, poisons, pyromancie… un peu de fantaisie aurait aidé.
Yasuke, maintenant. Son intégration dans les jeux vidéo n’est pas nouvelle : présent dans Nioh, jouable dans Samurai Warriors 5. Donc non, Ubisoft ne l’a pas “inventé”. Et les critiques sur son origine sont absurdes (on jouait bien William Adams dans Nioh 1 sans que ça dérange personne).
Mais ici, Yasuke est mal écrit. Historiquement, il reste 15 mois au service de Nobunaga, ne participe qu’à peu de batailles. Pourtant, dans le jeu, il devient un adepte du bushido, cite le Hagakure, agit en samouraï pur souche. Très peu crédible. Il fait même des choses horribles pour Nobunaga, mais passe ensuite son temps à regretter son seigneur. Nobunaga n’était pas un modèle de vertu, et ce genre de loyauté sans nuance ne colle pas.
En général, les héros d’AC sont fictifs, placés au cœur de faits historiques. Ici, Ubisoft casse ce principe. Ils auraient dû inventer un fils fictif à Yasuke, et situer le jeu pendant Sekigahara, période plus propice aux complots et à une narration dramatique.
Le gameplay de Yasuke est amusant… au début. Mais très vite, dès qu’on a une bonne arme, on roule sur tout. Plus de challenge, plus d’intérêt.
Naoe est censée incarner l’infiltration, mais l’IA est tellement faible qu’on peut faire à peu près n’importe quoi. Le suspense disparaît vite.
L’exploration, elle, régresse. Pourquoi ne peut-on plus escalader librement comme dans Odyssey ? Même avec Naoe ! Elle glisse dès qu’on tente de monter une pente. Et dès qu’on quitte la route, la végétation cache totalement notre personnage.
La bande-son est très discrète. Le jeu n’ose pas aller vers une vraie musique traditionnelle japonaise (comme Okami), ni assumer un délire série B. Un style à la RZA façon Afro Samurai aurait été bienvenu.
J’ai joué en japonais / portugais, sous-titres français : très bon choix. Mais Yasuke aurait mérité un accent plus marqué pour renforcer l’immersion.
L'open world est vide
Les personnages secondaires sont anecdotiques, pourtant on parle d’Ieyasu, Hideyoshi, Hanzo… L’open-world est beau mais creux. On a l’impression qu’il a été généré par une IA. Aucun mini-jeu notable, aucun contenu annexe vraiment marquant. Dans les anciens, on pouvait au moins jouer aux cartes !
Si ce jeu était sorti en 2015, il aurait été parfait. Mais aujourd’hui, face à Nioh, Ghost of Tsushima ou Rise of the Ronin, Ubisoft semble en retard. Au lieu de s’en inspirer, ils ont refait… du Ubisoft.