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Le caprice

theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 12:50:09

Ca a toujours été un concept extrêmement important à mes yeux. Probablement LE concept le plus important à mes yeux. Et aujourd'hui j'ai retrouvé un passage du carnet des sous sol de dostoievsky le mentionnant.

Je vous le laisse sans chercher a le teinter de mon interpretation personelle.

Sachez juste que ca a toujours été à peu pres de ça que je parlais quand je parlais de caprice.

(Plus tôt il imagine un monde de bien ou les sciences naturelles et les logarithmes ont permis de calculer l'exact façon dont les hommes doivent se comporter afin d'etre heureux.)

Moi, par exemple, ça ne m’étonnerait pas du tout, de voir surgir, comme ça, sans prévenir, en plein milieu de cette raison régnante, un monsieur au physique ingrat, ou, pour mieux dire, rétrograde et sarcastique, qui se mettrait les deux mains sur les hanches et qui dirait: Dites-donc, messieurs, est-ce qu’on ne pourrait pas l’envoyer valdinguer, toute cette raison, d’un seul coup de pied, seulement pour envoyer ces logarithmes au diable, et pour vivre à nouveau selon notre liberté stupide? Ca, encore, ce n’est rien, mais le malheur, c’est qu’il trouvera obligatoirement des partisans: l’homme est ainsi fait. Et tout cela, pour cette raison tellement idiote qu’il serait malséant, sans doute de la mentionner: c’est que les hommes, partout et de tout temps, qui qu’ils puissent être, aiment agir comme ils le veulent, et non comme le leur dictent la raison et leur propre intérêt; vouloir contre son intérêt est non seulement possible, c’est quelquefois positivement obligatoire (cela, c’est déjà mon idée). Leur volonté particulière, libre, affranchie de contraintes, leur caprice individuel, fût-il le plus farouche, leur fantaisie, exacerbée parfois jusqu’à la folie même - c’est bien cela, cet intérêt omis, ce plus profitable de tous les profits, qui n’entre dans aucune classification et qui envoie perpétuellement au diable tous les systèmes et toutes les théories. Car quoi, où les savants ont-ils pu bien trouver que les hommes ont besoin de je ne sais quelle volonté naturelle, de je ne sais quelle volonté de vertu? Ce dont les hommes ont besoin - c’est seulement d’une volonté indépendante, quel que soit le prix de cette indépendance, et quelles que soient ses conséquences. Bon, et la volonté, le diable sait de quoi...

- Ha! ha! ha! Mais votre volonté, au fond, si vous voulez, elle n’existe pas! vous écriez-vous, m’interrompant d’un grand éclat de rire. Même, à l’époque où nous vivons, la science est si bien parvenue à anatomiser l’homme que nous savons parfaitement que la volonté et le prétendu libre arbitre ne sont rien d’autre que...
- Tout doux, messieurs, je voulais commencer par ça moi-même. Je vous l’avoue, vous m’avez fait peur. Je voulais juste vous crier que cette volonté, le diable seul savait de quoi elle dépendait, et que j’avais bien fait, sans doute, de m’être souvenu de la science... et je me suis écrasé. C’est là que vous êtes intervenus. Parce que, c’est vrai, n’est-ce pas, si l’on trouve vraiment une formule pour toutes nos volontés et tous nos caprices, c’est-à-dire de quoi ils dépendent, quelles sont au juste les lois qui les font naître, qui font qu’ils se développent, ou ce vers quoi ils tendent dans tel ou tel cas, etc., enfin, une formule mathématique véritable - alors, c’est sans doute vrai que l’homme cessera tout de suite de vouloir, et même, sans doute cessera-t-il à coup sûr. Qui donc pourrait vouloir selon une formule? Bien plus: l’homme cessera tout de suite d’être un homme et deviendra une goupille d’orgue, ou quelque chose comme ça; parce que qu’est-ce que c’est donc qu’un homme sans désirs, sans volontés, sans souhaits, sinon une goupille dans un jeu d’orgue? Qu’en pensez-vous? Examinons les probabilités - cela peut-il arriver, oui ou non?
- Hum... décidez-vous, nos désirs sont presque toujours erronés à cause d’une conception erronée de nos intérêts. C’est pour cela qu’il nous arrive de vouloir vraiment n’importe quoi, si c’est dans ce n’importe quoi que nous voyons, par pure bêtise, le chemin le plus court pour atteindre un intérêt supposé d’avance. D’accord, mais quand tout sera expliqué, calibré sur une page (ce qui est très possible parce que c’est moche, quand même, et c’est absurde de croire d’avance que l’homme ne découvrira jamais de nouvelles lois de la nature), alors, évidemment, il n’y aura plus de prétendus désirs. Car si la volonté, un beau jour, se met vraiment de mèche avec la raison, c’est donc, alors, que nous raisonnerons et que nous arrêterons de vouloir parce qu’il est impossible, par exemple, en gardant sa raison, de vouloir une chose absurde, d’aller de cette façon, en toute conscience, à l’encontre de la raison et de vouloir du mal... Et comme tous les désirs et les raisonnements peuvent être calculés réellement, parce qu’on finira bien par découvrir un jour les lois de notre prétendu libre arbitre, donc, c’est bien vrai, que - je ne ris pas - il peut en découler quelque chose comme une table, de sorte que, vraiment, nous nous mettrons à faire nos volontés selon cette table. Si, par exemple, un jour, on me dénombre et on me prouve que si j’ai dit « merde » à quelqu’un, c’était évidemment parce que je ne pouvais pas ne pas le dire, et que je devais le dire avec exactement l’intonation qui fut la mienne, alors, qu’est-ce qu’il me restera de libre en moi, surtout si je suis instruit, et que j’ai un diplôme? A ce moment, je peux prévoir ma vie pour les trente ans à venir; bref, si cela se fait, nous autres, il ne nous restera plus rien à faire; de toute façon, il faudra bien se soumettre. En général, ce que nous avons à faire sans nous lasser, c’est de nous répéter qu’obligatoirement, à telle minute et dans telles circonstances, la nature ne nous demande pas notre avis; qu’il faut que nous l’acceptions telle qu’elle est et non pas telle que nous nous la représentons dans nos fantasmes, et que s’il est vraiment exact que nous voulions aller vers les tablettes et le calendrier, et... euh, oui, eh bien, même vers les cornues, alors, donc, que voulez-vous, il faudra bien admettre les cornues! Sinon, c’est la cornue qui s’admettra toute seule, sans nous...
- Eh oui, mes bons messieurs, c’est là que je vous y prends! Messieurs, pardonnez-moi de m’être lancé dans la philosophie; mais, quarante ans de sous-sol! je peux bien me permettre un peu de fantaisie. Voyez-vous: la raison est, messieurs, une excellente chose - je vous l’accorde volontiers -, mais la raison n’est rien que la raison, elle ne satisfait donc que les besoins rationnels de l’homme, alors que le vouloir est la traduction même de la vie tout entière, oui, je veux dire de toute la vie humaine, la raison y comprise, et les grattages de méninges. Et même si notre vie n’apparaît souvent pas très propre sous cet éclairage, elle est quand même la vie, et pas seulement une extraction de racine carrée. Moi, par exemple, je veux vivre, de façon absolument naturelle, pour satisfaire toute mon aptitude à vivre et non pour satisfaire seulement toutes mes aptitudes rationnelles, c’est-à-dire juste un vingtième, et encore, de toute mon aptitude à vivre. Que peut connaître la raison? La raison ne peut connaître que ce qu’elle a eu le temps d’apprendre (le reste, je crois, qu’elle ne le saura jamais; ce n’est peut-être pas une consolation, mais pourquoi ne pas le dire?), or la nature humaine fonctionne comme un tout, avec l’ensemble de ce qu’elle contient, conscient et inconscient, elle peut vous faire n’importe quoi, mais elle vit. Je soupçonne, messieurs, que vous me considérez avec de la compassion; vous me répétez qu’un homme civilisé, évolué, enfin, l’homme tel qu’il sera dans l’avenir, ne pourra désirer sciemment une chose qui lui serait néfaste, que cela est mathématique. Je suis parfaitement d’accord, c’est bien mathématique. Mais je vous répète pour la centième fois qu’il n’y a qu’un seul cas, oui, un seul cas, où l’homme peut délibérément, en toute conscience, se souhaiter quelque chose de néfaste, de stupide, et même le plus stupide qui soit, je veux dire: pour avoir le droit de se souhaiter même ce qui est le plus stupide, et ne pas être lié à cette obligation de se souhaiter toujours le plus intelligent. Parce que cette stupidité suprême, parce que ce caprice, en vérité, messieurs, peut-être arrive-t-il qu’il soit, en certains cas surtout, ce qui peut exister de mieux au monde. En particulier, il peut être le meilleur de tous les biens, même s’il se révèle évidemment nuisible et s’il vient contredire les conclusions les plus sensées de notre raison sur ce qui lui procure du bien, parce que, dans tous les cas, il nous conserve ce qui nous est le plus fondamental et le plus précieux, je veux dire notre personnalité, notre individualité. Certains affirment, n’est-ce pas, que c’est cela qui est le plus précieux pour l’homme; la volonté, si elle le veut, peut parfaitement, bien sûr, se fondre à la raison, surtout si l’on n’exagère pas cette raison, si l’on s’en sert avec modération; elle est une chose utile, et même, quelquefois, louable. Mais, très souvent, même la plupart du temps, la volonté lui reste obstinément irréductible et... et... vous savez quoi? Cela aussi, c’est très utile, et c’est parfois même très louable. Supposons, messieurs, que l’homme ne soit pas stupide. (C’est vrai, voilà une chose qu’on ne peut absolument pas dire de lui, ne serait-ce que pour cet argument: si l’homme est stupide, qui donc peut être intelligent?) Mais, s’il n’est pas stupide, il reste monstrueusement ingrat! Ingrat phénoménalement... Je pense même que la meilleure définition de l’homme est la suivante: créature bipède et ingrate. Et ce n’est pas tout encore; cela n’est pas son défaut principal; son défaut principal est sa mauvaise conduite perpétuelle, constante, depuis l’époque du déluge jusqu’à celle du Schleswig-Holstein des destins de l’humanité. La mauvaise conduite, donc, l’absence de raison; puisqu’il est établi depuis longtemps que le manque de raison provient de la mauvaise conduite. Essayez de jeter un oeil sur l’histoire de l’homme; que voyez-vous? Du grandiose? Je veux bien, du grandiose; rien que le colosse de Rhodes, par exemple, il se pose là! Le sieur Anaevski témoigne à juste titre du fait que les uns disent qu’il serait oeuvre humaine, quand d’autres affirment au contraire qu’il fut créé par la nature elle-même. Un paysage bariolé? Sans doute, le paysage est bariolé; il suffirait d’examiner à travers tous les siècles et chez tous les peuples ne serait-ce que les uniformes d’apparat, tant chez les militaires que chez les civils - eux aussi, ils se poseraient là, et, pour les uniformes de fonction, on s’y casserait les dents - aucun historien ne tiendrait le coup. De la monotonie? Mais oui, sans doute, de la monotonie; ils se battent et se battent encore, ils se battent encore aujourd’hui, ils se battaient avant, ils se battront plus tard - accordez-moi que c’est même un peu trop monotone. Bref, on peut dire ce qu’on veut de l’histoire du monde, tout ce qui peut venir à l’idée de la cervelle la plus dérangée. La seule chose qu’on ne puisse pas dire, c’est qu’elle est raisonnable. Vous vous contrediriez au premier mot. Et regardez un peu l’ennui qui vous arrive: car enfin, on voit paraître constamment devant nos yeux des hommes tout ce qu’il y a d’honnête et de raisonnable, des sages, des amis du genre humain, qui, justement, assignent pour but à toute leur existence de mener une vie aussi honnête et aussi raisonnable que possible, d’illuminer, pour ainsi dire, leur prochain avec eux-mêmes, pour lui prouver, au fond, qu’il est possible dans les faits de vivre sa vie d’une façon honnête et raisonnable. Eh bien? On le sait, beaucoup de ces amis du genre, un jour ou l’autre, à la fin de leur vie, se trahissent, et terminent par je ne sais quelles aventures, dont certaines sont même carrément malpolies. Maintenant, je vous demande: que pouvez-vous attendre de l’homme, s’il est une créature douée de qualités aussi bizarres? Mais couvez-le de tous les biens du monde, noyez-le dans le bonheur la tête la première, pour qu’il ne reste que des petites bulles à glouglouter à la surface de ce bonheur, comme sur une mare; donnez-lui une suffisance économique telle qu’il ne lui reste absolument plus rien à faire, sinon dormir, manger de la brioche et s’agiter, l’histoire du monde ne s’arrête pas - lui, l’homme, je veux dire, une seconde plus tard, par pure ingratitude, par pur désir de nuire, il vous fera une entourloupe. Il ira jusqu’à remettre sa brioche en jeu et se souhaitera, exprès, les bêtises les plus catastrophiques, la plus antiéconomique des absurdités, dans le seul but de mélanger à toute cette raison si positive son élément fantastique fatal. Oui, ce sont bien ses rêves fantastiques, c’est sa bêtise la plus crasse que l’homme voudra se conserver dans le seul but de se confirmer à lui-même (comme si cela était vraiment tellement indispensable) que les hommes sont encore des hommes, et pas des touches de piano, sur lesquelles jouent peut-être les propres mains des lois de la nature mais qui menacent, ces mains, de jouer au point qu’il sera interdit de vouloir hors des limites de l’almanach. Et, bien plus encore: même au cas où il serait vraiment une touche de piano, même si c’est là une chose qu’on lui démontre par les sciences naturelles et la mathématique, même là, il ne se rendra pas à cette raison, il fera sciemment quelque chose contre, par pure ingratitude; en fait, rien que pour s’obstiner. Et, s’il n’a plus de moyens, il inventera la destruction et le chaos, il inventera toutes sortes de souffrance, et il la soutiendra, sa position! Il lancera au monde sa malédiction, et, comme il n’y a que l’homme qui puisse maudire (ça, c’est son privilège, ce qui le distingue le plus fondamentalement des autres animaux), je gage qu’il atteindra son but avec sa seule malédiction, qu’il arrivera donc à se convaincre vraiment qu’il est un homme et pas une touche de piano! Si vous me dites que même cela, on peut le calculer sur des tablettes, même le chaos, la nuit et la malédiction, que c’est la seule possibilité du calcul préalable qui arrêtera tout et que la raison reprendra le dessus, alors, l’homme fera exprès de devenir fou, pour perdre cette raison et s’obstiner dans son idée! Je suis sûr de cela, c’est une chose que je garantis parce qu’il me semble bien que toute l’activité humaine, vraiment, ne consiste qu’en cela que l’homme se prouve à chaque instant qu’il est un homme et pas une goupille d’orgue! Par ses plaies et ses bosses, mais qu’il le prouve; même en retournant dans les cavernes, mais qu’il le prouve. Après cela, comment ne pas pécher, ne pas se féliciter que tout cela n’existe pas encore, et que pour l’instant la volonté dépende encore de Dieu sait quoi...
Vous me criez (si seulement vous me faites encore l’honneur de me crier dessus) que personne ne me l’enlève, ma volonté; que tout ce qu’on essaie de faire ici, c’est d’arranger le monde de telle façon que la volonté, d’elle-même, par sa volonté propre, concorde avec mes intérêts normaux, avec les lois de la nature et de l’arithmétique.
- Voyons, messieurs, de quelle volonté propre pouvez-vous parler si nous en arrivons jusqu’aux tablettes et à l’arithmétique, s’il n’y a plus que deux fois deux font quatre qui fonctionne? Deux fois deux feront toujours quatre, que je le veuille ou non. C’est comme ça qu’elle existe, ma volonté?

theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 13:00:26

La version audio du chapitre :

https://www.youtube.com/watch?v=GjoYgGMXN2Q&list=OLAK5uy_mJOjj-SVXEMMl9FSETfTexFQrm5PSpziw&index=5

Un_esclave
Un_esclave
Niveau 10
19 octobre 2020 à 13:04:18

Confondre logarithme et algorithme, ça commence mal.

theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 13:35:29

Fait exprès.

theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 13:36:17

Arrête d'insulter mon intelligence s'il te plait Esclave.

theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 13:37:48

Et celle de dostoievsky.

C'est bien évidemment du mépris de sa part.

Ou tout du moins le mépris de son personnage pour ce mode de pensée qui se traduit dans l'usage de formules volontairement inadéquate pour les définir.

xxxtentanode
xxxtentanode
Niveau 13
19 octobre 2020 à 13:51:53

je suis assez d'accord
moi meme je fais des choses irrationnelles que je justifie a posteriori quand tout fini par payer

xxxtentanode
xxxtentanode
Niveau 13
19 octobre 2020 à 13:52:40

des choses qui violent la raison et la prudence

xxxtentanode
xxxtentanode
Niveau 13
19 octobre 2020 à 13:54:51

inevitablement ce caprice c'est vraiment un mensonge a soi
c'est juste vivre
humainement encore une fois il est impossible de vivre avec le determinisme en tete a chaque instant ,
d'agir conformement a la connaissance de son existence , de son fait

C0dsw0rth
C0dsw0rth
Niveau 28
19 octobre 2020 à 14:41:07

Pierre et Paul sont deux étudiants qui se sont tournés les pouces durant toute l'année scolaire, et qui décident à l'approche de leur baccalauréat d'enfin mettre un grand coup pour rattraper leur retard.

- "Demain, nous allons nous lever tôt à 6 heures, et bosser comme des malades.", se disent ils alors - bien résolus à rétablir coûte que coûte la situation.

Vient le lendemain, leur réveil sonne à 6 heure du matin. Pierre se lève, mais Paul lui reste au lit pour continuer à dormir : lequel des deux a t il fait ce qu'il voulait?

Une fois que vous comprenez que rester au lit ne demande en vérité aucune volonté, vous comprenez alors que seul Pierre a fait ce qu'il voulait. Et que Paul lui n'a fait que ce qu'il lui plaisait alors.
Un bon exemple pour distinguer de ce qui relève du désir - ici ton caprice -, et de ce qui relève de la volonté - Pierre qui se lève alors qu'il serait bien resté au lit comme Paul.

edophoenix
edophoenix
Niveau 36
19 octobre 2020 à 17:46:41

C'est le propre de l'homme de vouloir se sentir libre et non contraint ; mais le personnage de Dostoievski, là, ressemble à une espèce d'Administrateur du Meilleur des Mondes, s'il veut obliger tout le monde à se comporter selon des logarithmes (algorithme ou logarithme, l'idée est la même… D'ailleurs, c'était géniale, cette trouvaille des logarithmes pour faciliter le calcul à l'époque où on n'avait pas encore de calculettes !
Il y en a qui ont des tables de logarithmes, dans leur grenier ?
Huh, désolé, je verse dans le hors-sujet, mais je profitais de l'occase..!)

-bref, en tout cas, s'il veut faire du scientisme une dictature, 'pas étonnant que les gens se révoltent là-contre ! Je vois bien ce que ça recouvre par rapport au concept de caprice, mais malgré cela je ne m'inscris en faux contre cette idée qu'il faudrait à cause de cela dicter la conduite des gens à coups de algorithmes ou de logarithmes (comme on veut) !

Message édité le 19 octobre 2020 à 17:47:35 par edophoenix
VeyIox
VeyIox
Niveau 10
19 octobre 2020 à 18:14:21

Je comprends bien que l'homme aime sa folie, mais qu'il l'assume, et qu'il meure pour elle, au lieu de l'universaliser et de l'appeler raison, après avoir pourtant rejeté cette dernière. Ce qu'il fait, ton texte, c'est défendre le féminisme et compagnie, défendre tous les crétins qui, parce qu'ils sont des enfants gâtés, se trouvent trop peu importants dans un monde raisonnable et se sentent obligés de tenter de tout foutre en l'air pour attirer le regard -ou le pouvoir- ; qu'on considère ça nécessaire je veux bien, qu'on considère ça souhaitable pour l'histoire humaine je veux bien, mais assumons jusqu'au bout et donnons-leur ce qu'ils veulent ; tuons-les, rendant honneur à l'aboutissement de leur volonté. Parce que s'ils gagnent ces gens-là, ces capricieux, au cas où tu ne l'aurais pas compris, tu ne débouches pas sur un monde libre, bien au contraire ; tu débouches sur un monde déraisonnable ET tyrannique. T'as pas le choix entre la prison de la raison et la liberté du caprice, mais entre la prison de la raison et la prison du caprice.

s’il n’y a plus que deux fois deux font quatre qui fonctionne?

Tu sais qui d'autre voudrait que deux fois deux ne fassent pas 4 ? Le parti dans 1984. C'est-à-dire l'absolue dictature, celle qui non contente de déterminer les hommes dans leurs actes, les détermine encore jusque dans leurs pensées profondes, leurs désirs, et leurs opinions les plus cachées. Tout le déterminisme, toute l'aliénation de laquelle ce personnage veut s'échapper par le caprice, il va en réalité courir droit dedans. C'est exactement pour ça que l'histoire se répète. N'allez pas faire croire que l'éloge de la folie est un éloge de la liberté ; son unique fin, c'est la folie, et les tyrannies qu'elle engendre.

Message édité le 19 octobre 2020 à 18:16:41 par VeyIox
theendof
theendof
Niveau 10
19 octobre 2020 à 23:54:01

Je comprends bien que l'homme aime sa folie, mais qu'il l'assume, et qu'il meure pour elle, au lieu de l'universaliser et de l'appeler raison, après avoir pourtant rejeté cette dernière. Ce qu'il fait, ton texte, c'est défendre le féminisme et compagnie, défendre tous les crétins qui, parce qu'ils sont des enfants gâtés, se trouvent trop peu importants dans un monde raisonnable et se sentent obligés de tenter de tout foutre en l'air pour attirer le regard -ou le pouvoir- ; qu'on considère ça nécessaire je veux bien, qu'on considère ça souhaitable pour l'histoire humaine je veux bien, mais assumons jusqu'au bout et donnons-leur ce qu'ils veulent ; tuons-les, rendant honneur à l'aboutissement de leur volonté.

La guerre sera perpetuelle alors j'imagine... Parce qu'ils se sentiront dans leur bon droit de leur côté aussi.

Parce que s'ils gagnent ces gens-là, ces capricieux, au cas où tu ne l'aurais pas compris, tu ne débouches pas sur un monde libre, bien au contraire ; tu débouches sur un monde déraisonnable ET tyrannique.

C'est toi qui a ramené la politique dans le débat, dostoievsky parle d'actes individuels.

Par exemple personnellement je respecte profondément mes propres caprices mais pas du tout celui des autres.

Nous ne pouvons pas tous etre libre à la fois, ce serait n'importe quoi.

T'as pas le choix entre la prison de la raison et la liberté du caprice, mais entre la prison de la raison et la prison du caprice.

A un niveau global et sociétal oui. A un niveau individuel je ne suis pas d'accord.

Tu n'es jamais obligé d'être toujours capricieux.

Tu n'es emprisonné à rien.

C'est même sensé être assez rare un caprice.

Tu sais qui d'autre voudrait que deux fois deux ne fassent pas 4 ? Le parti dans 1984. C'est-à-dire l'absolue dictature, celle qui non contente de déterminer les hommes dans leurs actes, les détermine encore jusque dans leurs pensées profondes, leurs désirs, et leurs opinions les plus cachées. Tout le déterminisme, toute l'aliénation de laquelle ce personnage veut s'échapper par le caprice, il va en réalité courir droit dedans. C'est exactement pour ça que l'histoire se répète. N'allez pas faire croire que l'éloge de la folie est un éloge de la liberté ; son unique fin, c'est la folie, et les tyrannies qu'elle engendre.

Le parti de 1984 voulait IMPOSER que 2x2 soit égale à 5.

Le personnage du carnet des sous sols aimerait que sa propre vie ne soit pas aussi reglé que 2x2 font 4.

Et encore une fois c'est un désir egoiste.

Pas un mouvement politique ou de libération ou je ne sais quoi.

Il n'y a pas plus misanthrope que ce personnage.

Tu es tyrannique à partir du moment ou tu impose quelque chose à une société que ce soit en ayant le discours dominant (les progresssistes aujourd'hui) ou en ayant le pouvoir (dans les dictatures).

Dostoievsky se fiche bien des 2. Ile ne fait pas de la politique içi. Et il ne donne de leçon à personne.

Ultimement tu considère que le bon fonctionnement du monde est de la plus haute importance.

Personnellement je m'en fout. C'est secondaire.

Ce qui est réellement important c'est moi.

Ce que JE veux.

Donc non je ne reflechit jamais en me disant : "Oh.. mais si tout le monde pensait comme moi alors..."

Osef de tout le monde.

Qu'ils aillent tous se faire foutre "tout le monde".

Je pense que le personange des carnets me comprendrai aussi.

Tu vois tout de manière politique. En reflechissant en masse. En te demandant sans cesse "comment la plupart des gens devraient se comporter" etc...

Mais tout le monde n'a pas a se comporter de la meme maniere.

Et peut etre qu'un monde entier rempli de capricieux ne fonctionnerait pas.

Mais je n'ai jamais voulu exporter le modèle. Je ne pousse pas les gens à être capricieux.

Qu'ils tiennent le monde en etant raisonnable et rationnelle.

Je profite de leur diligence pour egoistement et individualistiquement aller à l'encontre de cette raison.

edophoenix
edophoenix
Niveau 36
20 octobre 2020 à 01:46:39

J'avais pas compris ça de cette façon-là, moi…
Bon, je relirai demain, là j'ai trop la flemme à cette heure-ci ;mais du coup, mon commentaire doit paraître complètement à coté de la plaque !

VeyIox
VeyIox
Niveau 10
20 octobre 2020 à 02:00:39

C'est toi qui a ramené la politique dans le débat, dostoievsky parle d'actes individuels.

Y'a pas de différence ici, l'un implique l'autre en bout de course

Par exemple personnellement je respecte profondément mes propres caprices mais pas du tout celui des autres.

Exact : la tyrannie. Comme ça t'as toi-même fait le lien que tu voyais pas entre la politique et l'acte individuel

Nous ne pouvons pas tous etre libre à la fois, ce serait n'importe quoi.

C'est précisément pour ça que le "caprice" a les implications que je décris.

Le parti de 1984 voulait IMPOSER que 2x2 soit égale à 5.

Faux. Il voulait que ce soit vrai quand -et uniquement quand- le caprice du parti l'exige. Il voulait que ce soit faux lorsque le parti exige le contraire ;

“You are a slow learner, Winston."
"How can I help it? How can I help but see what is in front of my eyes? Two and two are four."
"Sometimes, Winston. Sometimes they are five. Sometimes they are three. Sometimes they are all of them at once. You must try harder. It is not easy to become sane.”

Message édité le 20 octobre 2020 à 02:01:13 par VeyIox
theendof
theendof
Niveau 10
20 octobre 2020 à 02:04:21

Le 20 octobre 2020 à 01:46:39 edophoenix a écrit :
J'avais pas compris ça de cette façon-là, moi…
Bon, je relirai demain, là j'ai trop la flemme à cette heure-ci ;mais du coup, mon commentaire doit paraître complètement à coté de la plaque !

Oui, il est totalement contre tout ça.

Ecoute la version audio au pire pour te rendre compte du dédain. Elle va super bien avec le texte.

https://www.youtube.com/watch?v=GjoYgGMXN2Q&list=OLAK5uy_mJOjj-SVXEMMl9FSETfTexFQrm5PSpziw&index=5

theendof
theendof
Niveau 10
20 octobre 2020 à 02:10:03

Le 20 octobre 2020 à 02:00:39 VeyIox a écrit :

C'est toi qui a ramené la politique dans le débat, dostoievsky parle d'actes individuels.

Y'a pas de différence ici, l'un implique l'autre en bout de course

Par exemple personnellement je respecte profondément mes propres caprices mais pas du tout celui des autres.

Exact : la tyrannie. Comme ça t'as toi-même fait le lien que tu voyais pas entre la politique et l'acte individuel

Nous ne pouvons pas tous etre libre à la fois, ce serait n'importe quoi.

C'est précisément pour ça que le "caprice" a les implications que je décris.

Le parti de 1984 voulait IMPOSER que 2x2 soit égale à 5.

Faux. Il voulait que ce soit vrai quand -et uniquement quand- le caprice du parti l'exige. Il voulait que ce soit faux lorsque le parti exige le contraire ;

“You are a slow learner, Winston."
"How can I help it? How can I help but see what is in front of my eyes? Two and two are four."
"Sometimes, Winston. Sometimes they are five. Sometimes they are three. Sometimes they are all of them at once. You must try harder. It is not easy to become sane.”

J'vais pas répondre à ce message, j'pense que t'as compris ou je voulais en venir.

La politique, l'Autre, le monde, les répercussions sociale blablabla...

J'en ai pas vraiment grand chose à foutre ultimement.

theendof
theendof
Niveau 10
20 octobre 2020 à 09:24:34

SUr le coup aldana il me viendrait presque en tête l'idée de dire :

"retourne sur le blabla discuter des chose à ton niveau"

theendof
theendof
Niveau 10
20 octobre 2020 à 09:52:05

Et Veyli histoire de nuancer mon propos après l'orage et la passion.

Je ne suis pas capitaliste parce que je voudrais le meilleur des mondes.

Je le suis car c'est la moindre des choses d'elaborer un systeme ou le désir égoiste des uns mène in fine à la satisfaction des autres quand on considere inevitable l'apparition d'individualités profondément egoiste.

"Might as well make it useful"

L'altérité a beau être secondaire elle reste importante au fond. Je ne l'insulte que lorsqu'elle menace ma propre individualité et mon propre égoisme. Elle doit savoir rester à sa place après tout.

Je veux être totalement égoiste et ne faire que ce que je désire. Et dit comme ça ça sonne hedoniste.

Mais l'hedonisme est le chemin des imbéciles.

Ce n'est pas parce que l'on est egoiste que l'on doit choisir pour accomplissement de sa personne quelque chose d'aussi pathetique que le simple plaisir.

Might as well be an animal.

Non pour moi des exemple d'egoisme ca va etre Akagi et Grifftith dans leur manga respectif ou encore le héros du film de spielberg rencontre du troisieme type :

L'accomplissement d'un rêve personnel passe avant tout. Tout le reste est secondaire.

Griffith "abandonne" tout les gens qu'il aime, Akagi n'a jamais eu d'amis ou de connaissances il ne fait que poursuivre toute sa vie son désir d'affronter sa propre mort, Le héros de spielberg abandonne sa famille et parvient à réaliser son plus grand rêve : une rencontre avec les extraterrestres.

Pour finir et terminer de nuancer mon propos.

Je ne suis pas pro religion parce que je suis un bon croyant.

Je le suis (entre autre) parce que je me rend bien compte de la dangerosité et l'arrogance de toute ces idées.

Au final je ne suis pas pret a me soummettre à toi et tes arguments pour le bon fonctionnement du monde. Je ne suis pas prêt à me soummettre à mes parents et leurs arguments pour la normalité et la banalité.

Par contre ultimement je sais que je saurais me soummettre à Dieu. Tout simplement parce que l'être primordiale était également.... le plus egoiste de tous ^^.. Nous sommes tous le resultat de sa volonté.

Un peu comme askellad je n'ai rien contre me soumettre face au meilleur des maitre chez qui je vois toutes les qualités.

Mais j'veux quand meme allé jusqu'au bout. Et avoir cette decision à prendre.

Un peu comme Indy face à l'arche ou au graal. Il la cherche egoistement depuis le début mais arrivé au dernier moment, à l'instant fatidique il finit toujours par se rappeller sa place.

theendof
theendof
Niveau 10
20 octobre 2020 à 10:07:35

D'ailleurs, quand on y pense au fond, même Griffith se soumet à "Dieu" dans Berserk.

Ce n'est que parce que Miura en a une vision deformé un peu comme Alcaynor qu'il lui fait dire :

"Fais ce que tu souhaite Griffith, dorénavant ta volonté est la mienne".

Ou quelque chose comme ça.

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