C'est une obsession.
Quand je vois le vide blanc, bleu, vert, n'importe quelle couleur, ma main veut lui donner un environnement, de la vie.
Ainsi je scribouille matin au crépuscule, pendant les cours, sur les tristes tables sans âmes.
Muni d'un critérium et de quelques feutres à l'alcool, je façonne un monde, qui n'existait jamais, mais qui existera.
En CE2, j'avais dessiné sur les murs de mon école, des guêpes, qui encerclent un cochon. En dessous, j'avais écrit "Mais qui va te sauver?". Evidemment, le cochon représentait un camarade de classe que je n'appréciais pas du tout, et que nous sommes devenus rivaux. Finalement, si vous êtes curieux, c'est lui qui a "gagné" et il a sauté une classe.
Cet acte avait son prix, et j'avais dû copier 450 fois "Je ne dessine pas sur les murs de mon école".
J'en ai bavé, mais un an plus tard, je commence à dessiner sur les tables.
Au collège, comme on n'avait pas le droit de changer de place, les dessins n'étaient pas anonymes, donc je dessinais sur mes cahiers, dans les coins.
Et au lycée, c'est le paradis du dessin.
On change de salle chaque heure, on se place où on veut, les dessins et messages étaient totalement anonymes.
Chaque jour, je remplis des tables, chaque table avait son thème. La vérité, est que le bois, recyclé ou pas, c'est le meilleur support au monde pour gribouiller, étaler le carbone, y intégrer les pigments.
Je me suis dit que peindre sur le mur, c'est une chose à faire.
Et je l'ai fait, hier soir.
Je vais me faire détruire par ma mère.