Chapitre 1
La sonnerie annonçant la fin des cours n’avait pas encore fini de retentir. Shouby se faufila au milieu des autres chiens élèves qui se pressaient dans les couloirs du collège. C’était le début du mois d’avril, mais il faisait beau déjà, et tout l monde n’avait qu’une envie : rejoindre la plage pour s’amuser, se baigner si l’eau était assez chaude et se détendre après une trop longue journée d’études.
Shouby ne se dépêchait pas pour les mêmes raisons… Il était vital pour lui d’atteindre la cour parmi les premiers afin de semer Milly et sa bande dans les ruelles de Dashtikazar !
- Allez, allez dépêchez vous, laissez moi passer, marmonnait le jeune chien en se frayant un passage à travers la foule bruyantes des chiens.
Derrière lui il entendit quelqu’un hurler :
- Je le vois ! Il est près de la porte !
Inutile de se retourner ; il avait reconnu la voix de Orson, le lieutenant de Milly. Cela décupla son ardeur. Il approchait enfin de la sortie quand, dans ses efforts pour dépasser tout le monde, il bouscula un grand chien de 3ème.
- Holà, l’avorton ! Tu me cherches ou quoi ?
- Heu… Non, non, bien sûr que non, bafouilla Shouby. Je veux juste sortir…
Il jetait des regards affolés par-dessus son épaule. Le grand chien le tenait solidement. Il vit Milly, suivie par ses amis, s’approcher avec une expression triomphante.
C’était une chienne grande, maigre, au poil sombre et court, dont les yeux noirs brillaient méchamment au-dessus d’une bouche trop large.
- Laisse, ordonna t’elle. C’est notre affaire.
Le chien hésita, puis lâcha le jeune chien et s’éloigna. La bande de Milly, qui suivait comme Shouby les cours de cinquième, était redoutée dans tout l’établissement, même par les plus grands chiens.
Milly faisait face au fuyard. Shouby, la truffe empourprée sous une tignasse de poils châtains, la défiait du regard.
- Oh mais notre Roquet a l’air en colère, dit-elle d’un ton moqueur qui provoqua le rire de ses acolytes en faction près de la porte.
- Laisse-moi tranquille ! Jamais je ne te donnerai mon médaillon, cria Shouby.
- On va voir ça, répliqua froidement Milly, qui fit un signe explicite à l’un des chiens de sa bande au poil roux et trapu.
Celui-ci bondit sur Shouby et, à l’issue d’une courte lutte, l’immobilisa avec une clé de patte.
- Lâche-moi, Orson, ou tu le regretteras, souffla péniblement Shouby à l’oreille de son adversaire, qui se contenta de ricaner.
Avec des allures de reine cruelle, Milly s’approcha, fouilla le cou de sa victime et trouva un petit soleil en or au bout d’une fine chaîne du même métal.
Elle s’en saisit et le passa autour de son propre cou.
- Tu n’as pas le droit, gémit l’infortuné Shouby que bloquait toujours le chien au poil roux. C’est mon père qui me l’a donné.
- Ton père ? Je croyais que tu ne l’avais jamais connu, et même, ajouta-t-elle en approchant son visage du sien, qu’il s’était fait Renonçant à cause de toi !
Sur le coup, Shouby faillit fondre en larmes, mis sa fierté l’en empêcha et il baissa la tête. Ce fut le moment que choisit le directeur pour faire son apparition. Son bureau n’était pas loin et il avait entendu des éclats de voix, inhabituels pour l’heure.
- Allons les enfants, que se passe t’il ? demanda de sa voix bourrue le chien que l’embonpoint avait gagné avec l’âge.
- Mais… rien du tout, monsieur le directeur, répondit Milly qui arborait à présent un grand sourire. Shouby nous racontait une histoire… une histoire passionnante ! Pas vrai ?
Les autres acquiescèrent bruyamment. Le directeur se tourna vers Shouby.
- Une histoire, une histoire… fit-il d’un air songeur. Eh bien ce n’est ni le lieu ni le moment, ajouta-t-il avec brusquerie. Allez, tous, filez ! Que je ne vous revoie plus avant demain matin ! Non, pas toi Shouby, reste.
La bande de Milly quitta le couloir en lançant au chien des regards lourds de menaces.
- Alors mon petit, tu as des ennuis ? Y a-t-il quelque chose que tu voudrais me dire ?
- Non, rien du tout, monsieur le directeur. Je vous assure ! Est-ce que je peux partir, maintenant, moi aussi ?
L’homme l’observa un moment le chien qui tremblait légèrement, les yeux embués, puis haussa, lui aussi, les épaules.
- Oui, allez, file !