Et voilà le chapitre suivant
:
Chapitre 4
- M’man ! C’est moi ! Je suis rentré !
Shouby se précipita à la cuisine et ouvrit le réfrigérateur. Il en sortit du beurre qu’il posa sur la table à côté du pot de Nutella. Il découpa une belle tranche de pain dans la miche qui trônait sur le buffet, se confectionna une énorme tartine et se mit à la dévorer.
Les émotions, cela creusait ! Au moins autant que les douze kilomètres qu’il était obligé de faire à pied lorsqu’il ratait la carriole du ramassage scolaire !
- C’est toi que j’ai entendu mon chéri ? Où es-tu ?
- Ichi, à la cuijine ! crachota Shouby, la gueule pleine.
Sa mère entre d’un pas vif dans la pièce, en souriant.
Elle avait la taille fine, serrée dans une robe noire (d’aussi loin qu’il pouvait se souvenir, Shouby l’avait toujours vue habillée de noir), de longs poils d’or légèrement bouclés qui lui tombaient sur les reins et de grands yeux couleur ciel. Shouby, avec sa faible stature, ressemblait davantage à son père, c’est du moins la conclusion à laquelle il était arrivé, personne jusqu’à présent (malgré ses demandes fréquentes) n’ayant daigné évoquer son père autrement que superficiellement.
- Tu as passé une bonne journée ? demanda Alicia en posant un baiser sur le front de son chiot.
- Pas plus mauvaise qu’une autre, éluda Shouby d’une voix terne en s’emparant du programme télé qui traînait sur une chaise. Oh, génial ! Il y a un film, ce soir !
Un large sourire illuminait à présent le visage de Shouby. Alicia se contenta de le regarder, d’un air amusé, les pattes croisées.
- Pas de télé ce soir, Shouby.
Shouby se détendit comme un ressort et sauta de sa chaise. Les films étaient rares parmi les programmes recomposés par la commission culturelle de la Prévosté d’Ysnogs, qui privilégiait les reportages et les documentaires. Il se sentait donc prêt à entamer l’une de ces longues disputes qu’il avait parfois avec sa mère à propos de la télévision ! Mais elle le coupa dans ses intentions d’un geste de la main.
- Tu as oublié ? C’est l’anniversaire de ton oncle Urien ce soir. Je sais, je sais, tu ne l’aimes pas beaucoup… mais toute la famille sera chez lui. Toute la famille et… quelques amis !
Elle avait prononcé les derniers mots avec une intonation mystérieuse. Shouby avait d’abord entrouvert la bouche pour protester, puis s’était figé.
- Tu veux dire qu’il y aura…
- …ton cousin Romaric, avec ton ami Gontrand ? et les jumelles, Ambre et Coralie ! Romaric et les filles devraient d’ailleurs passer te prendre ici. Tu n’as qu’à les attendre. Quant à moi, il faut que je parte en avance pour aider mon frère à recevoir ses invités.
Alicia regarda un instant, avec tendresse, son chiot sauter de joie dans la cuisine. Puis elle s’esquiva pour finir de se préparer.
Shouby grimpa les marches quatre o quatre et déboula dans sa chambre. Un coup d’œil lui rappela qu’il ne l’avait pas rangée depuis au moins une semaine. Il soupira et entreprit d’y mettre un peu d’ordre. C’était dans sa chambre qu’ils se réunissaient toujours, avec ses amis, et ils n’iraient pas chez son oncle avant d’y avoir passé un moment !
Il referma son ordinateur portable qui traînait sur un tabouret et le glissa dans un tiroir du bureau, replaça les livres éparpillés sur le tapis dans les rayonnages de sa bibliothèque, secoua le dessus-de-lit avec lequel il cacha sa couette toute chiffonnée…
Quelqu’un frappa à la porte d’entrée.