1977, Lens-Lazio... Six buts d´anthologie !
Il y a des moments comme ça, dans l’histoire d’un club, qu’on ne peut jamais oublier. Au Racing, il y a avant tout deux dates : le 9 mai 1998, d’une part, avec le but mythique de Yoann Lachor à Auxerre qui permit au club d’être sacré Champion de France, et, d’autre part, le 2 novembre 1977. C’est sur cette dernière date que nous allons nous pencher aujourd’hui avec une rétrospective complète sur l’exploit des Sang et Or dans l’antre de Bollaert face aux Italiens de la Lazio de Rome, en Seizièmes de Finale de la Coupe de l´UEFA... Récit.
La formation lensoise lors de la saison 1977-78
Après un tout premier parcours européen en Coupe des Coupes, terminé en Huitièmes de finale face à La Haye, lors de la saison 1975-1976, le Racing Club de Lens de Leclercq, Bousdira, Sab, Elie et Françoise - pour ne citer qu’eux - explose lors de la saison 1976-1977, où il termine le Championnat de Première Division en deuxième position, à neuf points du Champion nantais. Cette place est synonyme de qualification pour la Coupe de l´UEFA, en compagnie du Sporting Club de Bastia… C’est la première fois que le Racing va participer à cette compétition.
Ne manquez pas la rediffusion
intégrale de cette rencontre
d’anthologie sur la chaîne cablée et
satellitaire ( Canal Satelitte et TPS)
ESPN Classic Sports !
Horaires des diffusions
Lundi 26 avril : 21h00
Mardi 27 avril : 1h30, 13h40 et 18h40
Mercredi 28 avril : 11h40
Dimanche 2 mai : 14h30
Lundi 17 mai : 22h30
Mardi 18 mai : 3h00 et 13hh00
Mercredi 19 mai : 19h00
Jeudi 20 mai : 6h00
Au premier tour, les protégés d’Arnold Sowinski ont vaincu les Suédois de Malmö ( 4-1, 0-2) et s’apprêtent donc à défier la Lazio de Rome, en Seizièmes de Finale. A l’aller, au Stade Olympique de Rome, les Italiens ne trébuchent pas et viennent facilement à bout des Artésiens sur le score de deux buts à rien. Les statistiques donnent quatre-vingt-dix pour cent de chance au Racing d’être éliminé. Seuls les plus fervents supporters nordistes y croient encore. TF1 se propose toutefois pour la retransmission du match. Les dirigeants et le Président du club, Jean-Pierre Defontaine, hésitent, pensant que la télévision réduirait le nombre des spectateurs dans les tribunes. " On verra si le stade est plein", préviennent-ils. L’avant-veille de la rencontre, vingt-sept mille places sur les trente-mille sont déjà vendues. Le RCL accepte la retransmission du match sur TF1. Didier Six, déjà une star, s’en réjouit. Il veut se montrer - devant les caméras - sous son meilleur jour. Le nouvel International français a complètement loupé son match aller et veut se reprendre. La presse italienne l’a ridiculisé, qualifié de " dactylo" pour avoir porté des gants durant le match.
Nous sommes le mercredi 2 novembre 1977. Malgré le froid, la pluie et le pessimisme, Bollaert est presque plein. 27704 spectateurs ont pris place dans l’antre artésien. Six est le joueur lensois le plus entreprenant sur le terrain. Les Sang et Or misent sur l’offensive avec les Bousdira, Marx, Françoise et Six. Les Romains, de leur côté, ont clairement annoncé leurs intentions défensives. Dès le début de match, les plans se confirment. Le bloc transalpin est toutefois solide et les Lensois ne réussissent pas à trouver la faille rapidement. C’est alors que surgit le premier événement de la soirée : après environ vingt-cinq minutes de jeu, Bollaert est plongé dans le noir.
Après deux minutes d’attente sur la pelouse, Monsieur Dias Correira, arbitre portugais, décide de renvoyer les vingt-deux acteurs aux vestiaires. L’écran télé de TF1 est noir. Pierre Cangioni et Jean Raynal - les deux commentateurs - se demandent dans quelle galère ils se sont fourrés, tout en se moquant des Lensois à l´occasion de cet incident. Et pourtant ! Après vingt longues minutes, les projecteurs du stade se rallument un à un. Hélas, la coupure de courant semble avoir cassé l’élan des hommes de Sowinski.
La mi-temps approche et le score est toujours vierge. Les derniers espoirs s’envolent petit à petit. Marquer trois buts à la Lazio en une période relèverait du miracle, et peu nombreux sont ceux qui croient encore à l’exploit. A la 44ème minute, Six accélère soudainement le tempo : à la réception d’une passe de Françoise, il enchaîne une série incroyable de dribbles, feintant deux adversaires et trompant Garella pour la première fois du match. 1-0 pour Lens à la pause, les espoirs reprennent.
Au retour des vestiaires, le jeu lensois redouble encore de vitesse. A la 57ème minute, Didier Six s’empare du ballon au milieu de terrain, s’avance balle au pied et expédie des vingt-cinq mètres une frappe d’anthologie qui vient se loger dans la lucarne italienne ! Le stade explose de joie et les joueurs de la Lazio sont déboussolés ! Sur l’ensemble des deux rencontres, les deux équipes sont à égalité, et tous les espoirs sont donc maintenant permis.
Les trente dernières minutes sont pleines de folie pure ! Elie, qui a remplacé Krawczyk à la 75ème minute, trouve une première fois la transversale de Garella. Leclercq et Françoise manquent le cadre. Le portier romain stoppe les tirs successifs de Flak, Marx et Six… Dans les arrêts de jeu, Jean-Marie Elie - l’un des meilleurs milieux de terrain français - trouve le poteau, à la plus grande déception des supporters… Monsieur Correira siffle la fin du temps réglementaire. Les deux équipes vont donc devoir se départager aux prolongations. Bollaert y croit plus que jamais.
Et le meilleur reste à venir… La bande à Daniel Leclercq est déchaînée, remontée, affamée… A la 109ème minute, Joly déboule sur son côté, et parvient à servir idéalement Bousdira. Frappe à mi-hauteur de ce dernier qui passe au ras du poteau, mais à l’intérieur du but ! 3-0 ! Bollaert est en liesse totale ! Djeballi remplace Robert Sab, auteur d’un gros match au milieu de terrain. Mais attention, les Italiens sont révoltés. Ils vont tout faire pour revenir au score au plus vite. " C’est le seul moment de la partie où j’ai connu la peur, raconte Didier Six. Je me disais que ce serait trop bête d’en prendre un maintenant et d’avoir accompli tout ça pour rien…". Du coup, Six cherche à effacer cette peur le plus rapidement possible. Il y parvient six minutes plus tard. A la 115ème minute, l’attaquant lensois répond aux critiques italiennes lors du match aller en signant un coup du chapeau après avoir taclé un long centre de Marx au fond des filets romains ! 4-0 ! Bollaert exulte littéralement…
Et l’hécatombe italienne continue : rentré en jeu sept minutes plus tôt, le jeune diable de Moncef Djeballi finit de faire chavirer le stade artésien en ajoutant deux buts en deux minutes ( 117ème et 119ème). Le Racing Club de Lens humilie donc la Lazio de Rome sur le score de 6 à 0 sur sa pelouse. Le miracle lensois emmène Bollaert tout entier au paradis : le RC Lens vient de signer l’un des plus grand exploits français en compétition européenne !
La suite est malheureusement plus sombre. Au tour suivant, les hommes de Sowinski se font éliminer sans mérite par Magdebourg, modeste équipe d’Allemagne de l’Est en encaissant quatre buts à l’aller, les deux buts de Bousdira à Bollaert ne suffisant pas à remonter le retard… Plus grave, en championnat, le Racing rate complètement sa saison et termine le championnat en dix-huitième place, synonyme de relégation. Il faudra attendre six longues années avant de revoir le RC Lens en D1. Ainsi va la vie d’un club: avec des hauts mémorables et des bas peu glorieux… Et c’est peut-être pour cela aussi que l’on aime autant le football !