Avant de démarrer, je tient à signaler que cette fic n'est pas de moi, mais du forumeur Robone qui a gagné un concours nommé Jak's Stories, aujourd'hui absent des forums Jak de jeuxvideo.com.
Voilà les liens pour voir les posts originaux.
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-16-0-1-0-0.htm#message_623569
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-17-0-1-0-0.htm#message_623579
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-37-0-1-0-0.htm#message_672452
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-37-0-1-0-0.htm#message_672458
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-37-0-1-0-0.htm#message_672460
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-49-0-1-0-0.htm#message_727262
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-49-0-1-0-0.htm#message_727281
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-49-0-1-0-0.htm#message_727291
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-49-0-1-0-0.htm#message_727306
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-10565-565161-49-0-1-0-0.htm#message_727325
Pour des problèmes de place (j'ai essayé de placer le premier chapitre avec ce début de texte, ça me dit que c'est trop long), je vais poster les chapitres post par post. C'est plus simple que de s'embêter à cliquer sur les liens, je trouve.
Déraciné - Partie 1
- Maraudeur. Du mot précurseur « maraod » (l´un des seuls que l´on connaisse) qui veut dire s´enfuir. Ce terme comprend à la fois le peuple de voleurs qui pillent tous ceux qui s´aventurent dans les environs de Spargus, et le peuple vivant dans les Terres Enneigées. On fait souvent l´amalgame entre les deux. Pourtant, les deux peuples sont très différents. D´un côté des voleurs qui vivent de razzias dans le désert, sans foi ni loi, dont les membres changent aussi souvent d´armes que de chefs. De l´autre, une communauté très (très) soudée vivant dans les montagnes escarpées et glaciales des Terres Enneigées, ils sont principalement concentrés dans leur immense forteresse et particulièrement à cheval sur l´honneur et leurs traditions millénaires. Ils sont en perpétuel conflit avec les habitants de Kras, leurs voisins au mode de vie ultra moderne qu´ils qualifient de « corrompus dans leur âme et dans leur coeur ».
- J´imagine que ça n´a pas dû être facile pour les convaincre de laisser se dérouler des courses du Championnat de Kras en plein dans leur forteresse, murmura Jak.
- Vous devez avoir raison. Cela dit ils ont (comme ceux du Désert, d´ailleurs) une mentalité très guerrière. Voir des types en grosses bécanes armées s´exploser les uns les autres pour être le premier, ça a dû les séduire.
Cela dit, ils ne sont pas fâchés avec Kras seulement pour des raisons idéologiques. Les gros industriels de cette cité se sont toujours appuyés sur les ressources naturelles des Terres Enneigées, situées à seulement quelques kilomètres de l´Île de Kras. Les Maraudeurs ont donc vu pendant des années leur continent chéri exploité, « vampirisé », selon eux.
- Bref, de vrais cinglés dans le genre de ce bon vieux Seem, quoi ! s´égosilla Daxter, complètement ivre.
- Seem ? Monsieur, qui est Seem ?
- C´est l´un des moines de la communauté religieuse de Spargus, répondit Jak. D´ailleurs, justement, vous m´aviez parlé de rapports entre ces Maraudeurs des Terres Enneigées et les Moines de Spargus.
- Oui. Enfin, rapports c´est un bien grand mot. En fait, ces Maraudeurs ne s´expriment quasiment jamais sur leur histoire et leurs projets. Leurs codes et leurs traditions, ça oui, ils sont prêts à faire la morale au monde entier dès qu´ils le peuvent, mais sinon... En fait, le « rapport » est que chaque fois qu´on leur parle du monde qui les entourent, ils récitent tout leur savoir sur les peuples, et dès qu´on en vient à Spargus, paf ! Ils prennent bien soin de dire qu´ils détestent tous les Moines sans exception et par-dessus tout, y compris par-dessus les habitants de Kras. Et ils refusent de dire pourquoi. Bizarre, non ?
- Bien. Merci pour les infos, Gadna.
Jak, Daxter, et Gadna étaient installés à une banquette au Naughty Beloutre. Gradna était une jeune fille tout droit sortie de l´université d´Abriville, dans le quartier Nord, engagée au Gouvernement d´Abriville comme diplomate. Jak l´avait convoquée ici, et était assis en face d´elle tandis que Daxter regardait, affalé, la strip-teaseuse qui faisait son numéro au centre du bar. Une idée de Krew du temps du Hip Hog et que Daxter avait reprise.
- Monsieur Jak ? demanda Gadna. Dites, pourquoi vous intéressez-vous à tout ça ?
- Par curiosité. Vous savez, je ne sais pas grand-chose des peuples des Terres Pelées, d´Abriville, de Kras ou de Spargus.
- Vous n´avez pas fait d´études ?
- Non. J´ai vécu dans un endroit sans études.
Jak repensa à son enfance. Il revoyait le Village des Sables, son oncle qui lui racontait ses voyages, le goût salé de la mer, les gens naïfs et insouciants, le climat doux et chaud. Les steaks de Yakow que lui offrait parfois le vieux fermier. Le sable. Le vent frais...
- Monsieur Jak ?
Jak avait laissé couler une larme.
- Ce n´est rien. Je... Juste un petit coup de blues, marmonna-t-il en s´essuyant l´oeil droit. Allez, salut Gadna.
Jak se leva, commença à quitter le Naughty Beloutre, puis revint vers Dax ne disant :
- Dax, il faut que je te parle.
- Jaaak, tu vois pas qu´je suis occupé ? râla Daxter qui continuait de regarder le spectacle tout en se servant un énième verre d´alcool de wumpabeilles.
- Hé, Dax, tu ne voudrais pas que Tess apprenne que t´organises ces trucs, pas vrai ? demanda Jak en souriant doucement tandis que la strip-teaseuse tirait doucement son tee-shirt le long de sa longue et mignonne oreille pointue.
Quelques minutes plus tard, Jak et Daxter étaient dans le bâtiment de la néo-Abriville, qui abritait les membres du Gouvernement.
- T´es vraiment vache d´avoir menacé de dire ça à Tess, Jak ! bougonna Daxter tandis que Jak s´installait dans un divan de l´immense salle de conférence. Eh, pourquoi t´as jamais voulu dire publiquement que t´étais l´héritier de Mar ? Tu pourrais attirer de super jolies filles, comme la petite Gadna. J´l´engagerais bien pour des spectacles dans le bar, tiens...
- DAX ! Ecoute, en ce moment je m´ennuie ici à Abriville, et j´aimerais bien repartir... Repartir à l´aventure, tu vois ?
- Okay.... Et je suppose, HOPS ! (pardon) que tu veux aller chez ces gelés du crâne de Maraudeurs ? s´écria Daxter en levant sa queue orange.
- Ouais. J´aimerais tirer au clair cette histoire de Moines de Spargus. Est-ce que tu viendrais avec moi ?
Le lendemain, Jak et Daxter étaient à bord d´un vieux vaisseau bleu de la Ligue pour la Liberté qui n´avait pas servi depuis des années. Le véhicule atterrit sur une montagne à pente douce et ils sortirent, tous deux en combinaisons grises auto chauffantes.
- J´ai l´impression d´être un poulet rôti dans un rayon surgelé ! lança Daxter à Jak qui était déjà loin devant. Il répondit :
- Viens vite ! Et ne crie pas, on risquerait de déclencher une avalanche. Viens sur mon épaule, ça fait longtemps. Comme au bon vieux temps !
- Ça fait juste un an, depuis le Championnat de Combat Racing.
- Tu le faisais déjà moins à l´époque. Allez saute !
Ils continuèrent d´avancer, Daxter se tenant sur l´épaule de Jak, marchant difficilement dans la neige qui lui arrivait jusqu´aux genoux.
- Hé, Jak, t´es sûr de ne pas t´être trompé pour le lieu d´atterrissage ? demanda Daxter au bout d´un petit moment en regardant un peu inquiet le magnifique paysage blanc qui les entourait.
- Non. J´ai fait exprès de ne pas atterrir à l´endroit exact, juste dans le coin, histoire de pouvoir arriver chez les Maraudeurs discrètement.
- Mais c´est stupide ! C´est quoi la différence ?
- La différence c´est que je suis persuadé qu´ils vont refuser de nous laisser entrer. Gadna a déjà eu à faire avec eux, ils acceptent du bout des lèvres les personnes qui viennent dialoguer avec eux. Alors, t´imagines les personnes qui viennent chez eux pour découvrir leurs secrets ?
Ils marchèrent une quinzaine de minutes, puis Dax s´écria :
- Elle est là ! En bas !
Ressemblant plus à une énorme cité fortifiée qu´à une forteresse, le millénaire bâtiment en pierre se trouvait en contrebas.
- Bon. Et comment on va y entrer, super Lurker ? demanda Daxter.
- Super Lurker ?
- C´est une série télé pour les gamins, d´ailleurs c´est Brutter qui a le rôle principal. Bon alors Jak ?
- Je vois pas trop. Ah, et dire qu´on avait réussi si facilement à y aller pour les courses ! Bon, sinon on peut faire le tour pour trouver une entrée discrète.
Après avoir fait le tour de la forteresse, Jak et Daxter virent une fenêtre de pierre sans vitre qui se trouvait en face d´un pic rocheux qui sortait de la montagne.
- Il faut que je saute de là-bas et que j´essaie d´atterrir près de la fenêtre.
- Quoi ? T´es dingue, tu vas t´écorcher les mains sur cette pierre !
Jak n´écouta pas et escalada le début de montagne d´où sortait le pic rocheux, tandis que Daxter claquait des dents sur son épaule. Le pic était glissant à cause de la neige légèrement fondue qui s´y trouvait...
Jak prit son élan et sauta, malgré les gémissements de Dax, et de justesse s´agrippa à la fenêtre en pierre. Il rentra dans la pièce. Personne, excepté un homme en armure, endormi et qui avait l´oreille droite amputée.
Jak et Daxter quittèrent la pièce (qui était apparemment un poste de garde) et allèrent dans
la rue. Là, l´agitation était à son comble : une foule immense, faite de guerriers et de femmes, acclamait... une procession d´enfants, filles et garçons, qui défilaient dans la rue pavée de la forteresse. Ils avaient tous la même attitude, la tête vers le bas, les yeux quasi fermés, silencieux, guidés par un adulte habillé de tissu rouge et équipé d´une épée courbée, comme celles des Maraudeurs du Désert.
- Suivons-les ! murmura Jak.
Les enfants arrivèrent devant un bâtiment en pierre et y entrèrent, suivis par Jak et Daxter qui le firent discrètement, profitant de l´agitation de la foule.
Se cachant derrière un pilier, ils purent entendre ce que disait l´homme en rouge.
- Vous êtes tous ici réunis, vous les fils et filles des Maraudeurs, de la génération née il y a 9 années. Je vais vous révéler à tous un secret qui se transmet de génération en génération chez nous, un secret que vos parents ont toujours refusé de vous révéler, n´est-ce pas ?
- Il va quand même pas leur montrer comment on fait les enfants, si ? ? chuchota Daxter.
- Je vais vous raconter une histoire. Notre histoire.
Déraciné - Partie 2
Tous les enfants étaient parfaitement silencieux. Le moindre souffle, le moindre frémissement se répercutait en écho dans l´immense et froide salle de pierre.
- Il y a des siècles, sur la partie du continent que vous voyez sur cette carte, nous vivions heureux, nous les Sans-Noms, voyageurs, vivant de chasse et de combats, vivant en paix avec les peuples aux alentours, certes faibles, car ne pratiquant jamais le combat, mais nous laissant tranquilles. Un jour une menace vint s´abattre sur nous tous. Des Créatures venues de l´espace attaquèrent tous les peuples, sans merci, n´obéissant qu´à leur goût du carnage et de la cruauté. Seul leur chef pouvait parler, et il comptait bien contrôler de la planète toute entière. C´est au milieu de ce sang et de cette destruction qu´apparut un héros dont certains disaient qu´il venait du futur. Son nom était Mar. Grâce à une puissance venue des profondeurs du monde, qu´il est allé chercher, il délivra chacun des peuples opprimés par les Créatures, dont seul le chef survécut.
Mar réunit tous les peuples dans un seul refuge, une seule ville. Sauf deux. Nous, et les autres, les Moines, un peuple taciturne qui vouait un culte aux Précurseurs, ces maudits Précurseurs qui ont abandonné notre planète et nous ont tous laissés à la merci de ces êtres venus d´ailleurs. Mar avait pris leur pouvoir caché dans les entrailles de la planète. Ils voyaient ça comme un vol et un sacrilège fait aux Précurseurs. C´est pourquoi ils refusaient de s´allier sous la bannière de victoire de Mar, victoire à laquelle ils n´avaient participé qu´en priant lâchement dans leur coin. C´est dans le Désert qu´ils se réfugièrent, loin d´Abriville et de l´homme qui les avait pourtant libérés du joug des Créatures.
Notre peuple avait participé à la victoire mais voulait garder sa liberté et ne pas se soumettre à Mar que les autres peuples avaient proclamé roi. Nous le respections. Mais les Moines rejetaient déjà nos valeurs guerrières en prêchant l´indifférence et la méditation face à toute menace... Là, ils bafouèrent notre honneur en disant que nous étions un peuple ne sachant prendre parti ni assumer ses choix, des pillards, des infidèles, des solitaires qui étaient contre tout le monde. Nous avions migré. Ils nous ont appelés « Maraodors », les Fuyards. C´est ce mot qui est devenu avec les siècles « Maraudeurs ». Ils nous ont discrédités pour mieux effacer dans les mémoires du peuple d´Abriville leur manque total de participation à la victoire.
Puis ils se sont isolés, ils sont restés seuls dans leur Désert et ont accueilli pendant des siècles dans leur refuge, Spargus, tous les criminels exilés d´Abriville, qu´ils méprisaient et voyaient comme la Ville du Sacrilège.
Nous, nous étions partis à notre conquête du continent des Terres Enneigées. Et puis nous sommes restés ici dans les montagnes, sans plus voyager. Nous avons vécu en voisins avec la population de Kras, la ville qui est devenue de pire en pire au fil des siècles. Ils ont exploités la montagne et nous ont ignorés. Toujours.
Avez-vous entendu parler des Maraudeurs du Désert ? Il s´agit bien de nous. De ce qui était nous. Tous ceux qui vont dans le Désert des Terres Pelées sont des anciens Maraudeurs qui ont oublié l´honneur et se sont tournés vers les vols et les meurtres pour vivre. Ils sont tous partis d´eux-mêmes, choisissant de temps en temps la vengeance envers les Moines que nous détestons, la vengeance, que nous, nous avons pourtant toujours rejetée. Nous gardons toujours aujourd´hui cette haine, mais nous n´en faisons rien. Nous restons ici.
Jak et Daxter se faufilèrent à l´extérieur de la salle, ébahis. En repassant par la fenêtre du garde endormi. Ils marchèrent quelques temps dans la neige, sur le chemin du retour au vaisseau. Silencieusement.
- Moi, je sais pas trop quoi en penser, de tout ça, déclara Daxter. Ça nous concerne pas, c´était il y a des siècles ! Et puis, si ça se trouve, les Moines ont changés d´avis sur Mar...
- Tu as raison. Tiens, qu´est-ce que...
Le communicateur, rondouillard, sortit de la poche de Jak et se mit à flotter dans les airs en tournoyant autour de lui. Il s´en échappa la voix de Keira, tandis que Jak continuait d´avancer avec Daxter juché sur son épaule.
- Jak... c´est Keira... je...
- Keira ? Ça va ? Tu as l´air bizarre...
- Ça va. Je... j´ai quelque chose à t´annoncer, Jak. C´est très important, je...
- Quoi ? Aller, dis !
- Je... je suis enceinte.
Jak s´arrêta net.
- Tu es sûre ?
- Oui.
- Mais... Un garçon ou une fille ?
- On ne peut pas encore savoir... Jak, reviens vite. Je veux que tu l´entendes bouger.
Jak resta quelques secondes debout dans la neige, immobile. Puis, il repartit doucement, marchant les yeux fixes, sans rien dire, déambulant au milieu de ce décor blanc et silencieux. Puis...
- Tu te rends compte, Dax... je... j´vais être papa.
- Ouais. Et tu as intérêt à arrêter ce genre d´expéditions si tu veux pouvoir élever ton gamin ! s´écria Daxter de sa voix nasillarde.
- T´as raison. Finies les aventures. Je ne vais plus qu´être un père. Un père. Rien d´autre. C´est un peu triste.
- Oui, mais au moins, c´est pour une super compensation ! Dis-toi que t´aurais pu être à la retraite à cause un gros rhume ou un truc pire !
Puis ils ne se dirent plus rien. Ils marchèrent jusqu´à l´emplacement du vaisseau. Et...
- Eh ! Regarde ça ! s´exclama Daxter en montrant du doigt une bande plus ou moins marron orange qui dépassait de la neige.
Jak s´approcha. Il effleura la bande. C´était du métal précurseur.
- Bon ! Ben pendant que tu t´occupes de ça, moi je vais mettre en marche le vaisseau ! déclara Daxter en sautant de l´épaule de Jak pour marcher vers le vaisseau.
- C´est bizarre... On dirait qu´il y en a beaucoup plus sous la roche... murmura Jak.
- Le programme de décollage est en route ! Magne-toi !
Le vaisseau, produisit soudain un gros bruit d´explosion, due au moteur, qui résonna dans tous les environs. Le vaisseau commençait déjà à s´élever, quand, de toutes les parois de montagnes environnantes...
- Des avalanches ! Jak, cours !
Jak courut. Aussi vite qu´il le pouvait. Mais la plate-forme sur laquelle il se trouvait, commençait déjà à s´effondrer dans un grand grondement. Il attrapa le sas du vaisseau qui servait de plate-forme pour y monter, et qui n´était pas encore fermé. Jak, agrippé avec ses deux mains, essaya de rentrer dans le vaisseau, mais il se sentait attiré vers l´arrière. Daxter regardait derrière lui, les yeux grands ouvert. Jak tourna difficilement sa tête.
Ce qui était enseveli là, était un anneau de métal précurseur, gigantesque, tournoyant au-dessus du vide causé par les avalanches. Cet anneau entourait un espace sombre, brillant et mobile, comme de l´Eco Noire. Il attirait Jak, il attirait le vaisseau, il semblait même qu´il attirait les montagnes. C´était un comme un immense trou noir qui produisait un bruit de tonnerre. Un monstre.
- Jak ! cria Daxter. Accroche-toi !
Il essayait de tirer son ami, qui était beaucoup trop lourd pour lui. Jak sentait que c´était fini. La force de ses mains qui tenaient la plaque de métal n´était rien du tout comparée à celle de l´Anneau.
- Jak ! Reste ! Le sas va se fermer ! Tiens b...
- Dax ! Si c´est un garçon, appelle-le Sig ! Si c´est une fille, appelle-la Tanya !
Ses mains lâchèrent. Malgré lui. Il se sentit aspiré comme dans un tourbillon tandis que le vaisseau s´éloignait de ses yeux. Puis plus rien. Le vide.
- Jak ? Jak ! Jaaaaak ! hurla Daxter avant de pleurer, pour la première fois de sa vie.
Jak s´était réveillé depuis longtemps déjà. Il était dans une maison en pierre, et dehors des centaines de personnes couraient, hurlaient, battaient en retraite devant des Metal Heads en criant « tuez ces Créatures ! Tuez-les ! ».
- Qui es-tu ? Ton corps est arrivé depuis la mer, emporté par les vagues. Nous t´avons amené ici. Qui es-tu ?
Jak, doucement, essuya ses dernières larmes, et dit :
- Je suis Mar.
Déraciné - Partie 3
- Cette méthode est très simple : il s´agit d´injecter de l´éco verte dans votre corps. Cet appareil que vous voyez ne peut capter que les écos présentes dans l´environnement qui l´entoure. Tenez, si je mets cette bouteille remplie d´éco verte devant sa caméra, regardez ce qu´il montre.
Sur l´écran noir de l´appareil apparut un large cylindre vert brillant. Le contenu de la bouteille.
- Ça ne me fera pas mal ? demanda Keira.
- Pas du tout ! L´éco verte est totalement inoffensive, elle est même bénéfique : nous en avons tous dans notre corps, en permanence, elle soigne nos organes et les maintient en état de marche. C´est une excellente protection contre les maladies et toutes les agressions physiques qui pourraient nuire à notre santé. Quelqu´un qui n´a pas assez d´éco verte, risque un malaise, voire la mort. D´ailleurs les aliments que nous mangeons ont tous naturellement de l´éco verte, pour régénérer sans cesse ce minimum d´éco qui est vital. Bien, assez parlé médecine. Découvrez votre ventre, s´il vous plaît.
Keira, allongée sur le lit, tira vers le haut le bout de vêtement qui cachait son ventre rond. Le scientifique ouvrit la bouteille et plaqua doucement le goulot contre le ventre de la jeune femme, jusqu´à ce que toute l´éco verte en soit partie. Puis, il se dirigea vers l´appareil de haute technologie dont il avait parlé et tourna sa caméra vers le ventre de Keira.
- L´éco verte est en train de se balader dans votre ventre en régénérant tout sur son passage. Et regardez ce qu´il nous montre cette fois...
L´écran de l´appareil montrait des contours vert brillant qui dessinaient des cavités, des organes, des courbes... tout un ventre vu de l´intérieur. Et au centre de ce ventre, se trouvait un petit être replié sur lui-même, recroquevillé, les yeux fermés, et déjà pourvu de deux minuscules oreilles pointues...
- Il est magnifique. Je vais réorienter la caméra, pour qu´on puisse voir de quel sexe il est. Au fait, comment va son père ?
Jak marchait, dans l´atmosphère humide de la forêt. Il voyait la lumière du grand feu de bois au loin, dans la clairière, et les dizaines d´ombres immobiles qui se trouvaient autour. Il s´approchait. Lorsqu´il arriva, personne ne fit attention à lui : les voyageurs, les pêcheurs, les guerriers, les guerrières, les paysans, les exploratrices, les chasseurs, beaucoup étaient venus en petits groupes pour représenter leurs tribus, et chuchotaient entre eux, tous accroupis autour de l´immense feu, en attendant que quelqu´un prenne la parole...
- Qui a demandé cette réunion ? demanda soudain une voix. Qui ? Qui a été assez fou pour penser que venir tous ici était utile ?
Un guerrier de grande taille se leva et dit :
- Moi, je pense que c´est utile. Qui es-tu et de quel clan viens-tu pour penser qu´être là tous ensemble ne sert à rien ?
L´homme qui avait parlé en premier se leva aussi :
- Je suis Danma. Mais peu importe d´où je viens : ma famille et mes amis ont été tués par les Créatures, j´ai dû me faire guerrier alors que je n´avais jamais touché à une arme, et j´ai perdu tout espoir de revoir un jour la paix en ce monde. Bref, je suis semblable à beaucoup de ceux qui se trouvent ici.
A partir de ce moment, les déclarations fusèrent de tous les côtés, il devint impossible de savoir qui précisément avait parlé à quel moment dans le grand cercle de la trentaine de survivants présents ce soir-là...
- Tu as perdu tout espoir ? Moi pas. Et c´est pour cela que nous sommes ici : nous pouvons, ensemble, trouver une solution pour survivre et pourquoi pas vaincre les Créatures.
- Je propose que nous lancions une grande attaque contre leur chef !
- Nous ignorons où il se trouve ! Mais si nous pouvons l´apprendre...
- Pauvres fous ! Croyez-vous vraiment que nous pouvons avoir le dessus sur les Créatures ? Elles sont des millions, des centaines de millions, partout dans le monde, elles pourchassent les moindres parcelles de vies, tuant et brûlant les villages, dévorant les cadavres !
- Et alors ? Justement, nous pouvons mettre un terme à cette...
- Vous êtes pitoyables tous ! Regardez donc les choses en face : notre espèce, tous peuples compris, est promise à la disparition, l´extermination totale par les Créatures !
- Il a raison ! Chacun pour soi et que le meilleur survive le plus longtemps possible ! Il n´y a pas d´autre chemin !
- Faux ! Si nous nous allions et trouvons un plan pour détruire les Créatures, nous vaincrons ! S´unir c´est gagner !
- Je me rappelle d´un vieux sage qui récitait souvent ce proverbe. Lors de l´attaque de mon village par les Créatures, il a forcé tout le monde à se réunir dans une seule maison et à combattre tous ensemble, sur une même ligne de front. Il est mort, comme tous les autres de mon village. Je suis le seul à avoir fui au lieu de combattre. Et le seul à avoir survécu...
- Vous, les partisans d´une alliance, allez seulement mourir bêtement en ayant tenté de vaincre des adversaires qui ne feront qu´une bouchée de vous, aussi nombreux que vous soyez. Si nous restons séparés, chaque peuple aura plus de chances de survivre que si nous sommes ensemble et facilitons ainsi la tâche aux Créatures !
- Je préfère mourir bêtement en ayant tenté de vaincre plutôt que vivre en ayant fui !
- Chacun de nous ne peut pas laisser les autres peuples crever comme des Lurkers ! Nous devons tous nous allier pour tous nous sauver !
- Pauvre folle ! Si vous vous alliez tous, quel sera alors votre plan ? Attaquer le chef ? Impossible, il est capable de changer son apparence ! Exterminer les Créatures ? Impossible aussi, elles sont déjà des millions et leur même chef ne cesse de produire des millions d´oeufs chaque jour !
- Qui est assez couard et dénué d´honneur pour oser prétendre vouloir tranquillement survivre dans son coin pendant que les autres peuples seront exterminés ? Qui ? Qui ose oublier que, même étant d´un peuple différent du sien propre, des millions de vies s´éteindront, des femmes, des enfants, des sages, des jeunes, seront découpés vivants par les griffes et les crocs des Créatures ? Qui est assez égoïste pour penser cela sans honte ?
- Beaucoup ici le pensent ! Nous n´avons plus aucun espoir de lumière en ces temps sombres, alors autant permettre au plus de vies possibles de subsister plutôt que d´en envoyer des centaines à l´abattoir des Créatures, dans une folle tentative de victoire qu´elles n´obtiendront pas et que personne ne pourra jamais obtenir !
- Lâches !
- Suicidaires !
Jak observait le feu au centre de la clairière d´un regard fixe, en écoutant ces répliques qui venaient de partout. Personne ne disait s´appeler Mar. Personne n´avait d´idée. Personne n´avait entendu parler d´un sauveur ou d´un pouvoir. Personne. Il devait le faire. C´était à lui de le faire.
Il se leva...
- C´est de ma faute.
Une musique douce résonnait dans le bar du Naughty Beloutre, tandis que les derniers clients du bar bavardaient discrètement. Daxter, Sig, Ashelin, Samos (tous assis à une banquette) et Torn étaient réunis là, et leurs visages tristes et fermés étaient éclairés par les lumières bleues.
- Pourquoi dis-tu ça Sig ? demanda Ashelin en levant la tête.
- Daxter, je vous avais parlé d´un plan de Damus, quand on était revenu du Nid des Metal Pods, tu t´souviens ? rappela Sig.
Daxter sortit la tête de son gros verre de vin. Les dernières gouttes au fond s´étaient mélangées avec ses larmes.
- Ouais ouais... je m´en rappelle...
- En fait, Damus voulait fuir. Fuir pour éviter la menace des Créateurs Noirs que prévoyaient ses Moines, et celle des Metal Heads. Des écrits conservés à Spargus parlaient de l´Anneau qui se trouvait dans les Terres Enneigées. Il savait donc que ça servait à traverser le temps, et il avait prévu d´organiser une véritable migration de tous les habitants de Spargus vers cet Anneau. Tout un voyage, durant lesquels beaucoup risquaient de mourir.
- Ouais, ça me revient... « Ceux du haut de la liste. Mais elle risque d´être sacrément longue... ». C´était ça alors...
- Damus espérait que l´Anneau conduirait tout le monde dans un futur lointain, avec l´aide des Moines. Il disait qu´on allait vivre longtemps après la fin de ce monde... On s´était un peu brouillés Jak et moi, hein ? Il supportait mal qu´on ait une combine pour nous sortir de là tandis que les gens d´Abriville auraient été jetés en pâture aux Metal Heads et aux Créateurs Noirs. Il disait que je jouais avec la vie de ces gens. La loi du plus fort, mec.
- Jak était au courant ? demanda Samos.
- Non, justement. On avait fait exploser la tour des Metal Heads et Jak avait vaincu les Créateurs Noirs et Errol. Bref, la menace avait complètement disparu, et Damus était mort. Du coup, je n´ai jamais reparlé de ce plan. Si je l´avais expliqué, Jak et Daxter ne seraient pas allés dans les Terres Enneigées, ou alors ils se seraient méfiés de cette bande de métal, pas vrai Dax ? Et Jak serait encore parmi nous. C´est de ma faute.
- C´est faux, dit Torn, le dos appuyé contre un mur. Tu ne pouvais pas savoir. Et lui dire le plan, ça n´aurait pas forcément empêché ça. Faut pas que tu t´en veuilles, Sig. Personne ne pouvait prévoir ça. Personne.
- Si. Moi, pour commencer.
Tous se tournèrent vers Samos qui avait parlé.
- Je savais depuis longtemps que Jak devait aller dans le passé. Depuis que j´ai revu Onin, après la mort de Metal Kor. Elle disait qu´elle savait que Mar était venu du futur pour fonder sa ville, et que cet homme était bien Jak, celui qui venait de tuer le chef des Metal Heads et de sauver Abriville. Oui, aussi étonnant que cela paraisse, Jak est bien Mar. Elle savait que c´était dans les Terres Enneigées que se trouvait le deuxième Anneau. Et que nous ne devions rien faire pour empêcher Jak d´y aller.
- Alors... murmura Daxter, encore un peu soûl. C´était prévu ? C´était prévu ! Jak devait se séparer de moi et... ! Toi et la vieille croûte vous saviez qu´on allait plus jamais se revoir et... ET VOUS AVEZ RIEN FAIT ! ! VOUS POUVIEZ PAS NOUS PREVENIR ! VOUS POUVIEZ PAS NOUS LE DIRE ! ! C´est pas vrai... c´est pas vrai... on aurait pu éviter ça et... Et vous avez rien dit... Bande de traîtres...
- Non, Daxter, on n´aurait pas pu éviter ça. Réfléchis. Si Jak n´était pas allé dans le passé, qui aurait sauvé la planète ? Qui aurait fondé Abriville ? Tu te rends compte de toutes les conséquences ? Il fallait qu´il y aille...
- M´EN FOUS ! s´écria Daxter. Au moins, Jak serait encore avec moi et je serais pas là à chialer dans un ver de vin ! Je te hais Samos, je vous hais toi, Onin et Pecker. Il savait lui aussi, il faisait comme si de rien n´était quand on discutait devant le feu d´artifice, comme toi Samos, j´m´en souviens ! C.... Comptez pas sur moi pour vous adresser encore la parole ! Maintenant, vous m´excusez, j´vais annoncer la nouvelle à ma Tessy... c´est la seule chose qui me reste... Bonne soirée au N... au Naughty Beloutre.
Daxter sauta de la banquette et se dirigea vers la porte de sortie en titubant, tandis que les autres se regardaient en silence. Jusqu´à ce qu´Ashelin demande :
- Comment Onin savait ça ?
éraciné - Partie 4
Le soleil se levait. Une quarantaine de coéquipiers attendait, se reposant, discutant à voix basse, dans l´atmosphère fraîche du matin. Ils étaient dans une forêt de montagne sans autres plantes que les arbres piquants, et le sol rocheux et terreux était en pente.
- C´est vraiment étonnant ce que tu as fait, Mar. Même si les tribus sont à présent éparpillées sur le continent, survivant dans des campements sommaires entourés par les milieux sauvages où sont les Créatures, il y a toujours de la haine entre certains peuples. Et ce soir-là, dans la clairière, ceux qui ont écouté tes paroles t´ont tous suivi, sans se soucier de savoir quels gens de quelle tribu allaient participer à ton expédition. C´est un vrai tour de force.
Jak, accroupi sur son rocher, tourna la tête vers la gauche pour regarder l´homme avec qui lui parlait. C´était un grand guerrier imposant, drapé dans une énorme toge. Il portait un casque rond et élégant qui lui englobait presque toute la tête, y compris les oreilles et le nez, et laissait voir grâce à une seule ouverture sa bouche et ses yeux. Il avait dit s´appeler Kadon.
- Tu oublies que je n´ai pas réussi à convaincre tous les autres présents ce soir-là. Et ceux de l´expédition ont encore du mal à s´entendre entre eux.
Beaucoup des hommes et des femmes présents ici jetaient des regards noirs à d´autres.
Une voix se fit soudain entendre derrière Kadon et Jak :
- Il n´empêche que tu leur as donné de l´espoir à tous, avec ton projet, jeune Mar. Je suis Perto. Ravi de te connaître.
Jak se retourna et serra la main de Perto. C´était un homme grand et fatigué, au crâne rasé, et sa grosse barbe formait deux larges pointes recourbées, une vers la gauche et l´autre vers la droite.
- Je me demande tout de même : d´où viens-tu, Mar ? Tu sembles sorti de nulle part.
- Des pêcheurs ont récupéré mon corps qui flottait dans la mer, répondit Jak. Je n´ai aucun souvenir de ma vie d´avant, excepté ces connaissances sur les Précurseurs que j´ai dites l´autre soir à la réunion.
- Ces connaissances qui font que tous ces gens sont prêts à te suivre aujourd´hui. Ton épée est magnifique. Où l´as-tu eue ?
- Un vieil homme de la tribu des pêcheurs me l´a offerte. C´est lui qui m´a appris comment s´en servir. Il est mort et j´ai hérité de cette armure en métal des Précurseurs.
Jak portait l´armure qui, des siècles plus tard, l´avait protégé lorsqu´il avait combattu Errol et les Créateurs Noirs. Ça lui paraissait si loin maintenant...
- Mais qu´attendons-nous pour partir ? demanda Perto.
- Danma. Lui aussi est venu se rallier à notre cause. Mar l´a chargé de retrouver un endroit, expliqua Kadon.
A ce moment, Danma, avec son visage carré et son simple casque de métal, qui était sa seule protection, apparut. Il se dirigea vers Jak et lui dit :
- Des Sans-nom m´ont révélé où il était ! Il se trouve près de la mer, pas très loin d´ici !
- A combien de journées de marches ?
- Une semaine au maximum selon eux, grand Mar ! Ils m´ont dit qu´il suffisait de suivre les côtes, et nous le trouverons !
- Très bien. Dans ce cas, nous pouvons commencer le voyage.
- Nous ne prenons aucun Zoomer ? s´étonna Perto.
- Non. Un Zoomer ferait trop de bruit, les Meta... les Créatures sur notre trajet pourraient nous entendre ; et puis, il n´y en aurait pas pour tout le monde, dans le groupe, je ne veux pas que certains soient avantagés par rapport à d´autres.
- Maintenant, assez parlé, en route ! s´exclama Kadon en relevant sa toge d´une main.
Les terres du continent sur lequel ils se trouvaient, étaient occupées par une chaîne de montagne immense et interminable, dont les pentes se terminaient en falaises abruptes qui faisaient face à l´océan calme et gigantesque. Coincées entre les monts et la mer, des forêts épaisses et tempérées remplissaient les côtes. C´étaient ces forêts que l´expédition de Jak allait traverser durant tout le voyage.
En chemin ils rencontrèrent un groupe de Metal Heads, qu´ils appelaient tous toujours « Créatures ». Trois morts dans l´expédition.
Puis, au bout de douze jours, Jak, Kadon, Perto, Danma et tous les autres atteignirent leur but, au détour d´une falaise : bordant le continent, une immense étendue de sable était toute entourée par la mer.
- Regarde, Mar ! s´écria Danma. Là-bas, c´est le village que tu cherchais !
Jak tourna la tête. De l´autre côté de l´étendue de sable, il y avait un bas et large monticule de roche, isolé, sur lequel était perchées de petites maisons rondes, juste à côté d´une haute colonne de pierre sur laquelle se trouvait une grosse maison à deux étages.
- Mar ? Que fais-tu ? Mar ! cria Kadon.
Jak courut en traversant l´étendue de sable, en laissant tous ses coéquipiers plantés derrière lui.
Jak réfléchit pendant qu´il courrait. Est-ce que c´était bien le futur emplacement d´Abriville ? Il regarda derrière lui sans s´arrêter de courir. Oui. Il y avait bien le Temple de la Montagne des Précurseurs, avec ses lumières rondes et magnifiques. Jak avait trouvé ses repères. Il savait où chercher. Ce devait être à droite du Temple de la Montagne. Quelque part par là.
Jak tourna sa tête pour regarder devant lui et ce vers quoi il courrait : le Village des Sables... Alors ce n´était plus que ça... Comme le monde avait changé depuis son enfance : il y avait eu un superbe continent qu´il avait exploré pour aller jusqu´à la Citadelle de Gol et Maya, bordé par la Jungle Interdite et la Plage Sentinelle. Maintenant, le lieu où il avait grandi ne faisait face qu´à l´océan sombre, et c´était un continent hostile et montagneux qui se trouvait à la gauche du Village à présent.
Jak y arriva. Il visita chacune des maisons rendues grises par le temps qui tombaient en ruine. Le moulin du maire ne tournait plus. Les cages de la maison de la dame aux oiseaux avaient disparu. Dans la hutte du sculpteur, il n´y avait plus qu´une statue en pierre représentant une belle femme endormie. Depuis combien de temps le Village était-il mort ? Combien de siècles ?
Jak pénétra dans la hutte de Samos. La Graine Vitale était bien là, au plafond. Il ne la prit pas.
Puis, il sauta du rocher et retourna lentement vers son expédition qui était restée au pied des montagnes.
- Bon, écoutez-moi tous : vous pouvez voir ce temple précurseur là haut. Il va falloir fouiller les montagnes qui sont à droite de ce temple pour trouver ce que nous cherchons.
Et ils repartirent. Ils explorèrent les montagnes, qui n´étaient pas à assez haute altitude pour être enneigées. Un petit troupeau de Metal Heads les attaqua le quatrième jour. Huit morts. Tous, ils cherchèrent, ils cherchèrent, escaladant les roches et les pentes saillantes, encore et encore.
Et puis, un jour, lors d´une pause, une guerrière de l´expédition partit en éclaireur. Quelques minutes après son départ, on entendit un cri terrifié et monstrueux qui se répercuta en écho.
- Qu´est-ce qu´il se passe ?
- C´était quoi ce cri ?
- C´était elle, elle est sûrement morte !
- C´est bizarre...
- Mar ! Où est Mar ? Est-ce que...
- LA-HAUT ! REGARDEZ !
Ils regardèrent tous vers l´endroit, à quelques mètres au-dessus de leurs têtes, qu´un jeune explorateur montrait du doigt en tremblant. Un Metal Head montrait sa tête, puis ses pattes, qu´il posa sur la paroi, près du vide, comme un rapace guettant sa proie. Puis, un autre Metal Head apparut à côté de lui. Puis un autre. Encore un autre. Un par un, sur tous les plates-formes haut placées tout autour d´eux, des Metal Heads apparaissaient, ils étaient des dizaines, des centaines peut-être. Beaucoup des guerriers de l´expédition tremblaient et attendait de voir ce que Jak allait faire. Personne ne parlait. Jak fit quelques pas en avant, lentement, en sortant du groupe. Il tourna la tête vers quelques côtés pour observer les Metal Heads. Pendant quelques minutes... Puis, il se retourna doucement vers tous les autres et dit :
- Ecoutez-moi. Peut-être allez-vous mourir. Peut-être allez-vous souffrir. ... Je n´en sais rien. Ce que je sais, c´est que vous avez cru en moi, tous. Vous m´avez suivi. Alors combattez, maintenant, et faites de votre mieux pour pouvoir continuer à me suivre plus tard. Ces Créatures tout autour de vous peuvent être tuées d´un simple coup d´épée. Certains ont tout perdu à cause de ces monstres. Alors maintenant... vengez-vous ! Vengez-vous de la toute la force de chacune de vos entrailles ! Dégainez !
Paysans, exploratrices, pêcheurs, forgerons ou guerriers de longue date, ils sortirent tous leur épée ou leurs couteaux. Tous.
Les Metal Heads étaient restés parfaitement immobiles. L´un d´eux poussa un beuglement, et soudain, ils sautèrent tous d´un même mouvement sur les coéquipiers, en poussant des rugissements impressionnants. Puis ce fut la confusion totale du combat.
Les Metal Heads attaquaient par vagues, exécutant des assauts meurtriers, et les combattants ripostaient en tranchant autant de têtes ennemies qu´ils pouvaient, dans une pagaille mortelle et titanesque où chacun risquait de tomber dans les ravins environnants. Chaque cri de vengeance, chaque rugissement, chaque bruit de lame, chaque sifflement de griffes, chaque dernier soupir, éclatait et se répercutait en mille échos sur les parois dures et lisses, tout autour, dans un vacarme assourdissant et désespérant.
Puis ce fut la fin.
Au bout de plusieurs heures de sang et de carnage, lorsque tous les Metal Heads furent tués, il ne restait plus personne de l´expédition, sauf Jak, Kadon, Perto et Danma. Tous les quatre se jetèrent quelques regards, puis, chacun se laissa tomber au milieu des dizaines de corps sans vie. Ils étaient épuisés, transpirants, respirant mal, lentement et profondément... Même Kadon, d´habitude si droit et digne, s´était écroulé de fatigue, comme les trois autres, comme un simple château de cartes qu´un énorme coup de vent aurait balayé.
- Nous n´y arriverons pas, dit Danma d´une voix forte au bout de quelques minutes. C´est écrit. L´endroit dont tu parlais, Mar... Il existe, j´en suis persuadé. Mais nous ne réussirons pas à le trouver. Les Créatures nous tuerons avant. Comment ai-je pu être assez naïf pour croire en nous ?
- Qu´aurais-tu fait alors ? demanda Perto, essoufflé. Tu aurais juste tenté de survivre dans ton coin comme un égoïste ?
- Non. Je dresse juste un constat. Suivre Mar était la seule chose que nous devions faire et je suis content de l´avoir faite, même si je vais mourir. Mais nous n´atteindrons pas notre but... Les Créatures sont sûrement des milliers dans ces montagnes.
- Cesse tes paroles défaitistes ! cria Kadon. Nous pouvons y arriver si nous cherchons mieux et plus discrètement !
- Il y a une caverne en contrebas, c´est l´endroit idéal pour se reposer, dit simplement Jak en regardant dans le vide.
Déraciné - Partie 5
Les quatre survivants atteignirent la caverne, et Jak resta à l´entrée tandis que les trois autres s´allongèrent sur les gros rochers qui étaient à l´intérieur.
Jak s´adossa à la paroi de la caverne et regarda le ciel. Le soleil commençait à se coucher. Il se posait des questions. Et s´il n´était pas Mar ? Et si le vrai Mar était quelqu´un d´autre, qui allait apparaître et délivrer tout le monde ? Et si c´était bien lui Mar, mais qu´il n´arrivait pas à sauver la planète des Metal Heads et à fonder Abriville ? Que se passerait-il ? Tout ce qu´il avait vécu dans le futur, est-ce qu´il continuerait à l´avoir en mémoire, alors que son échec dans cette époque empêcherait ce qu´il avait vécu de se produire ? Et tous ses amis, qui ne pourraient jamais exister, qu´allaient-ils devenir ? Juste des souvenirs, perdus à jamais ? On peut se poser tellement, tellement de questions à partir d´un simple « et si » ...
Jak observa le paysage environnant. Oui, il en était sûr, c´était bien dans ce décor de parois rocheuses et lisses, de canyons sombres et profonds, qu´il avait vu la vieille mine d´éco abandonnée, avec Daxter et Pecker. Ce qu´il cherchait avec tous les autres depuis des jours, n´était sûrement plus très loin. Mais où ?
Jak scruta le paysage environnant. Non, rien, il n´y avait rien...
- Va te reposer, je vais prendre ta place...
- Tu es sûr que tu ne veux pas te reposer, Danma ? Les autres se sont endormis.
- Justement, tu dois aussi te reposer, Mar. Vas-y, moi, j´ai eu le repos que je méritais.
Jak alla dans la caverne, près de Kadon et Perto. Mais avant qu´il ait pu s´asseoir, Danma revint vers lui, le prit par l´épaule et lui dit :
- Mar, tu nous avais bien parlé d´une grande porte en fer ?
- Oui, oui, avec peut-être des rails devant... pourquoi me dem...
- Je... je crois que je l´ai vue. Là-bas.
Jak courra vers l´endroit que Danma lui montrait avec son bras. Arrivé à l´entrée de la caverne, il tendit le cou vers l´avant. Au loin, sur une paroi, il voyait quelque chose...
- Perto ! Kadon ! Réveillez-vous ! Danma a trouvé la porte !
- Hm... Comment ?
- Elle est là ! La porte ! Nous sommes sauvés !
Perto caressa son crâne chauve d´un air fatigué et aperçut tout à coup ce que lui montrait Jak et Danma. Il parut soudain beaucoup plus éveillé.
Après avoir réveillé Kadon, ils se mirent en route pour trouver un passage, afin d´atteindre leur but. Ils finirent par accéder à un rebord élevé d´où ils sautèrent pour atterrir sur la plate-forme qui se trouvait devant la porte.
Quand il furent tous les autre sur la plate-forme, Jak se retourna. Pas de doute : c´était bien cette immense porte, lourde, en forme de trapèze, qu´il avait fait exploser des siècles plus tard grâce à un gros train rouge chargé d´explosifs. Il regarda par terre : il y avait même, sur la plate-forme, les deux rails rouge sombre. Alors que ses trois amis l´observaient, Jak s´approcha de la porte. Elle s´ouvrit toute seule, lentement.
Jak, Kadon, Danma, et Perto entrèrent. Tout l´intérieur était quasiment comme lorsque Jak l´avait visité.
Tous les quatre arrivèrent sur la plate-forme ronde au centre de la petite grotte, et elle se mit à tourner légèrement sur elle-même puis à descendre comme un ascenseur. Comme prévu...
Quand la plate-forme ronde fut arrivé en bas, Jak se précipita vers la haute porte qu´il avait devant lui, et la traversa. Enfin. Il y était : la salle où Veger lui avait raconté ses projets et avait réveillé un robot précurseur.
Mais c´était très différent.
Au fond de la salle, on voyait des dizaines et des dizaines de sortes de rochers ronds qui semblaient entièrement constitués de lumière verte, empilés les uns sur les autres, sur toute la largeur de la salle, comme un impressionnant trésor d´émeraudes géants et éblouissants...
- Je... ces choses vertes là-bas... balbutia Perto en tremblant. Je... on me les a déjà décrites... ce... ce sont...
- Quoi donc ? s´empressa Kadon.
- ...ce sont des oeufs de Précurseurs...
Jak ne les regardait pas. Ce qui l´intéressait était au centre de la salle, devant les oeufs...
A la place où, des siècles plus tard, un gouffre avait séparé Jak de Veger, le sol était encore parfaitement plein et stable.
Il y avait à cet endroit une grosse sphère en métal précurseur, une énorme sphère, de la taille de Jak, avec quatre ouvertures rondes, et quatre rayons d´écos, rouge, bleue, verte et jaune, sortaient des quatre côtés entre les ouvertures... Les quatre rayons se rejoignaient au centre de la sphère, formant... une espèce de petit nuage d´un blanc éclatant...
- On dit que c´est ici que les anciens attendaient pour offrir un incroyable pouvoir aux plus méritants... dit Jak d´une voix cassée et remplie d´espoir.
Il fit quelques pas vers la sphère... lentement... Est-ce qu´il ne s´était pas trompé ? Et si cette sphère n´était pas ce qu´il cherchait ?
Soudain, alors que Jak avançait toujours, il y eut un grondement... Puis, le sol se mit à trembler. Puis à se fissurer. A tomber...
- Mar ! Reviens !
Jak se mit à courir vers la sphère... Ce sol qui se dérobait sous ses pieds, cette course avec un but fixe au bout... C´était comme lorsqu´il s´était fait aspirer par l´Anneau, et qu´il avait vu Daxter pour la dernière fois. Oui... oui... mais aussi comme dans le vaisseau des Créateurs Noirs avant son explosion... et cette fois, il avait réussi...
Jak arriva devant la sphère qui commençait à tomber dans le vide. Il sauta vers elle. Il entendit un cri de Kadon qu´il ne comprit pas. Il ferma les yeux. Il sentit qu´il avait plongé dans le nuage lumineux et que, lui aussi, il tombait dans le gouffre qui venait de se former...
L´Eco de Lumière... Finalement, il ne trouverait pas le pouvoir des Précurseurs dont avait parlé Veger, il ne sauverait pas le monde, non, mais au moins, avant de mourir, il avait retrouvé cette magnifique sensation de légèreté et de vie qu´il avait déjà goûtée, dans un paradis perdu qu´il n´aurait jamais dû quitter...
Il sentait que cette sensation allait être la dernière de sa vie. La lumière, le sable, Samos, son oncle adoptif, Daxter, Keira, la cuve d´Eco noire, Gol et Maya, l´Anneau de la Faille, la prison, Torn, Ashelin, Krew, Sig, Praxis mort, Metal Kor, Veger, le désert, la guerre, Errol, Damus mort, les Précurseurs, le baiser d´Ashelin, Kras, Rayn, le baiser de Keira, les Maraudeurs, Keira enceinte, l´autre Anneau, la clairière, Kadon, Danma, Perto, la bataille, le gouffre... Toute sa vie repassa devant ses yeux...
Jak tombait, tombait, et puis... Un choc. Jak ouvrit les yeux. Tout son corps, allongé, était lumineux et magnifique.
Dans un mouvement lent et gracieux, Jak se mit debout. La lumière blanche diffusée par son corps éclairait un peu le noir complet qui se trouvait autour de lui. Il avait atterri sur une immense main ouverte, les cinq doigts légèrement repliés. Une main dure, soutenue par un bras énorme qui sortait par une brèche dans la paroi du gouffre. Il y eut un bruit impressionnant et profond. Et la brèche qui laissait passer le bras, s´agrandit, s´agrandit, la roche se cassait...
Deux yeux. Deux impressionnants yeux ronds et lumineux. Une éclatante lumière rouge apparut au-dessus des yeux et illumina une grande tête sphérique, une longue trompe, un cou étroit, et deux épaules gigantesques...
- Un robot précurseur.
Son regarda était très troublant. Ses immenses yeux immobiles, grands ouverts et sans pupilles, étaient assez inquiétants, mais leur forme ronde et la lumière blanche et chaude qui s´en dégageait avaient quelque chose de réconfortant.
Jak ressentait... Il pensait qu´il ne lui ferait aucun mal... Il sentait que...
- Lève le bras.
Le robot leva un peu plus son bras.
- S... sors de cette caverne.
Tout en gardant Jak dans le creux de sa main, le robot donna plusieurs coups puissants dans la paroi pour agrandir encore la brèche, et lorsqu´elle fut assez grande, le robot sortit complètement de la paroi en flottant dans le vide.
- Je... je peux te contrôler ?
Le robot bougea lourdement sa tête de haut en bas. Oui... oui... il se souvenait... Lorsqu´il avait vaincu Gol et Maya, il n´avait pas fait exploser le robot... Il lui avait demandé de s´autodétruire... Il avait pensé à l´explosion, et elle était devenu réalité... sous son ordre... il ne s´en était pas aperçu sur le coup... maintenant, tout était clair.
- Alors... ramène-moi auprès de amis là-haut.
Le robot se mit à flotter vers le haut, en tenant Jak protégé dans son poing. Lorsqu´ils arrivèrent à la salle remplie d´oeufs de Précurseurs, Jak, fou de joie et encore transformé par l´Eco de Lumière, cria à ces amis :
- J´ai réussi ! J´ai réussi ! Ils ne sont pas morts pour rien ! J´AI REUSSI !
Toujours dans la paume du géant de métal, il se tourna vers lui et lui dit :
- Prends-nous tous les quatre, et emmène-nous à l´extérieur !
Kadon, Perto, et Danma passèrent les heures qui suivirent à crier victoire sur l´épaule large du robot précurseur, tandis que Jak, agenouillé dans la main du robot et toujours lumineux, était ivre de la sensation de contrôler tous les robots précurseurs dans le monde, endormis depuis des siècles, et maintenant réveillés. Il lui semblait avoir mille yeux, mille oreilles, mille idées, il pouvait voir ce que voyait chacun des robots, il faisait corps avec chacun d´eux... Partout sur la planète, les robots massacraient les Metal Heads, utilisaient leurs lasers pour tous les exterminer... Jak voyait... Sur tout le globe, il voyait les peuples qui, dans leurs campements, s´étaient mis à sauter de joie, il voyait les explorateurs solitaires impressionnés, ils voyaient des gens de peuples différents s´embrasser et se faire des accolades les uns les autres.
- Finalement, je suis bien Mar... murmura Jak.
« Ce parchemin contient un secret. Moi, Mar, fondateur d´Abriville, je le donnerai à Anian, la devineresse la plus douée et la plus valeureuse de la cité. Elle a une fille. Cette fille apprendra le secret. Ce secret devra rester absolu jusqu´à ce que tout se réalise.
Je viens du futur. Oui, je suis né lorsque Abriville sera construite depuis des siècles et qu´elle sera assaillie à nouveau par les Créatures, comme c´est encore le cas aujourd´hui. Les Créatures auront changé de nom. Un despote aura pris le pouvoir après avoir banni de mon héritier dans les Terres Pelées. J´apparaîtrai dans le ciel, dans une grande lumière violette, avec mon ami. Je ne connaîtrai rien de mon monde natal, je ne connaîtrai même pas mon vrai nom, Mar.
J´accomplirai des exploits. Cette prophétie, sera transmise de génération en génération et à travers les siècles, aux descendants d´Anian, grâce à ce parchemin, jusqu´à ce que tout ça se passe.
Et c´est là que la descendante d´Anian devra intervenir. Je connais déjà son nom, mais je ne le dis pas, pour qu´il soit donné naturellement par la mère à sa fille. Cette descendante devra veiller à ce que rien n´empêche ce sauveur, c´est à dire moi-même, d´aller dans les Terres Enneigées et d´être attiré malgré moi dans un Anneau qui me fera traverser le temps. Ainsi, j´irai accomplir mon destin de Mar. L´avenir permettra donc au passé de se réaliser. »
- Alors Onin est la descendante de cette Anian ? demanda Sig.
- Ouaaaaark ! Oui, d´ailleurs Onin, lorsqu´elle a su que tous les événements écrits sur ce parchemin se produisaient, s´est mis à dire à qui voulait entendre ses prophéties que le sauveur allait bientôt venir, qu´un être spécial apparaîtrait dans le ciel et tout et tout, expliqua Pecker. Errol en a sûrement entendu parler et il l´a crue...
- Et c´est comme ça qu´il a eu l´idée d´attendre Jak et de l´utiliser pour son projet Dark Warrior ! s´exclama Torn.
- C´est dommage que Daxter ait refusé de venir... déclara Sig. Et Keira qui n´est toujours pas au courant...
- Ouarrrk ! Onin dit qu´au dos, il y a un message qui... qui vous est adressé à tous.
Ashelin retourna le parchemin qu´elle avait lu à voix haute, et, sur le papier usé par les siècles, à l´écriture parfois presque effacée, elle lut :
« Salut. Daxter, Keira, Sig, Ashelin, Torn, Samos, vous êtes tous là à me lire ? J´ai passé tellement de temps à penser à vous tous. Vous étiez mes amis... Mais je ne sais même pas si finalement, vous allez exister. J´ai peut-être changé le cours des choses. Si vous êtes tous là, sachez que c´est très dur pour moi. J´ai reconstruit Abriville selon mes souvenirs, je ne peux pas prendre le moindre choix qui irait contre ce que j´ai en mémoire, parce que je ne sais pas quelles conséquences ça pourrait avoir. Et j´ai l´impression que, de toute façon, il m´est impossible de changer quoi que ce soit... C´est terrible de ne pas choisir... C´est comme si je n´avais plus aucune vraie liberté de mouvement... J´ai beau être roi d´Abriville et adulé par tous ses habitants, tout me paraît fade et déjà écrit d´avance.
Mais ce n´est rien ça. Ce qui est vraiment terrible, c´est de ne plus jamais vous revoir, tous. J´ai pensé à ordonner des recherches concernant l´Anneau dans les Terres Enneigées, pour revenir dans notre époque. Ils n´ont rien trouvé et ils ne trouveront jamais rien, je le sais : l´Anneau était bien enseveli dans la roche de la montagne avant que je l´ai traversé. Il n´a donc jamais été trouvé. Je ne vous reverrai jamais. Jamais. C´est dur d´écrire ce mot. Jamais.
Samos, j´espère que tu seras heureux d´être grand-père. Dax, profitez de la vie, toi et Tess. Sig, j´espère que tu te débrouilles bien sur le trône de Spargus. Ashelin et Torn, vivez... vivez... Moi... C´est écrit, pas vrai ? Mar est mort et enterré dans son tombeau, il y a plusieurs siècles, tout le monde le sait. Vivez ! Moi je suis mort.
Jak. »
Sig, Ashelin, Torn, et Samos sortirent de la tente d´Onin, la tête lourde de souvenirs et les yeux lourds de larmes.
Déraciné - Partie 6
Jak ferma l’œil gauche. Il leva lentement la grosse arme de métal qu’il portait, en visant une corniche en contrebas où grouillait un groupe de Metal Heads discret. Il pressa la gâchette. Le canon de l’arme vomit aussitôt une épaisse boule d’éco jaune qui fila tout droit vers la corniche. Les Metal Heads poussèrent des beuglements furieux et furent tous projetés dans le ravin par l’explosion jaune vif.
Jak les regarda tomber silencieusement dans le vide en murmurant :
- On est encore loin du blaster mod, mais c’est déjà pas mal...
Il se trouvait dans le Temple de la Montagne des Précurseurs. Il faisait nuit. Jak entendit des bruits de pas derrière lui, résonnant sur le sol en métal précurseur du temple. Il se retourna. Danma, équipé lui aussi d’une arme rudimentaire, courrait vers lui.
- Tu as repéré d’autres troupes de Créatures ? lui demanda Jak.
- Non, je suis certain qu’il n’y en a plus dans les alentours de ce temple. Mais ce n’est pas le plus important. Ecoute, Mar, c’est la panique dans l’Abriforêt, là-bas il y a beaucoup plus de troupes de Créatures que tout à l’heure. Ils m’ont demandé de venir te chercher ici ! Et... Kadon a dit que toi et moi n’aurions pas dû les laisser pour venir ici...
- Il fallait qu’on assure nos arrières ! On aurait tous été pris entre deux feux si les Créatures avaient réussi à entrer dans la forêt en passant par ici ! Au moins, maintenant, on est sûrs que rien n’arrivera de côté. Allez, viens...
Jak et Danma sortirent du temple en courant. Ils arrivèrent ensuite devant une plate-forme précurseur suspendue dans le vide qui se mit à bouger après qu’ils eurent sauté tous les deux dessus. Elle glissa rapidement dans les airs et parcourut un ravin, puis un grand portail précurseur... Jak essaya de ne pas penser aux souvenirs qui repassaient devant ses yeux...
Jak releva la tête. La plate-forme était arrivée à l’entrée de l’Abriforêt. Danma et lui y entrèrent. Danma avait raison : c’était la panique. Une vraie pagaille où tout bougeait rapidement et où la mort grouillait : partout, des dizaines, des centaines peut-être Metal Heads tuaient, projetaient des hommes quinze mètres plus loin (ils atterrissaient parfois comme des poupées de chiffon sur les dures parois de pierre environnantes), sautaient, gesticulaient, massacraient... Les soldats essayaient tant bien que mal d’esquiver les coups de griffes et les rayons projetés par les Metal Heads, d’un violet sombre, contrastant avec les tracés jaune brillant que crachaient les armes à éco jaune.
Les bruits de combat se confondaient tous dans un mélange assourdissant : les rugissements de Metal Heads, les cris des soldats, les sifflements des tirs, les ordres hurlés à distance, les derniers soupirs...
- Ah ! Vous voilà ! gronda Kadon lorsque Jak et Danma coururent vers lui se baissant pour éviter le risque d’être touchés par les rayons mortels d’Eco Noire qui filaient dans tous les sens. Nous sommes dans le pétrin ! Mar, suis-moi vite ! Ils sont en train de démanteler la bombe ! Allez !
Jak suivit Kadon qui l’emmena vers la partie ouest de l’Abriforêt tandis que Danma repartait au combat.
- Pourquoi n’as-tu pas demandé à des soldats de venir la protéger ?
- Ils étaient tous partis là-bas à cause de l’offensive et personne ne m’entendait dans ce maudit vacarme. Et puis, ils ne connaissent pas la bombe, ce ne sont pas des ingénieurs. Mais c’est toi qui l’as fait construire, Mar, tu sauras mieux que n’importe qui comment... Regarde, là-bas !
Cette partie de la forêt était très calme. Kadon montra de son doigt imposant la plate-forme surélevée recouverte de verdure et surplombant le lac de la forêt, au pied de l’imposant rempart d’Abriville récemment construit. Posée sur un large socle pourvu de roues, une gigantesque bombe en métal, sphérique, comme un scarabée géant replié sur lui-même, trônait là, et des Metal Heads étaient en train de l’escalader ou d’examiner le haut de la bombe en reniflant.
Jak, caché derrière un arbre avec Kadon, regarda son compagnon et lui murmura :
- Il y a une ouverture au sommet de la bombe. Si on les dégomme une par une, les Créatures vont s’affoler et risquent d’être beaucoup plus rapides à la trouver.
- Il faut donc que nous les surprenions... conclut Kadon. Compris.
Jak et lui levèrent leurs armes discrètement, en prenant garde que leurs ennemis ne les repèrent pas. Heureusement, il faisait encore nuit.
- A trois. Un, deux...
Kadon ne prononça jamais le trois. Un bruit impressionnant, sourd, métallique, provint de l’intérieur de la bombe. Des jets d’étincelles se mirent à jaillir du sommet. Une partie de la surface extérieure de la bombe se détacha et tomba dans l’herbe, révélant en partie un système de fils rouges et d’explosifs, et, surtout, deux Metal Heads qui sortirent en poussant des cris bestiaux de triomphe. Tous les autres rugirent et se mirent à démolir le plus possible la bombe, dans une pluie d’étincelles qui ne s’arrêta que lorsqu’ils poussèrent les débris informes et fumants dans le lac. Quelques gouttes de pluie commençaient à tomber.
- Oh non... Les Créatures l’avaient déjà trouvée... murmura Kadon horrifié pendant que les restes de la bombe coulaient en produisant de grosses bulles de vapeur.
Il y eut alors un rire. Puissant. Très puissant. Un rire énorme, retentissant, tonitruant, un rire d’ogre qui se répercutait sur les parois de la forêt. Jak et Kadon jetèrent des regards autour d’eux. Rien.
- Vite ! Il faut qu’on retourne là-bas ! dit Jak en courant tandis que la pluie s’intensifiait.
Le combat avait cessé. Les soldats et les Metal Heads s’étaient immobilisés à l’écoute du rire. Il y eut un silence. Les Metal Heads, sans paraître inquiets, regardaient les soldats de leurs yeux sans pupilles. Un orage commençait à éclater. Des éclairs zébrèrent le ciel.
Une énorme masse noire apparut soudain dans le ciel nuageux, obscurcissant un peu plus l’Abriforêt. Un masse pourvue d’ailes longues et transparentes...
- Kor... murmura Jak.
Le chef des Metal Heads se posa au sommet de la cascade de l’Abriforêt en produisant un bruit profond qui s’ajouta à celui de la pluie et du tonnerre. Les hommes étaient pétrifiés mais aucun Metal Head n’en profitait pour tuer. Ils attendaient sûrement des ordres. On n’entendait plus que l’orage.
Metal Kor observa quelques secondes les minuscules soldats. Personne ne bougeait. Personne ne cherchait à fuir ou à s’abriter de la pluie torrentielle. Il ne prononça que quatre mots de sa voix puissante.
- La bombe est détruite.
Aussitôt, venant de derrière Kor, une vague impressionnante de Metal Heads sauta du haut des parois de pierre, s’ajoutant aux autres créatures déjà présentes. Les Metal Heads fraîchement débarqués se jetèrent sur les soldats et continuèrent le carnage que les premiers avaient entamé. Ils dévorèrent quelques corps de soldats. Les hommes survivants ne se battaient plus qu’avec l’énergie du désespoir... On voyait de moins en moins de tirs d’éco jaune. Et de plus en plus d’éclairs dans le ciel noir d’encre...
Jak sortit du couloir de pierre qui menait à la partie ouest de la forêt. Il sentit les gouttes de pluie glacées frapper son visage. Il hurla :
- HE !
Kor tourna son visage de cauchemar vers lui.
- LA PREMIERE REGLE QUAND ON FABRIQUE UNE BOMBE, C’EST D’EN FAIRE TOUJOURS DEUX !
Jak prit une petite réserve d’éco rouge et la jeta d’un geste rageur dans le canon de son arme. Avec son bras droit, il la leva maladroitement vers le ciel. Une boule jaune entourée d’un épais halo rouge vif en sortit, sa lumière se reflétant sur les gouttes de pluies qu’elle croisait. Elle éclata très haut dans le ciel en produisant une petite explosion, et le même rire effrayant qui avait retenti tout à l’heure s’échappa de la gueule du chef des Metal Heads.
- C’est cela ta deuxième bombe ? rugit Kor d’un air triomphant.
Jak attendait. Puis il l’entendit. Un bruit dur. Assez lointain. Un long bruit, continu, grondant, uniforme et de plus en plus proche. Ils avaient vu le signal...
- A couvert ! Tous là-dedans ! cria Jak.
La vingtaine de soldats survivants, Danma et Kadon y compris, courra vers le couloir de pierre d’où était sorti Jak. Une fois tous à l’intérieur de la cavité rocheuse, ils utilisèrent leurs dernières réserves d’éco jaune pour repousser et éliminer les Metal Heads qui tentaient d’entrer eux aussi.
Jak leva les yeux vers Kor. Surplombant son armée de Metal Heads grouillante qui avait complètement rempli cette partie de la forêt, il ne semblait pas avoir remarqué ce qu’il y avait derrière lui. Malgré le dense rideau de pluie, Jak pouvait apercevoir une immense sphère qui dévalait la pente de la montagne, comme une grotesque boule de neige métallique et mortelle. Kor sembla entendre au dernier moment le son du roulement de la bombe. Il se retourna lentement au moment où la bombe, identique à la première détruite, terminait sa course en roulant à côté de lui et atterrissait dans la forêt.
Jak ferma les yeux et se baissa en se protégeant le visage avec ses bras. Il entendit le bruit colossal de l’explosion, il sentit le souffle, il écouta le grouillement des centaines de Metal Heads tués et projetés. Puis il y eut un hurlement de rage. Et le silence. Ou presque. On n’entendait que la pluie.
Jak rouvrit les yeux. Il n’y avait plus Metal Kor. Jak ne s’était pas attendu à le voir encore ici, mort ou non. Mais, à part les débris encore fumants de la bombe qui avait éclaté au pied de la cascade, le sol vert de l’Abriforêt était partout recouvert de cadavres de Metal Heads. Certains corps avaient même atterri jusque dans le couloir de pierre, aux pieds des soldats. L’explosion les avait tous balayés, accentuée par la force de la descente et le fait que cette partie de la forêt formait une sorte de cuvette...
Les soldats survivants n’osaient plus bouger. Ils montraient des visages heureux, ils étaient sains et saufs.
Tandis que les autres allaient vérifier que tous les Metal Heads étaient bien morts, Jak se laissa tomber contre la paroi de pierre et murmura doucement pour lui-même, entre deux respirations saccadées :
- Merci pour le conseil, Praxis...
Déraciné - Partie 7
Seem regarda l’immense statue de l’Oracle, saisi d’un sentiment de nostalgie que rien dans son visage de sphinx ne laissait deviner. De toute façon, il n’y avait personne pour l’observer. Il entendit le bruit familier de la porte, derrière lui. Bien qu’il fut surpris de voir qui venait d’entrer, il garda une expression parfaitement neutre.
- Salut à vous, Samos.
- Salut à toi, heu...
- Mon nom est Seem.
- Ah, eh bien, salut à toi, Seem, bougonna Samos. Mais... Ooooh ! Nom d’un yakow ! C’est... c’est un Oracle précurseur ?
Il venait de voir l’imposante sculpture derrière Seem qui lui répondit :
- Oui, c’est autour de cette statue que ce Temple a été construit, et à cause d’elle que l’ordre des Moines est apparu, il y a des siècles. Les Oracles ont toujours été pour les Précurseurs le moyen d’entrer en communication avec les êtres qu’ils ont créés, c’est à dire nous. Mais maintenant que les Précurseurs sont partis continuer la guerre contre les Créateurs Noirs, cette statue et toutes ses semblables dans le monde se sont tues à jamais...
Seem poussa un soupir et regarda vers le plafond d’un air froidement rêveur.
- J’espère tout de même qu’ils vont revenir un jour. Leur départ a signé la fin de leur collaboration très étroite à travers les siècles avec nous les Moines. Ils nous avaient révélé beaucoup de secrets... Et puis, s’ils revenaient, nous pourrions voir les autres, ceux qui avaient été faits prisonniers par les Créateurs Noirs et que Jak a sauvés.
- Jak avait sauvé d’autres Précurseurs ? demanda Samos stupéfait.
- Bien sûr. D’où croyiez-vous que cette fusée venait ? Du vaisseau... Ils ont criés : « Notre héros ! » quand il les a libérés... Rien d’étonnant à cela.
Seem détourna ses yeux du plafond et posa à nouveau son regard sur le vieux sage.
- Mais vous ne m’avez toujours pas dit pourquoi vous êtes venu ici, Samos...
- Ah oui ! Hé bien, Daxter m’a dit que les Moines avaient toujours considéré Mar comme un ennemi parce qu’il avait usé d’un pouvoir des Précurseurs, et donc commis un sacrilège. Et... et je voulais savoir si c’était vrai, Seem.
Il attendit quelques secondes avant de répondre.
- Plus maintenant. Peu avant que les Précurseurs ne partent, ils nous ont révélé qui était vraiment Mar.
- Vous saviez aussi que c’était Jak ? s’étonna Samos.
- Comment le savez-vous ? demanda précipitamment Seem.
- Ce serait trop long à t’expliquer. Mais, écoute... Je... je voulais savoir aussi ce qu’était ce pouvoir...
Seem se pinça les lèvres.
- Très bien. Il s’agit de quelque chose de très difficile à préparer. Veger pensait que l’Eco Blanche était la clé. Mais il s’était trompé. Il m’avait demandé d’atteindre ce pouvoir et de le lui donner. Il m’avait même menacé dans cette salle pour que je le trouve plus rapidement. Veger n’a quasiment pas utilisé ce pouvoir... Il disparaît très rapidement quand ce ne sont pas des Précurseurs qui l’utilisent... Avez-vous déjà entendu parler de l’Eco de Lumière, Samos ?
Samos sursauta.
- Bien sûr ! Le mélange des quatre écos de couleur ?
Le visage androgyne de Seem laissa voir une expression de surprise.
- Vous êtes décidément beaucoup plus sage que je ne le pensais, Samos... Oui, c’est bien le mélange des quatre écos. Mais il faut des quantités parfaitement égales de chacune, et c’est pour cela que ce pouvoir demandait de longues recherches que Veger trouvait trop lentes. Les Précurseurs n’ont pas créée l’Eco, mais ils ont réussi à mettre un peu de leur essence dans chacune, et à faire en sorte que l’Eco de Lumière donne le pouvoir de contrôler les robots précurseurs.
Les yeux de Samos s’agrandirent.
- Contrôler les robots précurseurs ?
- Oui... Avez-vous d’autres questions, Samos ?
Le sage à la peau verte sembla perdu dans ses souvenirs pendant quelques secondes avant de répondre :
- Non... Aucune, merci... Ah, si ! J’ai cherché dans tous les vieux documents que j’ai pu dénicher à Abriville mais je n’ai rien trouvé là-dessus... Dis-moi, Seem... comment Mar est-il mort ?
Déraciné - Partie 8
- Vos ordres ont été respectés. Des gardes se relaient jour et nuit pour garder cette vieille hutte sur son rocher dans la ville est. Même si, comme moi, ils ignorent complètement pourquoi elle mérite d’être protégée ainsi.
- Je ne peux pas vous le révéler, Varog. Tout ce que je peux dire, c’est que si quelqu’un la détruit ou vole quoi que ce soit à l’intérieur, je le jugerai moi-même sans le faire passer par le Haut Conseil. Est-ce clair ?
- Très clair, grand Mar.
Ils se trouvaient dans le palais, dont la construction s’était terminée il y a quelques jours à peine. Plus précisément, cette réunion se tenait dans la salle du trône, dont les vastes fenêtres laissaient voir la toute jeune Abriville. Sur le sol de la vaste pièce, une longue table avait été installée, et toute une brochette de conseillers royaux y étaient assis. Tandis que tout en haut des marches qui menaient au trône, se trouvaient Jak, Kadon et Perto.
- Très bien, je vous remercie, répondit le dénommé Varog. Je n’ai pas d’autres choses à rapporter et j’ai malheureusement d’autres choses à m’occuper. Pardonnez-moi donc de ne pas rester parmi vous plus longtemps. Mes respects, grand Mar.
Varog, un homme grand et imposant doté d’une longue toge noire et d’une barbe tombante, quitta la salle.
Peu après, un autre conseiller leva la main.
- Qu’y a-t-il ?
- Eh bien, grand Mar, il s’agit de ce... ce projet dont vous avez demandé la réalisation. Ce...
Le conseiller chercha quelques secondes une note parmi une liasse de papiers.
- Ce... Port Souterrain.
- Quel est le problème ?
- Eh bien... Beaucoup d’entre nous sont très perplexes face à ce projet. Il s’agit de quelque chose de très coûteux qui risque d’être particulièrement complexe et dangereux à construire. D’autant que... Vous ne nous en avez toujours pas expliqué le principe et l’utilité...
Il y eut un lourd silence pendant quelques secondes avant que les conseillers n’eurent une réponse :
- Perto va vous expliquer cela.
Perto s’avança un peu en descendant quelques marches.
- Le principe est assez simple. Les plongeurs de Mar ont découvert un long, très long passage souterrain qui débute d’une grotte sous-marine et finit à une sortie à l’air libre, dans les montagnes, là-bas. Nous sommes encore assiégés par les Créatures. Ce passage permettra d’aller chercher discrètement des vivres dans les Terres Pelées à l’insu de nos ennemies, et donc de ravitailler la ville. Mais ce passage nécessitera bien sûr qu’il soit complètement vidé de son eau pour que des hommes puissent aller à pied chercher de la nourriture. Ce Port formera donc une bulle d’air sous l’eau.
Il y eut quelques discussions fébriles à voix basse parmi les conseillers. Un troisième leva la main et posa une question.
- Mais pourquoi avoir prévu ce système de réservoirs et de pompes pour vider et remplir cette « bulle d’air » de son eau ?
- C’est simple, reprit Perto. Des hommes seuls ne peuvent pas transporter efficacement des quantités de nourriture sur leur dos ou dans leurs mains. C’est pourquoi, pour transporter les vivres vers la surface, de petits bateaux seront très pratiques. En utilisant ce système de gros réservoirs que nous construirons sous le sol de la mer, et de pompes, nous pourrons à notre guise faire descendre et remonter le niveau de l’eau à l’intérieur du Port Souterrain. Les bateaux pourront donc être facilement descendus jusqu’au niveau du passage souterrain, et accueillir les vivres, puis être remontés jusqu´à la surface lorsque nous remplirons à nouveau le Port et donc que le niveau de l’eau remontera. Bien sûr, les portes qui refermeront le passage seront fermées pendant ces moments, sans quoi il sera inondé lui aussi.
Il y eut d’autres discussions à voix basse. Certains semblaient très enthousiasmés par l’idée. Une autre main, cependant, se leva :
- Et si les Créatures découvrent ce passage ? Ce sera un excellent moyen d’entrer dans la ville.
- Oh non.
- Et pourquoi, grand Mar ?
- Parce que dans ce cas, nous pourrons fermer à jamais les portes du passage. J’ai fait sculpter une clé incrustée d’un rubis que je serais le seul à détenir. Nous serons donc quand même en sécurité si les Créatures découvrent le souterrain et essaient d’entrer par là. Y en a-t-il d’autres qui seraient encore opposés à ce projet ?
Personne ne dit plus rien jusqu´à ce qu’une voix étouffée par un casque se fit entendre :
- Et où en est la construction de la grande arme ?
- J’allais y venir, grand Kadon ! répondit un conseiller. Elle est terminée ! Ou presque... Il reste quelques derniers réglages et nous pensons que nous pourrons bientôt l’utiliser contre le Nid ! Abriville va peut-être enfin vivre tranquille !
Jak sourit tristement en pensant qu’il faudrait attendre plusieurs siècles avant que ce soit le cas. Un autre homme reprit la parole :
- Ah, au fait, je dois vous signaler que la tribu Sans-nom en a un, à présent. Les Moines les ont surnommé les Maraodors. Ces maudits prêtres sont en train de raconter partout que ce sont des infidèles, des fuyards... Devons-nous montrer notre soutien envers eux ? Nous pourrions leur proposer à nouveau d’habiter ici à Abriville... Qu’en pensez-vous, votre grandeur ?
- Non. Vous savez comme moi que les Sans-nom aiment vivre seuls.
- Mais... je vous signale tout de même que ce sont eux qui ont poussé la seconde bombe du haut de la montagne la nuit de la bataille dans l’Abriforêt !
- Certes, mais je pense qu’ils n’ont que faire des insultes que peuvent lancer ces Moines depuis leur île désertique. J’espère juste que personne n’oubliera qu’ils ont toujours été là pour défendre Abriville...
- Très bien. Et toujours à propos des Moines... Il paraît qu’ils étaient furieux lorsqu’ils ont appris que vous avez utilisé des objets précurseurs venant du Temple de la Montagne pour faire fonctionner votre phare, grand Mar... Ils ont juré qu’un jour ou l’autre ils remettraient ces trois pièces à leur emplacement d’origine pour laver ce blasphème.
- De toute façon, ils pensent déjà que nous avons construit la Ville du Sacrilège... Partez, à présent. Merci à tous.
Tous les conseillers se levèrent de leurs chaises et quittèrent un à un la salle du trône. Lorsqu’ils furent tous partis, il y eut quelques secondes de silence avant que Perto ne se tourne vers son compagnon et dit :
- Ai-je bien expliqué tous les mécanismes de ton Port souterrain, Mar ? Au fait, pourquoi as-tu posé cette question sur l’arme ? Es-tu pressé de t’en servir ?
Jak retira lentement de ses deux mains le casque qu’il portait tout en disant :
- Assez. C’est quand même notre seule chance d’entrer dans le Nid des Créatures. Kadon, ton casque est très inconfortable, surtout pour les oreilles. Par contre ta tenue est très seyante...
- Pas comme la tienne ! maugréa Kadon en jetant un regard agacé à l’épaisse tenue royale pleine de dorures qu’il portait. Mar, je ne comprends pas pourquoi tu t’obstines à me faire passer pour toi auprès de toute la ville ! C’est toi, leur sauveur, qu’ils voulaient comme roi ! Pas moi !
- Je n’ai jamais beaucoup aimé commander, Kadon...
- Mouais... il n’empêche que je donne beaucoup d’ordres pour la ville qui viennent en fait de toi... Et c’est mon visage qu’ils vont avoir en tête en entendant ton nom... Regarde.
Kadon sortit d’une pliure de sa robe une réplique miniature de la majestueuse statue que Jak avait déjà vue, un jour, dans un égout...
- C’est le modèle sur lequel ils se sont basés pour construire cette statue géante de moi, expliqua Kadon.
- Très ressemblant... commenta Jak. Est-ce qu’ils ont bien mis le Cœur de Mar à l’intérieur ?
- Oui, oui, le sculpteur en chef l’y a mis lui-même discrètement. D’où vient-elle cette chose ?
- C’est une gemme d’énergie très précieuse que j’ai découverte l’autre jour, dans la carrière d’éco. Je voulais qu’on la cache pour... pour éviter d’exciter les convoitises, bredouilla Jak.
- Je vois... murmura Perto. A propos de statues... moi aussi j’ai de petits modèles.
Perto montra à ses deux amis trois minuscules statues qui représentaient Danma, avec son simple casque, Jak, drapé dans une grande toge et coiffé du casque de Kadon, et lui-même, Perto, avec son crâne chauve, ses yeux fatigués et sa barbe en deux pointes.
- Les sculpteurs ont prévu de mettre de statues géantes identiques à celles-ci devant tous les murs, partout dans le sanctuaire de la Pierre des Précurseurs.
- Le sanctuaire est prêt ? demanda Jak qui se rappelait bien des immenses sculptures qu’il avait remarquées quand il avait passé les Epreuves du Passage à l’âge adulte.
- Quasiment prêt. Il reste les derniers petits préparatifs et nous pourrons installer la Pierre juste en dessous de la grande statue.
- Quel dommage que les Créatures aient réussi à détruire tous nos autres œufs... soupira Kadon. Mais ce dernier œuf de Précurseur sera bien protégé dans ce sanctuaire...
Les portes de la grande salle s’ouvrirent. Danma arriva avec une expression de bonheur et se dirigea vers les trois autres en annonçant :
- Mon fils vient de naître !
Jak, Kadon et Perto le félicitèrent chaleureusement.
- Est-ce un beau bébé ?
- Très beau... Il a les mêmes yeux que sa mère !
- Espérons qu’il n’aura pas le pessimisme de son père ! s’exclama Kadon en donnant un tape musclée dans le dos de Danma.
- Danma ? Je... je te souhaite beaucoup de bonheur avec ton fils... Mais... Pourrais-tu me rendre un petit service ? hésita Jak en entraînant Danma à part.
- Bien sûr, Mar. Quoi donc ?
- Sais-tu où est la devineresse Anian ?
- Oui. Que lui veux-tu, Mar ?
- Pourrais-tu lui remettre ce message ?
Jak sortit le parchemin roulé sur lequel il avait écrit qu’il venait du futur et le message que ses amis, ses autres amis, des siècles plus tard, pourraient peut-être lire, ce message dans lequel il avait décrit son sentiment d’atroce prison invisible qu’il ressentait depuis des mois...
- Il faut que personne d’autre qu’Anian ne le lise. Je lui aurais bien donné moi-même, mais je dois faire quelque chose... Excuse-moi, je sais que tu as d’autres choses en tête après la naissance de ton enfant, mais Kadon et Perto sont aussi très occupés...
- Ne t’inquiète pas, Mar ! Je ne serai pas très long ! répondit Danma avec un sourire en prenant le parchemin.
Il quitta la salle en même temps que Perto et Kadon qui partirent pour aller s’atteler, comme tous les soirs, à des lectures de documents et à quelques prises de décisions concernant la gestion d’Abriville.
- Tu viens, Mar ? demanda Perto en se retournant vers Jak.
- Je vous rejoindrai. J’ai quelque chose à faire avant...
Perto s’en alla lui aussi, laissant Jak, qui quitta lui aussi la pièce quelques minutes après, d’une démarche lente. Il visita le Palais, contemplant les magnifiques jardins intérieurs et déambulant dans les couloirs, jusqu´à ce qu’il arrive à celui qui menait à sa chambre. Il y entra. Un très large lit blanc et moelleux occupait la moitié de la pièce, en face d’un mur contre lequel il y avait une grosse cheminée sur laquelle était sculpté le Sceau de Mar.
Jak s’agenouilla près du lit et passa son bras en dessous pour attraper ce qu’il y avait caché. Ses doigts agrippèrent une petite bouteille de verre. Il la tira vers lui. Elle était remplie d’un liquide couleur noir de jais. Sur l’étiquette collée à l’avant de la bouteille était écrit : « ESSENCE DE MORT NOIRE ». La Mort Noire... Une plante rare et mortelle des Terres Pelées...
C’était la vraie raison pour laquelle il s’était inquiété de la construction de l’arme ultra puissante qu’il avait construite pour faire exploser les nids des Metal Heads... « Le pauvre imbécile est mort avant d’avoir pu l’utiliser, mais, il y en a une autre que j’adore... »
Il ne pouvait plus vivre, il ne supportait plus de subir cette existence morne et balisée dont il connaissait tout d’avance, où il avait peur que le moindre de ses gestes, la moindre de ses décisions ne contredise ce qu’il avait vu dans ces souvenirs. Il avait une crainte monstrueuse qu’un effet papillon empêche l’existence de ses amis, ses vrais amis qu’il avait quittés pour toujours.
Jak regarda un parchemin posé sur son lit. Il y avait écrit il y a quelques jours qu’il léguait le trône de la ville à l’enfant de Danma, et que la transmission du pouvoir se ferait de génération en génération... Kadon pourrait ainsi reprendre sa tenue habituelle... Sous son casque, personne ne s’apercevrait que c’était lui qui avait siégé ces derniers mois sur le trône de Mar... et personne ne verrait que dans le cercueil, ce n’était pas l’homme fier et imposant des statues, mais lui, Jak, l’éternel déraciné, qu’on enterrerait dans le « sanctuaire » de la Pierre des Précurseurs... le Tombeau de Mar...
- A la santé de ton fils, Danma... murmura Jak en levant la bouteille.
Une larme coula de son œil droit. Il respira doucement l’odeur de l’essence de Mort Noire. Le poison était froid, très froid. Jak porta à ses lèvres le goulot de la bouteille...
Danma but encore une gorgée et reposa son verre sur le comptoir. Il ne savait plus ce qu’il devait penser.
- Et alors, à ce moment-là, on a vu les bouts de rails rouge sombre au fond du ravin. On les a remontés tout en haut et on les a remis au bout de ceux qui étaient sur la plate-forme de roche (celle qu’on avait fait péter et remplacée par nos trucs de ferraille). On pensait que ça allait casser, mais non, ces foutus rails des Précurseurs tenaient encore très bien ! Bon, après, on a construit le reste du réseau avec de beaux rails rouges vifs tout neufs et...
- Oui, oui, c’est bon, tu nous l’as déjà raconté, tout ça, vieux... la construction de la carrière d’éco, et tout et tout...
- Hé ! Un peu de respect ! J’te signale que c’est grâce à cette carrière que le réseau de la ville a de l’éco bleue. Sans moi et les autres, on ne pourrait même pas être éclairé ici... Alors ne m’interrompe pas ! Bon, où j’en étais ?
Danma n’écoutait pas. Il se trouvait dans la brasserie de la ville. Il n’avait pas pu s’empêcher de lire le parchemin que lui avait donné Mar avant de le donner à Anian, sans rien dire. La seule chose qui ne l’avait pas étonné était que Mar avait écrit qu’il était roi d’Abriville adulé par les habitants, sûrement pour ne pas révéler en plus à Anian que c’était en fait Kadon qui dirigeait la ville. Danma avait passé environ un heure à boire des verres de bière de Lurker en essayant de digérer le fait que le héros qu’il admirait depuis toujours venait du futur...
- Oh et puis zut... Je lui parlerai peut-être plus tard...
Déraciné - Partie 9
- Qui es-tu, Mar ?
Jak fut si surpris qu’il lâcha la bouteille qui se fracassa contre le sol en répandant le liquide noir partout autour.
Jak se retourna pour voir d’où venait la voix grave qui venait de retentir dans la chambre. Un corps blanc, brillant et lumineux flottait à quelques centimètres au-dessus du sol, devant la cheminée.
- Qui es-tu, Mar ? répéta la voix. Tu es le deuxième à avoir atteint notre grand pouvoir de lumière. Qui es-tu ?
Jak éclata de rire pendant plusieurs longues secondes. Le corps lumineux continuait de flotter devant lui.
- Je ne suis pas le deuxième : la première fois, c’était déjà moi. Vous pouvez vous montrer sous vos vraies formes, vous savez...
- Heu... Que veux-tu dire ? demanda la puissante voix.
- Bon... Vous êtes petits, poilus et oranges. Et vous avez de longues queues. Vous avez compris ?
Le faux précurseur flotta encore quelques instants devant la cheminée avant de se volatiliser. Il y eut une petite lumière blanche et trois petites plates-formes précurseurs apparurent, sur lesquelles se tenaient les trois Précurseurs velus que Jak connaissait bien.
- Ouaoh ! s’exclama celui dont le casque lui masquait les yeux. Comment tu as deviné tout ça ?
- Chhhhht !
- Trop balèze, mec ! Comment tu savais qu’on était... heu... enfin un peu moins stylés quoi... dit le Précurseur avec une petite barbichette.
- Simple, répondit Jak. Je viens du...
- Oui, du futur. Cela, nous le savons, nous avons lu le parchemin quand tu n’étais pas là... expliqua celui à la voix timide qui tenait le bâton précurseur. Ce que nous voulons savoir aussi, c’est... qui tu es. De quelle époque précisément viens-tu, Mar ? Et comment savais-tu qu’il y avait ce pouvoir à cet endroit ?
- Ouais, nous-mêmes on pensait que les Hora-Quans avaient détruit toutes les sources de ce pouvoir. Et on pouvait pas aller chercher de l’éco à la surface pour en refaire, ils peuvent nous détecter. D’ailleurs il faudra qu’on ne traîne pas, même si on est en plein dans ta ville. S’ils sentent qu’on est ici, ça risque de chauffer pour vous ! dit le Précurseur.
- Les Metal... enfin, les Hora-Quans peuvent vous détecter ?
- Bien sûr, mec, qu’est-ce que tu crois ? Ils ont été créés pour ça, par les Créateurs Noirs, pour nous coller aux fesses et nous exterminer, d’ailleurs ils ont presque réussi ! Heu... tu sais qui c’est les Créateurs Noirs ?
- Oui oui... Et... qu’est-ce que les Précurseurs ont fait contre eux ? demanda Jak dont la curiosité avait chassé, pour le moment en tout cas, le désir de suicide.
Les trois Précurseurs se regardèrent quelques secondes.
- Heum... commença celui avec la voix timide. Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée de répondre à ta question, Mar...
- Roh, allez, quoi, il a sauvé notre dernier œuf, on lui doit bien ça, vieux, objecta l’autre.
- Bon... ah au fait, avant de te le dire, Mar, dis-moi, sais-tu qu’il faut faire très attention avec cet œuf ? Nous les Précurseurs avons fait en sorte que le tout dernier œuf restant (si un jour il n’en serait resté qu’un seul, ce qui est le cas) se transforme et contienne énormément d’éco-énergie pour être mieux protégé.
- L’œuf est en sécurité, assura Jak. Alors, qu’avez-vous fait contre eux ?
- Eh bien... commença le chef Précurseur. Nous... nous vous avons créés.
Il y eut un silence.
- Qui ça nous ?
- Vous, les êtres plus grands que nous, avec des oreilles longues et pointues, et moins de poils que nous, quoi ! répondit le Précurseur à la voix de baba cool.
- Nous sommes la contre-attaque à la création des Metal Hea... des Hora-Quans ?
- Ouais... T’as déjà entendu parler de l’Arbre de la Vie, celui qui a donné la Graine Vitale ? C’est pour vous qu’on a fabriqué cette source d’éco verte !
- Nous vous avons créés en sachant qu’un jour ou l’autre, les Hora-Quans trouveraient sur quelle planète nous nous sommes cachés... C’est arrivé il y a quelque temps...
Varog le conseiller courrait. Il arriva enfin dans le couloir où se trouvait la porte de la chambre de ce Kadon. Il s’apprêtait à ouvrir la porte de la chambre lorsqu’il jugea qu’il valait peut-être mieux écouter d’abord. Il entendit des voix.
- Okay, Mar, donc si j’ai bien compris tout ce que tu nous as dit, claironna une voix discordante, dans plusieurs siècles, va naître un petit garçon qu’on devra doter de deux trois pouvoirs. Par exemple un don incroyable pour canaliser l’éco. Un type va kidnapper ce gamin pour ses pouvoirs. Ce gosse arrivera de toute façon du passé sous sa forme adulte. Il s’appellera Jak et son pote, Daxter, et il renverra son lui-même plus jeune dans le passé, puis réussira à détruire un vaisseau des Créateurs Noirs et permettra qu’on aille les combattre et prendre notre revanche... Donc il faudra qu’on lui donne au passage deux trois pouvoirs noirs puis blancs pour lui donner un coup de pouce. C’est bien ça Mar ?
- C’est bien ça. Bon, attendez-moi, je vais préparer certaines choses et je reviens.
Varog entendit des bruits de pas à travers la porte et s’en écarta. La seconde d’après, elle s’ouvrit et laissa voir le jeune homme casqué qu’il avait souvent vu dans la salle du trône.
- Que faites-vous là, Varog ?
- Je devais vous entretenir de choses importantes concernant...
- Vous savez bien que vous ne devez faire vos rapports que pendant les réunions. Hors de ma vue !
Varog jeta un regard discret vers l’intérieur de la chambre avant de s’en aller. Il n’y avait personne d’autre.
Il quitta le Palais en réfléchissant à ce qu’il venait d’entendre tout en caressant sa longue barbe d’un air très soucieux. Alors comme ça, Mar n’était pas cet homme qui siégeait chaque jour sur le trône... C’était un leurre...
- Mar est malin. Il a brouillé les pistes... murmura Varog pour lui-même.
Il traversa les quartiers naissants d’Abriville, emprunta l’une des portes très surveillées de la ville et, une fois dans les montagnes, se tourna vers la cité.
- Fini de jouer aux conseillers. Maudit mur protecteur.
Deux très longues ailes d’insecte sortirent violemment du dos de Varog.
- Il y a longtemps que j’aurais réduit cette ville en un tas de débris s’il n’affaiblissait pas mes pouvoirs. Et dire que j’ai senti la présence de Précurseurs...
Puis ses bras se transformèrent. Une puissante lumière sortit du corps de Varog qui revint finalement à sa vraie apparence : celle du chef des Metal Heads.
- Je t’accueillerai, Jak. Je vous accueillerai, toi et ton ami Daxter... Il paraît que vous allez vaincre mes maîtres, les Créateurs Noirs. Quelle importance pour le cosmos ! Mais je vous aurai arrêtés avant...
Jak avançait dans les couloirs en se demandant pourquoi ce cafard de Varog était venu le voir. De toute façon, il s’en moquait. Il ne saurait jamais quelle chose importante ce conseiller devait lui dire. Jak tourna à un angle de mur et vit Perto au bout du couloir.
- Mar, enfin ! Que faisais-tu donc, Kadon et moi nous avons fait la réunion sans toi !
- Perto, j’ai pris une décision. Je veux partir d’Abriville.
Perto regarda Jak avec de gros yeux.
- Partir ? Quitter la ville que tu as fait construire ? Dont tu as élaboré les murs protecteurs, le réseau éco ? Dont tous les habitants te vénèrent ?
- Oui. J’en ai assez, Perto, je n’ai plus rien à faire ici. Danma, Kadon, toi et les conseillers, vous vous débrouillerez très bien sans moi pour commander Abriville. Je ne veux plus de cette vie. Kadon va enfin pouvoir quitter sa tenue royale, il ne sera pas obligé de continuer à jouer son rôle, s’il le veut...
- Mais... où iras-tu vivre ? Dans les Terres Pelées, les Créatures vont te tuer !
- Non... Il y a d’autres petites cités en-dehors d’Abriville, tu sais... On raconte qu’il y en a une, lointaine, dans les îles, qui s’appelle Kras... J’irai peut-être là-bas.
- Mais... comment les habitants vont réagir ? Ils vont peut-être être furieux !
- Justement. Je voulais te demander quelque chose. Si Kadon désire ne plus jouer son rôle, vous ferez croire que... je suis mort, déclara Jak.
Il y eut quelques secondes de silence.
- C’est la seule manière de leur faire accepter de ne pas m’avoir pour roi. Si vous leur dites que Mar est parti, ils vont me réclamer, demander que je revienne au trône... Et Kadon et moi devrons continuer à se faire passer l’un pour l’autre. Mais s’ils pensent que je suis mort, ils accepteront la situation telle quelle. Et je pourrai vivre tranquillement loin d’ici. S’il te plaît... Fais-le pour moi, Perto... Vous direz que j’aurai été enterré dans le sanctuaire de la Pierre... En plus, personne ne sait où il a été construit, excepté les ouvriers qui ont juré de garder le secret. Personne ne sera tenté de vérifier qu’il y a bien un corps !
Perto regarda Jak pendant quelques minutes, comme si c’était un fou, puis, résigné, il lâcha :
- Bon. Puisque tu veux partir... Mais il se peut que Kadon accepte de continuer à être roi... Et nous dirons c’est lui qui est parti pour justifier ton absence...
- Hors de question ! s’exclama Kadon d’un ton tonitruant en arrivant dans le couloir. Je n’accepterai jamais de continuer à porter ces défroques de prince jusqu´à la fin de mes jours ! D’ailleurs, Mar, qui désignes-tu pour ta succession ?
- Le fils de Danma et ses descendants, répondit Jak en réalisant qu’il faisait partie de ces descendants.
Ses deux amis parurent un peu surpris, mais Kadon s’exclama :
- Danma va sans doute être fou de joie ! Devons-nous lui dire la vérité ?
- Non. Danma serait tout à fait du genre à exiger mon retour. Je sais qu’il va être triste de penser que je suis mort mais c’est ainsi. Vous direz bien aux habitants que j’avais désigné son fils comme mon successeur, hein !
- Oui oui, rassura Kadon.
- Et... nous nous occuperons de la ville jusqu´à ce qu’il soit assez grand pour régner.
Il y eut un long silence entre les trois hommes.
- Merci les amis, lâcha Jak. Merci... Je ne pouvais plus vivre comme ça. Merci. Je... Je vais partir tout de suite. Adieu...
Jak regarda une dernière fois Kadon et Perto. Il se retourna lentement et courut dans le couloir. Il entendit la voix de Perto derrière lui qui cria :
- Sois heureux, Mar !
Jak sourit et continua de courir. Il se retrouva enfin devant sa chambre. Il poussa la porte et vit les trois Précurseurs postés autour d’une sorte de petit anneau de métal précurseur un peu plus petit que lui-même.
- On a eu chaud, tout à l’heure, dit le Précurseur à la barbichette. Heureusement qu’on a disparu avant que ce conseiller nous voit !
- Ouais, Mar, enfin, Jak... Heu... Tu veux qu’on t’appelle Jak ou Mar ? demanda le Précurseur abruti.
- Jak.
- Alors écoute, Jak, commença le chef Précurseur. Depuis combien de temps es-tu dans le présent ? Enfin, dans cette époque ?
- Sept ans.
- Veux-tu revenir dans ton époque sept ans après ton départ ?
- Oui.
- Ça marche mec ! approuva l’autre Précurseur en appuyant sur plusieurs boutons sur la tranche de l’anneau. Je vais la connecter à l’Anneau dans les Terres Enneigées pour que ça te lâche sept ans après qu’il ait fonctionné.
- C’est une porte faille ?
- Oui. Enfin, une petite porte faille qui ne permet pas d’aller très loin dans le temps. On ne l’a jamais utilisée nous-mêmes. Nous n’en avons jamais eu besoin... Bon, tu es prêt Jak ? demanda le Précurseur en redressant son bâton tandis que des petites vagues de lumière blanche partaient du centre de l’anneau.
- Je suis prêt.
- Allez, saute dans l’anneau !
Jak obéit. Il sentit une petite sensation d’être aspiré, puis plus rien.
Pendant plusieurs longues secondes après que Jak ait disparu dans un grand éclat de lumière aveuglante, les trois Précurseurs restèrent complètement silencieux jusqu´à ce que le chef à la voix timide se tape le front et dit d’un air effaré :
- Imbéciles ! On a complètement oublié de lui demander comment il connaissait notre apparence !
Voilààààà !
Et ce ne fut pas facile, je ne sais pas pourquoi, jeuxvideo.com a baissé la longueur maximale d'un message, j'ai du coupé des parties en deux. Mais bon, l'histoire reste superbe, ça fait un gros pavé mais je préfère le mettre d'un seul coup.
Si vous avez lu, j'espère que vous avez apprécié, si vous avez descendu jusqu'ici pour voir mon message de fin : LISEZ ! ![]()
Et dire qu'on m'avait enguirlandé pour du pseudo flood/boost sur mon premier topic...
Je ne l'ai pas encore lu, mais je regarderais ça dès mon retour de vacs (accès restreint à la borne wifi d'où je poste). ![]()
Je ne vais plus beaucoup beaucoup sur les Forums, je verrais si je peux lire
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