Le LOSC, dauphin légitime
D’abord équipe surprise de ce début de saison, le LOSC est à présent un candidat très sérieux aux premières places de Ligue 1. Deuxième et seul à suivre la cadence infernale de l’OL, l’équipe de Claude Puel a rapidement convaincu par ses qualités dans le jeu, qui s’ajoutent à un état d’esprit irréprochable. Une question se pose à présent : Lille pourra t-il titiller l’ogre lyonnais ?
par Florent Piasecki
Panoramic
7 août 2004. Première journée du Championnat de France de L1. Dans son désormais célèbre Stadium Nord de Villeneuve d’Ascq, le LOSC de Claude Puel affronte l’AJ Auxerre de Guy Roux. Au final, les coéquipiers de Philippe Brunel s’imposent facilement 2-0 et prennent donc symboliquement la tête de la Ligue 1. A ce moment-là, peu d’observateurs, si ce n’est les supporters des Dogues, imaginent que cette équipe va «squatter» les hauteurs du classement jusqu’à la trêve. C’est pourtant le cas et depuis le temps, on ne peut plus dire que c’est une surprise. Actuellement deuxième à seulement trois points d’un roi lyonnais qui défend chèrement sa couronne, Lille a en effet dévoilé ses nombreux atouts tout au long de cette première partie de la saison : solidarité, respect des consignes de jeu, solidité défensive mais aussi et surtout du talent à la pelle ! Méconnus, les jeunes Lillois ont paradoxalement réussi à se mettre en valeur individuellement en étant au service d’un véritable collectif ( 21 joueurs utilisés) mis en place par le bâtisseur qu’est Claude Puel.
Bodmer, Sylva, Tavlaridis…
Au premier rang de ceux-là, on peut souligner la progression remarquée du milieu polyvalent ( défensif ou offensif) Mathieu Bodmer. Pas étranger à la qualité du jeu proposé par le LOSC à de nombreuses reprises cette saison, il s’affirme comme l’une des révélations de L1. Déjà à l’affût, les recruteurs du Milan AC et du PSG l’observent attentivement… Les autres éléments de base de cette réussite font partie de l’arrière-garde. Deuxième défense du championnat avec seulement onze buts encaissés ( derrière Lyon, huit buts), l’équipe de Claude Puel dispose de deux sacrés clients dans ce secteur de jeu. Qui dit défense efficace dit portier intraitable et tour de contrôle en défense centrale : tout le portrait de Tony Sylva et Stathis Tavlaridis. Le premier, éternel cireur de banc à Monaco malgré son statut d’international sénégalais, peut enfin prouver son talent en étant titulaire en L1. Dans un style félin qui le rapproche de Bernard Lama, Sylva rassure et sort les parades décisives au moment propice ( penalty arrêté face à Caen à la dernière minute).
Il faut dire que, devant lui, le boulot est souvent bien fait avec le soldat grec Tavlaridis. Débarrassé de ses problèmes de service militaire ( il n’avait pu quitter la Grèce en début de saison ! ), l’ancien joueur d’Arsenal fait désormais partie des meilleurs joueurs de Ligue 1 à son poste. Dur sur l’homme, très bon de la tête et doté d’une bonne technique pour la relance, il espère attirer les regards du sélectionneur champion d’Europe, Otto Rehhagel, malgré la concurrence du duo formé par Dellas et le Bordelais Kapsis. S’il continue sur cette voie, sa chance devrait bien arriver… On pourrait aussi citer l’indispensable «ratisseur» camerounais Jean II Makoun ou le buteur de l’équipe Matt Moussilou, preuve que le LOSC ne dépend pas d’une individualité. Ce que confirme le latéral gauche et vice-capitaine Grégory Tafforeau : «C´est vrai que tant qu´on aura cet état d´esprit-là, on pourra faire de grandes choses. On n´a pas de joueurs extraordinaires dans l´équipe, on est tous solidaires, on joue les uns pour les autres et pour l´instant, ça fait la différence ». D’ailleurs, l’une des grandes forces de l’équipe lilloise vient peut-être de l’extérieur du terrain, tout du moins dans un premier temps…
… et l’homme du banc
Habitude prise depuis le début de saison à cause de l’enchaînement des compétitions ( Intertoto puis UEFA, Championnat, Coupe de la Ligue), le turnover de Claude Puel est devenu l’une des marques de fabrique du club nordiste. Pour faire souffler ses cadres et donner des responsabilités à l’ensemble du groupe, l’ancien Monégasque n’hésite pas à changer son onze de départ en profondeur match après match ! Un exercice qui serait ô combien périlleux dans un club aux egos surdimensionnés mais qui est possible au LOSC, où l’esprit de groupe n’est pas de façade. Ainsi, en Coupe de l’UEFA, les Dogues se sont imposés à Athènes face à l’AEK ( 2-1) et contre le FC Séville ( 1-0) à domicile avec une majorité de remplaçants «traditionnels». Voilà en tout cas un système qui doit réjouir en particulier un joueur : l’homme du banc ! Celui-ci, à tout moment, est prêt à remplacer efficacement le titulaire habituel, sans que le résultat ne s’en ressente. A Lille, il n’y en a pas un seul puisque tous ont été tour à tour mis à contribution : les Dumont, Rafael Schmitz, Plestan, Dernis, Odemwingie, Audel, Angbwa ou encore les petits nouveaux Debuchy ( 19 ans) et Cabaye ( 18 ans)… Ayant tous connu les joies de la titularisation, ils créent une saine émulation dans le groupe qui est certainement un facteur de progression pour le LOSC dans son ensemble.
«Depuis le début, on prend les matches les uns après les autres. On essaie de concerner tout le monde, d´appliquer un turnover qui est pour l´instant bien accepté. C´est un peu la force de notre début de saison. Il faut continuer en espérant que l´on garde cette qualité de jeu et surtout cet enthousiasme, cette volonté de toujours vouloir faire plus » déclarait un Claude Puel, bien à son image, prudent mais ambitieux. On peut le comprendre puisque le défi est maintenant de taille pour le LOSC : il va falloir confirmer une première partie de saison déjà exceptionnelle, aussi bien en L1 ( invaincu à domicile) qu’en Coupe de l’UEFA ( premier de poule, qualifié en seizièmes de finale). Et fêter sur le terrain, la victoire administrative récemment obtenue devant les tribunaux à propos du nouveau stade Grimonprez-Jooris II, base de l’évolution du LOSC.