Ce matin, je me réveille souriante, à moitié rêveuse, avec la pensée de rencontrer le jardinier.
-Ca va Morgane ? me dit Audrey en cherchant mon regard.
-Très bien et toi ?
-Je suis très perturbée pour ce que j’ai entendu dans la cuisine.
Je ne réponds pas.
Puis mon amie s‘approche de moi, et me serre dans ses bras. Je la serre également fort contre moi, tandis que je sens une grande tristesse monter en elle. Ensuite elle me regarde les yeux en larmes.
-Morgane, tu as vraiment changé. Tu sais, j’ai vraiment peur pour toi. Tu es mon amie, et quoi qu’il en soit, je ne te laisserai jamais tomber. Tu as pris confiance en lui. A présent, tu es peut-être entrain de ressentir la même chose que Marie…
C’est la première fois qu’Audrey pleure dans mes bras. J’ai été profondément touchée. Et d’une autre manière, j’ai vraiment mal au cœur de la voir dans cet état à cause de moi. Audrey est une amie sincère, c’est difficile de faire la part des choses.
La journée m’a semblé longue, je n’ai fait que penser à ce soir. Il est bientôt l’heure, et Audrey s’est endormie. Je sors de ma chambre, et me dirige vers le jardin. A présent, il fait nuit. J’attends contre un arbre.
Après un petit moment, j’entends des bruits de pas, ça doit être lui. Une silhouette s’approche de moi, et petit à petit je la discerne. Ce n’est pas le jardinier, mais la cuisinière.
-Bonsoir jeune fille, que fais tu ici ? il est tard, tu devrais être entrain de dormir.
Je laisse le silence, tandis qu’elle me regarde dans les yeux.
- Tu es Morgane évidemment, c’est toi qui attends Ulrich ! je comprends maintenant.
-Vous êtes au courrant…
-En fait, Ulrich m’a demandé d’aller te dire qu’il est désolé, mais il ne pourra pas venir ce soir.
-Vous êtes sure ?
-Absolument
Je baisse la tête déception.
La cuisinière met sa main sur mon épaule et dit :
-Ne sois pas triste, tu le reverras.
Ensuite, je la vois mettre discrètement sa main dans sa poche.
-Je vais rentrer alors.
-Pas si vite. Nous n’avons pas parlé toutes les deux, on se connaît à peine.
Puis elle sort de sa poche quelque chose de pointu.
-Qu’est ce que c’est que ça ?
Elle me barre le passage.
-Ne t’inquiète pas, tu ressentiras juste un léger picotement dans le coin de l’œil gauche.
Elle m’attrape par le coup, et j’ai du mal à respirer. La cuisinière me fait une grimace, on dirait un sourire. Elle me tient par la force. J’essaie de crier à l’aide.
-Reste calme mon enfant, tu verras ce n’est rien.
Elle avance la pointe vers mon visage.
Je tente de me débattre, mais cette femme a trop de force. Je ne peux rien faire d’autre que de fermer les yeux. La panique m’envahie, je pressens ma mort, et supplie intérieurement de l’aide. Tout à coup, je me sens libérée de la force qui m’emprisonnait, par une force encore plus puissante. La cuisinière est à terre.
-Va t’en, tu as la vie sauve.
C’est la voix du jardinier, il est venu me sauver.
Je pars en courant sans me retourner, et me réfugie derrière un arbre. J’entends mon cœur battre, et des bruits sourds dans les fourrées plus loin. J’ai eu si peur que mes jambes en sont tétanisées. Je viens de réaliser à quel point, j’ai échappé au pire, et suis tellement reconnaissante au jardinier que tous soupçons que je pouvais avoir sur lui, se sont effacés. Audrey avait tort. J’attends derrière l’arbre, n’osant plus traverser le jardin. Il s’est installé un calme plat, un calme qui me fait frissonner. Il fait humide, et je commence à avoir froid. Je trouve alors la motivation pour retourner au chaud.