On prononce mon nom.
Je quitte ma rêverie et regarde dans la direction supposée : des hoplites se mettent en branle et rejoignent la rue Nord de la ville, Tarsus. Je lance mon regard plus loin : un nuage de poussière grandit au loin ; il aborde les pavillons du Pharaon d´Egypte.
Ils sont nombreux, un bon millier, tout comme les Grecs dans Tarsus.
On prononce à nouveau mon nom.
C´est un des hoplites, qui se poste à la deuxième rue donnant sur la place centrale. Je n´ai pas le coeur à lui répondre ; il se concentre à la bataille à venir, et d´ailleurs, il ne semble pas attendre de réponses.
Le général de l´armée, nommé Péliclès, exhorte son armée en rappelant que nous sommes là, que nous veillons sur tout, qu´aucun souci ne doit entacher le coeur des braves, car nous sommes là.
Les Egyptiens sont aux portes, armés de cinq béliers. Les frêles planches de bois ne tiendront pas très longtemps, mais les Grecs sont en place : les deux issues menant à la place centrale, symbole de la cité, sont verrouillées chacunes par trois phalanges de ces courageux soldats. Derrière eux se tiennent des javeliniers, prêts à faire pleuvoir une pluie de traits sur l´ennemi. Enfin, le général grec, majestueux, se tient au centre de la place, visible de tous, deux compagnies de javeliniers montés l´entourent.
Les Egyptiens parviennent aux murs, et rapidement, font céder la porte, puis les planches. Une marée humaine englouttit les rues de Tarsus. Les hacheurs du désert en premier, se ruant vers les hoplites tenant leur sarisse droit devant. Nombre d´Egyptiens meurent empalés sans avoir donner un seul coup. Certains n´ont jamais connu la guerre, et s´en vont vers les Enfers. D´autres sont des vétérans expérimentés, trop vieux pour éviter les lances aiguisées.
Cependant, cette marée est bien trop puissante pour qu´on puisse la contenir, et la phalange recule petit à petit.
On hurle une nouvelle fois mon nom.
Et la mêlée n´en devient que plus brutale, plus sanglante. La deuxième ligne de phalange est atteinte, mais tient bon. Je regarde vers la deuxième rue : une troupe de cavaliers Egyptiens chargent, mais sont rapidement refoulés, après que seize d´entre eux soient tombés. Péliclès ordonne à une des unités montées de se ruer vers les archers, profitant que les piquiers egyptiens soient trop loin pour les atteindre.
Les chevaux s´élancent et rattrape les archers fuyants, en tuant une bonne partie.
Un cor résonne dans la rue Nord.
C´est un cor égyptien, le cor du général. Ils arrivent, à la tête des chars de combat. Cela ravigore ses troupes, et démoralise les Grecs. Péliclès avance au pas vers ses phalanges, et attend que son ennemi soit plus près. Celui-ci charge, et ressoufle puissemment dans son cor, ce qui lui est fatal : il ne dirigea plus son char, qui finit dans les hoplites.
Péliclès empoigne sa propre corne, sachant pertinamment que la perte de leur général va emplir les Egyptiens d´un désespoir destructeur.
Ce son stimule ses troupes, qui reprennent courage.
Ils font front, et à chaque poussée vers l´ennemi, il hurle mon nom.
C´en est trop pour les Egyptiens, qui préfèrent fuir définitivement le combat. Mais alors qu´ils entamèrent leur repli, les cavaliers lançés à la poursuite des archers apparurent au bout de la rue, leur coupant toute retraite. Ils tentèrent tout de même, et payèrent le prix fort ; la plupart furent piétinés, le reste empalés sur les sarisses.
Mais alors que les cavaliers se lançent à la poursuite des fuyards, je détourne le regard de ce champ de bataille, allant épier d´autres mortels, tout en prenant note de la promesse de Péliclès de me sacrifier six génisses sur l´autel de la ville.