Dos Santos, Perez et Christanval travaillent en piscine au Cercle des Nageurs de Marseille, comme Cantona, Di Meco, Angloma ou Boghossian avant eux
Tandis que les Olympiens se préparaient en Bretagne à affronter Guingamp, à Marseille, trois autres Olympiens étaient au bord de piscine du Cercle des Nageurs à Marseille. Non pas pour se prélasser mais, bien au contraire, pour se préparer dans les meilleures conditions à retrouver pleinement leur place au sein de l’équipe - Photo Karine VILLALONGA Samedi après-midi, tandis qu’à Guingamp, les joueurs olympiens allaient se réunir pour la collation d’avant-match, trois autres étaient au bord d’une piscine à Marseille.
Manu Dos Santos, Sébastien Perez et Philippe Christanval ne jouaient pas les touristes au Cercle des Nageurs de Marseille. Ils se soignaient, renouant ainsi avec une thérapeutique olympienne qui avait porté ses fruits dans les années 90. " Je travaille dans l’eau des mouvements que je ne pourrais pas encore effectuer sur une pelouse, explique Manu. Et j’ai compris avec Armand Mikaélian que c’est un processus qu’il avait déjà largement expérimenté avec Roger Propos." " Nous avons effectivement réactivé un programme qui existait déjà à l’initiative de Roger, confirme le docteur Michel Gaillaud. C’est le fruit des relations extraordinaires et de la totale adéquation dans le travail du staff technique et du staff médical."
Quand on sait que des centres tels que Capbreton ou Saint-Raphaël accueillent tout au long de l’année des sportifs de haut niveau ayant subi de lourdes opérations, dans toutes les disciplines, on n’est guère surpris de cette immersion. Mais quel est l’intérêt pour des garçons en phase de guérison et en soins externes ?
Des séances lourdes sans traumatisme
" Le gain est double, explique le docteur Gaillaud. Le travail en apesanteur permet plus de mobilité dans l’eau. Mais à cet avantage sur le plan articulaire s’ajoute un gain sur le plan du souffle, en cardio-training. Dans la mesure où ces garçons ont des appuis limités en raison de leurs blessures, l’eau permet de leur faire effectuer des séances très lourdes, tout en ménageant leurs articulations qui ne subissent pas de pressions. En plus, l’eau a un effet positif sur les tissus, les tendons, etc..."
Le plus savoureux dans l’affaire, c’est que l’eau, de mer ou de piscine, a longtemps été diabolisée chez les sportifs. A Marseille, on apprécie plus qu’ailleurs cette inversion de tendance.
" Il y a des légendes qui ont été colportées pendant des années, sourit le médecin. Après, il est évident que c’est une affaire de dosage, de programmation, dans une journée, une semaine, voire sur une quinzaine comme avec Manu Dos Santos. On se réunit pour fixer le travail et alterner les phases dans l’eau, le vélo et la reprise de la course. On ne peut pas faire n’importe quoi. " Pour Manu par exemple, le bilan radiologique, après le scanner de la semaine dernière a permis de lui ôter l’orthèse et de courir, en espérant le voir reprendre contact avec le ballon vers le 15 août."
On remarque d’ailleurs que pour chaque joueur, le protocole est différent, selon son état et selon ses lésions.
L’exemple du triathlon
" Avec Sébastien Perez qui a subi des blessures en cascade, on se montre prudent.
Avec Philippe Christanval, qui souffre de la rotule, il y a des mouvements contre-indiqués, même dans l’eau. En plus, au Barça, il ne faisait guère de travail physique et ici, il est tellement motivé qu’il a un peu forcé ; ce qui a provoqué sa blessure."
Heureusement, l’OM a gagné à Guingamp, même sans ses blessés. Ce qui permet d’éviter toute pression, toute urgence, autour de la guérison et de la rééducation des absents.
" Il ne faut jamais brûler les étapes, mais je dois souligner avec plaisir que le staff technique ne met jamais la moindre pression pour hâter la reprise d’un joueur. Pas la moindre. Mais c’est vrai que parfois, même inconsciemment, on peut avoir envie de voir un joueur reprendre, parce que nous vivons une aventure commune", ajoute Michel Gaillaud.
Une aventure à laquelle Armand Mikaélian est donc venu participer avec plaisir en reprenant un travail entrepris il y a plus de dix ans au CNM. " Avec le docteur Coste et Roger Propos, nous avions entrepris cette démarche, sur l’exemple du triathlon, rappelle Mikaélian. Ces filières énergétiques différentes ont permis à la fois la rééducation de certains joueurs et l’activation de leur foncier. Au Brésil, des clubs comme Flamengo ou Palmeiras ont inscrit dans le programme hebdomadaire une séance dans l’eau tous les lundis, pour la récupération et les étirements."
Une longue liste de " nageurs"
Voir des joueurs de l’OM à la piscine olympique du Cercle n’a guère surpris les habitués. Pendant les années 90, ils ont vu défiler la plupart des vedettes olympiennes, comme le rappelle Armand Mikaélian.
" L’un des premiers a été Frank Passi qui est venu pendant six mois. Dragan Stojkovic, de façon intermittente, a travaillé ici pendant un an. Eric Di Meco, Eric Cantona, Jocelyn Angloma, Bernard Pardo, puis plus tard Florian Maurice ou Stéphane Porato ont effectué une partie de leur rééducation au Cercle.
" Je me souviens très bien de William Gallas, qui, après sa fracture d’un orteil, s’était bien intégré à l’équipe de water-polo. Mais le meilleur nageur de tous ces footballeurs a été incontestablement Alain Boghossian, un véritable phénomène.
" A une époque, les Olympiens venaient même régulièrement le lundi, à l’initiative de Raymond Goethals et Henri Stambouli, pour le décrassage. Abedi Pelé nageait comme une pierre", rit encore Mikaélian.
Enfin, comme l’eau n’a pas que des vertus sur le corps, le manager du CNM cite l’exemple de Didier Deschamps. " Quand l’équipe de France avait été éliminée dans la course à la qualification pour la Coupe du monde aux Etats-Unis, Didier l’avait très mal vécu et il venait régulièrement nager pour enlever une partie de son stress."
Mario ALBANO