Nous sommes en effet mercredi, et il y a en effet réactualisation...
-------------------------------------------------
Mon seigneur n’appréciait que moyennement cette idée, mais il était conscient de ce qu’il risquait s’il s’opposait à un ordre de l’empereur. Il me fit donc appeler et m’ordonna de partir avec le messager, m’interdisant toutefois de quitter mon costume de bouffon, comme s’il voulait s’assurer que je ne ressorte pas du palais avec les honneurs… »
Sur le visage de l’empereur se dessina alors un sourire triomphant : « Mon entrée dans le cour du palais impérial suscita de nombreuses réactions… Moqueuses pour la plupart, à un tel point que l’empereur dut faire intervenir sa garde personnelle pour imposer le silence. Quand le calme fut de nouveau maître des lieux, l’empereur me fit signe d’avancer. Je ne te cache que mon état d’esprit était bien au-delà de la simple appréhension. Chacun de mes membres tremblait d’excitation, une émotion tellement violente que la dissimuler à son entourage relève de l’exploit. Toujours aussi nerveux, je posai un genou à terre et, le regard rivé sur le tapis rouge remontant au trône, je présentai mes respects à l’empereur de la manière la plus solennelle possible, en bégayant le moins possible aussi… C’était assez comique à vrai dire… »
Le seigneur Kaizo fixa alors avec une certaine intensité le tableau le représentant à l’époque où il portait encore le costume qui symbolisait sa honte : « L’empereur m’a rapidement dit de me relever, et de ne pas fuir son regard. Cette demande provoqua de violents remous dans l’assistance : rares sont ceux qui pouvaient se vanter de pouvoir adresser la parole à l’empereur sans avoir à baisser la tête. Je me souviens encore des mots qu’il m’a adressés en ce jour béni par le grand Lucifer…
´Mon enfant, tu as fait preuve d’un courage inattendu dans la bataille qui opposait ton seigneur aux félons humains. Ce courage ne peut être que loué, voire sanctifié, car nul autre que le grand Lucifer n’avait ainsi eu l’audace de faire fi des ordres de son maître pour réaliser ses ambitions. Et un tel courage mérite une digne récompense ! Formule trois doléances, et j’y répondrai ! ´
- Tout d’abord, je veux enlever ce costume.
« La salle fut de nouveau envahie par le tumulte des moqueries, alors que je retirai mon costume de bouffon pour me retrouver complètement nu devant l’empereur… »
´Que ces rires cessent ! Peu parmi vous auraient eu le courage de ce jeune démon ! Que pouvez-vous comprendre à ce que vous n’avez jamais enduré ? Parle mon enfant. Quelle est ta deuxième doléance ? ´
- Je veux être votre successeur.
« Cette fois, ce furent les protestations indignées qui envahirent la salle. Aucun des nobles présents n’osait croire ce qu’avait osé demander un enfant de la classe inférieure, de la ‘misérable caste des serfs’… Contrairement à ce que je croyais, l’empereur ne s’est pas fâché face à mon ambition »
´Fort bien… Il en sera ainsi. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un fils, donc je ne demande pas mieux que d’avoir pour héritier du trône un jeune démon aussi audacieux. J’en arrive même à regretter le fait que je ne serai plus là pour voir comment tu gouverneras ce pays…Et quelle est ta troisième et dernière doléance ? ´
- Je veux voir la tête de mon seigneur au bout d’une lance.
« Cette annonce a imposé un silence meurtri sur l’assemblée… Nul n’avait l’envie de protester… L’empereur m’avait accordé ce troisième vœu, mais nul ne s’attendait à ce qu’un serf demande la mise à mort de son maître. Mais que pouvaient-ils comprendre au désir de vengeance d’un enfant qui n’a connu que la misère et l’humiliation depuis le jour de sa naissance ?
´Cette doléance ne me choque en rien. Je comprends au contraire parfaitement le désir de vengeance que tu éprouves envers ce démon, et tu as tout à fait raison de saisir cette opportunité. Il ne sera pas dit que l’empereur des démons ne tient pas sa parole. Ma garde personnelle va se diriger dès maintenant vers le fief de ton seigneur et l’exécuter.´
« Et en effet, il n’a pas manqué à sa parole… L’histoire raconte que mon seigneur s’est éventré pour sauver son honneur, mais ce n’est que le mensonge d’une noblesse qui ne voulait pas voir sa caste salie. Mon seigneur a fui, tel un chien courant la queue entre les jambes en jappant sous l’effet d’une peur provoquée par la fureur de son maître. Aidé par les gardes que l’empereur a mis à mon service, je l’ai traqué pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que nous parvenions à le piéger au fond d’une ruelle insalubre, à l’abri des regards indiscrets. C’est avec une immense délectation que je lui ai enfoncée sa propre épée jusqu’au plus profond de ses entrailles. Et alors qu’il vomissait son propre sang, je prenais un malin un malin plaisir à retourner la lame à l’intérieur de la plaie béante que j’avais installée… Pour venger ma sœur, il fallait qu’il souffre le plus longtemps possible… J’ai donc retiré mon épée et, tandis qu’il se tenait le ventre pour éviter que ses tripes ne se déversent sur le sol, tout en se sachant déjà condamné, je l’ai méticuleusement découpé… D’abord les jambes, puis les doigts, ensuite les avant-bras et pour finir les épaules… Il hurlait tellement fort que les gardes ont dû aller faire le guet à l’entrée de la ruelle pour s’assurer que personne d’autre qu’eux ne me voie à l’œuvre… C’était vraiment hilarant… Si tu avais pu voir la terreur qui avait élu domicile sur son visage avant que je ne lui tranche la tête… Ce jour-là, j’ai certes fait preuve d’une cruauté purement gratuite, mais il fallait au moins ça pour permettre à ma sœur de reposer en paix…
- Puis vous avez laissé dire que votre seigneur s’est donné la mort, ne serait-ce que pour éviter d’être mal perçu durant votre règne à venir ?
- J’avais ton âge à l’époque… Je ne réfléchissais pas encore au point de faire des projets sur le long terme. A vrai dire ça m’était égal, ma sœur était vengée, et le reste m’importait peu…
- Sauf le fait que vous alliez être le successeur de l’empereur je suppose…
- Je dois dire que je n’ai pas tellement réfléchi quand j’ai formulé cette doléance… Je me suis simplement dit que si j’avais du pouvoir, je pourrais plus facilement me faire entendre. Bien évidemment, lorsque, deux ans plus tard, j’ai accédé, ma première décision a été de supprimer cette loi sur l’honneur de la première nuit… Puis au fil des années, j’ai réfléchi, et de cette réflexion est né mon idéal pour le monde des Ténèbres… C’est aussi simple que ça…