Banlieues : la violence recule, la répression s´intensifie
Au cours de la quatorzième nuit de crise, la police a noté un «reflux très important» des incidents sur tout le territoire • Seuls 5 départements ont appliqué le couvre-feu • Sur le terrain, interpellations et arrestations continuent •
Alors que les violences urbaines chutent, la répression se durcit et cinq départements commencent à appliquer l´état d´urgence. Au cours de la quatorzième nuit de crise dans les banlieues, Michel Gaudin, directeur général de la police nationale (DGPN) a noté un «reflux très important» des incidents, avec 482 véhicules incendiés dont 398 en province (le pic fut à plus de 1400 voilà trois jours), et «pratiquement pas d´affrontements» avec la police. De moins en moins de communes (152) ont été touchées par ces incidents. Le Rhône reste un point chaud avec plus de 60 voitures brûlées et l´incendie d´un transformateur d´EDF à Villeurbanne qui a privé d´électricité l´Est de l´agglomération de Lyon pendant deux heures. Malgré la décision d´interrompre le trafic des transports en commun lyonnais tous les soirs jusqu´à dimanche à compter de 19h maximum, plusieurs bus ont à nouveau été caillassés. A l´inverse, la baisse des attaques est «très, très marquée en Ile-de-France» selon Michel Gaudin avec 95 véhicules incendiés, et un «retour au calme en Seine-Saint-Denis» d´où ont démarré les violences après la mort par électrocution le 27 octobre de deux garçons poursuivis par la police : le «9.3» enregistre juste 15 voitures brûlées, «c´est hélas une situation ordinaire» dit le préfet du département dans son rapport.
La mobilisation des forces de l´ordre atteint néanmoins son paroxysme avec 11.800 policiers et gendarmes engagés sur le terrain. La multiplication des arrestations continue avec 203 interpellations la nuit dernière, ce qui porte à 2033 le nombre de jeunes attrapés en deux semaines. Les ministres de l´Intérieur et de la Justice durcissent encore la répression à l´égard des auteurs supposés de violences urbaines. Nicolas Sarkozy a réclamé aux préfets d´expulser «sans délai» les «étrangers fauteurs de troubles», même ceux qui ont des papiers, en vertu du «trouble à l´ordre public». Le directeur de la police a précisé que «les mineurs ne peuvent pas l´être, ni ceux qui ont séjourné trop longtemps sur le territoire». Selon ses chiffres, «6 à 8% des gardés à vue» pour des violences urbaines sont étrangers, soit «une centaine» de garçons des banlieues. Le garde des Sceaux, Pascal Clément, a demandé aux procureurs «de ne pas hésiter» à recquérir des placements en Centres éducatifs fermés (CEF) à l´encontre des 13-16 ans, suspectés d´incendies de voitures, de jets de pierre ou de dégradations. La chancellerie a annoncé que, d´ores et déjà, douze mineurs concernés ont été placés en CEF.
Les mesures d´état d´urgence annoncées lundi par le Premier ministre Dominique de Villepin ne prennent pas vraiment. Seuls, cinq préfets de départements qui ne sont pas les plus touchés (Somme, Alpes-Maritimes, Eure, Seine-Maritime et Loiret) ont pris des arrêtés de couvre-feu, et de possibilité de fermetures de lieux publics, de perquisitions de nuit et de remise des armes. Alors que vingt-cinq départements pouvaient adopter ces mesures, sur les... 95 que compte la France métropolitaine.
Aucun des huit départements de région parisienne d´où sont parties les émeutes ne s´est doté d´un tel arsenal. Par ailleurs, une trentaine de maires ont pris des arrêtés municipaux interdisant aux mineurs non accompagnés de sortir la nuit, à partir de 22h. Plusieurs départements comme la Drôme ont en revanche interdit «la vente au détail, en bidon, jerricane ou tout autre récipient, de produits pétroliers à des personnes mineures».
Parallèlement, les appels pour un retour au calme se multiplient. Le collectif «Banlieues Respects» qui réunit des associations de quartiers appelle à «une marche pour la paix» vendredi sur les Champs-Elysées à Paris pour demander l´arrêt de la violence dans les banlieues. Le préfet de police de Paris examine cette demande, mais Michel Gaudin a déjà indiqué que «la tradition, quelle que soit la période, n´est pas de défiler sur les Champs-Elysées». Le gouvernement et les autorités redoutent un peu une reprise des violences à l´occasion du week-end prolongé du 11 novembre, avec les cérémonies de la fin de la Première guerre mondiale et le match de football France-Allemagne au stade de France samedi soir. Plusieurs messages émanant de jeunes des cités indiquent en effet des projets de «descente» à Paris, à la Tour Eiffel, aux Halles ou sur les Champs-Elysées les 11 ou 12 novembre. «Ceux sur le 11 novembre sont plus anciens et donc moins redoutés que ceux à propos du 12 novembre», a souligné le directeur général de la police nationale qui aimerait disposer d´un «baromètre pour savoir ce qui va se passer le week-end prochain plutôt qu´un modeste thermomètre, celui du nombre des véhicules incendiés, qui prend juste la température».
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