Application pratique !
J'ai vu avec plaisir que beaucoup ici ont lu ou étudient cette étude indispensable qu'est "Histoire de l'Amérique française" de Havard et Vidal.
Vous aurez noté l'attitude des découvreurs et des colons français des 16e et 17e siècles, où en gros leur attitude envers les Indiens est très ouverte (au contraire des Anglais protestants). "Nous ne ferons qu'un seul peuple", etc. La seule barrière, absolument essentielle, concerne la foi catholique, sans laquelle aucune citoyenneté n'est envisageable. Bien souvent, on voit que c'est cette foi qui fait le citoyen français.
Or au 18e, de manière diffuse donc mal cernée dans le bouquin, on voit apparaître une sorte d'infléchissement dans cette attitude. Ce n'est plus aussi clair qu'avant, les Indiens peuvent apparaître comme une catégorie distincte pour certains et l'encouragement à l'inter-mariage est parfois infléchi.
C'est que de nouvelle idées circulent… A la page 374, Havard et Vidal les identifient comme suit :
"Selon les théories acceptées par le plus grand nombre sous l'Ancien Régime, la supériorité de la noblesse sur la roture était justifiée par des qualités innées, transmises par le sang même si elles devaient être confortées par l'éducation. Cette notion de noblesse de sang ou de "race" (au sens de la lignée) persista durant toute la période moderne.
Or, au XVIIIe siècle, des penseurs tels que Buffon et Voltaire commencèrent à formuler l'idée d'une hiérarchie entre les "races" humaines en identifiant l'inégalité naturelle entre les ordres sociaux à celle qui était censée exister entre les peuples, cette inégalité pouvant servir à justifier l'esclavage. En 1756, dans l'"Essai sur les mœurs", Voltaire écrivait ainsi : "la race des nègres est une espèce d'hommes différente de la nôtre, comme la race des épagneuls l'est des lévriers". "
(A noter qu'on ne peut pas comprendre toute la portée de la citation de Voltaire si on ignore le polygénisme).
"commencèrent à formuler" : ce sont bien des idées nouvelles et non pas l'influence des valeurs traditionnelles de l'époque, qui allait plutôt contre.
Et c'est là où on constate qu'il est indispensable d'étudier l'Amérique française pour faire le parallèle et mieux comprendre la colonisation française du XIXe. Les valeurs de référence ont radicalement changé ! C'est formidable comme exercice intellectuel.
L'attitude des Français et en regard celle des Anglais, aux 17e, 18e et 19e. Etudiez ça et vous vous rendrez compte que ceux qui disent "Les Blancs", pour résumer Français et Anglais de ces 3 siècles, sont des double-idiots triplés d'ignorants.