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Recueil

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
07 septembre 2005 à 16:03:23

Bon, comme vous l´avez surement remarqué, c´est un peu la zone sur mon topic Insania à cause de toutes les nouvelle qui sont venues s´y coller, donc je les remets toutes en clair ici, dans un recueil du nom de "Textes épars"

Voila

Textes Epars
Pas de passé, pas d’avenir, seul le présent.

Texte n°I : Avis divergents, destin commun.

Il déambulait dans le long couloir. Sombre. La pointe de son sabre touchait terre, laissant une trace sanglante. Tous ses ennemis y gisaient. Il était seul. Triste. Les larmes coulaient librement sur ses joues et ses épaules. La haine qu’il leur vouait depuis si longtemps s’évanouissait.
Seul. Cette pensée revient, rémanente. La solitude, ces derniers jours, est devenue son obsession. Lorsqu’il a rejoint les "rangs du mal", aucun de ses amis ne l’a suivi. Maintenant, ils sont là, étendus, certains mutilés. Broyés.
Au bout du couloir, le trône. Le roi y est fixé par une lance. Elle lui a perforé le torse. Puis s’est fichée dans le bois ouvragé du siège.
Il en attrape la hampe et tire. Elle se détache. Le roi aussi. Il s’assoit. Dans le sang. Peu lui importe.
Il pense. Son esprit vagabonde hors du temps. En réalité (si elle existe encore), il regarde dans le vague devant lui. Les torches s’éteignent. Peu à peu. L’obscurité, qu’il affectionne d’habitude, l’effraye. Le terrorise. Il croit devenir fou (et alors ?) . Aucune visibilité. Les esprits de ses morts le hantent. Il revoit ses amis. Ils sont morts, il le sait. Mais il les voit, très clairement. Ils tournent autour de lui (mais dans sa tête), en une danse macabre. Une brûlure dans son crâne. Sourde et lancinante. En finir. Voila ce qu’il pense. Tel est son désir.
Le frottement de l’Acier contre le cuir. Son poignard, soudainement dans sa main, lui paraît très amical.
Il en appuie la pointe au niveau de son cœur.
Il repense à nouveau à son passé. Toute cette violence lui semble impossible. Assez ! Trop de souvenirs…si noirs.
En finir.
Encore cette idée ?
Peut-être…Pourquoi pas ? Maintenant ?
Oui…
La lame pénètre sa poitrine. Déchire ses chairs. Son cœur. Une dernière palpitation. C’est fini. C’est donc cela, la mort ? Il retombe en arrière. Les yeux grands ouverts sur l’infini. Son sang coule sans rétention. Une mare écarlate à ses pieds.
Une musique douce, d’église, à l’orgue, semble retentir dans ce silence. Dernières minutes (de qui ?) .
Le couloir est sombre. Vide de vie. Pas un bruit.
L’Obscurité.

Texte n°II : Les Marais.

Le champ de bataille est mort. Presque. Quelques agonies tardent à s’achever. Et un blessé. Il peut marcher. Il est sonné. A moitié assommé. Il titube, l’esprit dans le vague. Il se force à ne pas regarder les Autres. Ceux qui n’ont pas eut sa chance. Le marécage en est plein.
Malgré cela, ses yeux dérapent sur son frère. Où plutôt sa tête, au fond d’un trou d’eau. Ses yeux sont effrayés, reflétant sa dernière avant la mort. Devant la mort.
Il plonge. Repêcher la tête. Une idée folle qu’aussitôt il regrette. Sa lourde armure (bien qu’en pièces) l’entraîne vers le fond. L’air lui manque. Lentement, il suffoque. Le manque d’oxygène lui brouille la vue. Il croit voir son frère rire, comme un piège qui se referme. C’est terminé. Il s’est noyé stupidement, tel un célèbre empereur.
La faune aquatique l’entoure, et commence son funèbre repas.
Il n’en restera plus rien, même les os finiront par disparaître.
Au fond de l’eau acide des Marais.

Un peu court celui-là...

Texte n°III : Village d’enfance

Comment ?
Comment tout cela avait il pu arriver ? Depuis presque une demi-heure, il se traînait à travers le village de son enfance. A travers ce qui en restait.
Comment ?
Comment quiconque avait il de pu avoir l’idée de s’attaquer à un pauvre village de pêcheurs sans aucune fortune.
Il tombe à genoux sur les pavés, donnant libre cours à son chagrin (son désespoir). Partout, des gens dans le rue. Morts. Déchiquetés. Ce n’était pas une simple attaque, mais un carnage.
Il se relève. La vengeance seule lui vient à l’esprit. Il le doit. Il part pour l’armurerie.
Le forgeron est debout contre le chambranle. Et contre le fait qu’il soit mort. Trois carreaux d’arbalète, l’y maintiennent, dans une apparence de vie. A ses pieds, une masse. Peut-être une tentative de défense ? Peut-être est-il sortit voir et a été pris par surprise ? Comment savoir ?
Il le décroche et le pose doucement à terre à côté de son arme (outil ?) . Il entre dans l’atelier. Au mur, une dizaine d’épées. Il en prend une. La plus grande. Il la maîtrise sans peine. Il choisit une armure. Légère. La revêt.
Sa haine croit. Lentement.
Un bouclier.
Il sort. Des traces vers l’Est. Il part dans cette direction. Une force nouvelle croit en lui. La colère. Il quitte le village. Il se contrôle difficilement.
Une minute passe, il se calme. De la fumée au loin derrière une colline. Son cœur accélère.
Les pillards sont là. Ils périront. C’est…une certitude.
Pour lui…
Des sons lui parviennent.
Festins, banquet, saoulerie.
Mais aussi
Prisonniers torturés, femmes violées, bétail égorgé.
Sa haine croit à un point qu’il ne pensait pas possible. Il garde la tête froide.
Il se prépare. Physiquement, mentalement.
Il est prêt. Il le croit.
Une dernière prière aux divinités. Il part. Gravit la colline. Découvre le camp. Ils sont une cinquantaine. Partout, des corps sanglants, nus, souillés, mutilés.
Sa vue s’affine. Il aperçoit un barbare qui décapite une femme parce qu’elle a repoussée ses avances. Qu’elle ait ou non de tête ne semble pas déranger son assassin, qui poursuit.
Lui court à présent. Il hurle, mais ne s’entend pas. Il n’entend pas plus l’alerte, bien qu’il la perçoive.
Dans sa tête résonne une musique glorieuse, de Combat. Face à lui, l’ennemi s’amasse. Une flèche ricoche sur son bouclier, une autre sur sa jambière. Sa frêle armure suffit tout juste à les dévier. Il est presque à la hauteur de ses adversaires. Un carreau en croissant sectionne une lanière. Son épaule gauche est découverte.
Un premier assaillant se porte à sa hauteur. Son sort est vite réglé : un coup en diagonal vers le sol. Un de moins. Il poursuit. Une flèche, dans le défaut de deux plaques. La douleur le plie en deux. Il la surmonte et se redresse. Tente d’éviter un coup de hache vertical dirigé vers sa tête. L’arme s’enfonce en lui, cassant la clavicule, puis les côtes sur trente centimètres. Il sent son épaule se détacher. La douleur est insoutenable. Il tombe à genoux. Une pointe, dans son dos. Il agonise. La force qui l’accompagnait l’abandonne.
Déjà les barbares se remettent à la ripaille, aux abus. Aucune pensée. Il est étrangement détaché. Il fait noir. Il meurt, entouré de corbeaux et de mouches. C’est finit.

Texte n°IV : Le dernier voyage du vieil homme

La nuit est douce, presque fraîche sous les arbres. Agréable en tout cas. Le vieux mage la savoure lentement. Quelque chose, peut-être un de ses dons de prémonition lui souffle que ce sera la dernière avant longtemps. Ou seulement la dernière.
Il voit la lune à travers les lourdes branches souvent fleuries de la forêt. Elle en est à son dernier croissant.
(Et lui à sa dernière nuit ?) .
Mais il se refuse à l´admettre. Toujours. Il le nie mais se tient près. Son vieux corps usé par ses pérégrinations passées, par les combats qu´il a mené, ce corps est tendu. Un reste d´instinct lui interdit de se relâcher, de (mourir ?) maintenant, pas après tout ce temps.
Oh, il y a bien longtemps que ce sorcier n´a plus combattu, n´a plus utilisé le côté destructeur de son art. Depuis des années, il s´est installé dans un petit village, perdu au milieu de cette forêt dont il est tombé amoureux. Quelques démonstrations de force avaient suffies à l´époque pour que les habitants l´acceptent parmi eux. Il leur sert à présent de médecin, de sage, de devin, mais la plupart de son travail consiste à prévoir la prochaine pluie.
Le repos.
Pourtant, cela fait quelques jours qu´il ressent cette impression de mort en approche. Au début, il était effrayé. Plus maintenant. En lui coule maintenant un mélange de défi et de joie indéfinissable.
A l´est, en direction du Lac rouge, un batracien croasse, et ses congénères lui répondent en chœur.
Plus au sud, une chouette effraye hulule doucement.
La rivière insinue discrètement son bruit liquide.
Les grillons émettent leur son si caractéristique depuis le sud, la où la forêt est la plus courte. Ils préfèrent les champs aux arbres.
Qui a dit que la nuit est silencieuse ? Elle aussi comporte sa petite vie qui lui est propre.
Le mage s´arrête un instant, s´adossant à un grand hêtre pour mieux apprécier l´extérieur. Il ferme les yeux.
Ça se rapproche.
Juste devant lui.
Il est prêt. Son sort soulève la poussière autour de lui et tranche l´arbre le plus proche. Le déclic se produit dans son esprit.
Il se relâche entièrement. Il se sent las, découragé. A son âge, il s´est laissé avoir comme un débutant.
L´homme en face de lui le fixe. Il est grand, mince à en sembler squelettique. Il est vêtu très simplement d´une tunique sombre, et un bandage du même ton lui masque la face jusqu´au nez. Il porte une longue épée dans le dos. Il pourrait être de pierre tant il est immobile.
Le sorcier demande :
- Est-tu la Mort ? Est-ce que tous les hommes qui meurent te voient ainsi.
- Je ne suis que la représentation que tu t´en fais. Chacun me voit différemment, selon son imagination.
- Ainsi, c´est fini.
- Vision égoïste. Pour l´instant, il n´y a que pour toi que le jeu s´arrête.
- Le jeu ? Etrange définition de la vie. Mais peut-être pas tellement, en fin de compte.
- Te penses tu prêt à partir ?
- J´ai essayé de le faire, mais…non. Je ne crois pas qu´il soit possible de l´être en étant aussi heureux que moi, même après une vie si remplie.
- Bonne réponse. Tu peux maintenant savoir que ton esprit ne disparaîtra pas tout de suite, loin s´en faut.
- Alors, que se passe-t-il ensuite ?
- Tu vas me suivre en un lieu qui n´en est pas un. Je veux dire par là qu´il n´existe pas physiquement. Il ressemble à ce que certaines croyances sur ce monde appellent "paradis", ou du moins c´est ce dont il se rapproche le plus. Tu y retrouveras nombre de tes anciennes connaissances qui ont suivies cette voie avant toi.
- J´ai beaucoup de souvenirs à échanger avec eux, et leur vue me manque.
Sa voix tremble.
- Pouvons nous y aller tout de suite ?
- C´est ce qui est prévu. Après les formalités.
Il attrape sa large lame et en pose le plat sur le ventre du vieil homme. Une douce chaleur s´en dégage, plus qu´agréable. Puis il déchire la tunique à cet endroit. Dessous, la peau est d´un rose inhabituellement vif, et elle semble liquide. Cette impression se confirme lorsque l´apparition y plonge sa main gantée. La chaleur se diffuse à nouveau. Irradiante. Les doigts que le mage sait irréels se referment sur les entrailles, et à leur contact, la vie cesse petit à petit.
Doucement, le corps tombe. Seul reste debout son esprit.
La Mort reprend :
- Si tu es entièrement prêt, alors nous pouvons y aller.
L´esprit acquiesce.
Et ils partent pour le domaine des Morts, lui en toute quiétude.

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
07 septembre 2005 à 16:06:05
miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
07 septembre 2005 à 16:13:02

bonne initiative :oui:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
07 septembre 2005 à 16:14:33

Texte VII : Amnésie.

Pourquoi ?
Pourquoi être parti ?
Je ne sais pas vraiment. J’en avait marre, c’est tout ce que je sais. Depuis des jours, ma mère me saoule avec les histoires d’études, d’avenir.
« Arrête donc de traîner sur Jeuxvidéo.com plutôt que de réviser tes maths ! »
Toujours la même vieille rengaine. Je bosse tous les soirs, assez en tout cas pour me maintenir à quinze de moyenne, mais ça ne lui suffit pas, non, il me faut passer mes mercredis et mes samedis à travailler. Quelle chance le dimanche après-midi est libre.
Toujours sur mon dos. « C’est qu’elle m’aime, qu’elle veut me protéger » me direz-vous. Et bien qu’elle arrête. Elle m’étouffe.
Marre.
Marre de tout.
Voilà le pourquoi, la raison profonde pour laquelle je suis parti en claquant la porte, à 11H38 PM. Voilà pourquoi je marche depuis une heure dans ces bois boueux, sous une pluie battante dont les nuages en larmes m’obstruent la clarté de la lune.
Mais tout ne se finit pas ici. Non, il reste une chose à préciser.
Je suis complètement paumé. Perdu dans une forêt de deux kilomètres de côté, il faut le faire !
Rappelons nous ce que l’on avait appris lors de ce camp scout, il y déjà plusieurs années.
Pas moyen… Alors laissons parler notre instinct. Que nous dicte notre esprit ?
Trouve un chemin.
Très drôle ! Mais bon, il n’y a rien de mieux à faire. Je vais donc marcher en ligne droite jusqu’à trouver un sentier balisé.
Bon sang, ce qu’il fait froid ! On est seulement en septembre, il ne devrait pas être permis de faire aussi froid.
Les minutes passent et enfin mes chaussures touchent un sol de graviers égaux, trace indéniable de la civilisation. Allez, courage, en une heure et demie je suis chez moi. Le vent redouble, la pluie s’intensifie.
Autrefois, il n’y a pas si longtemps, je ne pouvais pas rester seul en forêt, pour peu que le temps soit sombre, jusqu’à ce que je passe une nuit seul, abandonné au milieu des arbres. Aujourd’hui, je suis capable de marcher à travers les trombes d’eau et de vent, dans l’obscurité quasi totale.
J’ai trouvé le truc, il suffit de bâillonner son imagination un instant. Penser uniquement à la route, à son itinéraire. Dans une histoire de Stephen King, je serai déjà mort, ainsi que ma famille et tous ceux que j’ai approché (même par webforum ^^).
Alors je marche. Enfin les nuages s écartent, la pluie devient moins dense. Une lumière d’un argent glacé dessine le décor alentours. Un vrai film d’horreur à petit budget.
Là ou ça devient plus inquiétant, c’est au moment où j’aperçois la fille. Mais elle même ne m’effraye pas, tout dans son allure respire le calme. Le détail frappant qui me saute aux yeux, elle est pendu à un arbre, deux mètres au dessus du sol, et visiblement avec ses propres entrailles.
Pour ne rien vous cacher, un vague sentiment de frousse bleue me parcourut en cet instant. Quelque chose ressemblant assez à de l’instinct me souffla de déguerpir.
Dix mètres plus loin, derrière quelques arbustes, des phares s’allumèrent.

Quel mal de crâne ! J’en ai presque envie de vomir.
Et surtout, impossible de me rappeler pourquoi je suis ici…
Visiblement, je me trouve dans ma voiture, en plein milieu d’un bois. Il pleut un peu et la lune éclaire les alentours de sa lumière crue. Pas assez. J’allume mes phares.
Ma voiture n’est pas sur le chemin, lequel, quelques mètres plus loin, n’est d’ailleurs pas carrossable. Il y a du mouvement un peu plus loin, mais les arbres et les intempéries m’empêchent de tout distinguer clairement.
Je descends de mon véhicule maculé de boue. Une sonnerie stridente m’avertit que j’ai laissé les phares allumés, mais je n’en tiens pas compte. Doucement, je m’approche de la scène. Un jeune homme, un adolescent plutôt, est à présent immobile, face à un arbre dont l’épaisseur du tronc ne me permet pas de voir ce qu’il fixe. L’astre de nuit dispense sa luminosité sans retenue. Je tente de changer d’angle pour mieux comprendre.
Puis, tout à coup, il me vient à l’esprit que la présence de ce garçon ici n’est pas normale. Pas d’après mes critères, en tout cas. Je m’approche donc en me signalant clairement à lui. Il me regarde, mi-effrayé, mi-abasourdit, et je suppose que cela vient de ce qu’il voit sur cet arbre. Tout en continuant d’approcher, je lui demande s’il va bien. Pas de réponse. Ils nous regarde tour à tour, l’arbre sur lequel je ne distingue encore rien et moi-même.
Et puis je finis par n’être plus qu’à un souffle de lui. Et en pivotant, je vois très bien ce qui l’a choqué de la sorte. Sur le large chêne qu’il fixe ainsi, une jeune fille, nue, est pendue par ses propres boyaux qui, sortants de son ventre livide, font un détour autour de son cou, puis de la branche. Le vent la balance, et ses yeux révulsés réfléchissent périodiquement la pâle lumière qui nous entoure comme s’ils clignotaient. Mon mal de tête, un instant éclipsé par mon exploration, revient de plein fouet, me pliant en deux. Je vomis longuement.
Le garçon ne dit toujours rien. Il semble vraiment perdu, tant dans sa tête que dans ces bois. Je le regarde sous un jour nouveau. Et si le meurtrier, c’était lui ? Un gosse dérangé qui égorge sa copine, ça s’est déjà vu… Je recule de deux pas.
- Est-ce que c’est toi qui as fait…qui a fait ça ?
Il secoue négativement la tête.
- Tu sais qui c’est ? Et la fille, tu la connais ?
Même réponse.
- Tu devrais venir avec moi, ma voiture est juste là. Tu…nous devrions aller parler de tout ça à la police.
Il acquiesce cette fois, mais toujours en silence. Il m’emboîte le pas, les yeux dans le vague.
Je démarre rapidement. Rien de ce qui se passe ici n’est fait pour me rassurer. Lui s’est assit à l’arrière, mais je ne le quitte pas des yeux à travers le miroir.
La route n’est qu’un simple chemin forestier qui nous chahute brutalement. Après un petit quart d’heure, je retrouve la route, la vraie. Vive le bitume ! Elle est peu utilisée à cette heure. Un panneau m’apprend que la ville la plus proche est Epinal, vingt kilomètres.
L’ambiance est sépulcrale. Pas un mot, mais l’horreur dont nous avons tous deux été témoins est à couper au couteau dans les quelques mètres cubes de ma voiture. L’air qui l’occupe se serai changé en plomb que nous n’aurions probablement pas vu la différence. J’allume la radio pour nous détendre. Nostalgi. A leur habitude, il repassent de vieux tubes de trente ou quarante ans. Je n’arrive pas à écouter la musique, mon esprit est trop obnubilé par les images de ce…de cette…
La pluie tombe drue à nouveau.
Epinal, commissariat.
La police a vite pris notre déposition, et les parents du gosse ont été appelés. Ils arrivent.
Apparemment, ils ne nous croient pas coupables, ni l’un ni l’autre. Peut-être est-ce dû à notre état de choc. Ils disent qu’ils iront voir demain, au grand jour. Ils m’ont proposé un lit de camp que j’ai refusé. Dormir ne ferait que ramener à ma mémoire les fait, mais avec la force que peut avoir un cauchemar. Alors je reste planté sur un siège.
La mère du garçon arrive, au bord des larmes. Dès qu’elle voit son fils sain et sauf, elle éclate en sanglots de joie et de soulagement, et le serre dans ses bras. Il met un peu de temps pour réagir. Elle demande à le ramener, mais les policiers de garde opposent une résistance polie et désolée. Un meurtre comme celui-ci dans leur secteur, ça les rend prudents. Elle crie un peu, puis abandonne. Elle s’assoie aussi, à côté de son fils, juste en face de moi.
Elle me dévisage, non sans soupçons, mais mon air abattu a le même effet sur elle que sur les messieurs de la police et elle se détend. De temps en temps, elle me jette un regard compatissant.
La nuit passe, le jour la remplace.
9H a.m. Nous montons dans une 4X4, direction la forêt. Ils ont prévenus l’enfant qu’il n’était pas obligé de venir, mais il a tenu à le faire. Il est encore comme assommé.
Le corps est toujours là, mais le boyau a lâché, libérant la fille qui gît a présent sur le sol, pantin désarticulé. Les policiers commencent leur enquête. Je suis descendu, mais voir à nouveau ce spectacle m’oblige à m’appuyer contre le tout-terrain.
Et puis, l’évidence me revient à l’esprit : je ne sais pas comment je me suis trouvé là, et je ne me rappelle pas non plus ce que j’ai déclaré à ce sujet dans ma déposition. Tout est de plus en plus flou dans ma tête tandis que mes sens s’exorbitent. Mon ouie perçoit le moindre son.
Même le coup de fil que le conducteur reçoit comme quoi ils ont retrouvé un poignard sanglant dans ma boite à gants…

Texte n°VIII : Jeu de trains.

Encore un jeune homme qui vient de se jeter sous les rails. Depuis la fenêtre de mon modeste appartement d’étudiant, j’ai une place de choix pour les compter et les contempler. Ils adorent ce coin, les désespérés, mais aucun n’est revenu plus d’une fois et pour cause ! Le terrain leur est ici particulièrement favorable : un gros bloc de béton de deux fois la taille d’un homme, obstrue la vue des conducteurs de trains, les empêchant de s’arrêter à temps. De nombreuse plaintes ont été déposées à ce sujet, mais le bloc est toujours là, imposant. Manque de fonds, réponds l’administration. Résultat, depuis deux ans que je suis là, dix huit personnes sont venues finir ici. C’en est presque devenu répétitif.
Il y a de tout : homme d’affaires ruinés, clochards désabusés, jeunes femmes enceintes que l’on a abandonné, un bon nombre des désespérés de Lyon, et même des gens sans mobile apparent. Avant que je ne m’y installe, cet appartement changeait de locataire tous les deux mois, a cause de ce spectacle. Personnellement, il ne me dérange pas plus que ça. Après tout, les gens font ce qu’ils veulent de leur vie, et j’ai vu assez de films « gores » pour ne pas être trop dégoûté.
Aujourd’hui, je vais à la fac de médecine, troisième année. Le prof tente de nous expliquer, sans grande conviction, toutes les histoires d’afflus sanguins. Ça me fait penser au Gulf Stream, ces courants et liquides en mouvement.
Mon voisin se penche vers moi :
- Salut, me chuchote-t-il. Alors, encore un suicide dans ton coin ?
- Tu parles, a force, j’y fais même plus attention.
- T’as pas peur de la malédiction ?
On m’avait cent fois rabattu les oreilles avec les malédictions en tous genres, et je m’étais efforcé de ne pas y croire. Aussi, je lui réponds :
- Commence pas avec ça ! C’est n’importe quoi !
- Bah, si t’en est sûr…
Et il retourna à son cours.
Toutes ces histoires de malédiction commencent à me courir sur les nerfs. Pourquoi veulent-ils à tout prix qu’il y en ait une ici ? Ce ne sont que des suicides, après tout. C’est déplorable, mais loin, a cent lieues, d’être paranormal. Je commence à m’apercevoir n’arrêteront de me préoccuper que si je vais voir de mes propres yeux ces endroits. Et j’irais dès la fin des cours. Mais que le temps traîne, aujourd’hui !
La dernière sonnerie. Juste passer par chez moi déposer mes affaires, et je pars briser le mythe.
Dix minutes avant le prochain passage sur ladite voie. je suis face au bloc de béton. Du haut de son imposante taille, il semble régner sur les rails alentours, seigneur immuable. Je ne remarque rien de particulier : ici et sur des kilomètres, l’espace entre les voies est toujours le même, des gravats recouverts d’un peu d’herbe polluée. A la base du bloc, un petit buisson a même réussi à perdurer. Rien ne bouge, rien ne laisse soupçonner une quelconque malédiction par ici. J’entends le train qui arrive, au loin.
Alors, lorsque la locomotive est toute proche, le petit buisson s’anime et s’écarte, dévoilant un large trou, une sorte de terrier dont sort un clochard. Il regarde fixement l’étranger sur son territoire, lequel fait de même. Puis d’une forte poussée l’envoie sur les rails.
Le train passe. Ce qui reste de l’étranger n’est pas beau à voir.
Le clochard esquisse un sourire et maugré :
- Et de 23 !

Fin pour l´instant

Les critiques sont bien sûr acceptées, veillez juste à bien précisez de quelle nouvelle vous parlez.

Bonne lecture (re ?)

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
08 septembre 2005 à 17:34:09

Une autre petite nouvelle, le début :

Texte n°IX : Stelamria (1ère partie)

La vendée. C’est un pays sympathique. La mer y est belle, relativement calme, du moins pour ce que j ‘en connais. En tout cas, là où je passe mes vacances, tout va pour le mieux. Je dois rester deux semaines.
Levé au chant du coq, dès le premier jour je plonge dans les écumes bouillonnantes. Drapeau vert. Les gens n’affluent vraiment qu’entre huit et neuf heures, j’ai pour l’instant toute la flotte pour moi seul. Pour une fois, elle n’est pas trop polluée, mais on n’est loin des plages à forte fréquentation. Je nage cinquante mètres en direction du phare, qui se trouve plus de deux fois plus loin. Les poissons viennent me picoter, me frôler. Ici, où personne d’autre ne vient nager, je me mets un instant sur le dos, pour me relaxer. Il n’y a que les mouettes pour faire du bruit, ainsi que le doux murmure de l’océan qui nous parle. Trop peu de gens l’écoutent.
Il est temps de retourner vers le sable et son habituelle agitation polyphonique. Mais en même temps que je déplore la disparition du calme, un autre attrait s’offre à moi : un nombre incalculable de filles qui s’ébattent joyeusement dans ce qui est devenue une sorte de soupe salée. Elles se dressent contre les rouleaux qui, joueurs, les repoussent quelques mètres en arrière. C’est alors que mon esprit tordu :fou: me lance une idée. Pendants les remous entraînés, c’est la pagaille, on se bouscule, etc… Je sais, c’est un peu pathétique, mais je n’en suis plus à ça près. Je louvoie donc dans leur direction, quand un énorme mur d’eau se dirige vers moi rapidement. Trop. Je suis balayés, lessivé, mais une fois au fond de l’eau, je sens quelque chose s’agripper à moi. Pas le temps de réagir, mon dos s’effrite contre la pente douce du sable et l’eau se retire. J’ouvre péniblement mes yeux meurtris par le sel, et découvre une jeune fille accrochée à moi, qui me regarde de ses yeux bleus-verts. Elle est noire et semble mi-gênée, mi amusée. D’un mot, elle s’excuse :
- Désolé…
- Tout le plaisir est pour moi.
Elle rit franchement cette fois, puis se redresse. On se présente. Elle s’appelle Stelmaria, et je n’avais jamais entendu ce prénom. Je le trouve musical.
On discute un moment. Ce qu’elle vient chercher ici, c’est l’adrénaline, le risque. Même si ce n’est pas exactement mon truc, j’aime bien le frisson qui vous parcourt dans ces moments là. Mais elle y est accro.
Pendant presque une semaine, nous allons nous voir tous les jours, à chaque fois à la recherche d’émotions fortes. Les vagues nous aident. Je crois que nous avons tout tenté, à peu près.
Un après midi de drapeau rouge, nous déambulons sur la plage en discutant sous une légère pluie mêlée d’embruns, elle se tourne vers moi, ses yeux emplis d’une malice qui à chaque fois me fait comme fondre :
- On nage jusque au phare ?
Ce n’est qu’à moitié une question, elle sait que je la suivrai de toute façon. Alors je ne proteste pas. Avec elle, pas la peine de faire remarquer que toute baignade est interdite. Ce n’est pas le genre de détail qui l’arrête. Nous retirons à la hâte nos shorts et T-shirts (elle est vraiment belle :cœur: ), et courons vers la mer démonté. Elle semblait déjà impressionnante vue de la plage, mais une fois les pieds dedans, c’en est presque terrifiant. Et elle est froide…
- C’est partit ! crie-t-elle avant de s’immerger entièrement.
Pour information, le phare est à un peu moins de cent cinquante mètres. En temps normal, même sans être un super sportif, y accéder est aisé. Mais lorsque l’océan lance contre vous ses soldats liquides de deux ou trois fois votre taille, c’est une autre affaire, je vous prie de le croire. Dire que nous progressons difficilement est un euphémisme. On avance de trois brasses, on recule de deux, et ainsi de suite. Un orage vient du large.
D’après mon estimation, nous avons parcouru ainsi une trentaine de mètres, quand soudain Stelmaria me hurle pour couvrir le vent qu’elle a une crampe.
Vous est-il arrivé de vous trouver dans une situation délicate qui s’aggrave d’un coup sec et précis, comme le soldat achève l’ennemi à terre ?
J’avoue qu’en cet instant, je ne suis pas loin de paniquer. Mais en me rapprochant d’elle, je m’aperçois qu’elle arbore un sourire éclatant, extatique, tout en tentant de surnager malgré sa jambe. Me voyant arriver à ses côtés, elle m’enlace. S’ensuit un long baiser qui nous entraîne sous l’eau. Il est très salé. Ça dure et j’aime ça. Mais notre apnée n’est pas sans limite, et faute d’être pourvus de branchies à la manière des poissons, il nous faut remonter. Cette fois, l’orage est sur nous, il est impératif de rebrousser chemin.
Je passerai sur les nombreuses péripéties et embûches qui se dressèrent sur les trente misérables mètres du retour, mais la sensation d’être jeté sur le sable, comme recrachés par la mer, est plus qu’agréable. On se trouve comme…miraculés (peut-être le terme est-il un peu fort, mais c’est vraiment ça la première fois). Et puis la bonne humeur et la fatigue prennent le dessus. Nous nous traînons dans le sable humide jusqu’à être hors de porté de l’eau, et nous nous abandonnons, couchés sur le dos, à la fatigue et au soulagement.

Je pense avoir vécu les meilleurs jours de ma courte vie durant la semaine et demi où nous nous sommes connus et fréquentés. Et je ne sais pas, je l’espère mais quelque chose me dit que non, si je revivrai pareils moments. Car comme vous pouvez l’imaginer, tout a une fin.

Et celle-ci viendra dès que je l’aurais tapée. :oui:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
08 septembre 2005 à 17:39:26

Le titre est "Stelmaria" et non ce que j´ai mis.

Au fait, je commence à être jaloux des autres qui ont des critiques détaillées. j´ai quand même fait des fautes, non ? Je réagis pas comme certains, j´accepte les critiques négatives^^, alors ne vous gênez pas.

Allez, A +

Erythropoietine
Erythropoietine
Niveau 2
08 septembre 2005 à 20:02:15

Ben déjà bien le bonjor à tous ! :) Je trouve les textes de Deathstone vraiment bien écrits, il a bcp de talent

Continue ainsi, je suis loin de faire mieux ! :ok:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
08 septembre 2005 à 20:06:15

Ash==>Les critiques détaillées, c´est pour les auteurs qu´en ont besoin! :) Toi, c´est encore un très bon texte bien qu´un peu court, donc je ne peux pas te faire une critique détaillée là-dessus :) Donc, bah raboule la suite lol!

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
08 septembre 2005 à 20:22:13

Pour celui si, je suis motivé, c´est tiré d´une histoire vraie.

T´attends pas à une fin heureuse, mais attends là demain.

Psimon
Psimon
Niveau 10
08 septembre 2005 à 20:38:28

Ash: j´adore ton dernier texte, ça me rappelle une histoire...

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
09 septembre 2005 à 19:55:01

Je profite de ce petit :up: pour vous dire que la suite de "Stelmaria" arrive incessament si l´orage veut bien me le permettre.

:ok:

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
09 septembre 2005 à 20:44:58

lol bin apparemment l´oarge ne te le permet pas :fou:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
10 septembre 2005 à 19:00:54

Bon, l´orage m´ayant déconnecté à plus de la moitié du texte tapé, et donc ayant tout effacé :-(( , tout cela m´a paru bien saoulant, et donc j´ai arrêté. Peut-être ce soir si la motivation est là, peut-être demain.

A noter que le prochain titre prévu sera ma "thanatographie"

A + les lecteurs :coeur:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
11 septembre 2005 à 19:04:49

Bon, j´ai eu la flemme de taper et je me suis occupé d´Insania, donc c´est pas pour tout de suite :nah:

Si vous vous ennuyez, relisez donc tout :oui:

:bye:

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
11 septembre 2005 à 19:48:36

ok mais dépêche toi un peu d´écrire, j´aima bien tes nouvelles!!! :-)

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
11 septembre 2005 à 19:54:36

Tiens, vous pourriez me dire laquelle vous avez préferé, ce serai sympa :coeur:

:bye:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
12 septembre 2005 à 15:45:56

Bon, vous avez de la chance, je vous poste la suite entre deux cours. j´attends vos commentaires ce soir.

Faut que je me méfie, mon père me surveille, il rôde sur JV, alors je dois me méfier de mes dires.

sur ce :

Elle s’est déroulée, cette fin, un matin, un chaud début de journée où elle avait décidé de faire du surf. La région où nous nous trouvions comportait peu de plages potables pour ce sport, mais justement l’une d’elle se trouvait toute proche, à moins d’un kilomètre.
C’était la première fois que je surfais, mais avec un peu d’équilibre, on apprend vite. Elle avait déjà pratiqué, et se débrouillait ma foi pas mal, d’après mon humble avis de novice.
Notre plage était ainsi : deux crique, où le sable d écrivait des demi-cercles, séparés par une proéminences, une petite avancée de pierre hautes et escarpées. Les autres surfeurs, lorsqu’ils voulaient changer de crique, marchaient sur la plage ou passaient au large des rochers, couchés sur leur planche.
Stelmaria, elle, tenta de traverser en profitant d’une vague favorable.
Je n’ai jamais vraiment su ce qui s’était passé, toujours est-il qu’elle fit une embardée dans les arrêtes noires et luisantes qui se dressaient pour elle comme des dents.
Je me rappelle avoir sauté de ma propre planche et nagé vers là où elle avait disparu, comme un fou.
Je me rappelle l’avoir trouvé, étendue sur le dos, inconsciente, la pointe de son surf planté entre les côtes.
Je crois, mais ce n’est pas très clair, avoir couru sur la plage à la recherche d’un portable pour avertir les secours. Il m’a semblé avoir passé toute une vie à les attendre. Enfin, ils sont arrivés. Ils m’ont permis de monter dans l’ambulance. L’hôpital le plus proche était à une quinzaine de kilomètres. J’ai cru ne jamais y arriver.

Il m’est déjà arrivé d’avoir peur pour ma vie, particulièrement lors de cette semaine, mais jamais encore pour celle de celle que j’aime. Je peux vous promettre que c’est beaucoup plus fort, car là vous savez que vous allez vivre la suite, mais vous savez aussi que peut-être vous allez le faire seul…

Ils m’ont fait patienter à l’hôpital, et ont appelés ses parents. Ceux-ci sont vite arrivés, et d’amblée ont commencé à m’accuser de tout cela, et bien sûr m’ont interdit de revoir Stelmaria. J’oscillais entre le désir de mourir et celui de les tuer. Je n’en pouvais plus de les écouter, alors je suis rentré. Cela fait juste un peu plus d’un an.

Et maintenant, maintenant je suis un peu perdu, paumé pourrais-je dire. J’ai juste appris qu’elle s’en était sortie sans séquelles graves, juste quelques mois d’hôpital. Et plus rien.

Aujourd’hui, je me demande sérieusement si ça vaut la peine de continuer.

Bon lecture :coeur:

Deathstone
Deathstone
Niveau 9
14 septembre 2005 à 10:54:16

:up: :snif:

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
25 septembre 2005 à 08:19:30

Bon une petite nouvelle ( ché jamais quoi dire avant de poster)

2015
Je traîne mon fauteuil roulant sur le pavé, le col de mon imperméable relevé au maximum. Malgré tout les gens me dévisagent. Un gamin crie en retournant vers sa mère :
- Maman ! Maman ! Un handicapé !
- Ne le fixe pas comme ça, mon chéri ! Il a dû s’échapper.
Un homme lui répond :
- C’est une honte ! Ils devraient être plus surveillés. Comment est-il possible, à notre époque, de pouvoir encore croiser ces déchets en pleine rue ?
Vous l’aurez deviné, la société est devenue totalement intolérante envers tous ceux comme moi qui ne sont pas « normaux », juste évolution des idées de la dernière décade. Nous sommes tous plus ou moins parqués dans des espèces de camps, construits à la va-vite depuis quelques temps. On nous y enferme, c’est tout juste si l’on nous nourrit. Des infâmes petites cellules, sales, décrépies. Les rats sont notre seule compagnie. Alors nous attendons.
Je ne sais pas s’il vous est déjà arrivé, à la suite d’un accident quelconque, de devoir rester allongé, assis, tout au long de la journée. Sans rien à faire. J’imagine, j’espère que vous avez eu de la visite. Si ce n’est pas le cas, alors vous savez ce que nous autres malformés subissons. L’ennui devient une habitude, on le sent presque comme une créature qui revient périodiquement.
Je roule, je roule.
J’ai une adresse où me rendre, un endroit ou d’autres handicapés se sont regroupés. C’est encore relativement loin. J’essaye d’emprunter les petits chemins, des ruelles sombres. Pas facile. La tendance politique de ces derniers temps a plutôt été à la bétonnisation. Finit, les jolies petites maisons pittoresques, place aux gratte-ciels. Les forêts se résument à des parcs disséminés. Les autoroutes, les aéroports fleurissent un peu partout. Mais la sécurité règne. Heureusement.
Je commence à m’engager sous une sorte de balcon allongé qui ombrage ma route, lorsque j’entends des cris. Deux policiers de Sécurité Spéciale m’interpellent. Ce sont eux qui sont chargés de surveiller ce que le peuple nomme les « asiles », nos camps. L’un d’eux porte sa radio à la bouche :
- Nous l’avons. Danger écarté. Vous pouvez laisser tomber l’alerte.
Diable ! Une alerte pour moi tout seul ! Quelle chance…
- Te voilà, NUN, on va pouvoir rentrer à la maison.
Il fait tourner sa matraque
Nothingness unable nameless, ou Néant Incapable Sans-nom. Sympathique, n’est-ce pas ? Ils vont jusqu’à nier notre identité. Nous n’existons pas.
Ma main se raccroche à une barre métallique appuyée contre le mur. Mas bras sont musclés, a force de pousser sur mes roues. Le premier est à portée, j’effectue une légère rotation et l’atteint à la tempe. Il s’écroule d’un bloc.
L’autre recul.
- Nous avons un problème, crie-t-il dans sa machine, il est dangereux. Il y a un homme à terre. Puis-je tirer ?
Apparemment, la réponse lui convient. Il se retourne vers moi, un grand sourire aux lèvres.
- Je te laisse encore UNE chance, rebus. Rends-toi maintenant.
Je n’en ai pas l’intention. Je lui envoie mon arme dans les côtes, il tombe à genoux en grimaçant. Je déguerpis en vitesse. Par chance le sol est dégagé.
Un déclic, puis un coup de feu. Je sens le dossier de mon fauteuil transpercé, puis mon dos. La douleur est assez incroyable. Sous la poussée, je tombe à terre. Ma tête cogne sur une pierre aigue.
J’entends un hélicoptère…
Finalement, je ne suis pas si déçu que ça de m’en aller. S’il y a quelque chose après la mort, ça ne pourra pas être pire, de toute façon.

miss_allsunday
miss_allsunday
Niveau 7
25 septembre 2005 à 15:55:54

elle est pas mal la dernière, elle est assez émouvante :snif:
:fou:

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