Bon
Cafard n°1
Tout est noir.
La route est noire. Sale.
Le ciel est noir. Sale
Ma vitre est noire. Sale.
Quoique. Non, il y a aussi du gris.
Gris comme la peau de cette misérable petite vieille qui traîne lentement ses années dans la rue, armée de son déambulateur. Ses mains tremblent. Ses yeux, derrière leur blindage de verre, sont presque fermés. Ses muscles pendent mollement.
Quelle misère que la vieillesse.
Gris comme le béton des cités, des squats où s’entassent les gens par centaines en attendant mieux, mieux qui ne viendra probablement pas. Mais comme on dit, l’espoir fait vivre. Alors ils espèrent et ils vivent.
Gris comme la mer un jour de tempête. L’océan qui donne, mais aussi qui prend. Pour lui, les hommes ne sont rien. Un noyé ? En quoi voulez-vous que cela lui importe-t-il ?
Est-ce pour cela que l’humanité s’acharne à le polluer, à pêcher à outrance ses habitants ? Est-ce pour se venger ?
Même pas. C’est juste pour le fric. Comme toujours.
D’ailleurs, en parlant d’argent, est-ce que ce n’est pas lui qui nous apporte les dernières notes de couleur en les affiches publicitaires ?
Je préfère encore le noir. Au moins, il est calme. Pas fatiguant. C’est lui que l’on voit lorsqu’on ferme les yeux de dégoût pour ce qui nous entoure.
Pourquoi est-il associé au mal ?
Parce que l’homme a peur de l’inconnu, peur de ce qui peut bien ce cacher dans la nuit, alors qu’il ne s’agit que d’un loup qui cherche à pourvoir à sa survie, pas à faire du fric, lui.
Baissons un instant nos paupières. Voilà. Je pourrais rester ainsi des heures durant. Ne plus voir la rue. Ne plus voir les gens. Juste… imaginer.
L’imagination. Ca c’est beau. Le monde en manque. Tout serai tellement mieux si l’on se servait plus des notre esprit en ce sens.
Une mouche fonce tête baissée, inlassablement, contre ma fenêtre. Elle veut sortir. Elle voit pourtant bien, par delà son invisible barrière, ce qui l’attend. pas ses prédateurs, non.
Mais des usines dont la fumée soi-disant filtrée encombre nos bronches.
Mais des insecticides qui percent petit à petit le rempart naturel contre les UV nocifs du soleil.
Mais des supertankers qui dégazent sauvagement, empoisonnant les poissons que nous mangerons.
L’humanité se détruit elle-même. Ce n’est pas plus mal.
Depuis que l’homme a définitivement vaincu mammouths et tigres à dents de sabre, il prétend ne plus avoir de prédateurs.
L’homme est un loup pour l’homme.
Nous finirons bien par avoir notre peau… Qu’elle soit jeune ou vieille, de toutes les couleurs. Mais certaines teintes ont encore moins de chances que les autres.
Les homme naissent libres et égaux. Et combien cela dure-t-il ? Oh, pour les blanc, toute une vie (et encore). Pour les autres…
Un cataclysme se produit quelque part, il y a des survivants. Ils entrent bien sûr dans les maisons abandonnées par les morts, mais un blanc cherche de la nourriture alors qu’un noir pille.
Faites bien la différence…
Vous attendez une conclusion ? Il n’y en a pas, si ce n’est un énorme coup de cafard de ma part, lequel a guidé ma plume. Ne prenez pas tout au sérieux. Ce serait dommage
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