Bonjour, forum.
J´ai déjà posté ce texte, en version bêta, sous le titre " Instead of Rise", lorsque le monde était jeune. La raison principale de la création de ce topic est d´avoir un lien à fournir pour la liste de fics du forums ( cf topic de FFrules3).
Je ne pouvais décemment pas me permettre de donner l´ancien topic comme lien, vu la quantité de petites corrections que j´ai apportées au texte. A ce propos, je souhaite remercier Dragonnoir, Shamandalie, Freesurf ( sont pas sur le forum ces deux, mais bon^^), Littlething, Melponese et Atomix-Breezer, dont les avis et le temps m´ont été précieux.
Pour ceux qui ont déjà lu le texte, je doute qu´une relecture soit utile, le scénario étant le même. Peut-être un peu plus de la clarté qui, selon Softy, manquait à la version d´origine.
J´ajoute qu´une séquelle à ce texte est en préparation, d´où le changement de nom de ce premier " tome". Et je ne vais poster qu´un chapitre à la fois. Ce n´est pas une question de messages en plus ou de gain de temps, c´est juste qu´un chapitre est déjà un assez beau pavé comme ça, pas la peine d´insister^^
Instead of Rise, Tome 1 : The Fall of Shaztarath
Chapitre 1
Le messager, attentif, se laissa glisser le long du vallon. Les buissons étaient légion, mais ils étaient décharnés et blanchâtres, contrastant avec sa vêture noire. Un instant, il pensa avoir été aperçu par quelque vigilante sentinelle, mais le camp semblait toujours endormi. Il se remémora l’épisode du gouffre de Tentalie, là où il avait failli finir empalé par les farouches Sen, les guerriers du Nord, et où seul son grand courage lui avait permis de survivre. Le fait qu’il ait pris la fuite en abandonnant son jeune compagnon à l’ennemi y était aussi pour quelque chose, mais ne nous embarrassons pas de ces détails. Toujours est-il que, rasséréné, il continua sa lente avancée ; une fois ce camp passé, il n’aurait plus qu’à traverser les plaines arides de Darzhor, où les prédateurs dominants étaient les souris, et il atteindrait enfin son objectif.
Sans le moindre bruit, il progressa de quelques mètres supplémentaires. Par chance, un amoncellement de nuages masquait les lunes, dissimulant son passage. L’ombre glissa habilement sur les derniers mètres d’herbe et se laissa choir dans une sorte de fosse à l’aspect peu engageant, mais qui avait le bon goût d’être suffisamment profonde pour le cacher entièrement. Il reprit son souffle, et, de plusieurs regards furtifs, localisa les ennemis les plus aptes à le découvrir ; il y avait bien sûr celui de la tour de guet, à quelques mètres au nord-est de sa position, mais son boulot consistait à prévenir l’arrivée d’une grande armée par la plaine, aucune raison donc qu’il ne se retourne vers lui. Plus dangereuse déjà était la porte principale du campement, protégée par 4 gardes, dont les grandes torches flamboyantes illuminaient la plaine sur un rayon considérable. Et le messager, ayant l’expérience que donne la survie, savait que ses chances de croiser quelque fantassin assis dans l’ombre en train de méditer, ou, plus matériellement, de dessoûler, étaient assez élevées.
Néanmoins, il devait profiter des circonstances propices que lui offrait la pénombre cumulée de la nuit et des nuages précités. Il s’élança donc. Avec enthousiasme. Et vitesse. Et silence. Eh ben oui, mais en fait non. Il est des lois qui apparaissent dans n’importe quel univers, comme la loi de la gravité, qui fait que quand on se prend un objet lourd sur la tête, on tombe, la loi de Newton qui nous explique quelque chose de très précis que je pourrais vous narrer si l’idée d’écouter mon cours de physique m’était venue au moment opportun, et encore moult autres lois qui font qu’il y a des jours où ça passe, et d’autres où ça ne passe pas. Cependant, lorsqu’on y réfléchit, ce n’est pas un mal : le chômage est combattu, la place est laissée aux plus jeunes, et l’employeur du messager pourra employer son argent à des fins plus nobles que son salaire. Ajoutons qu’en plus des lois évoquées auparavant, notre homme testera celle de Shazaraad, le tyran, dont les hommes s’empressèrent de venir intercepter cet espion si présomptueux.
***
- J’ai bien peur que le messager n’ait été capturé, déplora Nafel, scrutant l’horizon de son regard inquisiteur.
- Le col de Guzar est peu gardé, il n’aura point eu de problèmes de ce côté. Je crains toutefois que l’anicroche n’ait eu lieu à l’orée de la forêt d’Apghrad, analysa Kob, qui arquait sa taille imposante pour regarder par la meurtrière, seule ouverture de la tour de guet, dans l’espoir obstiné de se donner l’air de faire quelque chose de vital pour l’avenir du monde.
- Probablement, murmura l’autre, sombre.
Ils furent interrompus par le battement d’aile d’un astral, l’oiseau-convoyeur. Déjà le quatrième depuis le premier quartant. Les informations du retardataire devaient décidément être de la plus haute importance.
Kob se releva, las, et déchira un morceau de parchemin fripé, sur lequel il traça malhabilement un cercle surmonté d’un pentacle, lequel signe signifiait « cénotaphe », laquelle signification était un code pour indiquer l’absence du messager. On pourra objecter que ces précautions étaient inutiles, car d’une part aucun ennemi ne se risquait dans la région des contreforts des monts Balkirites et car quand bien même, le plumage bleu noir de l’astral le rendait presque totalement indiscernable de nuit, mais bon. C’est quand même bien plus classe de recevoir ce genre de symbole qu’un petit message, même en écriture stylisée, dont la signification ne varierait pas. Pour des messages plus longs, les sentinelles restaient naturellement plus orthodoxes.
- Encore deux heures et on s’arrache d’ici, soupira Nafel, qui aurait préféré que je le place dans un monde où le café existait. Ces rondes de nuit, j’te jure, y a rien de pire même à la prison de Kettrag.
- C’est clair, confirma son collègue en relâchant le volatile. Enfin, faut se dire que t’as la semaine pour récupérer après. Allez viens, il reste un peu de pain aux herbes.
***
On a toujours cette image où l’empereur, l’air désinvolte, contemple sa capitale depuis son balcon. Cela renseigne aussitôt sur la situation sociale du personnage ( d’autant plus qu’il affecte souvent un air hautain, que seuls les nobles peuvent reproduire), sur son influence sur le destin des petites gens, en bas. Mais tous les empereurs sont loin d’être comme ça. Pourtant, le personnage qui se trouvait sur le balcon du palais de Shaztarath tenait apparemment à ce qu’on reconnaisse sa charge immédiatement, puisqu’il arborait ostensiblement tous les signes indiqués plus haut ; tel était Shazaraad. Les récents événements n’encourageaient pas à la mise en scène théâtrale, mais il gardait ses principes. Il se retourna avec majesté, pour recevoir le visiteur.
Le visiteur en question était une visiteuse, pour être précis exactement celle qu’il attendait. Car Ada était non seulement discrète, loyale et bon marché, déjà qualités fort appréciables, mais elle s’offrait en plus le luxe d’être plutôt belle et surtout très efficace. On a toujours besoin d’espions pour tenir un royaume, dans la part d’ombre de ce que des gens peu inspirés appelèrent la civilisation.
- Avez-vous terminé d’interroger le messager ? questionna-t-il d’une voix grave.
- La loyauté de ce genre de cloportes est assez flexible quand ils sont capturés ; il travaille pour Uzekhat III, le souverain du Kenshab.
- Mais que venait-il donc faire dans mes frontières ?
- Il a avoué chercher à atteindre les rebelles des monts Balkiriens ; il semblerait que ce petit manège dure depuis plusieurs semaines, seigneur.
- Bien. Cet imbécile est donc totalement en tort et n’a aucun droit sur mon territoire. Torturez-le afin de lui soutirer n’importe quelle information sur mon charmant voisin.
- A vos ordres.
- Ada ?
La jeune femme se retourna, faisant tournoyer sa chevelure châtain.
- Oui, seigneur ?
- Faites-le souffrir. Mais faites vite, je pourrais avoir besoin de vous sur d’autres fronts.
Hochant la tête, la jeune femme se retira précipitamment.
Une brave fille, vraiment. Lissant sa fine moustache d’une main, Shazaraad s’en retourna à sa rituelle observation.
- Ça va, tu suis ?
- T’occupe, regarde devant toi si j’y suis pas encore.
Une fine brise soufflait, ce matin-là, sur les monts Balkirites. Mais rien de prompt à décourager des jeunes gens comme Tanhez et Basfeth, qui étaient à présent sur le flanc nord du mont Kirksgûl – réputé un des plus difficiles –, et rivalisaient de célérité à son ascension. En cette saison, les glaciers ne tenaient plus que sur les hauts sommets, mais les prises de la paroi n’en restaient pas moins traîtres, car la roche était friable ; nombreux étaient les gens qui s’attelaient à la tâche, moins étaient capables d’escalader autre chose que des béquilles après leur tentative. Notons d’ailleurs la présence d’un florissant commerce de pompes funèbres dans le village niché au pied de la montagne.
- Attention, ta main tremble, petit homme ! ricana Tanhez, qui avait pris un peu d’avance. Je suis sûr que Kala t’apprécierait plus si, à défaut de me vaincre, tu restais au moins vivant…
Basfeth savait qu’il n’aurait pas dû accepter ce pari. Tanhez était en bien meilleure condition physique que lui, et n’aurait nul mal à triompher du versant. Quant à lui, il pouvait y perdre la vie. Mais refuser eût été passer pour couard, et il ne pouvait se permettre ça devant Kala.
Parlons-en, de Kala. Comme s’il avait la moindre chance avec elle… Non, vraiment, il aurait mieux fait de refuser cette aventure.
- Au fait, je t’ai déjà prévenu de ne pas regarder en bas ? Non, parce qu’il y a un truc très profond, on appelle ça le VIDE.
Ca, c’était déloyal. Tanhez connaissait son ami, et savait qu’il jetterait sûrement un œil, par curiosité. Car Basfeth était très curieux. Comprenant la manœuvre, ce dernier ne se déconcentra pas et continua à avancer, prise par prise. Il ne devait plus être très loin du haut…
C’est grand une falaise… A quoi ressemble le village en bas ?
Non, tu ne dois pas regarder, concentre-toi.
Calme. Respire. Continue à grimper.
Enfin, une corniche, une plate-forme, quelque chose de plat. Basfeth était vivant, et il conclut que ce n’était pas un mauvais résultat.
- Ah, ben te voilà, on se demandait si on devait aller te chercher, railla Tanhez, provoquant l’hilarité de Kala.
Basfeth était sur le sol, dans la poussière ocre, transpirant abondamment, la respiration difficile. Il se fit une image de la situation, qu’il chassa bien vite de son esprit, tant elle lui apparut pathétique.
Non, vraiment : pas une bonne idée.
Pataud, il redescendit au village, après avoir fait jurer à ses deux comparses de garder cet épisode sous silence.
***
En se couchant très peu originalement, à l’ouest, le soleil ne manquait pas d’accorder quelques rayons aux remarquables toits ronds de marbre ou de granit rose ( ou des deux) de Xioshun, la grande capitale du Kenshab, dont on avait coutume de s’émerveiller de sa splendeur en la voyant de loin, puis de s’apitoyer sur son sort en la voyant de près. Car Xioshun n’était qu’un écrin, à l’instar de l’empire du Kenshab. Les ressources avaient été épuisées par la longue guerre fratricide dont le royaume commençait à peine à se remettre.
Des rigoles de détritus coulaient à même la rue, sans incommoder le moins du monde les habitants qui se demandaient plutôt s’ils trouveraient à se sustenter ce jour-là. Dans un tel climat fleurissaient habituellement prophètes et fauteurs de trouble, révolutionnaires et autres conspirateurs, et je ne vois pas pourquoi l’habitude ne tiendrait pas lieu de règle dans ce royaume.
Jazareb, le sultan, était bien conscient de ce phénomène. C’est pourquoi il convenait, puisque les ressources du lieu n’étaient plus disponibles, d’aller les trouver ailleurs. C’est dans cet état d’esprit que l’altruisme l’avait subitement poussé à défendre la noble cause des rebelles Balkirites, qui cherchaient à renverser le tyran Shazaraad depuis plusieurs décennies. Moyennant une grande partie des finances du royaume, bien sûr. Mais que voulez-vous, il faut bien entretenir l’armée que vous envoyez au combat, s’expliquait-il.
Le vizir, personnage petit au faciès de rat, toussota pour attirer l’attention du monarque.
- Il semble que notre messager ait été capturé, sire.
- L’idiot. Il faut absolument prévenir les rebelles avant de lancer notre attaque, sans quoi notre plan serait voué à l’échec.
- Pas nécessairement, sire.
Le monarque se retourna, son intérêt éveillé par le ton du ministre.
- Que me chantes-tu ?
- Et bien, il existe dans tout royaume des envieux, des gens qui tireraient profit de la disparition d’un souverain. Dans notre cas, citons Zulkhin, un nobliau relativement influent qui s’est mis dans la tête qu’on lui avait usurpé le trône.
- Voilà qui est intéressant, mon ami. Mais il désire assurément quelque chose en échange de sa bienveillante coopération.
- Et bien, il demande de récupérer la couronne, bien entendu. Cependant, vous savez comme un pays en crise est instable, il peut arriver plein d’accidents après le déclenchement d’une révolution.
Un sourire sans bonheur se détacha sur le visage sinistre du souverain. Ainsi, la prospérité allait peut-être revenir.
< ***>
Valà. J´espère que la mise en forme a plus ou moins tenu la route ´^^
Bon, je déteste faire ça, mais
^^
Alors, l´héroic-fantasy n´est vraiment pas ma tasse de thé mais je me suis attelé à la tâche de lire ce pavé...qui n´en ai pas un étrangement. Cela a l´air long mais la lecture passe vite, grâce sans doute à une mise en page très aérée.
Ce premier chapitre, dit d´exposition, présente de nombreux personnages. Il manque quelques descriptions de leur apparence ou sur le contexte géopolitique du monde pour vraiment bien comprendre les enjeux de l´histoire. Tolkien, au début du SDA se fend de plusieurs notes expliquant l´environnement, les personnes, les lieux et c´est ce qu´il manque ici.
Mais le style est très entraînant.
Mieux, les fautes d´orthographe sont rares. D´ailleurs, il ne me semble pas en avoir remarqué une. Donc les fautes d´orthographe sont inexistantes. Bon point.
Ceci dit, quelques choses m´ont géné. Déjà, les petites pointes d´humour deviennent vite lourdes quand elles ne sont pas formulées par les persos. Cela donne un ton trop familier au narrateur, cela retire de la crédibilité, comme le passage suivant par exemple :
" Avec enthousiasme. Et vitesse. Et silence. Eh ben oui, mais en fait non"
C´est drôle mais cela diminue la portée du récit.
Des tournures lourdes également :
" sur " lequel" il traça malhabilement un cercle surmonté d’un pentacle, " lequel" " signe" " signifiait" « cénotaphe », " laquelle" " signification" était un code pour indiquer l’absence du messager"
3 lequel ou dérivés et 3 signe ou dérivés. C´est très lourd.
Mais comme je l´ai dit plus haut, l´HF n´est vraiment pas mon style de lecture, mais j´ai apprécié malgré les petites maladresses " précitées" ( hommage à un passage du texte ; -))) ) . Je lirais la prochaine partie avec plaisir. ![]()
Je le lirais Xbq, mais quand ? . .. je ne saurais pas te le dire . .. ![]()
MAIS N´ALLEZ SURTOUT PAS VOUS IMAGINER QUE CET AHURI ME PREVIENDRAIT!!!! Faut que je découvre toute, seule, comme une grande, qu´il a posté, qu´il m´a même pas demandé d´aller commenter...
Je vais l´étrangler.
Définitif.
Surtout que je l´ai déjà lu ce texte.
Mais là j´ai fait plus attention.
Et je peux dire quelque chose de constructif.
C´est excellent.
Pour moi, du moins, mais je ne suis pas vraiment très viable.
Mais les commentaires ironiques et la façon ( dont je n´ai pu avoir aucun précédents) dont on enchaine les séquence dans ce récit, sont proprement hilarants.
Moi ça me fait rire.
Et je trouve que ça ferait bien vide sans...
Je n´aime pas l´héroïc fantasy, ou alors du Tolkien à la limite mais sinon...
J´admire.
Et suis contente d´avoir la suite sur monpetitpcàmoiquej´aime.
Xbq, c´est génial.
Et je félicite Shamandalie pour son bêta lecturage, elle gère ; ) ( faudra qu´ele m´apprenne deux trois petits trucs sur ça d´ailleurs)
Ouais ca manque un peu de vigueur tout ca, tu auras droit à une remontrance verbale. De plus ton texte pue la Pride et je trouve cela très dégradant.
Mais bon force est d´avouer que tu devrais mettre un lexique de privet joke en bas de ton récit afin que chacun ait le plaisir de rire si bruyamment en ton honneur ( eh oui ca arrive, meme a moi). De ce fait je pense que tout étranger à ta hmm vie ( ?) peut comprendre ton humour débordant.
Mais bon tu fais quand même preuve de reconnaissance envers tes correcteurs ce qui réchauffe mon coeur tendre et assoifé. Oublie suuurtout pas de mettre un ( c) xbq en bas car des esprits voleurs et belliqueux pourraient avoir envie de te le rapiner.
N´oublie pas, sale phénomène, de cultiver ton jardin, car le bonheur ne viens pas des états matériels, mais des sentiments, des émotions, et du PC ! !!
hmmmm
je signerai kolly, que ca fasse genre.
FFRules : déjà merci d´avoir fait une review complète, je t´avais pas demandé autant et ça fait plaisir^^
Comme je l´avais déjà dit à Softy, l´humour est une manière de me décaler de mon style et de mon texte, pas toujours très réussie. On peut aimer ou non, certes^^
Pour la répétition, ça a pas du tout donné l´effet que je cherchais, en fait ça ressemble plutôt à rien, je vais corriger ça. Merci^^
Une nouvelle fois, merci d´avoir pris le temps de lire ( comment ça je deviens lourd ? )
Lili : Si je te donnais le lien du topic ça faisait à peine égoïste, genre je me prépare mes lecteurs avant de poster le texte ´^^ ( comment ça, c´est ce que j´a fait ? C´est pas une raison^^)
Kolly : je sais toujours pas si c´est Eric ou Roger > _< Bon, t´as vraiment rien d´autre à faire que de venir pourrir le topic de ton camarade de classe ? *sifflote*
Dis, tu m´en veux si je relis pas ´Biquiou...?
C´est clair ! Je te punis sur 46 générations, tel un Myrddin enragé !
Comme je te disais sur msn, je te préviendrai quand y aura des passages vraiment différents, ça t´évitera de trop perdre du temps et ça te permettra d´être au même point que les autres si tu veux lire la suite ( notez le subtil embrigadement de Softy comme lecteur de suite, je me fais vieux moi...)
J´ai une sensation bizarre au niveau de l´arrière-train(que c´est moche ce mot)... Normal...?
^_________^
J´avais lu le début et il me semble noter quelques différences, que l´on ne peut pas appeler majeures mais qui étaient nécessaires pour fluidifier ^^ le style. Les phrases coulent comme de l´eau sur la roche lisse et les mots me pénétrent tels l´air pur et de la montagne verdoyant. Un certain romantisme m´accapare aujourd´hui, l´adoucissement des moeurs est mon credo. Bon texte même si, comme Ffrules la HF is not my cup of tea. j´attends la suite que je n´avais lue dans la première version.
Chapitre 2
- Ça se présente comment ? demanda Baarg, le commandant des Armées Noires, chef suprême des légions de Shazaraad, à son souverain.
- Nous risquons d’être pris entre deux feux, si nos ennemis nous attaquent simultanément. Nos forces sont supérieures aux leurs, mais si elles doivent se diviser pendant le combat, je crains que nous ne fussions défaits.
- Et par quel artifice comptez-vous renverser la situation ?
- Que me proposez-vous ?
Le monarque scruta son général. Bien constitué, il était cependant de taille très moyenne, ce qui lui donnait un air trapu et légèrement grotesque.
- Et bien, une frappe préventive contre le Kenshab nous préserverait de ce problème, exposa Baarg d’une voix neutre ; les rebelles connaissent trop bien leur repère, ils se terreraient dans les montagnes suffisamment longtemps pour que notre empire soit tombé entre les mains de nos voisins avant que nous n’ayons même avancé au-delà de leurs avant-postes.
- Si je lance l’assaut sur le Kenshab, je risque de perturber les relations internationales, rétorqua le tyran ; les guerriers Sens sont trop dépendants de nos livraisons d’or, ils ne nous trahiront pas. Au contraire, nous sommes enviés par la pentarchie de Garadhras et le Consortium de Plov, pour ne citer que les plus influents. La moindre erreur sur le plan politique leur servirait de prétexte et nous serait fatale.
- Vous suggérez donc de lancer notre armée en Balkirie ? questionna le général, dont le visage reflétait une certaine appréhension.
- Nous ne devons pas dégarnir notre protection sur la capitale, Baarg. Envoyez donc plutôt quelque habile diplomate dans le nord, demander assistance à ces guerriers Sens si avides de nos métaux ; le tribut que nous leur versons n’est pas conséquent, toutefois ils ne recevraient plus rien si nous disparaissions, voilà ce qu’il faudra leur faire reconnaître.
- La tribu Sen est vieille et combative, mais je crains que leur nombre n’ait décliné depuis la guerre des Lacs, réfuta le commandant, peu emballé par cette idée. Pensez-vous réellement qu’ils nous sauveront ?
- Je pense surtout que nous n’avons guère le choix, et que le temps avance en notre défaveur. Prenez donc les mesures nécessaires.
Les deux hommes se saluèrent martialement, puis le général s’en fut. Même s’il désapprouvait, il n’avait pas à discuter les ordres.
Pensif, Shazaraad se retourna vers son balcon.
- Que dis-tu de ma stratégie, Ada ?
L’espionne sortit d’un coin d’ombre, d’où elle avait écouté le dialogue.
- Ce général est trop veule pour comploter, opina-t-elle ; il exécutera vos ordres.
- Mais mon plan, la corrigea-t-il, a-t-il une chance de réussir ?
- Et bien, si on prend en compte des facteurs comme l’endurance du diplomate, la…
- Au fait, au fait.
- Non. Il n’y arrivera pas à temps, conclut-elle laconiquement.
Shazaraad regarda à nouveau le soleil, qui lui sembla plus rouge qu’à l’accoutumée ce soir-là.
***
Le vizir au faciès de rat faisait les cent pas dans la salle d’eau. En chaque occasion où sa nervosité affleurait, un tic affligeant venait lui retrousser les lèvres, ce qui accroissait encore la ressemblance. Il portait une longue redingote censée être discrète, le genre d’habit derrière lequel tout le monde se retourne pour voir s’il ne venait pas de remonter le temps, comme ça, sans faire exprès. La salle d’eau qu’il arpentait n’atténuait certes pas son décalage, mais elle avait l’avantage d’être vide, pour réfection. Les quelques usagers avaient paru étonnés, mais on leur avait vite fait admettre, moyennant légère rémunération, que le plafond chaulé menaçait à chaque instant de s’écrouler, que les murs se fendillaient, d’ailleurs ils l’avaient eux-mêmes remarqué et s’apprêtaient à en informer l’administration. Comme les gens sont courtois et prévenants, quand même.
Par ruelles détournées, le vizir n’était arrivé que bien plus tard. Il aurait préféré déléguer cette responsabilité, mais il se méfiait des courtisans. Personne n’avait pris soin de les trier sur le volet depuis fort longtemps, guerre civile oblige, et certains verraient peut-être moins d’intérêt à la chute de Shazaraad que d’autres. Il faut préciser que le marché des mines d’or du tyran est tout ce qu’il y a de lucratif, et que seule une minorité des Kenshabais n’avait jamais pensé à s’allier au tyran pour s’arroger une part de ce bénéfice considérable.
Ce personnage s’ennuie beaucoup en ce moment, et comme si ça ne suffisait pas, il m’ennuie tout aussi consciencieusement. C’est pourquoi je propose d’aller voir ce qui se passe en d’autres lieux pendant qu’il attend, d’autant qu’il en a encore pour une heure ou deux…
***
Ce canyon incurvé et profond présentait les caractéristiques idéales à une embuscade. Hustab, dit « Le Stratège », n’était pas dupe. Diplomate expérimenté, il avait maintes fois été envoyé en territoire ennemi pour négociation, ou plus simplement duperies diverses, et c’est dans cette optique qu’il avait reçu un bref mais concis entraînement tactique. En outre, sa méfiance s’était exacerbée depuis son entrée dans le Hijaj, dont les monts déchiquetés, d’altitude aléatoire mais souvent imposante, offraient le décor idoine à tout bon tendeur de pièges.
- Nous allons bifurquer vers le nord, indiqua-t-il d’une voix lasse. Nos ennemis ont peut-être eu vent de nos projets.
Il se trouvait dans une situation ambiguë ; d’une part, la confiance dont Baarg l’avait honoré le comblait d’aise. Mais de l’autre côté, comme la plupart des honnêtes gens, il aurait préféré rester à la capitale pour jouir de ses privilèges. Enfin bon, ce n’était pas non plus comme s’il avait eu le choix.
Une fine neige, qui hésitait encore avec la pluie, s’était mise à tomber depuis quelques minutes. La visibilité n’en restait pas moins acceptable, et il n’était plus temps d’en perdre pour une raison ou une autre, du temps. Le groupe du diplomate se composait de deux traqueurs des neiges – membres d’une tribu indigène, et par conséquent habitués au terrain peu praticable, que Hustab avait tôt fait d’envoyer en éclaireurs –, du diplomate lui-même et d’un garçon du nom de Zéphyrius, âgé d’une jeune vingtaine d’années. Ayant dès sa plus tendre enfance été attiré par le mensonge et le gain qu’on pouvait en tirer, il avait logiquement suivi la voie de la diplomatie, car il jugeait la politique trop sophistiquée. On pourra objecter que, pour une mission de cette importance, se faire accompagner d’un néophyte n’était pas forcément le choix le plus compréhensible. Certes. Mais Hustab appréciait la conversation et le potentiel de son disciple, qui ne ferait qu’observer, en spectateur avisé, les pourparlers qu’il tiendrait.
Or Hustab n’avait pas vu assez grand. Si, comme il l’avait supputé, le canyon était occupé par les forces d’interception du Kenshab, il en était de même pour ses alentours immédiats, ainsi que pour ses alentours moins immédiats, pendant que j’y suis. Car c’était toute l’armée de l’empire qui s’était déployée dans les montagnes, non pas spécialement pour chasser du messager, mais simplement pour surprendre l’ennemi en attaquant par le nord au lieu de l’ouest.
Hustab constata cet état de fait lorsqu’il se retrouva nez à nez avec une dizaine de soldats à l’aspect antipathique, avertis de leur présence par celle des éclaireurs, qu’ils avaient probablement dû torturer un peu, par désoeuvrement.
Le capitaine de la patrouille s’avança, dans la direction de Zéphyrius. Indifférent au babillage du plus vieux diplomate, il s’apprêta à occire le novice avec une violence et une préméditation des plus convenables. Ses visées furent contrées au dernier instant quand, dans un élan aussi charitable que difficilement explicable, Hustab s’interposa entre sa victime et lui. Il glapit une brève injonction au novice, qui s’enfuit sans attendre la suite des événements. Le capitaine contempla sans douceur son opposant, qui arborait une allure digne autant qu’inutile, et d’un coup d’épée sec, l’exonéra de ses devoirs envers Shazaraad.
Deux flèches fusèrent, mais la nuit était brutalement tombée, et, dans la neige redoublante, elles n’inquiétèrent le fuyard en aucune manière.
- Le soleil est couché depuis longtemps, t’as remarqué ?
Tanhez ne comprenait pas ce qu’on pouvait trouver de beau à cette grosse boule qui venait s’écraser sur l’horizon. Il n’avait pas la fibre poétique très développée, comme Basfeth avait maintes fois pu le constater.
- Tu m’as bien humilié ce matin, cracha Basfeth, encore meurtri au souvenir de cette escapade désastreuse.
- Fallait bien t’apprendre la vie.
Tanhez, comme de juste, s’intéressait lui aussi à Kala. Le ton chaleureux de sa voix, assurément un mauvais présage, réveilla l’attention de son ami.
- Tu savais bien que j’allais perdre, et j’aurais pu me tuer, continua-t-il, d’un ton un peu plus hésitant que ce qu’il aurait souhaité.
- Oui, mais regarde le résultat, c’est ce qui compte non ?
Basfeth se retourna, la figure déconfite. Ainsi, c’était vrai.
- Non ? s’exclama-t-il, plus pour lui-même qu’autre chose.
- Ben si. Faut croire que t’aurais dû attendre moins de 17 ans.
Tanhez l’avait simplement rejoint pour enfoncer le clou plus profondément. Basfeth détesta son ami pour cela, le maudit même sur plusieurs générations. Cependant, la pertinence de sa remarque restait indéniable. D’autant que son calcul était faux, il avait maintenant 22 ans, et l’avait rencontrée deux jours après son 3ème anniversaire. Mais il se garda de le préciser.
D’ailleurs, Tanhez n’en demandait pas tant. Radieux, il s’en allait déjà rejoindre Kala. Il dégageait un tel relent de victoire que Basfeth, par transition, ressentit pleinement sa défaite. Et qu’il la méritât ne changeait strictement rien.
Le jeune homme regarda longtemps l’absence de soleil à l’horizon, bien longtemps. A moins que ce ne fût le temps qui s’était allongé, il n’en avait pas la certitude absolue. Au fur et à mesure, regagner le village lui parut de moins en moins attrayant.
Au point qu’il ne revînt pas.
L’aube pointait lorsqu’il prit sa décision définitivement. Il se leva, sans vivres, sans eau, et marcha droit devant lui. Il se mit à pleuvoir. Une pluie glacée, insidieuse, qui s’infiltra bien vite dans son habit inadapté. Malgré toute sa bonne volonté, il dut se résoudre à s’abriter sous une anfractuosité naturelle, et à attendre.
***
- Ah, vous voilà enfin, soupira le vizir quand l’ombre se profila dans l’embrasure de la porte de la salle d’eau.
- Je suis rentré depuis un demi quartant, mais j’ai préféré parcourir la ville pour semer d’éventuels poursuivants, chuchota l’autre d’une voix qu’on eut été bien en peine de définir, tant elle était peu perceptible. Je suppose que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.
- Certes non, acquiesça le vizir, jaugeant positivement ce professionnalisme. Parlez-moi plutôt de nos affaires.
- Comme vous l’aviez demandé, j’ai établi le contact avec Zulkhin.
- Très bien, très bien. A-t-il un plan quelconque pour nous assister ?
- Assurément, il pourrait utiliser quelques atouts qu’il avait jusque là gardés dans sa manche, informa l’espion. Il vous suggère de ne pas déployer votre armée et de le laisser agir de l’intérieur.
- Oui, mais je ne crois pas me souvenir de lui avoir demandé son avis. De toute façon, notre armée n’interviendra qu’après sa mort, je doute qu’il nous en tienne rigueur.
- Si je puis me permettre, cette chronologie ne me semble pas la plus astucieuse.
- Qu’insinues-tu ? questionna le vizir, sans comprendre.
- Nous pourrions utiliser ce noble pour nous débarrasser des rebelles Balkirites, suggéra l’espion, calmement. Ainsi, nul ne s’opposerait plus à nous lors de l’annexation du royaume du tyran.
Le ministre se reprocha de ne pas avoir eu lui-même cette idée. Nylan connaissait son métier sur le bout des doigts, mais un vizir, selon son rang même, se devait de surpasser tout un chacun en ingéniosité.
- Quelqu’un d’autre t’a vu parler à Zulkhin ? interrogea-t-il, pour détourner le sujet.
- Bien entendu, je ne pouvais demander une audition secrète sans éveiller quelque soupçon. Mais je gage que personne n’a pu ouïr nos propos.
- Très bien, très bien, répéta-t-il.
Après la mort de Zulkhin, d’autres pourraient reconnaître l’espion et ainsi prouver les liens entre les conspirateurs, ce qui contredirait la version internationale du Kenshab – à savoir qu’il était intervenu après la mort du tyran, pour ne pas laisser sombrer cette terre sans roi dans l’anarchie. Cela, ni le vizir ni le sultan ne pourraient le permettre.
- Je te suggère d’aller prendre un séjour de vacances, le temps que les choses se tassent, proposa-t-il à l’espion. Bien entendu, tu recevras une substantielle récompense, tirée de l’or des mines de Shazaraad.
- Bien sûr, et ajoutez-y aussi un panier de pommes et une cuillère, s’emporta l’espion. Votre victoire n’a rien d’assuré dans ce conflit, aussi me contenterai-je du poste de ministre et de sa rémunération, comme nous l’avions prévu avant mon départ.
Un poste très affiché, que les partisans de Zulkhin ne manqueraient pas d’avoir à côtoyer une ou deux fois. Inadmissible.
- L’eau doit être plutôt froide ce soir.
- Euh, sans doute, mais…
Et, d’un geste comme contrit, le vizir sortit une dague de sa ceinture et trancha vivement la gorge du subalterne. Son corps plongea mollement, faisant preuve de peu d’inventivité en un « plouf » guttural qui résonna dans la haute pièce de marbre.
Le meurtrier regretta son œuvre pendant quelques instants, blessé de perdre deux agents talentueux en moins d’un nycthémère. Puis, rabattant sa redingote, il quitta précipitamment les lieux.
J´aime bien.
Les personnages commencent à rentrer dans ma minuscule ( vide) ( creuse) ( et aussi désespérante, tiens, tant qu´on y est) tête.
Je commence à me familliariser à ton univers, j´aime toujours autant ton style, mais ça c´est pas nouveau, te l´ai déjà dit, même si tu n´as pas l´air d´intégrer cette putain de notion. ( auréole angélique)
Je suis toujours autant fascinée par ton aptitude à introduire certaines situations avec ironie, même quand il paraît vraiment impossible de le faire.
Et pour les sentiments, le complexe n´a pas vraiment lieu d´être.
Tu les a très bien décrit.
Les sentiments de Basfeth sont très tangibles. Je peux critiquer, je sais très bien ce qu´il a du ressentir. Fin... Presque.
J´attends de voir la suite, avec impatience.
J´en suis au début du chapitre 2, je lirai plus tard la suite...
Pas grand chose à ajouter à ce qui a été dit précédemment.
Histoire que tu n´oublies pas tes lecteurs...
Je. Veux. La. Suite.
( avec une baffe à chaque point
)
Chapitre 3
Personne n’avait rien vu, évidemment.
Quand on a assez de pouvoir pour bloquer l’accès à une salle d’eau pendant plusieurs heures, on est capable de se débarrasser des preuves restantes, qu’elles soient vivantes ou matérielles.
Impossible de retrouver l’arme, pas une âme dans les rues, l’interdiction d’entrée a été imposée par des fantômes. Et si quelqu’un d’un peu moins futé avait souhaité décrire les fantômes en question, ils se seraient quand bien même avérés être des fantoches. Si le monde du crime organisé a une particularité marquante, c’est qu’il l’est très bien, organisé.
Un policier se présente par définition sous deux états, soit jeune et idéaliste, soit vieux et désabusé. Aenin n’avait pas encore commencé cette amère transformation lorsqu’il pénétra sur cette énième scène de crime. Il transgressa sans un regard la ligne blanche tracée à l’extérieur – le signe protocolaire.
La trentaine, front haut, sourcil gras surplombant un regard bleuté assez insistant, les cheveux d’un noir de jais, plaqués contre son crâne, s’arrêtant bien sagement à hauteur de la nuque, de taille respectable, Aenin en imposait. Son principal défaut ? Une pléthore de qualités humaines qui le poussaient à sauver la veuve et l’orphelin sans espoir de récompense, ce qui peut sembler irrationnel, en effet, et qui d’ailleurs l’est complètement. Mais que voulez-vous, quand on croit vivre dans un monde où le bien et la justice triomphent, la sagesse nous dicte de tenter d’y contribuer.
Son équipier tempérait par bonheur ses ardeurs bienfaisantes. Pazeb arborait avec un enthousiasme très modéré la cinquantaine, âge vénérable que caractérisaient la déclination de ses forces et la blancheur dont se teintait progressivement sa chevelure. Il avait suivi le cursus normal d’un policier, qui s’achevait dans le cynisme ( ou faut-il appeler cela le réalisme ? ). Sachant faire le tri entre la sordide affaire à résoudre et la sordide affaire commanditée qu’il fallait laisser traîner, il oscillait encore sur ce cas précis lorsque son jeune collègue arriva.
Six hommes en tout se trouvaient sur les lieux, si l’on comptait les deux subalternes, partis en quête de l’arme du crime – le malfrat s’en étant peut-être délesté dans quelque ruelle adjacente. Quant aux deux autres, ils faisaient leur job habituel ; regarder tristement le cadavre en pestant contre l’inhumanité du monde, pour montrer que le ciel les avait aussi pourvus de sentiments. Aenin aborda son équipier immédiatement :
- Du nouveau depuis le messager ?
- Que dalle, répondit Pazeb d’une voix éraillée. Personne a rien vu, rien entendu, le topo habituel.
- Ce quartier est résidentiel, remarqua charitablement Aenin en voyant que j’avais omis de le préciser. Quelqu’un a forcément dû remarquer quelque chose.
- Quand bien même tout le monde aurait tout vu, si tu crois qu’ils vont venir la bouche en cœur nous livrer ce qu’ils savent, c’est une autre paire de manches…
Le ton mordant qu’employait son équipier ne choqua pas le jeune homme ; c’était un schéma étudié, qu’ils suivaient depuis les débuts de leur collaboration.
- J’ai quand même interrogé les gens qui n’ont rien vus, poursuivit Pazeb sans attendre de réplique, puisque d’ailleurs ils ne traînaient pas dans le coin. L’un d’eux m’affirme être resté sur son balcon à « méditer » pendant presque toute la soirée, et n’avoir vu personne.
- C’est curieux.
- En effet. Mais à moins que sa religion ne l’enjoigne d’utiliser un narguilé, je crains que l’odeur d’encens qui stagnait dans sa maison ne…
- Ah, certes, mais ça on s’en fout, corrigea son collègue. Je disais que c’était curieux qu’il n’ait rien vu.
- Comme s’il nous l’aurait dit dans le cas contraire, railla Pazeb. C’est un vieux type, quelqu’un de sensé.
- As-tu questionné le propriétaire de cette salle d’eau ? s’enquit Aenin, passant outre le ton narquois de son coéquipier.
- Elle appartient à l’administration de Xioshun, répondit-il en haussant les épaules.
- Dans ce cas, nota Aenin avec une lueur d’intérêt dans le regard, la loi oblige à ce qu’un vigile liste les usagés, en cas de fraudes. Il pourra nous renseigner sur les personnes présentes hier soir.
- A quoi bon, je parie qu’il n’a malencontreusement rien décelé de spécial. Enfin, je vais me renseigner chez le responsable à la mairie, on ne sait jamais.
- Entendu.
***
La neige s’était finalement, après maintes négociations épiques avec la pluie et la grêle, décidée à tomber dru. Ce fait présentait des avantages, car la visibilité réduite augmentait les chances de Zéphyrius dans sa fuite, et car son habit dépourvu de pièces d’armurerie lui permettait de se mouvoir avec plus d’aisance, mais pouvait également porter à préjudice de par les empreintes fraîches qu’il laissait derrière lui. Neuf soldats seulement le coursaient, le dixième étant allé informer les corps supérieurs de l’armée.
Cela faisait maintenant plusieurs heures qu’ils couraient, et j’imagine que le soleil n’allait pas tarder à se lever derrière les nuages, tel un radieux acteur bloqué par une manifestation d’intermittents du spectacle. La fatigue s’accumulait dans son coin, mais le danger donnait des ailes au jeune diplomate.
La progression se révélait ardue dans cet environnement escarpé, rempli de vallons et de trous dissimulés par des congères, le tout parsemé de crêtes impraticables, acérées, de rocs déchirés et de petites créatures chaotique neutre quand on avait de la chance. Certains jours, se réverbérant sur les hauts glaciers de Hijaj, le soleil diaprait ces vallées d’une lumière iridescente, laissant ce décor irréel paraître ordonné et plein d’aplomb. Mais à la tourmente présente des cieux se calquait l’apocalypse de la terre, et ces deux protagonistes habituellement opposés semblaient s’allier en un décor figé, impudent, à peine dissimulé par un fin voile de brume rougeâtre – une terre désolée, morte, couturée de cicatrices, et définitivement malveillante. En résumé, il faut avouer que cela craignait pas mal.
Nullement indisposé par ces considérations techniques ( dont du reste il ne comprenait pas un traître mot, parlant un vocabulaire courant), Zéphyrius continua son chemin sans halte, de peur de donner de précieuses minutes à ses poursuivants. Il n’avait pas la moindre idée du lieu où il se trouvait, et préférait courir droit devant lui, gageant que l’altitude finirait bien un jour par décroître au-dessous de la limite des neiges, et que sans traces il serait impossible de le suivre.
Se faufilant où il pouvait, le diplomate novice traversa les glaciers des derniers monts du Hijaj avant même que ses poursuivants ne soient en vue. Ce n’est qu’après avoir franchi la difficulté, et par la même occasion relâché sa vigilance, qu’il dérapa sur une pierre mal ajustée et fut précipité dans la dépression.
***
Les faubourgs de Shaztarath, la capitale de l’empire de Shazaraad, regorgeaient de protagonistes aux scrupules variés, mais souvent négligeables. Une guilde de coupe-jarrets y prospérait, mais discrètement, si bien que le tyran, trop occupé à amasser des richesses, ne s’en préoccupait guère. C’est pourquoi Zulkhin n’avait eu aucun mal à trouver son bonheur.
Le noble présentait l’étrange particularité d’avoir et le menton et le front arrogants, sa face formant une sorte de croissant de lune mordoré ( ce qui, pour votre culture, signifie d’un brun tirant sur le brillant, et non pas qu’il venait du Mordor, puisque nous ne sommes pas dans le même univers, merci), vestige de sa lointaine origine shudakine. Une alliance à la juste cause des Balkiriens et de Jazareb – enfin, d’Uzekhat III, puisque c’est le nom qu’il s’était donné à son couronnement – n’enflammait pas spécialement son cœur de sentiments subversifs, car ses seuls intérêts se résumaient en a) son destin personnel, b) sa fortune personnelle. Le hasard faisant bien les choses, ces deux points passaient conjointement par la destruction de Shazaraad, qu’il ait des partisans ou non. Or pour régner, il fallait obligatoirement certains appuis, les plus importants étant ceux que l’ancienne instance dirigeante avait négligés. Et au premier rang de ceux-ci trônait la guilde des voleurs.
Zulkhin n’avait eu aucun mal à établir un contact, et se proposait de rendre visite à « Nephgûl ». Derrière ce nom obscur ce cachait une traduction limpide, puisque ce mot signifiait « l’occulté » dans le Vieux Parler. Nephgûl était un des principaux chefs de la guilde. Leur entrevue s’annonçait brève, puisqu’on allait simplement signifier au noble l’acceptation ou le refus de sa proposition.
Ce genre de petits dialogues s’entoure bien entendu d’une multitude de précautions dont je vous passerai le détail. Toujours est-il que Zulkhin s’avança, entouré de deux escogriffes déguisés en coupe-jarrets ( ou l’inverse, il fallait beaucoup de discernement pour en attester), dans une masure insalubre dont l’abandon avait dû coïncider avec la création du monde, ou, en cas d’exagération, pas de beaucoup. Au fond de cette maison, il y avait une trappe. Et au fond de la cave qu’elle dissimulait, il y avait une autre trappe. Et au fond de cette trappe, un long couloir taillé dans la glaise s’enfonçait vers des profondeurs aussi fuligineuses que peu originales. Les deux sous-fifres restèrent quelques minutes dans la cave, puis s’en allèrent sous-fifrer ailleurs.
Le noble, ses jambes s’enfonçant généreusement dans le sol spongieux, se félicita d’avoir opté dans sa vêture pour la discrétion plutôt que pour le faste, qui avait peut-être plus de chances d’impressionner le voleur, mais qui n’aurait certes pas survécu en bon état à cette lente traversée.
Zulkhin atteignit finalement une grotte qui aurait pu être banale si elle ne comprenait pas un autel en marbre à son extrémité nord. Sans doute quelque déité avait-elle été vénérée là, quand le monde était jeune.
Et dans la cloison derrière cet autel, il y avait un trou. Un trou carré, taillé avec minutie, que seul un artisan de grande expérience avait pu rendre si précis. Et au fond de ce trou, il y avait un œil. Un œil qui fixait Zulkhin, et qui le voyait s’approcher, intrigué par la présence de cet orifice. Quand Zulkhin y regarda, l’oeil remonta, laissant place à une bouche qui ne prononça qu’un seul mot :
- Oui.
Puis le mystérieux interlocuteur déserta les lieux, laissant Zulkhin dans un état euphorique. Une page de l’histoire allait se tourner, qui ne déboucherait probablement pas sur un règne plus glorieux ou moins sanglant que le précédent, mais dans lequel il s´attribuerait le rôle proéminent d’empereur.
Il n’y avait pas que des balcons dans le palais de Shazaraad, puisqu’il comportait pas moins de 152 pièces, reliées par un réseau complexe de longs corridors droits et sobres. Les bâtiments était pensés de manière à laisser le plus souvent possible filtrer les rayons du soleil, mais les salles sombres, caves et autres secrets inhérents aux palais n’avaient bien évidemment pas été négligés. Toutefois, il existait aussi des pièces tout à fait anodines, comme une quarantaine de salons particuliers, et dans le plus luxueux d’iceux conféraient à cet instant Shazaraad le tyran et son espionne, Ada.
Et dans ce lieu ordinaire, des plans hors du commun s’échafaudaient. Même Ada, pourtant habituée aux fourberies de la cour, ne pouvait imaginer tout ce que le projet de son maître impliquait. Il était retors, rusé et réaliste, et, par-dessus le marché, avait quelques chances de succès. Quittant la salle, elle se mit aussitôt au travail, car la première phase ne devait point tarder.
***
Zéphyrius courait avec l’énergie du désespoir, ce qui est un vecteur de vitesse en temps normal, mais qui cependant ne l’aidait en rien, blessé qu’il était, sur ce terrain difficile. Inexorablement, il avait perdu mètre sur mètre, concédé seconde sur seconde à ses poursuivants infatigables. Du sang perlait de son front, de l’argile adhérait à ses joues, il respirait à grand-peine, et ses yeux semblaient au bord de leurs orbites : il n’allait plus tenir longtemps. Mais le paysage se faisait moins aride, et déclinait sensiblement. Il ne le savait pas, mais il allait bientôt, après une éreintante douzaine d’heures de course ininterrompue, quitter les monts et cols du Penjaj ( car Hi signifie « moyen » dans le langage sen, tandis que Pen se traduit par « à proximité », ce qui donne avec Ja « montagne » accordé adéquatement en genre et en nombre ce mot composé, mais si, puisque je vous dis que c’est intéressant) pour entrer dans le territoire des guerriers. Mais, épuisé, le diplomate perdit pied une énième fois, sans trouver la force de se relever. Il dégringola une bonne partie du flanc de la chaîne, percutant et rebondissant sur des roches plus dure que le grès majoritaire, s’ouvrant une bonne dizaine de cicatrices en 20 secondes, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Enfin, il atterrit sur une douce surface de lichen et de mousse, qui annonçait l’orée d’une forêt haute et dense. Des cris lui indiquèrent que ses poursuivants arrivaient en haut de la pente et l’avaient repéré. Mais continuer à fuir était au-dessus de ses forces.
Le plus rapide des patrouilleurs du Kenshab, un fougueux jeune homme à la tignasse rousse, dévalait la pente en se dépensant généreusement, pensant à la prime qu’il pourrait espérer pour la mort de ce dangereux espion. L’enthousiasme de la jeunesse le poussait en avant, mais un autre impératif, aux arguments plus motivants, l’emporta sous la forme de la hache de chasse qui lui transperça le sternum. Son armure le protégeait en partie, mais la lame cuivrée avait été projetée avec une puissance peu commune, si bien que le métal se distordit, laisse le coup atteindre son but sans fléchir. Ce qui fléchit par contre, ce furent les jambes du jeune soldat qui dévala le reste de la pente dans un nuage de poussière.
La ferme main du barbare attrapa fermement le col de Zéphyrius, qui était trop harassé pour y trouver quelque chose à redire.
Lentement, le chasseur le porta à travers les bois, sur ses épaules, comme si ce fardeau n’était que quantité négligeable. Toute personne sensée, voyant un parti de un personnage contre un parti de neuf, aurait préféré sauvegarder ses chances de survie en arrêtant le fuyard, mais Kathnog, fier guerrier sen, n’avait pas réfléchi dans ce sens, que ce soit par altruisme ou par défaut de l’organe nécessaire. Quoi qu’il en soit, le barbare, fort de sa fraîcheur, distança bien vite ses concurrents qui avaient une demi-journée dans les jambes, d’autant plus qu’il connaissait la forêt.
< ***>
Je crains qu´il ne reste plus de fautes sur ce chapitre, je l´ai un peu moins travaillé que les deux autres. Enfin bon, ça devrait passer quand même^^
Enjoy, comme dirait l´autre ( xD)