CONNEXION
  • RetourJeux
    • Sorties
    • Hit Parade
    • Les + populaires
    • Les + attendus
    • Soluces
    • Tous les Jeux
    • Gaming
  • RetourActu Gaming
    • News
    • Astuces
    • Tests
    • Previews
    • Toute l'actu gaming
  • RetourBons plans
    • Bons plans
    • Bons plans Smartphone
    • Bons plans Hardware
    • Bons plans Image et Son
    • Bons plans Amazon
    • Bons plans Cdiscount
    • Bons plans Decathlon
    • Bons plans Fnac
    • Tous les Bons plans
  • RetourJVTech
    • Actus High-Tech
    • Intelligence Artificielle
    • Smartphones
    • Mobilité urbaine
    • Hardware
    • Image et son
    • Tutoriels
    • Tests produits High-Tech
    • Guides d'achat High-Tech
    • JVTech
  • RetourCulture
    • Actus Culture
    • Culture
  • RetourVidéos
    • A la une
    • Gaming Live
    • Vidéos Tests
    • Vidéos Previews
    • Gameplay
    • Trailers
    • Chroniques
    • Replay Web TV
    • Toutes les vidéos
  • RetourForums
    • Hardware PC
    • PS5
    • Switch 2
    • Xbox Series
    • Switch
    • Pokemon pocket
    • FC 25 Ultimate Team
    • League of Legends
    • Tous les Forums
  • PC
  • PS5
  • Xbox Series
  • Switch 2
  • PS4
  • One
  • Switch
  • iOS
  • Android
  • MMO
  • RPG
  • FPS
En ce moment Genshin Impact Valhalla Breath of the wild Animal Crossing GTA 5 Red dead 2
Liste des sujets

La Tour

24bits
24bits
Niveau 14
11 juin 2012 à 20:25:58

Voici un texte que j'ai déjà posté ici. Peut-être certains le reconnaîtront. Mais j'ai changé tellement de choses que j'ai demandé à Timathy de supprimer l'ancien topic pour faire table rase.

Si je vous le présente, c'est parce que je compte bien utiliser votre aide. :)
Je galère avec certains passages (notamment le début) et je bute depuis plusieurs semaines sur ce texte. Quelque chose ne va pas, je ne n'arrive pas à voir de quoi il s'agit. Alors je vous serais reconnaissant de balancer le max de critiques, que ça m'aide à y voir plus clair. :)

C'est le début d'une nouvelle, qui vous l'aurez compris, ne s'arrête pas là.
Merci ! ;)

Le soleil se couche au ralenti. Il s'effrite à la cime des grands arbres qui entourent le château, comme une fine feuille d'or qui craquelle et se déchire. Mille lambeaux éclatants flottent dans les airs et retombent mollement jusqu'aux dernières lueurs.
Au centre de tout, le château s'élève. Il surplombe la forêt du haut de sa colline, et le soleil, et le monde entier. Même en ruine, même abandonné, il reste droit et digne. Immobile, il toise l'infini d'un œil dédaigneux et fier.
Des milliers d'hommes et de femmes l'habitaient. Tout le monde portait sa gloire avec lui. Mais nous ne sommes plus que quatre. Quatre fantômes aigris et résignés d'un monde passé. De simples échos que le vent balaie.

Je perds mon regard sur l'horizon qui s'efface. La pierre sur laquelle je suis assis est douce. Ma main la caresse lentement, ramassant une fine pellicule de poussière. Parfois mon pouce ou mon index suit ses fissures ou fait le tour de certains creux. Mon ombre s'étire sur plusieurs mètres derrière moi et grimpe le long de la grande porte.
Je prends le temps de réfléchir - de toute façon, il n'y a que ça à faire ici. Ce coucher de soleil me laisse de marbre. Chaque jour je me rend un peu plus compte de l'homme insensible que je suis devenu, passif et apathique. Le désespoir, la fatigue, la peur ont fait de moi quelqu'un de lugubre.
Mais ma lucidité s'est incroyablement aiguisée au fil du temps. Mon esprit gagne constamment une plus grande distance sur mon corps, si bien que j'ai l'impression de flotter bien loin au dessus de moi-même et de m'apparaître chaque jour plus petit dans un tout plus grand. Je ne me vois plus qu'à travers un prisme cristallin, d'une finesse infinie et d'une clarté révélatrice.

La nuit tombe maintenant. Le soleil fait éclater ses derniers rayons. Ils se dissipent lentement dans l'air incandescent et les lignes de mon ombre s'estompent. Je me décide à rentrer.
Je pousse la grande porte. Il fait froid à l'intérieur – c'est toujours le cas – et déjà, c'est sombre. La grande salle est gigantesque. Les toits reculent à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, soutenus par de longues et étranges colonnes toscanes. Au loin, en tout petit, Cyril est plongé dans sa lecture. C'est un homme de la cinquantaine, peut-être aussi sinistre que moi, si ce n'est plus. Son teint cireux et ses cheveux blancs sont le résultat d'années de claustration.
J'avance vers lui mais je ne dis rien. Lui non plus ; c'est à peine s'il détourne le regard de son livre. Un feu danse dans son âtre et les ombres sur le visage de Cyril suivent le rythme. Il est tantôt grave, tantôt paisible. Je regarde ses yeux. Ils sont oranges comme le feu, ils vacillent comme lui, et je ne sais plus qui reflète quoi.
Je le laisse et vais errer dans les couloirs déserts.

Le vent me caresse avec douceur. Ici c'est devenu un ami, il apporte plus de vie au château que nous autres. Les pierres le sifflent et les vitraux le chantent.
C'est avant tout notre plus grand allié. Il apporte dans son soupir les voix des déchus et nous alerte de leur venue.
Un long frisson me parcoure ; un courant plus froid souffle sur ma peau moite et me glace le corps. Je continue en frictionnant mes bras d'une main rigide.

Je me retrouve de nouveau à l'extérieur. Le couloir s'achève sur une vaste loggia. Elle a été construite récemment, peut-être juste avant ma naissance. Je longe la colonnade en m'interrogeant sur l'étrange disparité architecturale du château.

Je suis dans une petite cour extérieure et poursuis mon chemin jusqu'à la tour sud-est. Il fait complètement nuit cette fois et je n'y vois rien. J'aurais du prendre une torche.
Je pousse l'épaisse porte en bois et déjà quelques flambeaux me réchauffent le visage. Je monte. Alphonse est couché là-haut. Il n'en a plus pour longtemps.
J'entre et le regarde dormir douloureusement. Par moment, les perles de sueur sur son front blanc roulent jusque dans des sourcils contrariés. Sa main fatiguée pend au bord du lit. Elle voudrait tirer l'homme de ses draps moites, l'entrainer dans sa chute molle et sans fin.
J'en viens à douter. Est-il toujours en vie ? J'abandonne l'idée de le toucher ; le sommeil est si difficile à trouver lorsqu'on le cherche trop, je m'en voudrais de le réveiller. J'approche simplement une oreille de sa bouche et de son nez. Je n'entend rien. Les secondes passent et je n'entend rien !

Je reste dans la pièce, un temps immobile. Alphonse mort, nous ne sommes plus que trois. Je dois l'annoncer aux autres.

Cyril ne dit rien et affiche toujours le même visage inexpressif. Alain est flanqué d'une moue songeuse et cela m'inquiète. C'était un jeune homme plein de vie et il n'est plus que l'ombre de lui-même. Chaque jour Cyril et moi sommes les témoins de sa transformation. Ses cernes se creusent, son visage pâli. Ses gestes, sa façon de marcher, changent également. Sa tête entre dans ses épaules, son dos se voûte...
Je ne sais pas ce qui lui passe par la tête, j'aimerais le savoir. Mais mes essais s'avèrent toujours infructueux. Il se referme toujours plus sur lui-même. Parfois, lorsqu'il est seul, je l'entend ruminer quelques réflexions dont le sens m'échappe. Je tiens une réelle frustration du fait de ne pouvoir l'aider. Il m'interrompt dans mes pensées et dit :
- Et maintenant ?
Cyril et moi restons silencieux. Nous savons qu'il n' y a rien à faire. Il continue.
- Pourquoi ne partons-nous pas d'ici ?
- Tu sais bien qu'on ne peut pas.
- Et pourquoi ?!
Oui. Pourquoi ? Beaucoup d'entre nous ont tenté de fuir, de laisser le château. Certains ont été retrouvés devant les remparts... Cyril intervient avec ce ton condescendant que je lui reproche :
- Bien des gens ont essayé de partir d'ici. Tu ne serais pas le premier, crois-moi. C'est la mort qui t'attend. Si tu veux partir, va-t-en.
- C'est tout ce que tu trouves à dire alors qu'on est plus que trois ?! M'indigné-je.
- Trois ou zéro, quelle différence ?! Il n'y aura plus rien après nous !
Je reconnais volontiers que Cyril est fataliste mais il faut se rendre à l'évidence, il est dans le juste. Par pur esprit de contradiction, je décide d'être optimiste.
- Alain a raison. Il faut qu'on trouve une solution. On ne peut pas attendre notre fin les bras croisés !
- C'est pourtant bien ce que je compte faire. J'ai déjà accepté mon sort. A vous d'en faire de-même.
Il décide de nous laisser sur ces mots.
- Je vais me coucher.

Je regarde Cyril s'éloigner vers ses appartements, l'esprit confus. A mes côtés, Alain me mate avec des yeux de chien. Des yeux pleins d'espoir et d'admiration, comme s'il voyait en moi un sauveur potentiel. Ça m’énerve. Que croît-il ? Que je suis le bon Dieu ?!
- Quoi ?! Qu'est-ce que tu attends de moi ?! Nous sommes dans la même situation !
Je lui tourne le dos. Je le laisse seul et abattu, peut-être à ruminer ses pensées les plus désespérées. Je le sais, et pourtant je suis trop agacé pour revenir m'excuser. Il est temps d'aller au lit.

Je me tourne et me retourne sans fin dans mes draps moites. J'ai chaud. Je ne sais pas pourquoi. Ca ne vient pas de l'air de la pièce. Les pierres ont toujours constitué un bon isolant et puis il ne fait jamais trop chaud ici ; La nuit, la forêt libère sa fraîcheur. Alors quoi ?
Toujours est-il que je n'arrive pas à m'endormir. J'essaye de maintenir mes yeux clos, de me concentrer sur un point imaginaire, mais à trop forcer, je sens déjà les muscles de mes paupières trembloter. Mes yeux étouffent. Ils ont besoin de voir, comme si voir leur était vital. Je les ouvre lentement, et ce que j'aperçois me glace le sang. La silhouette d'un déchu me fait face, du fond de la pièce. Elle est immobile, devant la porte. Ses yeux brillent dans le noir et me fixent. Je suis pétrifié. Mon souffle s'accélère, le rythme de mon cœur explose. Il frappe l'intérieur de ma cage thoracique à grands coups. La panique le rend fou, comme un animal sauvage enfermé dans une boîte. Il va me déchirer le torse, je le sens. Les pensées se bousculent dans ma tête. Que fait cette chose ici ? Pourquoi est-elle immobile ? Qu'est-ce qu'elle me veut ? Comment sortir d'ici et rejoindre la cave ?
Son bras maigre effectue un léger mouvement vers moi et je parviens enfin à sortir de ma torpeur. Je me redresse et saute sur le côté. Le balcon ! Je dois pouvoir atteindre une chambre voisine depuis le balcon ! Je me précipite à l’extérieur. Un vide sépare les balcons des deux chambres, rien que je ne puisse enjamber. Je jette un œil très rapide derrière moi mais les portes-fenêtres reflètent la lune et je ne vois pas l'intérieur. Le désir de savoir ce que fait la silhouette prend le dessus, je m'immobilise un temps et tente de l'apercevoir. Où est-elle.. ? Dans le reflet de la vitre, une forme capte mon attention. En filigrane, une trace blanche se dessine. On dirait une rangée de dents, sans lèvres, sans peau autour. Juste des dents, et des gencives. En un éclair, je vois tout, son nez coupé, ses yeux pâles sans iris. Le déchu est là, collé à la vitre, en train de me regarder...Depuis quand ?Peut-être ai-je croisé son regard sans même le savoir ?
Je me jette sur le côté, grimpe le rebord du balcon et saute sur le suivant. Je manque de tomber. Mes jambes tremblantes ont du mal à me soutenir. Je les sens capables de me lâcher à tout moment.
La pièce voisine est vide. Je regarde derrière moi. Rien. Je me précipite dans le couloir et crie de toutes mes forces.
- Les déchus !! Réveillez-vous !!
Le couloir devant moi est interminable. Noyé dans l'obscurité, on n'en voit pas le bout. J'entend ma voix raisonner et s'éteindre dans les ténèbres. Rien d'autre ne me parvenait aux oreilles. C'est ça ! Le vent, il n'y en avait pas. C'est lui qui nous apporte les murmures des déchus. C'est lui qui nous alerte...
Une porte dans le couloir s'ouvre avec fracas. Je saute sur place. C'est Cyril.
- Tu es devenu fou ?! Je les aurai entendu !
- Il n'y a pas de vent !
L'espace d'une seconde, il prête l'oreille autour de lui. Mais on n'a pas le temps.
- Ils sont là je te dis !
Fidèle à lui-même, il agit avec calme et sang-froid. Il se précipite vers le fond du couloir. Ce n'est pas la bonne direction pour rejoindre les sous-sols.
- Tu vas où ?! M'exclamé-je.
Il ne me répond pas.
- Alain ! Commence-t-il à hurler. Alain ?! Qu'est-ce que tu fous ! Réveille-toi !
C'est vrai ! J'ai oublié Alain. Je courre après Cyril et nous entrons dans la chambre du jeune homme.

Zech
Zech
Niveau 23
12 juin 2012 à 10:44:04

Bon je m'y suis pas encore vraiment lancé ! Je vais le faire, parce que je connais la qualité de tes vers mais c'est très perturbant ton début. C'est pas logique d'avoir autant de descriptions balancé comme ça pour un récit à la première personne, en plus au présent !

T'es censé être dans la tête du narrateur, les descriptions doivent donc être justifié clairement par le fil de ses pensées. Ce qui n'est ps le cas ici. Pour le premier paragraphe et deuxième paragraphe. En fait, tes descriptions ne sont pas naturelle vis à vis de l'action.

Un roman à la première personne au présent, c'est normalement davantage un roman d'analyse, centrée sur la pensée du personnage, que sur une narration. Là on a vraiment j'ai l'impression le déroulement d'une intrigue d'action. Dans ce cas là, les descriptions perdent énormément de leur sens, parce que l'esprit au présent ne s'encombre pas de décrire ce qu'il y a autour de lui.

Tu pourrais te le permettre un roman comme celui qui s'annonce il semblerait, à la première personne, si tu le mettais au passé, parce qu'alors le narrateur aurait du recul et pourrait se permettre ces descriptions, il raconterait une histoire et rajouterait donc beaucoup e choses pertinentes et logique qu'une pensée au présent emporté par l'action n'aurait pas noté.

Après en le mettant au passé, faut faire bien attention à transformer les présent de l'instant dans ton texte par des passé simples, et les présents qui durent, par de l'imparfait.

Voilà, sans mettre vraiment avance,r je te fais déjà cette remarque, parce que ca bloque beaucoup tellment c'est pas naturel.

24bits
24bits
Niveau 14
12 juin 2012 à 10:52:10

Ouais c'est peut-être ça au final qui m'emmerde. Je n'arrive pas à commencer la nouvelle. Tout le début me pose problème sans que j'arrive à voir d'où ça vient.

Tu dois avoir raison, je vais tailler là dedans et alléger tout ça ! Merci !

24bits
24bits
Niveau 14
12 juin 2012 à 10:59:27

Oui, tu as vraiment touché un bon point ! Je crois que ça va m'aider à me débloquer...
Les deux premiers paragraphes sont effectivement une horreur à lire. Je crois qu'après (à partir du moment où le narrateur rentre) ça commence à se calibrer un peu mieux non ?

Zech
Zech
Niveau 23
12 juin 2012 à 13:28:25

C'est pas non plus une horreur à lire, c'est juste trop anormal. Et je pense pas que tu dois tant alléger en réalité, que changer le temps personnellement. Si tu supprimes toutes ces descriptions, tu perds beaucoup et tu tombes dans le défaut de placer l'action, sans ambiance. Les descriptions ne sont pas mauvaises en soi au contraire même.

C'est vrai qu'elle passe beaucoup mieux après. Et le présent permet de rajouter une intensité dramatique à ton récit. Et les descriptions passent en effet beaucoup mieux après. Parce qu'on est dans l'action et que les pensées du narrateurs sont logique car suivent ses actions, ce sont les premières pensées qui arrivent naturellement au cours de l'action. Le premier paragraphe étant immobile, et en plus avec un début directement dans le récit, il faudrait vraiment si tu gardes le présent, que tu rajoutes des marques de la présence du narrateur et que tu crées un enchainement logique à cette description celui de la pensée du personnage et de la vue. Que tu fasses des liens logiques entre ces descriptions, et la logique doit être celle de la pensée du narrateur. La description ne peut pas être froide, elle doit avoir directement sens et tu dois le donner ce sens, dans l'esprit du narrateur. IL faut créer une logique.
Déjà des petits remarques qui implique le narrateur aideront "Devant moi" "A coté", ça crée déjà une logique interne à la description. Qu'il faudrait essayer de développer plus que ça. le mieux serait même que la description suivent un fil conducteur de la pensée du narrateur mise en avant.

Sinon c'est quand même très sympa comme texte, à part le début donc, où les description font très éclaté et n'ajoutent pas forcément tout de suite sens et implication pour le lecteur. On sent une ambiance qui mérite d'être développé on veut en savoir plus, et on est pris dans cette atmosphère de tension intéressante. Et dans ce contexte qui semble vraiment avoir influencer la pensée et les attitudes des personnages. Avec une intensité dramatique assez efficace, tout ça pousse à la curiosité.

Bon sinon je reprends les fautes de français et les fautes de formulation.:

"ramassant une fine pellicule de poussière" :d) Le verbe ramasser est peu approprié ici, il implique le fait de prendre, c'est à dire de jouer des articulations des doigts de la main. Ici, ce n'est pas le cas. Il faut trouver un verbe plus adéquat, emporter le serait plus, mais il n'est pas parfait non plus, je te laisse en trouver un qui s'inscrit bien dans l'image.

"je me rend " :d) rendS

"Mon esprit gagne constamment une plus grande distance sur mon corps," :d) Tournure maladroite, il faut toujours chercher la formulation, la plus brève et naturelle. gagner une distance sur, c'est pas habituelle. Il vaut mieux dire "s'éloigne de plus en plus", ou "prends toujours plus ses distances avec mon corps". Ou un autre formulation, mais toujours une habituelle pour quelque chose de déjà pas si habituelle comme image. Prendre ses distances c'est une formulation normale, gagner une distance sur, c'est pas très naturelle.

"Le soleil fait éclater ses derniers rayons." :d) Ici tu reprends trop une image déjà utilisée juste avant, les rayons qui se déchirent ou qui éclatent c'est la même chose. Même si là ce sont "les derniers" rayons, on a une image qui se répète pour pas grand chose, il faut bien mettre en avant la différence des deux soleils surtout s'ils sont décrit de manière aussi rapprochés. La phrase d'après avec dissiper ajoute quelque chose dans l'action du soleil. Je crois que tout simplement, tu devrais directement passer aux rayons qui se dispersent et oublier leur éclatement, qui ressemblent trop à l'image précédente.

"Il fait froid à l'intérieur – c'est toujours le cas – et déjà, c'est sombre" :d) Ici le "c'est" est de trop, il faut le supprimer sans rien rajouter. Cette formulation fait trop naïve premier degré, il fait sombre est mieux et justement t'as pas besoin de répéter le verbe, déjà mentionné, il est implicité.

"C'est un homme de la cinquantaine" :d) Une formulation malencontreuse on dirait presque que la cinquantaine, c'est le nom d'un groupe, d'un régiment. Tout simplement "qui a la cinquantaine", ou une apposition si tu veux un style plus sec, qui convient à l'oralité du texte. "C'est un homme, la cinquantaine,"

"J'avance vers lui mais je ne dis rien." :d) Le "je" est inutile et enlève de l'intensité à l'action. "J'avance vers lui mais ne dis rien."

"Je le laisse et vais errer dans les couloirs déserts. " Dans le verbe errer t'as déjà un mouvement d'action, c'est un peu redondant "d'aller errer". Bien sûr ici le verbe aller a une valeur de succession, mais l'effet redondant est là. Tu peux faire plus simple "Je le laisse pour errer dans les couleurs déserts" tu rajoutes encore à l'efficacité de l'action.

"Un long frisson me parcoure" :d) Au présent, parcourT*

"J'approche simplement une oreille" :d) Quand on parle d'un membre d'une personne, on a pas besoin d'un déterminant indéfini. C'est pas naturel. On dit je lui tends la main, et non je lui tends UNE main. Pareil pour l'oreille, ici. Soit j'approche simplement l'oreille, soit mon oreille. Naturellement, l'image sous entends que tu peux pas approcher tes deux oreilles pour écouter le souffle, sinon t'approche juste ton visage. Sauf si t'as pas une forme humanoïde et que t'as deux oreille d'un même coté de la tête.

"Je n'entend rien" :d) Entends*
"Les secondes passent et je n'entend rien ! " entendS" ici D'ailleurs comme tu répètes le verbe, il faut montrer que c'est pas une simple redondance et que ça a un sens, par rapport au secondes qui ont passer, suffit de rajouter un adverbe.
"et je n'entends TOUJOURS rien !"

"Je tiens une réelle frustration du fait de ne pouvoir l'aider." :d) Tenir une frustration, là encore formulation malencontreuse. Il vaut mieux dire "Je ressens une réelle frustration à ne pas pouvoir l'aider".

"J'entend ma voix raisonner " Entends* (tu oublies pas mal les "s" pour les verbes se terminant en dre à la première personne. Résonner*

"Rien d'autre ne me parvenait aux oreilles." :d) A être trop précis, tu perds du naturel. Une formule plus simple comme "Aucun autre son ne parvenait jusqu'à moi" est préférable.

"Mais on n'a pas le temps. " Ici, on est pas encore dans un dialogue, une formule plus littéraire serait plus adapté et joli. "Mais le temps nous manque."

24bits
24bits
Niveau 14
12 juin 2012 à 13:46:17

Ouah Zech, tu t'es donné trop de mal ! Les fautes ce n'était pas la peine, moi-même je ne m'étais pas adonné à un exercice de relecture plus approfondi que ça !
Par contre pour les formulations et le vocabulaire parfois hasardeux, je te suis très reconnaissant, c'est un de mes travers...Utiliser le bon mot n'est pas mon point fort.

En fait je crois que j'ai trouvé mon problème. Visiblement, tout va mieux lorsqu'il se passe quelque chose de concret. Je crois que je vais créer une situation dès le début du récit. Le narrateur est en train de faire quelque chose, ce sera plus facile pour moi que de commencer dans l'immobilisme. Et le lecteur sera plus rapidement entraîné dans le bain.
Même si je crée un cheminement réussi dans la pensée du narrateur, je me dis que c'est un peu chiant de commencer par un passage introspectif. Je vais d'abord créé une action qui entraînera dans la pensée du narrateur, comme conséquence logique, ce que j'essayais de faire passer moi. C'est ce que tu me dis et tu as bien raison. Ce sera plus simple et plus naturel de suivre ce schéma Action/Cause Pensée/Conséquence...

Sinon un truc con, j'approche UNE oreille ne me choque pas. Je trouvais ça plus sympa.
Après, on dit aussi bien tendre l'oreille que tendre une oreille non ? Ecouter d'une oreille attentive. Prêter l'oreille ou prêter une oreille ? En fait, il n'y a peut-être que quand il y a un adjectif derrière que ça fonctionne (une oreille attentive...) ?
Ou aussi, jeter un oeil...? :D
Peut-être que je mélange un peu toute les expressions et que ça donne ça...

Merci encore ! Je crois vraiment que tu m'as été d'un grand secours. Je sais ce qui ne va pas. Je ne dis pas que je vais changer en mieux mais je vais essayer :)

Zech
Zech
Niveau 23
12 juin 2012 à 14:02:48

Oui y a des expression ou on met une oreille, mais la plupart du temps ce sont des expressions idiomatiques, qui n'ont aucun sens en soi. On ne va pas réellement prêter un oreille. Et ce n'es tpas réellement l'oreille qui va être attentive.
Par contre l'expression, c'est tendre l'oreille. Mais "une oreille attentive".

Et ca vaut le coup d'essayer de placer une action, mais je ne suis pas sûr, que ce soit forcément le meilleur moyen. Le plus facile, oui. Mais le meilleur ? C'est bien d'avoir des moments de pause, et les récits de fantasy commencent souvent par une description aussi, car on arrive dans un univers où on a besoin de rentrer dans l'ambiance. Ou sinon, il faut que l'action soit réduite, une action de forme, mais pas importante. Sinon, ta description aussi forcément limité, par ce que l'action te pousse à décrire ne suffira pas forcément un place un horizon. Tu as juste je pense à impliquer plus le lecteur dans la descriptions.

En fait une sorte d'action est nécessaire mais c'est celle de l'objet décrit sur le narrateur. Le soleil par exemple peut l'éblouir. Ou au contraire s'il est plus crépusculaire, l'endormir, ou le pousser à la nostalgie ou que sais-je. Mais si le narrateur en vient à le décrire, il faut juste que ce soit pour une raison qui explique sa pensée, ou sa situation immédiate.

Et de rien, c'était comme un plaisir de te lire, bon, si je continue à lire, je prendrais pas autant de temps à chaque fois, c'est sûr. Et puis de toutes façon, c'est souvent les mêmes fautes qu'on a tendance à faire stylistiquement.

24bits
24bits
Niveau 14
12 juin 2012 à 14:22:24

Non l'idée ce ne serait pas que le personnage narrateur se donne tout entier dans cette action. Quelque chose donc qui l'amène quand même à se perdre dans ses pensées à un moment donné ou à un autre. Un truc à la con.
Mais bon oui, comme tu dis, un simple éblouissement du soleil peut suffire. Le problème peut être plus subtilement réglé. J'y vois encore mieux maintenant. :)

24bits
24bits
Niveau 14
17 juin 2012 à 16:23:45

J'ai revu le début et je pense que c'est mieux. J'ai hésité à le présenter, mais pour un soucis de clarté, je préfère poster la suite. Je ne vois pas de gros problèmes sur cette partie du texte et il me paraît correct, j'espère que vous saurez pointer ce que je ne vois pas !

Merci !

Nous avançons à tâtons. Accolé aux grandes fenêtres, le lit vide et défait baigne dans une lumière placide. Des fenêtres jusqu'à l'entrée, une grande ligne oblique sépare la pièce entre lumière et obscurité. Juste sur ma droite, une table à moitié dans l'ombre et des chaises sont renversées, une corbeille de fruit a répandu son contenu sur le sol. Pas de trace d'Alain. On dirait qu'on s'est battu ici.
- Alain ? chuchote Cyril.
Pourquoi diable s'est-il mis à chuchoter ? Maintenant, je réalise à quel point le silence autour de moi est pesant. Et le moindre son que mon corps laisse échapper me paraît faire un vacarme épouvantable. Je déglutis. L'écho du passage de ma salive raisonne dans ma tête.
Cyril est devant moi, immobile et attentif. Légèrement penché en avant, le regard perdu sur le sol, il tend l'oreille. Puis, lentement, il tourne la tête dans ma direction et croise mon regard sans toutefois le soutenir. Il lève la main vers moi et la laisse en suspend, l'air de dire de rester sur mes gardes.
Une étrange sensation d'inconfort me gagne. J'étouffe. Je prends une énorme bouffée d'air. J'étais en apnée et je m'en rends seulement compte.
Je m'approche de Cyril, toujours immobile. Moi aussi je chuchote.
- Il n'est pas là. Ca ne sert à rien de rester.
Alors que je le vois acquiescer lentement, quelque chose me touche la joue. Quelque chose de sec et de terriblement froid. Je me jette en arrière. Qu'est-ce que c'était ? De nouveau mon cœur s'emballe. Tremblant, l'estomac noué, je scrute la partie obscure de la chambre. Et mes yeux captent un mouvement, très lent, presque imperceptible. Je m'approche. Je vois d'abord les pieds nus d'Alain puis lève les yeux sur le reste de son corps. Le jeune homme s'est pendu.
Lorsque Cyril le voit, il s'emporte.
- Quel abruti ! S'indigne-t-il. A-t-il vraiment cru que c'était une solution ?!
- Il n'y a pas de solution...marmonné-je lentement sans le réaliser, les yeux toujours fixés sur le pendu.
- Attendre est une solution.
Je ne comprends pas pourquoi il est si énervé. Ce n'est pas une réaction appropriée...D'ailleurs quelle était ma réaction ? Un sentiment – si on peut appeler ça un sentiment – de vide...Un vide insondable. Comme si tout ce qui constituait mon esprit s'était liquéfié autour de moi, avait coulé sur le sol et grimpé au mur. Je ne sens plus rien, mais cela ne m'allège pas, au contraire. J'ai l'impression d'être cloué au sol, ancré dans le décor. Je suis sous le choc ? Je ne réalise pas... ?
- Oh ! Qu'est-ce que tu fous ?!
Cyril est déjà dans l'embrasure de la porte, prêt à se diriger vers les sous-sols. Je sors de mes pensées, et la partie de moi qui s'était échappée pour grimper sur les murs me revient avec la force d'une terrible claque. Toutes mes sensations rappliquent et je me sens comme transpercé par une infinité d'aiguilles argentées, d'un clarté et d'une finesse douloureuse. Je suis gelé, de lourdes goutes de sueurs froides dégoulinent dans mon dos. Ma chemise humide me colle à la peau et me gêne dans mes mouvement. Ma mâchoire, à trop la garder serrée, me blesse maintenant, et mes yeux salés par la sueur me brûlent. Cyril crie mon nom.
- Edouard !!
Oui, les sous-sols, allons-y ! C'est au moment où je fais un pas vers Cyril que je réalise la tâche blanche au-dessus de son épaule. Je hurle.
- Derrière toi !
Il se retourne et fait face à la silhouette fantomatique d'un déchu. Ce dernier ne bouge pas. En fait, il ne prête même pas attention à Cyril. Il me toise avec ses yeux blancs, je crois – difficile de bien dire ce que cible un œil sans iris. La créature est plutôt grande et maigre. Sa peau est écorchée par endroit. Une sorte de voile blanc vaporeux l'entoure. C'est quelque chose de propre aux déchus, on ne sait pas s'ils sont palpables ou non, matière vivante ou fantômes.
Subitement, je n'en peux plus de ce doute. Il faut que je mette ça au clair. Je vois l'épée d'Alain posée au pied du lit. Poussé par ce désir d'éradiquer cette incertitude, devenue si curieusement et si brusquement intenable, j'attrape la lame et la dégaine avant de me diriger, décidé, vers la créature. Celle-là ne m'a pas lâché du regard et a suivi toute ma manœuvre.
- Attend ! m'interrompt Cyril, en train d'examiner attentivement le déchu.
- C'est un errant, continue-t-il.
- Un errant ? Qu'est-ce que c'est ?
- Certains déchus, comme celui-ci, arpentent parfois les couloirs du château sans réel but.
Comme nous, pensé-je. Je réfléchis un temps, alors que la silhouette pâle du déchu me fixe toujours de son regard perdu. Ses yeux me font une étrange impression. Comme s'ils voient au travers de moi. Comme s'ils m'embrassent tout entier dans leur pâleur inexpressive. Je me sens terriblement mal-à-l'aise. Puis je vois la main de Cyril qui fait des va-et-vient devant les yeux du fantôme.
- Il n'est pas dangereux, conclue-t-il face à l'absence de réaction de la silhouette.
- Et donc ? m'hasardé-je. Que fait-on maintenant ?
- Attendons.
Je me risque à recroiser le regard du déchu. Il y a quelque chose de terriblement attractif dans ces yeux laiteux. Ils sont vides de toute émotion, privés de leur comportement analytique et, en sommes, de ce qui constitue le fondement de l'oeil et du regard. S'il peut voir, il ne comprend pas ce qu'il voit, me dis-je. C'est très certainement cela qui fait sa force. Ce sont des yeux innocents et purs, pour eux je ne fais pas sens. Je ne suis rien de défini. Non, ils sont émancipés de toute définition. Je ne suis plus que des lignes. Je ne suis plus un homme, je ne suis plus vivant. Je ne reflète rien dans son esprit. Je ne suis plus moi...Que suis-je devenu.. ? Ce qu'il voit, c'est peut-être la chose la plus pure au monde. L'essence même de la vie. La forme réduite au plus simple. Le néant ?
De nouveau, je me sens terriblement mal à l'aise. Ma tête tourne, je crois, et une nausée foudroyante me tord l'estomac. Je comprend maintenant. Une odeur de mort règne dans la pièce. La chair pourrie se mêle aux relents métalliques du sang.
- Qu'est-ce que c'est que cette odeur ?! hurlé-je en retenant tant bien que mal mes hauts-le-cœur.
- C'est le déchu, me répond Cyril. C'est pas la première fois que t'en vois un enfin !!
Ma voix commence à raisonner seule dans ma tête. Qu'il s'en aille, pensé-je. Je ne tiens plus. Je ne peux plus supporter son regard.
- Va-t-en ! beuglé-je à l'être biscornu qui me fixait dans un élan de folie. Je ne veux plus te voir ! Dégage ! Continué-je.
Cyril me regarde avec étonnement. Et c'est bien justifié. Moi-même je suis complètement stupéfait de ma réaction. Il s'apprête à dire quelque chose mais s'arrête net quand il aperçoit le déchu faire un mouvement derrière lui. A notre grande surprise, la fine silhouette nous tourne le dos, et lentement, s'éloigne dans l'obscurité du couloir. Très vite, nous nous retrouvons seul, à nouveau. Nous ne cachons pas notre surprise.
- Qu'est-ce que c'était que ça ?! s'exclame-t-il à mon intention. Je rêve où il t'a obéi ?
- Je n'en sais rien ! En toute honnêteté...
C'était bien vrai, je n'avais aucune idée de si le fantôme avait réagi à mes mots ou non.
- Si tu veux mon avis, ce n'est qu'un hasard...le rassuré-je.
Il me regarde un temps avec des yeux circonspects. Je ne sais pas vraiment quelles questions il se pose, mais il abandonne vite.
- Le vent s'est levé, dit-il en perdant son regard sur un point imaginaire.
Il a raison, je n'avais pas remarqué. Je sens maintenant un fin courant d'air glisser dans mes vêtements et sécher ma moiteur, que je suis d'ailleurs bien content de me débarrasser. Il continue.
- Je n'entends pas les soupirs des déchus. Il devait être seul.
- Nous devrions quand même aller dans les caves.
- C'est une évidence, répond-il avec sa condescendance habituelle.

Nous convenons donc de revenir à notre intention première et de regagner les sous-sols. Il n'y a que là que les déchus ne vont pas. Pourquoi ? Je n'en sais rien.
Nous descendons l'escalier en spirale qui mène aux appartements, traversons la grande salle principale et empruntons les marches qui mènent sous terre sans que rien ne vienne nous perturber. Il n'y a plus aucun signe des déchus.
Beaucoup d'interrogations ont germé dans ma tête le temps d'arriver en bas. Beaucoup de choses dont il faudrait parler avec Cyril. J'ai des questions pour lui, et lui-même, je le sens, en a pour moi. Au lieu de ça, nous restons silencieux, et à peine assis sur des petits lits de camps disposés dans ce refuge, nous nous couchons et nous endormons.

24bits
24bits
Niveau 14
24 juin 2012 à 16:49:53

Toujours en espérant quelques commentaires avisés, je poste une suite à cette nouvelle :

Lorsque j'ouvre les yeux, je suis seul. Cyril a délaissé son petit lit de camp en prenant soin de replier l'unique drap qui le recouvrait. Recroquevillé, emmitouflé tant bien que mal dans mon semblant de couverture, mes sens reviennent doucement et je me rends compte que mon épaule me lance douloureusement. J'ai dû resté dans la même position toute la nuit. A vrai dire, je ne me souviens pas, j'ai dormi comme une masse.
Je me redresse et frotte mes yeux. Je regarde la pièce autour de moi, éclairée maintenant par un minuscule soupirail tout en haut d'un mur, le bois des grandes armoires commence à pourrir et les quelques lances qui reposent sur des étagères sont attaquées par la rouille. Ce sont les quartiers de la garde. Les geôles sont au bout du couloir en sortant, l'armurerie juste avant.

Je me lève pour de bon et quitte la pièce. Je longe quelques secondes le couloir moite et frais du premier sous-sol et remonte les marches empruntées la veille. Une fois dans la grande salle, je cherche Cyril du regard. Il n'est pas, comme à son habitude, près du feu. Ne le voyant nulle part, je sors dans la cour intérieure.

Le soleil est déjà haut dans le ciel et m'éblouis. Je jette un œil au cadran fixé sur la tour sud, il est entre neuf et dix heures. L'air est vraiment agréable, un vent frais l'agrémente par moment, comme s'il tenait à entretenir ce qu'il reste de fraîcheur nocturne.
Je me fraye un passage à travers les jardins en friche en me rappelant des gravures qui les représentaient lorsqu'ils étaient encore fleuris, et traverse les arcades jusqu'à la petite ferme perdue entre le château et les remparts.
J'entend déjà quelques volailles excitées et les relents de la basse-cour m'agressent les narines. J'aperçois Cyril au loin, enfoncé dans le sol jusqu'aux genoux, en train de creuser. A ses côtés, deux masses recouvertes d'un voile blanc jonchent le sol. L'une devait être Alain, l'autre Alphonse.
Je me lève à peine, et il me met déjà de mauvaise humeur. Est-il obligé de faire ça dès le matin ? Cela lui fait si plaisir de creuser des tombes ?
Je m'approche.

— Il n'y a que toi pour exécuter ce genre de tâche dès le matin...entamé-je d'un ton incisif.
Cyril détourne rapidement le regard vers moi mais se contente de m'ignorer. Il est plein de terre, en sueur, un panel de couleurs jaunes et marrons s'étend de sa chemise à sa peau.
— Vient m'aider, dit-il en pointant du regard la bâtisse qui abrite les outils.
Une pelle est posée debout contre un mur, elle n'attendait que moi. J'hésite. Je n'ai vraiment pas envie de faire ça maintenant. Je ne suis pas complètement réveillé, je n'ai rien dans le ventre, en puis le soleil, seul dans le ciel, commence à taper fort. Mais je sais que je culpabiliserai de n'avoir rien fait pour mes anciens camarades. J’attrape donc la pelle et me laisse tomber dans le trou commencé par Cyril.

Nous creusons silencieusement. Nos coups de pelles, parfois synchrones, font écho dans la vallée. Quelques croassements viennent trancher un peu avec cette monotonie ainsi que, bien sûr, les caquetages et piaulements de nos voisins de la basse-cour.
En me redressant un instant pour reposer mon dos, je suis comme éblouis par quelque chose d'un blanc éclatant, près des cadavres. Je réalise que c'est la main d'Alphonse qui dépasse du voile. Ce qu'elle peut être pâle ! Je n'avais jamais vu de cadavre d'un blanc si pur. Etait-ce significatif de quelque chose ? Je songe à Alphonse, tente de me rappeler l'homme qu'il a été. Brillant, intelligent, éduqué. Il n'était pas très social cependant, il détestait par-dessus tout se retrouver en groupe, mais il partageait toujours volontiers une discussion seul à seul avec quelqu'un. Je ne m'étais que rarement entretenu avec lui cependant. Aussi loin que je m'en souvienne, il a toujours été un vieil homme.
Cyril s'est interrompu également. Penché en avant sur la pelle, il me toise du regard.
— C'est comme ça que tu aides ?
— Comment était-il, plus jeune ? demandé-je sans relever sa remarque, les yeux rivés sur le cadavre d'Alphonse.
— J'en sais rien, souffle-t-il en reprenant sa besogne. Je ne me souviens pas vraiment, j'étais encore jeune. Si tu avais des questions pour lui, tu aurais dû lui soumettre de son vivant.
— Tu ne te souviens de rien ?
— Si, bien sûr. Il m'a appris beaucoup de choses. C'est lui qui enseignait aux plus jeunes.
— Je sais ça...Mais, rien d'autre ?
— Non.
— Je vois.
J'ai l'intime conviction que Cyril me cache des choses, même si tout bien considéré, l'idée me parait absurde. Mais en repensant à la nuit précédente, certaines interrogations me reviennent. Je revois de façon assez sporadique certains détails, certains ressentis. Un flou entoure ces souvenirs comme s'ils étaient déjà très lointain. C'est fou comme les jours s'oublient vite ici.
— Tu en sais plus que moi...entamé-je sur un ton soupçonneux.
— De quoi tu parles maintenant ? s'indigne-t-il en s'arrêtant de nouveau.
— Des déchus.
— Et bien quoi les déchus ?
— Hier tu as parlé des errants. Jamais je n'ai entendu parlé de ça...On les a toujours fui, quoiqu'ils fassent. Depuis quand sais-tu qu'il y en a qui sont inoffensifs ?
Il souffle et enfonce sèchement sa pelle dans le sol.
— Je le sais c'est tout.
Tu parles d'une explication ! Je ne vais pas le laisser s'en tirer de la sorte.
— Donc, toi qui est le plus prudent de tous et qui ne rate pas une occasion pour rappeler aux autres à quel point ils sont irréfléchis, commencé-je sur un ton grinçant, tu as approché les déchus d'assez prêt pour réaliser qu'il existait des différences entre eux... ?
— Non. Pas moi.
— Alors qui ?
— Alphonse. C'est lui qui m'a dit ça...Je crois...
On avance, pensé-je.
— Comment a-t-il appris ça ?
— Bon sang ! Tu m'énerves avec tes questions ! Alphonse savait des choses, je ne sais pas comment !
— Il t'a dit d'autres choses ?
Cette fois-ci, Cyril se redresse et me regarde énervé. Je crois qu'on a atteint sa limite.
— Tu sais quoi ? Barre-toi, va te prendre un petit-déjeuner ou un bain, et laisse moi tranquille. Je m'occupe du reste.
Je réfléchis un temps et conclu qu'un bon bain ne serait pas de refus. Je le laisse achever le travail et retourne au château.

Je plonge mon corps tout entier dans la petite baignoire et laisse échapper un long soupir de satisfaction. Dans notre situation, ces minces plaisirs sont les seuls auxquels nous pouvons nous accrocher. Notre vie n'a rien de spirituelle et il y a de quoi déprimer. Nous sommes coincé dans ce château en ruine. Une véritable prison que les kilomètres de forêt encerclent et que les déchus surveillent à la manière de geôliers.
Je ressasse mes souvenirs à la recherche de ceux qui ont tenté de s'échapper et me rappelle Edouard. Il fut le seul ami que j'ai jamais eu. La vie que l'on mène ici est bien solitaire, se retrouver forcé de cohabiter avec d'autres créé certes des liens, ce serait faux de dire le contraire, mais des liens étranges et ambigus, qui n'ont rien à voir avec l'amitié.
Edouard a fui le château alors qu'il n'avait que quinze ans. Il était un peu plus âgé que moi et s'il a bien tenté de m’entraîner avec lui, j'étais alors trop effrayé par le sort qui nous attendait. Aujourd'hui, c'est différent. Je n'ai pas moins peur mais je n'ai surtout plus rien à perdre. Je plonge ma tête sous l'eau et un douloureux élan de nostalgie me submerge. Edouard aurait dû m'attendre, pensé-je. Aujourd'hui je suis seul. Je nous revois ainsi que tous ceux de mon enfance. Nous étions une vingtaine à l'époque. La vie était plus enjouée, nous partagions de grandes tablées le soir et il y avait toujours la place pour quelques rires. C'étaient les meilleurs moments. Ma mère était encore en vie elle aussi.
Je sors ma tête de l'eau et la réalité reprend ses droits. Une belle lumière fuyante passe dans les fenêtres orientées vers l'est et fait briller la poussière comme de minuscules étoiles. Je peux encore sentir l'odeur braisée du feu que j'avais lancé pour chauffer mon bain. Le plaisir que ce dernier me procurait s'est doucement dissolu dans l'eau à la manière du savon que j'ai utilisé. Je décide de sortir.
J'attrape une serviette sur une chaise en repensant à Edouard que l'on a retrouvé quelques jours après sa fuite. Il jonchait le sol devant les remparts, à l'agonie. Sa cage thoracique était grande ouverte, ses côtes avaient percé sa peau blanche, son cœur battait à l'air libre. Ses jambes et ses bras écorchés étaient brisés à plusieurs endroits, et leur manière de s'emmêler dans des courbes tristement tordues n'avait plus rien d'humain. Encore aujourd'hui je me demande quel miracle – ou plutôt quelle tragédie – le maintenait en vie.
Je m'habille rapidement. J'enfile un pantalon et une chemise propre que je serre à la taille avec un foulard. Un bien triste sort attend ceux qui tentent de s'enfuir, pensé-je. Edouard n'avait pas été le seul, la plupart ont été retrouvé morts ou agonisants, mais pas tous. Ceux-là ont-ils réussi à quitter la forêt ? A vivre leur vie ailleurs ? S'il y avait eu d'heureux survivants, jamais ils n'étaient revenus ici pour les autres.

La curiosité est un sentiment que j'avais depuis longtemps oublié, c'est quelque chose que seul l'espoir connaît. Je ris intérieurement. L'espoir, tout comme la curiosité, nous avait depuis longtemps quitté Cyril et moi. Mais en ce moment, quelque chose change en moi. Alphonse savait des choses sur les déchus. Cela voulait dire qu'il les avait étudié. Et s'il les étudiait, c'est qu'il cherchait une solution. Existait-elle ?
Je me rends compte que mes réflexions m'avaient conduit devant la tour sud-est, la tour en haut de laquelle le vieux Alphonse, qui avait fait le choix de ne pas dormir dans les ailes du château avec les autres, habitait, réfléchissait, passait le plus clair de son temps. Peut-être a-t-il tenu des cahiers de ses recherches. Je veux en avoir le cœur net. Je pousse la lourde porte en bois et monte l'escalier en spirale.

256575436
256575436
Niveau 6
29 juin 2012 à 11:33:18

Bien, j'ai donc lu. Difficile de passer après Zech, donc je vais me contenter de donner mon ressenti :-)
Donc déjà, c'est du très bon niveau, d'un point de vue technique et stylistique.
Juste, des fois, je trouve certaines tournures ou descriptions un peu lourdes. L'ambiance est bien mise en place, pas la peine d'en faire des tonnes ! Mais c'est une préférence personnelle après.
Donc j'ai bien aimé, et j'attends la suite. Globalement, je préfère quand ton personnage est plus "humain", et moins "lyrique". Quoiqu'un humain, c'est lyrique. Mais je veux dire qu'à certains moments, je me suis senti plus proche de lui qu'à d'autres. Notamment certaines descriptions, qui sont belles, qui mettent de l'ambiance, mais qui rendent ton personnage-narrateur un peu moins "attachant".
C'est ce que je trouve difficile avec la première personne d'ailleurs : on sacrifie un peu de liberté stylistique...
Je n'ai pas grand chose à ajouter, à part que le lecteur est un peu laissé dans l'attente, et commence à manquer de repères. Pour le moment, on suit, on se laisse porter, et on aime bien. Mais, peut être que dans quelques pages, il faudra un peu "enraciner" l'histoire, dans un univers, ou enraciner tes personnages. sinon tu risques de perdre ton lecteur. Remarque, on voit que ça commence un peu, donc je suis peut être impatient. :noel:
Tout ça pour dire que de mon point de vue, c'est du bon toussa. En attente d'une suite.

24bits
24bits
Niveau 14
29 juin 2012 à 12:24:13

Merci à toi de me rendre la pareille, je commençais à désespérer un peu, de mon côté, de ne pas avoir de commentaires :)

Tu soulèves un problème important, celui du "lyrisme" de mon personnage. J'ai conscience d'en avoir trop fait à certains moments. Je trouve par exemple, le passage dans la chambre du pendu trop long en fait, j'en ai trop fait et tu as raison. Si tu as d'autres passages en tête n'hésite pas à me dire que j'essaye d'alléger un peu. Car à la base je voulais que ça reste assez léger, surtout ancré dans les actions, mais j'ai pas pu m'empêcher quelques passages lyriques.

Et tu as raison pour la structure dramatique, le flou a assez duré, il faut que je mette rapidement au clair les tenants et aboutissants. Je pense qu'il me reste juste assez de temps pour ça, avant de perdre le lecteur :)

Merci encore, ça m'a été utile !

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
29 juin 2012 à 12:40:55

j'essayerai de lire dans la journée :-)

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
01 juillet 2012 à 00:23:28

je n'ai pas le temps de te faire un long commentaire ce soir donc je me contente de te dire que je n'ai lu que le premier chapitre et j'ai vraiment aimé :oui:

je te fera un com plus explicite demain :-)

Dioscures
Dioscures
Niveau 5
01 juillet 2012 à 15:57:45

Salut, j'ai lu le "prologue".

Ca m'a intéressé car tu écris un texte à la première personne comme moi mais je dois avouer que c'est vraiment très différent.
Tu fais énormément de descriptions, j'ai souvent l'impression d'être au cinéma et de voir des scènes filmées sous toutes les coutures. ^^ Et tu as une qualité que j'admire : Une grande facilité avec les mots, tes phrases sont belles, les métaphores aussi, mais j'aurais peut-être préféré un narrateur transcendant pour ces passages.
J'aurais aussi surement aimé plus de psychologie, vu que ça semble être un récit d'horreur, l'esprit torturé du personnage m'intéressait, mais ça s'est bien arrangé à la fin avec l'apparition du mort !

En tout cas tu écris super bien, on peut pas te reprocher grand chose sur le style ! Bravo donc, je lis la suite. ^^

24bits
24bits
Niveau 14
01 juillet 2012 à 23:53:31

Merci à tous les deux, vos commentaires sont très agréables à lire. :)

Dioscures, c'est vrai qu'il y a beaucoup de descriptions, et même certaines fois, un poil trop.

Effectivement j'étais parti pour quelque chose d'assez psychologique, et je me rends compte que j'ai passé cet aspect un peu aux oubliettes, je tâcherais de mieux développer des situations pour travailler avec l'état d'esprit des personnages.

24bits
24bits
Niveau 14
07 juillet 2012 à 10:26:59

Je vous poste la suite qui a mis un peu de temps à germer et dont je ne suis pas entièrement convaincu encore ! En tout les cas j'espère continuer sur ma lancée qui semblait positive jusque là ! :)

Ses appartements sont dans le même état que la veille. D'épais rideaux bordeaux sont tirés et filtrent presque entièrement la lumière du jour. Les bibliothèques me paraissent toujours aussi grandes et opulentes, et le bureau toujours aussi chaotique. De nombreux outils en tout genre parsèment la salle, un globe imposant, avec de nombreux arceaux dont la signification m'échappe, un télescope posé devant une fenêtre, des nécessaires de chimie, des microscopes. En bref, tout l'attirail du petit érudit. Seul le lit me semble maintenant affreusement vide.
Je pousse les rideaux, ouvre les fenêtres afin de libérer l'air pesant qui commence à s'installer et m'assoit devant le bureau. Je parcoure d'une main indolente les différentes notes laissées par Alphonse. Quelques réflexions spirituelles, sur la condition humaine, la mémoire, la conscience. D'autres, diamétralement opposées, sur la bonne façon de cultiver la tomate, de tuer et déplumer le poulet, quelques théories sur la façon de procéder pour réparer les escaliers de la tour nord. Rien sur les déchus. J'entame un grand rangement, tris les différents papiers ou cahiers suivant un système de catégories que j'improvise et laisse le bureau plus ordonné que jamais. Puis je m'attaque au lit, je jette en boule, dans un coin de la salle, les draps du mort et en installe de nouveaux. Je redresse quelques livres dans les bibliothèques et en ramasse qui traînent au sol, parfois à moitié ouverts. Tout de même, un tel désordre ne ressemblait pas à Alphonse. Ces livres par terre, ces papiers éparpillés, c'est comme si quelqu'un, dans l'urgence, avait cherché quelque chose.
Une fois le travail fini, je me penche à la fenêtre. Le château m'apparaît pour le première fois vu d'en haut, et je suis frappé par l'état déplorable dans lequel il se trouve, plus endommagé que je ne l'avais jamais imaginé. Pourquoi Alphonse s'était-il installé ici ? Y avait-il une raison particulière ?
Brusquement, un violent courant d'air me pousse dans le dos. Une odeur pourrie traîne derrière. Elle me donne la nausée. Je me tourne, fait face à la porte d'entrée que j'avais laissé ouverte pour aérer plus rapidement et fixe le mur des escaliers qui descendent derrière. D'où cela venait-il ? Lentement, un son sourd et continu monte maintenant des marches. Je tends l'oreille avec attention. On dirait de longs râles, de longs et intenses gémissements qui sortiraient d'une gorge engluée dans le sang ou la bile. La plainte s'intensifie et je me prépare à voir d'une minute à l'autre une créature à l'agonie bondir vers moi depuis les marches. Morte et vivante à la fois, elle avancerait à une vitesse bancale, en trainant la patte. Ou en rampant ? M'arracherait-elle le torse comme à Edouard ? Me briserait-elle les membres, m'écorcherait la peau ?
Mon imagination va trop loin. Quand je me ressaisis le bruit est déjà passé. Ce fut si bref que je me demande si je n'ai pas rêvé. Je passe à autre choses et poursuis mes recherches.

Lorsque je redescends vers midi, bredouille, je m'arrête en bas des marches et examine la base de la tour. Les grosses pierres sur le sol sont brisées par endroit et des herbes folles tentent de se frayer un chemin à travers les fissures. Je jette un œil dans le renfoncement obscur sous l'escalier mais n'y vois rien. Malgré tout, je peux sentir un léger courant d'air frais et humide. Je m'accroupi sous les marches, tends la main pour atteindre le fond et touche une grille en métal froid. Incroyable. Sur quoi donne cette grille ? Je n'en ai aucune idée.

Nous mangeons les restes d'un poulet de la veille dans notre habituel mutisme. Cyril a les traits tirés. Des traces de terre hâlent sa peau par endroits. Je brise le silence.
— Alphonse tenait des notes sur les déchus non ?
— Qu'est-ce que j'en sais...répond Cyril sur un ton désobligeant.
Cette fois c'en est de trop. Je me redresse et toise Cyril d'un regard furieux et frustré. Il me fait de grands yeux. Le raclement de ma chaise sur le sol a produit un vacarme épouvantable qui fait encore écho dans le hall.
— Qu'est-ce qui te prend ?! s'étonne-t-il.
— Si tu veux crever, pourquoi n'irais-tu pas te pendre ?!
Pour la première fois depuis longtemps, Cyril me regarde avec un profond énervement. Il se redresse lui aussi, et c'est au tour de sa chaise en bois de hurler dans l'espace vide.
— Combien de fois je vais me répéter ?! Je ne veux pas mourir !
Etrangement, ces mots ne semblent pas m'être adressés. On dirait plutôt qu'il cherchait à se convaincre.
— Alors pourquoi tu ne fais rien pour m'aider à trouver une solution ?!
— Bon sang, combien crois-tu qu'il y aie de gens qui ont tenté de sortir de cette impasse ? De trouver une solution ? Des centaines ! Et des plus intelligents que nous ! Il n'y a rien à faire sinon accepter de vivre ici !
— Il n'y a rien à faire sinon attendre la mort en bref.
— Mais...de toute évidence ! Oui ! C'est ça la vie...
Ce n'est pas faux, mais on tourne en rond, me dis-je.
— Il doit y avoir autre chose.
— Quoi ?
— Une autre façon de vivre. De vivre...plus. De vivre mieux, pleinement.
Cyril ne dit rien et s'enfonce à nouveau dans sa chaise, dans un geste d'une profonde lassitude.
— Pourquoi ce soudain espoir ? souffle-t-il. Cela fait des dizaines d'années qu'on vit paisiblement, qu'on ne réfléchit à rien, qu'on laisse passer les jours les uns après les autres. J'aimerais continuer comme ça.
Il s'arrête un temps et me regarde. Il m'apparaît d'un seul coup terriblement fatigué.
— Ne comprends-tu pas que c'est mauvais l'espoir.. ? Cela torture l'esprit. Cela nous frustre, nous rend triste et mélancolique, nous fait miroiter l'impossible. Regarde ce que l'espoir a fait d'Alain...
— Je ne pense pas qu'Alain soit plus à plaindre que nous...
— C'est donc toi qui préférerait être mort.
— Tu te trompes. La vraie question n'est pas de choisir la vie ou la mort. C'est de choisir cette vie-là, ou de la refuser.
— Tu joues sur les mots.
— Je ne crois pas. Mourir est une façon de la refuser. Alain n'a pas su trouver d'autres solutions. Mais moi j'y compte bien, avec ou sans ton aide. J'ai l'intime conviction qu'Alphonse s'est battu lui aussi toute sa vie pour ça.
— Ce que tu me dis là me rends triste. Tu vas t'abîmer à penser comme ça...
Il a l'air sincère.
— Mais dis-moi, continue-t-il, tu ne m'as pas répondu. Pourquoi ce soudain espoir ?
Je reste silencieux. Je ne sais pas quoi répondre.
— C'est la mort d'Alphonse ? Ou celle d'Alain peut-être ?
J'ai beau chercher dans mon esprit. Je ne trouve pas de réponses très pertinente.
— Je ne comprends pas, enchaîne-t-il. Tu as toujours été comme moi. J'ai toujours senti que tu étais un des seuls à avoir accepter son sort. Pourquoi ce revirement ? Qu'est-ce qui s'est brisé ?
— Je n'en sais rien, admette-je.
— Alors réfléchis d'abord à ça. Et demande toi ce qui est arrivé à ce quelque chose qui t'a donné l'espoir.
Cyril s'arrête là. Il semble avoir fini. Je réalise que je suis encore debout et que lui est assis. Malgré tout, le rapport de force est clair, il n'est pas en ma faveur. Je décide de m'asseoir et de me mettre à son niveau. Je le regarde dans les yeux. Je n'ai pas encore abandonné, et je tente une nouvelle approche :
— Est-ce que tu crois avoir un mot à dire sur la mort des autres ?
— Qu'est-ce que c'est cette question ?
— Crois-tu, me répété-je, qu'il t'appartient de décider si les autres peuvent oui ou non mettre fin à leur jour ?
— Bien sûr que non, rétorque-t-il avec indignation.
— Pourtant tu fais tout pour ne pas m'aider. J'ai l'amer sentiment que si tu pouvais décider de mon sort à ma place, tu le ferais. Tu aurais peur de me voir partir ? Peur d'être tout seul ? Peur de ce que tu ferais, une fois seul... ?
— Ah ! C'est bien la chose la plus débile que j'ai entendue de ta part !
— Qu'est-ce que tu vas faire quand je serai mort, ou parti ?
Il ne répond pas tout de suite. J'en profite pour continuer.
— Réfléchis toi aussi. Réfléchis à ça. Et dis-toi que nos sorts sont intimement liés maintenant. Ce que je déciderais aura un impact considérable sur ta vie. Préféreras-tu tenter de fuir avec moi ou rester tout seul ici jusqu'à la fin de tes jours ?
— Tu te donnes trop d'importance...Je ferai ce qui me permettra de vivre le plus longtemps...
— De vivre le plus longtemps, dans la misère, précisé-je. Après tout, c'est vrai, puisqu'on y est si bien dans ce château, autant y rester le plus longtemps possible !
Je me surprends moi-même à utiliser ce ton sarcastique, qui est d'habitude le propre de Cyril. Mais je sens naître une légère pointe de frustration dans le regard de mon interlocuteur, et un certain zèle commence à me gagner. C'est à mon tour de mener la danse. La métaphore me plaît. Je suis le chef d'orchestre maintenant, et j'enchaîne tel un virtuose.
— Te rends-tu compte de la fumisterie que tu es ? Ne vois-tu pas la pauvre petite comédie que tu joues aux autres et à toi-même ? Tu enfiles un masque pour ne plus te voir dans le miroir, et tu l'oublies ! Tu parviens même à te convaincre que c'est ton visage depuis toujours.
Je marque une pause. A la fois pour lui, mais aussi pour moi. Je me délecte de son regard incompréhensif. Il ne sait pas où je veux en venir, j'y viens.
— Tu essayes de te convaincre que la logique est le meilleur choix. Qu'il faut faire ceci ou cela afin de vivre le plus longtemps. J'y ai cru un moment. Mais il n'y a pas de place pour la logique dans le cœur d'un homme. Ni dans le mien, ni dans le tien. Vivre le plus longtemps n'est pas un but en soit.
Cyril me mate d'un regard noir. Il semble ne rien avoir à redire là-dessus, il marmonne juste :
— Epargne moi les phrases faciles. Ma vie me sied comme elle est.
Je souris.
— Pas de doute là-dessus. On verra cependant ce qu'il en sera quand je serai parti, et que tu devras passer les dernières dizaines d'années de ta vie seul.
Cette fois-ci, j'en suis sûr, je l'ai cloué sur place. Il ne répond rien et me jette des yeux pleins d'amertume. Nous marquons une longue pause silencieuse.
Je ferai changer Cyril d'avis. Je m'en fais la promesse. Mais d'abord :
— Sais-tu où je peux trouver un plan du château ?
Il me regarde avec étonnement.
— Cela fait plus de trente ans que tu vis ici et tu ne le connais toujours pas ?
— J'ai l'impression que non.
— Tu vois des secrets partout. Je te plains pour toutes ces idées que tu te fais.
Je ne réponds rien et le regarde avec insistance, toujours dans l'attente de ma réponse.
— Non, je ne sais pas où tu peux trouver de plan, lâche-t-il en haussant les épaules.
Je le crois et nous sombrons pour de bon dans nos propres réflexions. Le repas s'achève comme il a commencé, dans le silence le plus total.

cocoMOUCHE
cocoMOUCHE
Niveau 10
08 juillet 2012 à 14:02:11

La Tour, c'est La Route en verlan ?

24bits
24bits
Niveau 14
08 juillet 2012 à 14:49:10

Oui.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
11 juillet 2012 à 17:36:25

j'ai lu les deux autres chapitre, et sincèrement j'aime beaucoup. là tout de suite je n'ai pas le temps de te faire un vrai commentaire mais je devrais le pouvoir le faire dans la soirée ( je sais, je l'ai déjà dis mais ça m'était sorti de la tête :honte: ).

Sous forums
  • Modélisation 3D
  • Montage vidéo
  • Arts Graphiques
  • Ecriture
  • Modélisme
La vidéo du moment