Mais c'est pas chiant du tout, et c'est aussi bon. Je pense sincèrement, qu'il faut ménager des moments de poses et de calmes, pour poser des ambiances, comme tu le fais là ! C'est moins impressionnant, c'est sûr, mais c'est nécessaire et ça fait la qualité d'une oeuvre ! Ca a énormément d'effets positifs, faut pas les enlever absolument pas ! On risque sinon de tomber dans l'action pure, de ne pas avoir le temps de prendre du recul et tout.
Et quand je disais des choses dont on se fout, un peu, là aussi, faut relativiser. C'est pas tant qu'elles sont inutiles (d'ailleurs tu dis toi même que tu leur donneras leur utilité), elles sont déjà utile, pour l'ambiance la narration. C'est juste que c'est sa "conscience" qui nous les révèle là, donc faut déjà qu'elle prenne en partie sens pour lui. Bien sûr, ca peut juste être une simple curiosité, surprise ou je ne sais quoi, et sembler anodin, et par la suite on découvrira que c'était pas anodin. C'est juste qu'on ne comprend pas pourquoi il nous en fait part à ce moment là, pourquoi il pense ça, pourquoi il y pense quoi.
Exemple absurde, mais si je dois raconter ce que je fais à chaque moment, un petit exercice que j'ai aucune raison de faire mais peu importe, et bien même si je dois décrire tout ce que je fais de manière robotique, je vais dire je marche. Mais je vais pas dire, je lève et abaisse ma jambe gauche, puis ma jambe droite etc... Même en me forçant, je vais oublier des trucs. Alors là, sachant qu'on est pas dans un cas extrême, faut jsute que ce soit justifier que le narrateur le voit.
Mais franchement, ce chapite moins passionnant n'est pas forcément beaucoup moins réussit non plus !
Enfin j'avais mis "chiant" entre guillemet, c'était une façon de parler. Je ne pense pas que ce soit si chiant.
Tu dois avoir raison. Enfin je me dis que le personnage se faisant office de narrateur, le lecteur doit accepter à un moment donné qu'il évoque des choses qui ne paraissent pas justifiées ou des choses auxquelles nous même ne pensons pas, peut-être peu naturelles.
C'est un peu le problème du "je" au présent, qui est ni tout à fait narrateur parce qu'il n'a pas de recul, ni tout à fait personnage car il doit en avoir un minimum s'il veut narrer, qui se trouve donc dans un temps un peu hybride, dans une sorte d'hyper lucidité.
Mais, à la base, le "je" présent m'a surtout tapé à l'oeil pour ça justement. Enfin je n'y ai pas tellement réfléchis, ça s'est imposée comme ça pour moi. Car je voulais justement donner cette sensation "d'hyper lucidité", je me suis dis que ça alourdirait la pensée du narrateur, et surtout ses faits et gestes, de par le manque de naturel, du "je raconte en même temps que je vis". Comme si, enfin de compte, il n'y avait plus que ça à penser dans leur réalité.
Alors bon, je ne sais pas trop quoi faire là je t'avouerais. D'autant que j'essaye de lire le plus objectivement possible mais ça ne me gêne pas. Je comprends ce que tu veux dire, ton image est très parlante, mais ça ne fait pas vraiment déclic dans ma tête. ![]()
Je vais réfléchir à ça, peut-être cette petite gène que tu ressens m'apparaîtra à un moment donné ou à un autre.
Merci encore ;)
au passage, j'ai posté ma suite et j'attends ton com =p
ps: à quand ta suite ?
Salut ! Je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi ces derniers temps et je n'ai que très peu avancé. Je vous propose tout de même cette petite suite, histoire de montrer que le topic n'est pas mort.
De retour dans les appartements d'Alphonse, j'attrape un volume sur les grandes étagères : La Dynastie des Réturiens. Je me souviens vaguement qu'il nous en avait parlé, à moi et aux autres enfants de l'époque. Je m'assois face au bureau et parcoure les pages sans savoir ce que je recherche.
C'est l'arrivée de Marc Ier au pouvoir qui détermine le début de cette longue et passionnelle dynastie. Les Réturiens ont été de grands amoureux. Tous sans exceptions, de Marc Ier à Stéphane III. Amoureux de leur peuple, de leur terre, de leur culture. Très fiers, et très protecteurs, ils ont été aussi, parfois, maladivement possessifs. Mais ce que le royaume à pu se développer grâce à eux ! Jamais des rois n'avaient autant encouragé la réflexion, intellectuelle, artistique. Et jamais le pays n'a connu un tel essor que sous leur règne.
L'auteur du livre estime l'origine de notre déclin peu de temps après l'arrivée du premier roi Stéphane. Déclin qui se fera sur trois règnes, ceux dit des trois Stéphane, règnes marqués par des guerres jalouses.
Notre royaume, tout petit au milieu d'un vaste continent, n'avait jamais été convoité, ni placé au centre d'une quelconque attention. C'est lorsque Stéphane Ier a voulu partager avec lui notre culture, riche, belle, en pleine effervescence, que le monde s'est tourné vers nous. Il a pu alors voir, d'un œil mauvais, à quel point nous avancions, nous, si petits et si isolés, et à quel point il stagnait. La fierté que Stéphane avait de son royaume et l'amour qu'il lui portait ont fait naître autour de lui la jalousie.
Les guerres de convoitises se sont enchaînées brusquement, sous de faux-semblants. Et tout petit que nous étions, nous avons tenu bon, jusqu'à ce siège auquel nous n'avons pas survécu.
Stéphane III, aussi fier de son peuple que ses ascendants, mais aussi terriblement et tristement possessif, voyant la fin arriver, demanda à sa garde personnelle d'assassiner les femmes, les enfants et les hommes du royaume. De brûler tout ce qui pouvait brûler. Livres, ors et argents, armes, outils, inventions. De tout entraîner avec lui dans son suicide. Rien de ce que l'ennemi jalousait n'entrerait en sa possession.
Je m'arrête là. Les pages suivantes – les dernières pages – proposaient de développer la mort de Stéphane III mais elles ont été arrachées. Je m'enfonce dans ma chaise. Je me souviens en effet qu'Alphonse m'avait parlé de ce massacre une fois, mais les détails m'ont échappé avec le temps. Quelque chose m'avait frappé, cependant : la précision de son récit. Je m'étais alors demandé s'il avait lui-même vécu ces événements. Etait-ce seulement possible ? La mort de Stéphane III date de Quintilis 1322. Quel âge cela donnait-il à Alphonse ? En quelle année sommes-nous ?
L'espace d'un instant, je panique. Une angoisse vague et pesante m'écrase. Je n'ai plus aucun repère, plus rien de quantifiable, et c'est comme s'il n'y avait plus que l'infini et moi. Nous nous faisons face, lui, grand à en perdre la raison, moi, totalement désarmé. Quel est seulement mon âge ?
« Impossible qu'Alphonse n'aie pas tenu un calendrier ».
Je me redresse et fais les cent pas dans la chambre ; Quelque chose ne va pas. Le dernier roi a-t-il échoué dans sa tentative de faire tuer tout le monde ? Nous sommes-là et d'autres ont été là après lui. Que s'est-il passé ?
Je m'attarde un temps sur le livre encore ouvert et regarde les pages arrachées. Il faut que je les retrouve, les réponses sont certainement dedans.
Avant que je n'entame des recherches hasardeuses dans les papiers et livres à ma portée, le même courant d'air que précédemment traverse la chambre. Je retrouve avec dégoût l'odeur de pourri et les râles, cette fois-ci moins appuyés, plus résignés. Je n'ai donc pas rêvé, me dis-je autant horrifié que soulagé.
J'abandonne ce que je faisais et descends de la tour, me baisse sous les marches, essaye d'atteindre au plus près la grille métallique. Les râles y proviennent d'autant plus intenses. Je les écoute, accroupis dans cet espace confiné, et peu à peu l'horreur qu'ils m'inspiraient se transforme en peine. Ces souffles sont la manifestation d'une douleur certaine, que je m'imagine physique, mais qui est avant tout morale. Ils semblent imprégnés d'une profonde et vaine tristesse. Ce sont des pleurs.
Il y a quelque chose là-dessous, j'en ai maintenant la certitude. Comment cela a-t-il pu m'échapper tout ce temps ?
Je passe dans la salle principale et devant Cyril qui s'évertue à entretenir son feu. Il fait si chaud dehors et l'air est si pesant que je trouve sa démarche absurde. Décidément, me dis-je, j'attrape au vol le moindre prétexte pour le critiquer, alors que je connais pertinemment l'importance de garder ce dernier feu allumé.
Je m'approche des flammes sans prêter attention à Cyril et prends une lampe à huile que j'allume. Je sens son regard se poser sur moi, et au ton de sa respiration, je sais qu'il va dire quelque chose. A mon grand soulagement, il se ravise.
J'arrive au premier sous-sol, duquel je me suis réveillé ce matin, et je m'arrête en bas des marches. L'air est différent. Il n'est pas aussi rance que celui qui provient de la grille métallique. Peut-être dois-je descendre plus profondément. Voyons. Je me trouve au nord, presque sous la grande salle. Je crois savoir que les tours Nord et Nord-Est offrent un accès à ce niveau. Mais celle qui m'intéresse est la tour Sud-Est, celle d'Alphonse.
Le terrain sur lequel le château est construit étant légèrement en pente, je suis pratiquement sûr que le premier niveau ne s'étend pas sur toute sa superficie. Il faut que je descende encore. Inconsciemment, j'avais dû m'en douter : j'avais pensé à prendre la lampe. Car le niveau en dessous est plongé dans l'obscurité la plus totale, qu'aucune fenêtre ne vient braver.
Je longe les quartiers de la garde jusqu'à l'entrée du deuxième sous-sol.
La porte ne s'ouvre pas. Je la tire plusieurs fois avec force mais les gonds étant complètement rouillés elle reste figée. Je la tire encore, et c'est la poignée qui me reste dans les mains. C'est bien ma veine. Je marque une pause et toise la porte du regard à la manière dont on jauge un adversaire, avant de l'asséner de grands coups de pieds. Elle finit par céder et dégringoler les marches dans un fracas épouvantable. Un amas de poussière s'envole dans les airs et une odeur carbonique emplit lentement l'endroit. Personne ne s'est aventuré plus bas depuis des lustres ; Edouard et moi, malgré nos caractères casse-cou, n'y avons jamais mis les pieds. En bas, c'est le noir complet. L'obscurité est si dense que j'ai l'impression de me trouver à des milliers de kilomètres de la lumière du jour, et j'oublie déjà à quoi elle ressemble.
Je tremble. De peur ou de froid, je ne sais pas. Il y a bien un nœud dans mon estomac, mais je crois qu'il a toujours été là. Je reconsidère un instant l’expédition dans laquelle je me lance. Mais mon pied droit est déjà sur la première marche et cela prend une curieuse valeur symbolique. Certaines expressions courantes, qui trouvent toutes un sens dans ma situation, m'occupent l'esprit. Etre sur le pied de guerre, mettre le pied à l'étrier...Etre au pied du mur, avoir un pied dans la tombe. Enfin, me dis-je, il n'y a pas de quoi avoir peur. Les déchus ne s'aventurent pas sous-terre après tout. Mais ces râles ? Qu'étaient-ils ?
La première chose qui me marque est cette étrange odeur. Je retrouve les relents rances que je commence à bien connaître, mais aussi une odeur de souffre humide des plus désagréable. Me voilà au pied d'un nouvel escalier, et au beau milieu d'un couloir qui fonce vertigineusement dans d'infinies ténèbres. Il s'étend d'est en ouest. Toujours en vue d'atteindre la tour Sud-est, je dois partir sur ma gauche – Je suis tourné vers le sud.
J'hésite un temps à quitter le bandeau de lumière dans lequel je suis. L'éclat du jour arrive très diminué du niveau supérieur et vient s'échouer sur le mur en face de moi, signe de son impuissance face à ces ténèbres.
Je prends une grande inspiration et plonge dans le noir avec pour seule arme ma lampe à huile.
Le silence est maintenant complet et l'obscurité ne se découvre qu'à mesure de mon avancée. Les pierres reluisent à la lumière. Elles sont grasses. Je passe ma main dessus et examine le mélange de suie et de graisse qui les recouvre. Je décide de ne pas trop approcher la lampe.
Je continue, lentement et méticuleusement. Les gémissements se sont tus, ou peut-être ne les entends-je pas d'où je suis. Il n'y a que le timide cliquetis de ma lampe qui, à chaque pas, tranche avec le silence.
Je rencontre une première porte entre-ouverte à l'intérieur de laquelle je crois apercevoir de longues rangées de fûts, mais je n'y prête pas plus attention que ça et poursuis la marche pendant un temps qui me paraît interminable. J'avance encore et encore, encerclé par le silence et l'obscurité de plus en plus pesants. Ce couloir est sans fin. Ou est-ce moi qui avance trop lentement ? J'ai perdu la notion du temps et j'ai du mal à estimer depuis quand je marche.
Enfin, j'arrive à une nouvelle intersection. Le choix qui s'offre à moi est aussi basique que tout à l'heure : droite ou gauche. C'est cette dernière direction que je prends, et me revoilà pris entre deux murs à m'enfoncer encore un peu plus sous terre.
Je m'arrête net lorsque l'écho d'un petit bruit me parvient. Il me faut peu de temps pour réaliser qu'il ne s'agit que de rongeurs. Leur petits cris aigus sont amplifiés par la réverbération des lieux, et étrangement, le grattement de leurs pattes sur les pierres semblent, lui, assourdis, comme si les bêtes étaient partout, sous les pierres, dans les murs, dans le noir.
je te lirai prochainement, là je vais avoir une mâtiné un peu trop chargé pour en avoir le temps ![]()