-Chapitre Premier-
Qu’est ce qui m’a pris ?
Quelle est l’obscure raison qui m’a poussé à accepter ?
Un simple « non » aurait suffi. Amplement suffi. Il serait alors parti, probablement sans mot dire, à la recherche de quelqu’un d’autre. Quelqu’un ayant l’air plus paumé que moi.
Non, rectification : Quelqu’un ayant l’air tout aussi paumé que moi. Cette correction s’imposait, étant donné qu’il ne peut décemment pas exister, sincèrement, quelqu’un sur cette terre, dans une situation aussi perturbante que la mienne. Peut-être, plus tard, dira t’on « Oh, putain, c’est une situation digne de machin, ca ! »
Et oui, il ne sert à rien de se mentir, si cette expression, presque aussi stupide que ma sinistre personne, il faut l’avouer, rentre un jour dans les mœurs, on ne citera pas mon nom. On l’aura, à coup sûr, oublié. Quoi que. On ne m’oubliera pas tout de suite, en tout cas. On risque de m’accorder un peu de place, dans les canards de demain, et qui sait ? Peut-être même dans ceux d’après demain. Avec de la chance, il se pourrait même que ma photo paraisse au Journal Télévisé régional.
« Pfiu… Tu rêves ! ».
Boarf… Côté rêve, il faut avouer qu’il y a eu mieux. De toutes façons, c’est vrai que ce n’est pas du domaine du crédible. Des « meurtres impulsifs », c’est courant. Surtout dans cette ville de merde qu’est Paris. Tiens, ça existe, ce terme, « meutre impulsif » ? Merde, ça existe, ou pas ? Pas de dico sous la main, évidemment.
Bah, maintenant, ça existe. Je l’ai décrété. Je n’en suis pas à une connerie près, après tout.
Mais bon, il faudra quand même que je me procure, demain, une quelconque merde imprimée, histoire de voir le terme exact. Ca pourra toujours servir. C’est plus pratique pour les présentations.
« Hein ? Moi ? Vous me demandez qui je suis ? Disons que, pour faire court, je suis un criminel recherché par toutes les polices de France. Oui, oui, une histoire toute conne. La rengaine habituelle, même, dirons-nous. Ma copine me trompait, et disons que ça ne m’a pas énormément plu, sur le moment. Allez savoir pourquoi, c’est pas le premier couillon a qui ça arrive, pourtant. Et ensuite ? La seule idée qui m’est venue en tête, c’était de saisir mon vieux magnum, qui ne m’appartient même pas, et de loger une balle dans la tête des deux amants. Les deux amants maudits. Original, non ? »
Ca donne, certes, bonne impression, mais il manque le terme désignant ce crime, digne d’un vieux polar américain. « Les amants maudits ». Moué, bof, ça fait beaucoup trop cliché pour se vendre.
De toutes façons, il y a fort à parier que ce polar de merde, il aura pas le temps d’être écrit.
Avec ce con qui a réussi à me convaincre de le suivre.
C’est qu’il marche vite, en plus, le con.
« Le con marche vite », c’est à retenir. Cette information pourrait vous servir, plus tard. Qui sait, imaginez, un con sonne à votre porte, et vous somme de le suivre. Immédiatement, vous vous souvenez de cette information capitale, vous courrez mettre des vêtements de sport, vous préparez la boisson énergisante, et vous voilà prêt à suivre le con, aussi con soit-il.
« Merde, qu’est ce que tu racontes encore comme connerie… »
De toutes façons, le con, dans l’histoire, c’est pas lui, c’est moi. Parce que faut l’être sacrement, pour suivre, sans raison valable, un gars avec une telle tête de con ( Je vous l’avais dit, qu’il avait l’air con ? ) qui lui vous a abordé parce que vous aviez l’air d’un pauvre paumé, hagard, perdu dans Paris.
Paris, la ville lumière. Quelle connerie. Depuis quand il fait lumineux et clair dans Paris ? On ne voit même pas le ciel en plein jour, avec leur connerie de pollution. Alors, la nuit, je ne vous raconte pas. C’est galère, pour s’y retrouver. Surtout quand vous devez suivre un con. Et quand ce même con marche vite, je ne vous raconte même pas.
Qu’est ce qui m’a pris de le suivre ?
Qu’est ce qui m’a pris de répandre leurs cervelles sur le lit ?
Mon lit, qui plus est. La totale.
Elle ne m’aimait pas, certes, mais n’allons pas jusqu´à prétendre que je pensais le contraire. Je le savais. Et puis, moi non plus, je ne l’aimais pas. Nous n’étions même pas marié, tous les deux.
Elle ne voulait pas. Et moi non plus. Seulement, moi, ce n’était pas pour les mêmes raisons qu’elle.
Elle, elle voulait se marier. Mais pas avec moi, apparemment. L’autre devait mieux s’y prendre.
Son vœu a été exaucé.
Les voilà maintenant unis par les liens sacrés de la cervelle défoncée.
« Amen ».