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Instead of Rise, bis

xbq
xbq
Niveau 6
17 novembre 2004 à 15:40:14

Valà, valà.
Désolé pour l´autre topic^^

Or donc, voici le premier chapitre de ma nouvelle, avec la description, le tout en bon ordre cette fois-ci.

---

Genre : Medieval Fantasy ( sauf que a pas monstres, c´est un autre monde du même genre que le notre)
Synopsis : Je dirais que c´est les aléas d´une passation de pouvoir, en gros. Mais là ça a l´air d´être politique, réfléchi et tout, alors que je me suis quand même principalement axé sur l´auto-dérision de mon propre texte. Style Aspexplorer ( pour ceux qui ne connaissent pas, qu´ils sachent tout d´abord que je les méprise, puis c´est ici : http://mapage.noos.fr/aspexpl/kalonbrw.htm )

---

1.
Le messager, attentif, se laissa glisser le long du vallon. Les buissons étaient légion, mais ils étaient décharnés et blanchâtres, contrastant avec sa vêture noire. Un instant, il pensa avoir été aperçu par quelque vigilante sentinelle, mais le camp semblait toujours endormi. Il se remémora l’épisode du gouffre de Tentalie, là où il avait failli finir empalé par les farouches Sen, les guerriers du Nord, et que seul son grand courage lui avait permis de survivre. Le fait qu’il avait pris la fuite en abandonnant son jeune compagnon à l’ennemi y était aussi pour quelque chose, mais ne nous embarrassons pas de ces détails. Toujours est-il que, rasséréné, il continua sa lente avancée ; une fois ce camp passé, il n’aurait plus qu’à traverser les plaines arides de Darzhor, où les prédateurs dominants étaient les souris, et il atteindrait enfin son objectif.
Sans le moindre bruit, il progressa de quelques mètres supplémentaires. Par chance, un amoncellement de nuages masquait les lunes, dissimulant son avancée. L’ombre glissa habilement sur les derniers mètres d’herbe et se laissa choir dans une sorte de fosse à l’aspect peu engageant mais qui avait le bon goût d’être suffisamment profonde pour le cacher entièrement. Il reprit son souffle, et, de plusieurs regards furtifs, localisa les ennemis les plus aptes à le découvrir ; il y avait bien sûr celui de la tour de guet, à quelques mètres au nord-est de sa position, mais son boulot consistait à prévenir l’arrivée d’une grande armée par la plaine, aucune raison donc qu’il ne se retourne vers sa position. Plus dangereuse était déjà la porte principale du campement, protégée par 4 gardes, dont les grandes torches flamboyantes illuminaient l’obscurité sur un rayon considérable. Et le messager, ayant l’expérience que donne la survie, savait que ses chances de croiser quelque fantassin assis dans l’ombre en train de méditer, ou, plus matériellement, de dessoûler, étaient assez élevées.
Néanmoins, il devait profiter des circonstances propices que lui offraient la pénombre cumulée de la nuit et des nuages précités. Il s’élança donc. Avec enthousiasme. Et vitesse. Et silence. Eh ben oui, mais en fait non. Il est des lois qui apparaissent dans n’importe quel univers, comme la loi de la gravité, qui fait que quand on se prend un objet lourd sur la tête, on tombe, la loi de Newton qui nous explique quelque chose de très précis que je pourrais vous narrer si l’idée d’écouter mon cours de physique m’était venue au moment utile, ou encore d’autres lois qui font que y a des jours où ça passe et d’autres où ça passe pas. Cependant, lorsqu’on y réfléchit, c’est très bien, ça lutte contre le chômage, laisse de la place aux jeunes, et fait un salaire de moins à fournir pour l’employeur du messager. Ajoutons que notre homme pourra, en plus des lois évoquées auparavant, tester celle de Shazaraad, le tyran, dont les hommes s’empressèrent de venir récupérer cet espion si présomptueux.

- J’ai bien peur que le messager n’ait été capturé, affirma Nafel, scrutant l’horizon de son regard inquisiteur.
- Le col de Guzar est peu gardé, il n’aura point eu de problèmes de ce côté. Je crains par contre que l’anicroche ne se soit passée à l’orée de la forêt d’Apghrad, analysa Kob, dont la taille imposante était repliée derrière la table, seul mobilier de la tour de guet, et qui tentait avec obstination de se donner l’air de faire quelque chose de vital pour l’avenir du monde.
- Probablement, murmura l’autre, sombre.
Ils furent interrompus par le battement d’aile d’un astral, l’oiseau-convoyeur. Déjà le quatrième depuis le premier quartant, les informations du retardataire devaient décidément être de la plus haute importance.
Kob se releva, las, et déchira un morceau de parchemin fripé, sur lequel il traça malhabilement un cercle surmonté d’un pentacle, lequel signe signifiait « cénotaphe », laquelle signification était un code pour indiquer l’absence du messager. On pourra objecter que ces précautions étaient inutiles, car d’une part aucun ennemi ne se risquait dans la région des contreforts des monts Balkiriens et que quand bien même, le plumage bleu-noir de l’astral le rendait pratiquement invisible de nuit, mais bon c’est quand même bien plus classe de recevoir ce genre de symbole qu’un petit message, même en écriture stylisée, qui signifiait la même chose. Pour des messages plus longs, les gardes restaient plus orthodoxes.
- Encore deux heures et on s’arrache d’ici, soupira Nafel, qui aurait préféré que je le place dans un monde où le café existait. Ces rondes de nuit, j’te jure, y a rien de pire même à la prison de Kettrag.
- C’est clair, confirma son collègue en relâchant le volatile. Enfin, faut se dire que t’as la semaine pour récupérer après. Allez viens, il reste un peu de pain aux herbes.

On a toujours cette image où l’empereur, l’air désinvolte, regarde sa ville depuis son balcon. Ca renseigne aussitôt sur la classe du personnage ( d’autant plus qu’il affecte souvent un air hautain, que seuls les nobles peuvent reproduire), sur son importance sur le destin des petites gens qu’il contemple. Mais tous les empereurs sont loin d’être comme ça. Pourtant, le personnage qui se trouvait sur le balcon tenait apparemment à ce qu’on reconnaisse sa charge immédiatement, puisqu’il arborait ostensiblement tous les signes indiqués plus haut ; tel était Shazaraad. Les récents événements n’encourageaient pourtant pas à la mise en scène théâtrale, mais il avait ses principes. Il se retourna avec majesté, pour recevoir le visiteur.
Le visiteur en question était une visiteuse, pour être précis exactement celle qu’il attendait. Car Ada était non seulement discrète, loyale et bon marché, déjà qualités fort appréciables, mais elle s’offrait en plus le luxe d’être plutôt belle et surtout très efficace. On a toujours besoin d’espions pour tenir un royaume, c’est dans la part d’ombre de ce que des gens peu inspirés appelèrent la civilisation.
- Avez-vous terminé d’interroger le messager ? questionna-t-il d’une voix grave.
- La loyauté de ce genre de cloporte est assez flexible quand ils sont capturés ; il travaille pour Uzekhat, le souverain du Kenshab.
- Mais que venait-il donc faire dans mes frontières ?
- Il a avoué chercher à atteindre les rebelles des monts Balkiriens ; il semblerait que ce petit manège dure depuis plusieurs semaines, seigneur.
- Bien. Cet imbécile est donc totalement en tort et n’a aucun droit sur mon territoire. Torturez-le afin de soutirer n’importe quelle information sur mon charmant voisin.
- A vos ordres.
- Ada ?
La jeune femme se retourna, faisant tournoyer sa chevelure châtain.
- Oui, seigneur ?
- Faites-le souffrir. Mais faites vite, je pourrai avoir besoin de vous sur d’autres fronts.
Hochant la tête, la jeune femme se retira précipitamment.
Une brave fille, vraiment. Lissant sa fine moustache d’une main, Shazaraad s’en retourna à sa rituelle observation.

- Ca va, tu suis ?
- T’occupes, regarde devant toi si j’y suis pas encore.
Une fine brise soufflait, ce matin-là, sur les monts Balkiriens. Mais rien de prompt à décourager des jeunes gens comme Tanhez et Basfeth. Les deux amis étaient à présent sur le flanc nord du mont Kirksgûl, réputé un des plus difficiles, et s’acharnaient à le gravir le plus vite possible. En cette saison, les glaciers ne tenaient que sur les plus hauts sommets, mais les prises de la paroi n’en restaient pas moins traîtres, car la roche était friable ; nombreux étaient les gens qui essayaient de le grimper, moins étaient capables d’escalader autre chose que des béquilles après leur tentative. Notons d’ailleurs la présence d’un florissant commerce de pompes funèbres dans le village niché au pied de la montagne.
- Attention, ta main tremble, petit homme ! ironisa Tanhez, qui avait pris un peu d’avance. C’est que je suis sûr que Kala t’apprécierait plus si, à défaut de me vaincre, tu restais au moins vivant…
Basfeth savait qu’il n’aurait pas du accepter ce pari. Tanhez était de bien meilleure condition physique que lui, et n’aurait nul mal à triompher du versant. Quant à lui, il pouvait y perdre la vie. Mais refuser eut été passer pour couard, et il ne pouvait se permettre ça devant Kala.
Parlons-en, de Kala. Comme s’il avait la moindre chance avec elle… Non, vraiment, il n’aurait pas du s’engager dans cette aventure.
- Au fait, je t’ai déjà averti de pas regarder en bas ? Non, parce qu’il y a un truc très profond, on appelle ça le VIDE.
Ca, c’était déloyal. Tanhez connaissait son ami, et savait qu’il regarderait sûrement, par curiosité. Car Basfeth était très curieux. Comprenant la manœuvre, ce dernier ne se déconcentra pas et continua à avancer, prise par prise. Il ne devait plus être très loin du haut…
C’est grand une falaise… A quoi ressemble le village en bas ?
Non, tu ne dois pas regarder, concentre-toi.
Calme. Respire. Continue à monter.
Enfin, une corniche, une plate-forme, quelque chose de plat. Basfeth était vivant, et ce n’était pas une mauvaise chose, se dit-il.
- Ah, ben te voilà, on se demandait si on devait aller te chercher, railla Tanhez, provoquant l’hilarité de Kala.
Basfeth était sur le seul, transpirant abondamment, la respiration difficile. Il se fit une image de la situation, puis il la chassa bien vite de son esprit, tant il la comprit pathétique.
Non, vraiment, ce n’était pas une bonne idée.
Pataud, il redescendit au village, après avoir fait jurer à ses deux comparses de garder cet épisode sous silence.

En se levant très peu originalement, à l’est, le soleil ne manquait pas d’accorder quelques rayons aux remarquables toits ronds de marbre ou de granit rose ( ou des deux) de Xioshun, la grande capitale du Kenshab, dont on avait coutume de s’émerveiller de sa splendeur en la voyant de loin, puis de s’apitoyer sur son sort en la voyant de près. Car Xioshun n’était qu’un écrin, comme tout l’empire du Kenshab. Les ressources avaient été épuisées par la longue guerre fratricide dont le royaume commençait à peine à se remettre.
Des rigoles de détritus coulaient à même la rue, sans incommoder le moins du monde les habitants qui se demandaient plutôt s’ils trouveraient à se sustenter ce jour-là. Dans un tel climat fleurissaient habituellement prophètes et fauteurs de trouble, révolutionnaires et autres conspirateurs, et je ne vois pas pourquoi l’habitude ne tiendrait pas lieu de règle dans ce royaume.
Jazareb, le sultan, était bien conscient de ce phénomène. C’est pourquoi il convenait, puisque les ressources n’étaient plus disponibles ici, de les trouver ailleurs. C’est dans cet état d’esprit que l’altruisme l’avait subitement poussé à défendre la noble cause des rebelles Balkirites, qui cherchaient à renverser le tyran Shazaraad depuis plusieurs années. Moyennant une grande partie des finances du royaume, bien sûr. Mais que voulez-vous, il faut bien entretenir l’armée que vous envoyez au combat, s’expliquait-il.
Le vizir, personnage petit au faciès de rat, toussota pour attirer l’attention du monarque.
- Il semble que notre messager ait été capturé, sire.
- L’idiot. Il faut absolument prévenir les rebelles avant de lancer notre attaque, sans quoi notre plan serait voué à l’échec.
- Pas nécessairement, sire.
Le monarque se retourna, l’intérêt éveillé par le ton de son ministre.
- Que me chantes-tu ?
- Et bien, il existe dans tout royaume des envieux, des gens qui tireraient profit de la disparition d’un souverain. Comme par exemple Zulkihn, un nobliau à l’influence étendue qui s’est mis dans la tête qu’on lui avait usurpé le trône.
- Voilà qui est intéressant, mon ami. Mais il désire sûrement quelque chose en échange de sa bienveillante coopération.
- Et bien, il demande de récupérer la couronne, bien entendu. Mais bon, vous savez comme un pays en crise est instable, il peut arriver plein d’accidents après le déclenchement d’une guerre.
Un sourire se détacha sur le visage bouffi du souverain. Ainsi, la prospérité allait peut-être revenir.

---

Et hop !
Bonne fin d´après-midi.

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
17 novembre 2004 à 17:33:35

Pourquoi n´as-tu pas fait 2 posts au lieu d´un...? Cela aurait donné plus envie de lire, et la lecture en aurait ete facilitee...
Je suis ( vrt) pas fan de fantasy, mais je l´ai lu, parce que bon, je t´avais deja parlé sur l´autre topic et pis voila, j´voulais savoir ce que ça racontait ton pavé!
D´abod, niveau orthographe, c´est du tout bon! Je n´ai relevé aucune fautes(sauf qques unes mais je ne suis pas sur moi-même d´avoir raison, c je me tais...), tres bien dans ce domaine.
Au niveau du style, les descriptions bien que parfois un peu courtes sont tres bien ecrites et plonge facilement dans l´ambiance. Ce que j´apprecie un peu moins c´est ces commentaires(ex " mais bon c’est quand même bien plus classe de recevoir ce genre de symbole qu’un petit message, même en écriture stylisée, qui signifiait la même chose. " ) que tu immisces dans le recit. Meme s´ils sont humoristiques, ils n´apportent souvent rien a l´histoire et tombent, je trouve, souvent comme un cheveu sur la soupe, cassant le rythme de narration et de lecture qui s´etait installé.
Le scenario semble complexe et assez passionnant(n´importe quoi... ça veut rien dire ce que j´ecris...), on est vite captivé et on attend la suite.
En somme, un style tres agréable, un vocabulaire riche et approprié(j´ai beaucoup apprécié ce point, la variété du voc :ok: ), un scenario interessant, une histoire qui sera je l´espere passionnante. A lire!
Bon courage! :ok:

xbq
xbq
Niveau 6
17 novembre 2004 à 17:53:32

Merci de ton commentaire :)
Pour y répondre, je préférerais autant que possible faire un post par chapitre. Pour l´instant, il n´y a que le premier donc vous ne le voyez pas, mais j´ai bâti mon histoire sur un schéma de 5 paragraphes qui racontent une action ( relativement) simultanée. Ce qui fait qu´une cassure au milieu nuirait à la cohérence du récit. Si d´autres me le demandent, j´envisagerai de faire des séparations, mais ça m´enchante guère :/
Pour les remarques, tu vas être déçu parce que j´en ai placé une grande quantité lol^^ C´est une sorte de façon pour moi de me décaler de mon texte, étant donné qu´on m´a auparavant reproché de trop me prendre au sérieux avec mon style ( assez pompeux sur les bords, j´suis forcé de le reconnaître :/)
Enfin, je suis content que tu aies apprécié, au moins je l´ai pas posté pour rien^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
17 novembre 2004 à 18:20:07

Argh, que vais-je faire si il y a des comms comme ça partout?????? lol, c´est vrai que ton style est on va dire serieux, mais moi j´ai bien aimé, je trouvais que ça collait bien avec l´histoire, dc ça ne m´a pas derangé. C´est que je trouve le decalage trop grand entre le style normal et celui de ces comms, ms ce n´est que mon avis.
Si c´est une question de mise en page, c normal que tu respectes ce que tu as prevu, dc ne t´occupes pas de ce que je dis(je l´ai lu, dc c´est que c´est faisable!)a prpos du fait de poster en 2 fois.
Bon courage pour la suite en tout cas!;-)

xbq
xbq
Niveau 6
20 novembre 2004 à 23:59:52

2.
- Ca se présente comment ? demanda Baarg, le commandant des armées noires, chef suprême de l’armée de Shazaraad, à son souverain.
- Nous risquons d’être pris entre deux feux, si nos ennemis nous attaquent simultanément. Notre armée est supérieure à la leur, mais si elle doit se diviser pendant le combat, je crains que nous ne fussions défaits.
- Et comment comptez-vous réagir ?
- Que me proposez-vous ?
Le monarque scruta son général. Bien constitué, il était cependant de taille très moyenne, ce qui lui donnait un air trapu et légèrement grotesque.
- Et bien, une frappe préventive contre le Kenshab nous préserverait de ce problème ; les rebelles connaissent trop bien leur repère, ils se terreraient dans les montagnes suffisamment longtemps pour que notre empire soit tombé entre les mains de nos voisins avant que nous n’ayons même découvert leurs avant-postes.
- Si je lance l’assaut sur le Kenshab, je risque de perturber les relations internationales ; les guerriers Sens sont trop dépendants de nos livraisons d’or, ils ne nous trahiront pas. Au contraire, nous sommes enviés par la pentarchie de Garadhras et le Consortium de Plov, pour ne citer que les plus influents. La moindre erreur sur le plan international leur servirait de prétexte et nous serait fatale.
- Vous suggérez donc de lancer notre armée en Balkirie ? questionna le général, déconfit.
- Nous ne devons pas dégarnir notre protection sur la capitale, Baarg. Envoyez donc plutôt quelque diplomate habile dans le nord, demander assistance à ces guerriers Sens si dépendants de nos mines ; le tribut qu’ils nous versent est conséquent, mais il ne les aidera plus quand nous aurons disparu, voilà ce qu’il faudra leur faire comprendre.
- La tribu Sen est vieille et combative, mais je crains que leur nombre n’ait décliné depuis la guerre des Lacs. Pensez-vous qu’ils seront suffisants ?
- Je pense surtout que nous n’avons guère le choix, et que notre temps est compté. Prenez donc les mesures nécessaires.
Les deux hommes se saluèrent martialement, puis le général s’en fut. Même s’il désapprouvait, il n’avait pas à discuter les ordres.
Pensif, Shazaraad se retourna vers son balcon.
- Que penses-tu de ma stratégie, Ada ?
L’espionne sortit de l’ombre, d’où elle avait écouté le dialogue.
- Ce général est trop veule pour comploter ; il exécutera vos ordres.
- Mais mon plan, a-t-il une chance de réussir ?
- Et bien, si on prend en compte des facteurs comme l’endurance du diplomate, la…
- Au fait, au fait.
- Non. Il n’y arrivera pas à temps.
Shazaraad regarda à nouveau le soleil, qui lui semblait plus rouge qu’à l’accoutumée ce soir-là.

Le ministre faisait les cent pas dans la salle d’eau. Comme à chaque fois qu’il était nerveux, un tic affligeant venait lui retrousser les lèvres, ce qui lui donnait un air de rat encore plus marqué. Il portait une longue redingote censée être discrète, le genre d’habit derrière lequel tout le monde se retourne pour voir s’il ne venait pas de remonter le temps, comme ça, sans faire exprès. La différence était encore plus visible dans une salle d’eau, mais celle-ci avait l’avantage d’être vide, pour réfection. Les quelques usagés avaient paru étonné, mais on leur avait vite fait admettre, moyennant légère rémunération, que le plafond blanc menaçait à chaque instant de s’écrouler, que les murs se fendillaient, d’ailleurs ils l’avaient eux-mêmes remarqué et s’apprêtaient à en informer l’administration. Comme les gens sont courtois et prévenants, quand même.
Par ruelles détournées, le vizir n’était arrivé que bien plus tard. Il aurait préféré se passer de cette escapade, mais il se méfiait des courtisans qu’on n’avait pas trié sur le volet depuis bien longtemps, guerre civile oblige, et dont certains avaient peut-être moins d’intérêt à la chute de Shazaraad que d’autres. Il faut dire que le marché des mines d’or du tyran est fort lucratif, et qu’une catégorie de gens, la moins nombreuse, n’y est pas du tout sensible.
Ce personnage s’ennuie beaucoup en ce moment, et comme si ça ne suffisait pas, il m’ennuie beaucoup également. C’est pourquoi je propose d’aller voir ce qui se passe en d’autres lieux pendant qu’il attend, c’est qu’il en a encore pour une heure ou deux…

Ce canyon incurvé et profond était le lieu idéal pour une embuscade. Hustab, dit le Cinglant, n’était pas dupe. Diplomate expérimenté, il avait maintes fois été envoyé dans le territoire ennemi pour négociation, ou plus simplement duperies diverses. C’est pourquoi il avait reçu un bref mais concis entraînement stratégique.
- Nous allons bifurquer vers le nord, indiqua-t-il. Nos ennemis ont peut-être eu vent de nos projets.
Il se trouvait dans une situation ambiguë ; d’une part, la confiance dont Baarg, le général, l’avait honoré le comblait d’aise, mais cependant, comme la plupart des honnêtes gens, il aurait préféré rester à la capitale pour profiter de ses privilèges. Enfin bon, ce n’était pas non plus comme s’il avait eu le choix.
Une fine neige, qui hésitait encore avec la pluie, s’était mise à tomber depuis quelques minutes. La visibilité n’en restait pas moins acceptable, et il n’était plus temps d’en perdre pour une raison ou une autre, du temps. Le groupe du diplomate se composait de deux traqueurs des neiges, tribu primitive habituée à la montagne environnante que Hustab avait tôt fait d’envoyer en éclaireur, du diplomate lui-même et d’un jeune homme du nom de Zéphyrius, âgé d’une courte vingtaine d’années, qui avait été très tôt attiré par le mensonge et le gain qu’on pouvait en tirer et qui avait donc logiquement suivi la voie de la diplomatie, la politique étant trop sophistiquée à son goût. On pourra objecter que, pour une mission de cette importance, envoyer un novice n’était pas forcément la meilleure décision concevable. Certes. Cependant Hustab était le seul habilité à parlement, Zéphyrius n’était censé avoir qu’à se contenter d’une approche en spectateur.
Or Hustab n’avait pas vu assez grand. Si, comme il l’avait supputé, le canyon avait effectivement été occupé par les forces d’interception du Kenshab, il en était de même pour ses alentours immédiats, ainsi que pour les alentours moins immédiats d’ailleurs. Car c’était toute l’armée de l’empire qui s’était déployée dans les montagnes, non pas spécialement pour chasser du messager, mais simplement pour surprendre l’ennemi en attaquant par le nord et non pas par l’est.
C’est d’ailleurs ce que put constater Hustab lorsqu’il se retrouva nez à nez avec une dizaine de soldats antipathiques, avertis de leur présence par celle des éclaireurs qu’ils avaient du torturer un peu, comme ça, par distraction.
Leur chef s’avança, se dirigea vers le plus jeune des deux personnages et, indifférent au babillage du second, s’apprêta à l’occire avec violence et préméditation. Mais, dans un élan charitable peu compréhensible, Hustab s’interposa, glapissant une brève injonction au jeune homme qui ne se la fit pas redire et partit comme une flèche. Le patrouilleur regarda avec pitié son opposant, qui arborait une allure digne autant qu’inutile et, d’un précis coup d’épée, l’exonéra de ses devoirs envers le tyran.
Deux flèches fusèrent, mais la nuit était brutalement tombée, et, la neige redoublant, le fuyard ne fut inquiété en aucune manière.

- Ah, vous voilà enfin, soupira le vizir quand l’ombre se profila dans l’embrasure de la salle d’eau.
- Je suis rentré depuis un demi quartant, mais j’ai préféré parcourir la ville pour semer les éventuels poursuivants, chuchota l’autre d’une voix qu’on eut été bien en peine de définir, tant elle était peu perceptible. Je suppose que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.
- Certes, parlez-moi plutôt de nos affaires.
- Comme vous l’aviez demandé, j’ai confirmé le contact avec Zulkhin.
- Très bien, très bien. A-t-il un plan quelconque pour nous assister ?
- Eh bien, il pourrait utiliser quelques atouts qu’il avait jusque là gardé dans sa manche. Il vous suggère de ne pas déployer votre armée et de le laisser agir de l’intérieur.
- Oui, mais je lui ai pas demandé son avis. De toute façon, notre armée n’interviendra qu’après sa mort, je doute qu’il nous en tienne rigueur.
- C’est effectivement un point de vue envisageable.
- Quelqu’un d’autre t’a vu lui parler ?
- Bien entendu, je ne pouvais demander une audition secrète sans éveiller quelque soupçon. Mais je gage que personne n’a pu ouïr nos propos.
- Très bien, très bien.
Après la mort de Zulkhin, d’autres pourraient reconnaître l’espion et ainsi prouver les liens que le Kenshab avait rejeté. Cela, ni le vizir ni le roi ne pourraient le permettre.
- Je te suggère d’aller prendre un séjour de vacances pendant quelques temps, que les choses se tassent. Bien entendu, tu recevras une substantielle récompense de l’or des mines de Shazaraad.
- Tétine, oui ! Ce n’est pas du tout certain que vous vainquiez dans ce conflit, je me contenterai du poste de ministre que vous m’aviez promis.
Un poste très affiché, que les partisans de Zulkhin ne manqueraient pas d’avoir à côtoyer une ou deux fois. Inadmissible.
- L’eau doit être plutôt froide ce soir.
- Euh, assurément, mais…
Et, d’un geste vif et précis, le vizir sortit une dague de sa ceinture et trancha la gorge du subalterne. Son corps plongea mollement, faisant preuve de peu d’inventivité en un « plouf » guttural qui résonna dans la haute pièce de marbre.
Rabattant sa redingote, le vizir quitta précipitamment les lieux.

- Le soleil est couché depuis longtemps, t’as remarqué ?
Tanhez ne comprenait pas ce qu’on pouvait trouver de beau à cet grosse boule qui venait s’écraser sur l’horizon. Il n’avait pas la fibre poétique très développée, comme on peut le constater.
- Tu m’as bien humilié ce matin.
- Fallait bien t’apprendre la vie.
Tanhez, comme de juste, s’intéressait lui aussi à Kala.
- Tu savais bien que j’allais perdre, et j’aurais pu me tuer.
- Oui, mais regarde le résultat, c’est ce qui compte non ?
Basfeth se retourna, pris d’un doute sur le sérieux de son compagnon.
- Non ?
- Ben si. Faut croire que t’aurais du attendre moins de 2 ans.
Sadique. Enfoncer le clou de manière aussi sadique. Et c’était lui, son ami ?
Radieux, Tanhez s’en retourna rejoindre la dulcinée.
Basfeth regarda longtemps l’absence de soleil à l’horizon, bien longtemps. A moins que ce ne fût le temps qui s’était allongé, il n’était plus trop sûr. Toujours est-il que retourner au village lui parut bien moins attrayant.
Au point qu’il ne revînt pas.
C’était le petit matin lorsqu’il prit sa décision définitivement. Il se leva, sans vivres, sans eau, et marcha droit devant lui. Il se mit à pleuvoir. Une pluie glacée, insidieuse, qui s’infiltra bien vite dans son habit inadapté. Malgré toute sa tristesse, il préféra s’abriter dans une anfractuosité naturelle, et attendit.

---

Hop !
A plus tard^^

Sergei_Snowhell
Sergei_Snowhell
Niveau 10
21 novembre 2004 à 00:02:18

( petite parenthèse, j´ai comme convenu effacé ton ancien topic^^)

Je lirais peut être cette fic, ça m´a l´air intéressant.

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
21 novembre 2004 à 17:05:10

Je suis venu, j´ai lu, mais j´ai pas tout comprus...^^
Bien écrit, come je te l´ai déjà dit, j´aime bcp ton style et ton vocabulaire. Mais je me perds litéralement entre tous ces noms, que ce soit ceux des persos(là ça va encore), des provinces(alors là moi je suis complètement paumé) ou même entre les différentes " missions" qui se passent ou vont se passer...
Je ne sais pas si c´est à cause de la longueur des chapitres, si c´est parce que je suis trop con(c´est bien possible) ou que je suis pas super concentré quand je lis(probable aussi...^^), mais je pense que je vais devoir m´y reprendre à plusieurs fois lol!
Mais ça reste intéressant, bien écrit, bien décrit et augure d´une histoire riche en personnages aussi bien bons que méchants...
To be continued...^^

xbq
xbq
Niveau 6
21 novembre 2004 à 20:26:25

Oui, il va vraiment falloir que je fasses une map monde un de ces jours, on me l´a déjà fait remarquer...
J´m´y mets ce soir tiens^^

xbq
xbq
Niveau 6
21 novembre 2004 à 22:18:44

Valà, c´est loin d´être glorieux mais ça vaut mieux que rien^^

http://membres.lycos.fr/lakhlos/map%20%e0%20la%20con/Shazaraad%20&%20voisins.JPG

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Niveau 8
24 novembre 2004 à 17:34:46

Voici le 3. Après celui-là, j´ai introduit tous les personnages principaux, promis^^

3.
Personne n’avait rien vu, évidemment.
Quand on a assez de pouvoir pour bloquer l’accès à une scène de crime pendant plusieurs heures, on est capable de se débarrasser des preuves restantes, qu’elles soient vivantes ou matérielles.
Impossible de retrouver l’arme, personne ne traînait dans les rues, l’interdiction d’accès a été imposée par des fantômes. Et quand bien même, si quelqu’un d’un peu moins futé avait souhaité décrire les fantômes en question, ils se seraient alors transformés en fantoches. Le monde du crime organisé a une grande particularité, c’est qu’il l’est très bien, organisé.
Quand on est policier, on est soit jeune et idéaliste, soit vieux et désabusé. C’est en train de se livrer à cette amère transformation que Aenin pénétra sur cette énième scène de crime. A l’extérieur avait été tracée une large trame blanche, le signe protocolaire.
La trentaine, front haut, sourcil gras sur un regard bleu noir plutôt fuyant, les cheveux s’arrêtant bien sagement sur la nuque, d’un noir de jais et plaqués contre son crâne, Aenin était assez grand, empli de qualités humaines qui le poussaient à courir à la veuve et à l’orphelin sans espoir de récompense, ce qui peut sembler irrationnel, en effet, et qui d’ailleurs l’est complètement. Mais que voulez-vous, quand on croit vivre dans un monde où le bien et la justice triomphe, pourquoi ne pas y contribuer ?
Ses ardeurs bienfaisantes étaient heureusement tempérées par son équipier, qui arborait fièrement sa cinquantaine d’années, même si son cheveu grisonnant commençait à se montrer envahissant tandis que ses forces déclinaient. Pazeb avait suivi le cursus normal d’un policier, il était donc devenu progressivement cynique et réaliste, sachant reconnaître la sordide affaire à résoudre à la sordide affaire commanditée qu’il fallait laisser traîner. Il était encore en train d’osciller lorsque son jeune collègue arriva.
Six hommes en tout se trouvaient sur les lieux, deux subalternes partis en quête de l’arme du crime, le malfrat s’en étant peut-être délesté dans quelque ruelle des alentours. Quant aux deux autres, ils faisaient leur job habituel ; regarder tristement le cadavre en pestant contre l’inhumanité du monde, pour montrer qu’ils avaient aussi des sentiments. Aenin aborda son équipier immédiatement :
- Du nouveau depuis le messager ?
- Rien du tout, lui répondit l’autre d’une voix éraillée. Personne a rien vu, rien entendu, le topo habituel.
- Ce quartier est résidentiel, remarqua charitablement Aenin en voyant que j’avais omis de le préciser. Quelqu’un sait, forcément.
- Mais bien sûr que quelqu’un sait, si tu crois qu’il va venir nous dire ce qu’il sait, c’est une autre paire de manches…
Parce que bon, l’idéalisme c’est bien, mais c’est marrant qu’un temps.
- J’ai quand même interrogé les gens qui n’ont rien vus, puisque d’ailleurs ils étaient pas là. L’un d’eux m’affirme être resté sur son balcon à « méditer » pendant presque toute la soirée, et n’avoir vu personne.
- C’est curieux.
- En effet. Mais à moins que sa religion ne l’oblige à utiliser un narguilé, je crains que l’odeur d’encens qui stagnait sur son balcon ne…
- Oui mais ça on s’en fout, je disais que c’était curieux qu’il n’ait rien vu.
- Comme s’il nous l’aurait dit dans le cas contraire. C’est un vieux type, quelqu’un de censé.
- As-tu questionné le propriétaire de cette salle d’eau ?
- Elle appartient à l’administration de la ville.
- Dans ce cas, la loi oblige à ce qu’un vigile encaisse la monnaie, il pourra nous fournir des noms de gens présents hier soir.
- A quoi bon, je parie qu’il n’a malencontreusement rien remarqué d’anormal. Enfin, je vais me renseigner chez le délégué de la mairie, on ne sait jamais.
- Entendu.

La neige s’était finalement, après maintes négociations épiques avec la pluie, et la grêle, décidée à tomber dru. Ce qui était à la fois avantageux car la visibilité réduite augmentait ses chances de s’échapper, et que son habit dépourvu de pièces d’armurerie permettait à Zéphyrius de se mouvoir avec plus d’adresse, mais également préjudiciable de par les empreintes fraîches qu’il laissait derrière lui. Neuf soldats étaient à ses trousses, le dixième étant allé informer ses supérieurs.
Cela faisait maintenant plusieurs heures qu’ils couraient, et j’imagine que le soleil était sur le point de se lever derrière les nuages, tel un radieux acteur bloqué par une manifestation d’intermittents du spectacle. La fatigue s’accumulait dans son coin, mais n’était pas encore prête à en sortir.
Il était ardu de progresser dans cet environnement escarpé, rempli de vallons, trous dissimulés par des congères, le tout surmonté de crêtes éparses et acérées, de rocs déchirés et de petits streumons chaotique neutre quand on avait de la chance. Certains jours, se réverbérant sur les hauts glaciers de Hijaj, le soleil diaprait ces vallées d’une lumière iridescente, laissant ce décor irréel paraître ordonné et plein d’aplomb, mais la tourmente des cieux contrastait ici avec l’apocalypse de la terre, qui semblaient s’allier en un décor figé exempt de pudeur puisqu’il n’avait qu’une vague trace brumeuse pour se voiler, une terre détruite criblée de concrétions si on considérait le monde à l’échelle de l’évier. Enfin bref, ça craignait pas mal.
Nullement intéressé par ces conditions techniques ( dont du reste il ne comprenait pas un traître mot, parlant un vocabulaire courant), Zéphyrius continua son chemin sans halte, de peur de perdre de précieuses minutes sur ses poursuivants. Il n’avait pas la moindre idée du lieu où il se trouvait, et préférait courir droit devant lui, gageant que les montagnes finiraient bien un jour par laisser place à l’herbe, et que sans traces il serait impossible de le suivre.
Se faufilant où il pouvait, Zéphyrius traversa les glaciers des monts Hijaj avant même que ses poursuivants ne soient en vue. Ce n’est qu’après en être sorti qu’il glissa dans la dépression.

Les faubourgs de Shaztarath, la capitale de l’empire, regorgeaient de protagonistes aux scrupules variés, mais souvent de peu d’envergure. Une guilde de coupe-jarrets y prospérait, mais discrètement, si bien que le tyran, trop occupé à amasser des richesses, ne s’en préoccupait guère. C’est pourquoi Zulkhin n’avait eu aucun mal à trouver son bonheur.
Le noble présentait l’étrange particularité d’avoir et le menton et le front arrogants, sa face formant une sorte de croissant de lune mordoré ( ce qui, pour votre culture, signifie d’un brun doré et non pas qu’il venait du Mordor, puisque nous ne sommes pas dans le même monde, merci), vestige de sa lointaine origine shudakine. Être allié à la noble cause des Balkiriens et de Jazareb, enfin Uzekhat III puisque c’est ainsi qu’il se nomma à son couronnement, ne l’enchantait pas plus qu’autre chose, car son seul intérêt consistait en son destin personnel. Et celui-ci passait par la destruction de Shazaraad, qu’il ait des alliés ou non. Or pour régner, il fallait obligatoirement certains appuis, les plus importants étant ceux que l’ancienne instance dirigeante avait négligés. Et au premier rang de ceux-ci, il y avait la guilde des voleurs.
Zulkhin n’avait eu aucun mal à établir un contact, et se proposait de rendre visite à « Nephgûl », ce qui signifiait « l’occulté », un des principaux chefs de la guilde. Son entrevue s’annonçait brève, puisqu’on allait simplement lui annoncer si sa proposition avait été acceptée.
Ce genre de petits dialogues s’entoure d’une multitude de précautions dont je vous passerai le détail, toujours est-il que Zulkhin s’avança, entouré de deux escogriffes déguisés en coupe-jarrets ( ou l’inverse, ce n’était pas sûr), dans une masure insalubre dont l’abandon avait du coïncider avec la création du monde, ou, si ce n’était le cas, pas de beaucoup. Au fond de cette maison, il y avait une trappe. Et au fond de la cave qu’elle dissimulait, il y avait une autre trappe. Et au fond de cette trappe, un long couloir taillé dans la glaise s’enfonçait vers des profondeurs obscures et peu originales. Les deux sous-fifres restèrent quelques minutes dans la cave, puis s’en allèrent sous-fifrer ailleurs.
Le noble, progressant dans le sol spongieux, se félicita d’avoir opté pour la discrétion plutôt que pour le faste, qui avait plus de chances d’impressionner le voleur, mais qui n’aurait certes pas survécu en bon état à cette lente traversée.
Zulkhin atteignit finalement une grotte ordinaire, si ce n’est qu’elle présentait un autel en marbre dans son extrémité, sans doute quelque déité avait été vénérée ici quand le monde était jeune.
Et dans cet autel, il y avait un trou. Un trou carré, taillé avec minutie, que seul un artisan de grande expérience avait pu rendre si précis. Et au fond de ce trou, il y avait un œil. Un œil qui fixait Zulkhin, et qui le voyait s’approcher, intrigué par la présence de cet orifice. Quand Zulkhin y regarda, l’œil remonta, laissant place à une bouche qui ne prononça qu’un seul mot :
- Oui.
Puis le mystérieux quitta les lieux, laissant Zulkhin dans un état euphorique. Une page de l’histoire était en train de se tourner, qui ne déboucherait peut-être pas sur un règne plus glorieux ou moins sanglant, mais qui présenterait l’avantage de l’y voir jouer le rôle proéminent d’empereur.

Il n’y avait pas que des balcons dans le palais de Shazaraad, qui comportait pas moins de 152 pièces, reliées par un réseau complexe de longs corridors droits et sobres. L’architecture était composée de manière à laisser le plus souvent possible filtrer les rayons du soleil, mais des salles sombres, caves et autres secrets inhérents aux palais, avaient été ménagées en des lieux moins visibles. Mais il existait aussi des pièces tout à fait normales, comme une quarantaine de salons particuliers, et dans le plus luxueux d’iceux conféraient en ce moment deux personnages, le tyran et Ada.
Et dans ce lieu ordinaire, des plans hors du commun s’échafaudaient. Même Ada, pourtant habituée aux fourberies de la cour, ne pouvait imaginer ce que le plan de son maître impliquait. Il était retors, rusé et réaliste, et son plan avait quelques chances de marcher. Quittant la salle, elle se mit aussitôt au travail pour l’accomplir.

Zéphyrius courait avec l’énergie du désespoir, ce qui est un vecteur de vitesse en temps normal, mais qui n’aide en rien si on est blessé en terrain difficile. Inexorablement, il avait perdu mètre sur mètre, concédé du terrain à ses poursuivants infatigables. Du sang perlait de son front, de la terre creusait ses joues, et il respirait à grand-peine. Ses yeux semblaient au bord de leurs orbites, il n’allait plus tenir longtemps. Mais le paysage se faisait moins aride, une pente commençait à décliner. Il ne le savait pas, mais il allait bientôt, après une éreintante douzaine d’heures de course ininterrompue, quitter les monts et cols du Penjaj ( car Hi signifie « moyen » dans le langage sen, tandis que Pen signifie « à proximité », ce qui donne avec Ja « montagne » accordé au temps et mode voulu ce mot composé, mais si, puisque je vous dis que c’est intéressant) pour entrer dans le territoire des guerriers. Mais, épuisé, Zéphyrius glissa une énième fois, sans trouver la force de se relever. Il dégringola une bonne partie du flanc de la chaîne, percutant et rebondissant sur des roches plus dure que le grès majoritaire, s’ouvrant une bonne dizaine de cicatrices en 20 secondes, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Enfin, il atterrit sur une douce surface de lichen et de mousse, qui annonçait l’orée d’une sombre et dense forêt. Des cris lui indiquèrent que ses poursuivants arrivaient en haut de la pente. Mais il n’avait plus la force de se relever.
Le plus rapide des patrouilles du Kenshab, un fougueux jeune homme, dévala la pente, pensant à la prime qu’il pourrait espérer pour la mort de ce dangereux espion. L’enthousiasme de la jeunesse le poussait en avant, mais un autre enthousiasme, plus impératif, fut celui de la hache de chasse qui lui transperça le sternum. Son armure le protégeait, mais l’objet à lame de cuivre avait été projeté avec une puissance peu commune, si bien que la pièce de métal fut distordue et que le coup atteint son bout sans fléchir. Ce qui fléchit par contre, ce fut les jambes du jeune soldat qui dévala le reste de la pente dans un nuage de poussière.
La ferme main du barbare attrapa le col du jeune diplomate, qui était trop harassé pour protester.
Lentement, le chasseur le porta à travers les bois, sur ses épaules, comme si ce fardeau n’était que quantité négligeable. Toute personne censée, voyant un parti de un personnage contre un parti de neuf, aurait préféré sauvegardé ses chances de survie en arrêtant le fuyard, mais Kathnog, fier guerrier sen, n’avait pas vu les choses sous cet angle, que ce soit par altruisme ou par défaut de l’organe nécessaire. Toujours est-il que le barbare, fort de sa fraîcheur, distança bien vite ses concurrents qui avaient une demi-journée dans les jambes, d’autant plus qu’il connaissait la forêt. Il serait temps plus tard d’interroger le personnage, Kathnog s’assura d’abord de s’éloigner de la zone dangereuse.

---

Et hop !
Merci à Skysoft mon n´unique lecteur^^ En espérant que t´arrives à suivre xP
Bonne chance aux autres s´ils veulent entamer depuis le début^^

xbq
xbq
Niveau 6
24 novembre 2004 à 17:36:08
  • Plantage de pseudo is thx*

Sinon histoire de faire genre c´est pas un post vide, ça t´a aidé la map ? ^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
24 novembre 2004 à 22:15:10

" La neige s’était finalement, après maintes négociations épiques avec la pluie, et la grêle, décidée à tomber dru. "

" Les deux sous-fifres restèrent quelques minutes dans la cave, puis s’en allèrent sous-fifrer ailleurs. "

--->j´adore!!! Hihihi^^

J´ai pas trop regarder la map, dc c pas qu´elle m´a pas aide, c juste que g pas vrt fait en sorte qu´elle m´aide...
Tjs aussi bon... Bien ecrit(je me repete, ms c vrt ce qui me marque), des descriptions tres bien... décrites(ouh la la que c moche ce que je viens de dire^^), des persos interessants et intrigants, une histoire qui se developpe peu a peu, du mystere,... J´aime bcp! :ok:

Go on!!!

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
28 novembre 2004 à 18:40:10

Et et et bah alors, c´est quoi cette relâche???(ça m´va bien de dire ça...^^). Lol...
Juste un :up: pour que ce soit lu et pour demander la suite :ok: !

xbq
xbq
Niveau 6
28 novembre 2004 à 19:07:38

Je comptais la poster ce soir justement^^
Une fois tous les quatre jours, c´est un bon rythme lol xP

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4.
La ville de Shaztarath présentait la particularité d’être à la fois tassée et petite, mais terriblement habitable. Les maisons se construisaient l’une par-dessus l’autre depuis des éons, car c’était bien au fond des âges qu’on devait chercher trace de la création de l’antique première cité, baptisée alors Nakth-tarath, « la cité des puissants ».
La vieille ville s’agglutinait au pied d’un mont de basse altitude, au nom imprécis et quelconque, au sommet duquel avait été bâti le grand temple de Bazârhad et son célèbre catafalque, sur lequel tous les empereurs ayant gouverné à un moment où à un autre venaient fatidiquement se retrouver, dans un instant de communion avant la descente vers le Cimetière des Rois. Ce dernier occupait la majeure partie du versant nord de la montagne, au-dessus d’un gouffre spacieux qui clôturait pour ainsi dire les limites de la ville. Des légendes terrifiantes existaient bien sûr à son sujet, on racontait que le Grand Ver en sortirait et viendrait dévorer la ville lorsqu’elle sombrerait dans la déchéance impie de l’oubli de la religion. Mais nul fondement ne venait étayer cette croyance, et pour ce qui est de la déchéance par contre, elle devenait quasi exotérique puisque les cours d’histoire existaient.
Une petite sente naturelle donnait l’accès au cimetière, et si on la suivait jusqu’au bout, l’affrontement avec les hautes tours de l’enceinte intérieure était inévitable. Des petits groupes de maisons aux toits de pailles se pressaient à ses pieds, appartenant aux quelques débrouillards, qui, à défaut de se trouver un logement dans leurs moyens, s’étaient résolus à en édifier d’autres au dehors. Enfin édifier, c’était pas l’Arc de Triomphe non plus, mais c’était mieux que la rue. Donc voilà. Les murailles étaient surmontées de moult chemins de rondes & meurtrières & mâchicoulis, débordant de gardes en uniforme noir, qui présentaient l’amusante particularité d’être tous complètement absorbés dans leur tâche, s’en acquittant avec une conscience professionnelle peu commune. Pour comprendre ce phénomène, il fallait avoir pris connaissance du salaire accordé au garde moyen et de la longue file qui se massait, en attente de la moindre erreur d’un d’entre eux pour prendre sa place. Puis venait la ville, la vraie ville de Shaztarath, presque à l’opposé des ruines de son illustre prédécesseur. Et au nord-est de cette ville, il y avait le palais.
Les nombreux godrons présents sur les murs lui donnaient d’abord un aspect monastique, mais c’était bien le seul point commun qu’on pouvait lui trouver avec la chasteté. Ostentatoire. Signe extérieur de richesse extérieure. Enfin jme comprends. Car le palais, pour recevoir les rayons de l’astre en plus grande quantité, avait été bâti un bon mètre au-dessus des autres édifices, et son blanc éburnéen écrasait le reste de la ville, qui paraissait bien pauvre et peu engageante à côté de la construction. Ses tours fines, en albâtre, glissaient vers le ciel, semblant ne jamais vouloir s’arrêter. Et il n’y avait que peu de toits en dedans, ainsi idéal pour un travelling si cette technique avait existé. Voilà donc l’écrin de tant de trahison, Shaztarath la blanche, Shaztarath l’immaculée, Shaztarath, ville du tyran. Note pour plus tard : éviter de placer trop de villes comme ça, grave la place que ça prend à décrire.
Mais délaissons donc l’édifice royal pour l’instant, afin de retourner regarder la populace vaquer à ses occupations. Les rues étaient divisées sans ordre notoire, avec sens de l’économie était un euphémisme correspondant assez bien à leur niveau d’entretien, et il se délimitait naturellement trois grands quartiers, auxquels on donnait affectueusement les originaux sobriquets de « Quartier du Nord, Quartier de l’Est, Quartier du Sud ». C’est dans le quartier du sud que nous allons plonger à présent. Ne nous arrêtons pas dans la place du marché, noire de monde, qui ne conviendrait certes pas à l’entretien que nous allons suivre. Cherchons plutôt un quartier plus discret, plus près des remparts, et trouvons-y Nephgûl. Enfin, trouvons-y la guilde des voleurs au grand complet, surtout. L’occulté n’avait pas traîné ; il ne lui avait pas fallu cinq jours pour réunir tous ses comparses dans l’auberge du Triton Noir, qui était une façade dont il était propriétaire. L’aubergiste, un de ses vieux amis du nom d’Amédée, s’était éclipsé le temps de la réunion.
Car c’était de là que tout viendrait. Shazaraad aurait mieux fait de réfléchir à deux fois avant de rompre toute négociation avec la guilde. Il espérait que Zulkhin ne suivrait pas la même voie, sans quoi il devrait s’en débarrasser également. Zulkhin lui fournissait les moyens financiers d’atteindre son adversaire, il n’allait pas manquer d’en profiter. Calmement, Nephgûl exposa son plan à ses principaux subordonnés, qui se chargeraient plus tard de répandre la nouvelle à la masse de voleurs de la ville. La révolution commencerait dès que la mort de l’empereur serait confirmée de l’intérieur du palais.

Pour commencer, Pazeb avait passé deux jours avant de contacter la mairie, qui elle-même en avait fait un autre avant de trouver le subordonné. Et deux jours après, il était enfin libre pour un rendez-vous.
L’homme entre deux âges, les mains posées sur son ventre rebondi, présentait toutes les caractéristiques qu’on attendait de lui. Bonhomme, jovial mais peu enclin à se laisser entraîner, un regard larmoyant qui n’était que couverture à une intelligence vive, bien que peu axée sur autre chose que ses privilèges.
- Eh bien, entrez, mon ami, dit-il d’une voix mielleuse sans se lever pour autant. Qu’est-ce qui amène donc la police dans mon humble bureau ?
Pazeb avait rarement vu des humbles bureaux avec balcon, véranda et double bibliothèque de livres reliés avec gravures, mais il se garda de le faire remarquer.
- Et bien, vous n’êtes pas sans avoir appris la malheureuse affaire qui s’est déroulée au début de la semaine dans une de vos salles d’eau.
- Et oui, fit-il. C’est bien triste, mais que puis-je bien faire pour remédier à cette situation ?
Un moment, Pazeb crut que le personnage avait lu le dossier qu’un zélé servant n’avait pas manqué de lui remettre ; un instant seulement.
- Or donc, il se trouve que nous n’avons pas mis la main sur le garde de la salle d’eau. Comme le veut la loi, il est nécessaire de laisser un vigile qui contrôlera les utilisateurs et encaissera leur prix d’entrée. Or nous ne l’avons trouvé sur place.
- Assurément, je l’avais renvoyé comme il l’était stipulé sur la lettre.
- Une lettre, mais de quoi me parlez-vous ?
- Et bien, j’ai reçu une lettre du sultan Uzekhat III lui-même, qui m’enjoignait de fermer ce bâtiment et de retirer le garde. Pour réfection.
- Mais pourquoi l’empereur s’abaisserait-il à lancer ce genre d’ordre, il a bien assez à faire pour s’occuper de la réfection d’une simple salle d’eau. Montrez-moi donc ce papier.
Par quelque miracle de la biologie, le gros homme parvint à se lever. Il gratta un instant sa tête chauve, puis se dirigea vers une pile de documents racornis entassés dans un coin du bureau. Il fouilla en grommelant, tandis que, de son siège, le policier regardait la ville d’un air las.
- Le voilà, hurla finalement le fonctionnaire, comme si le destin de l’univers venait de basculer.
Pazeb s’en saisit, et constata d’entrée que ce n’était pas le sceau de Uzekhat. Par contre, les trois marques en octaèdre sur le bas semblaient indiquer un personnage très important, comme un vizir ou un ministre. C’est à cet instant que Pazeb fit son choix quant à la délimitation de l’affaire et la rangea parmi celles à laisser vide de solution.

Une brise légère soufflait sur la forêt. C’était un vent doux, rafraîchissant, qui se perdait entre les conifères, glissait sur les helvelles et autres mycètes, qui soulevait les feuilles mortes en tourbillons ocres qui semblaient luire au contact distrait des rayons du soleil. Une faune grouillante se pressait sur le sol, dans les arbres, et sur les jambes de Kathnog et de Zéphyrius, qui n’y prêtaient guère attention. Voilà quatre jours, le diplomate avait repris conscience chez son hôte, et tenté de le faire mander son chef. Le barbare aurait pu être étudié longtemps par un attentif étudiant de myologie, mais pour ce qui était de l’intelligence, il avait fallu en recourir au sage, un vieillard voûté, chancelant et un peu goitreux qui, par bonheur, connaissait les rudiments de sa langue. Au soir du deuxième jour, le sage expliqua la situation à Kathnog et il fut décidé de partir dès le lendemain matin. Malheureusement, le vieillard n’avait plus la condition physique nécessaire au voyage et il avait été victime d’un infarctus la veille au soir. Examinant son cadavre, Zéphyrius ne s’en étonna que modérément, il était même surprenant que le vieillard fût toujours vivant à son arrivée au village.
Par langage des signes plus ou moins élaboré, il parvint à faire comprendre à Kathnog qu’ils devaient continuer au plus tôt. Ils creusèrent donc un vague tombeau et y ensevelirent l’ancêtre, dans un silence cérémonieux. Puis ils repartirent.
Zéphyrius guettait des signes de la présence de ses poursuivants, mais ils semblaient avoir abandonné ; sans doute l’armée s’était-elle mobilisée pour attaquer Shaztarath. Il devait presser le pas.
La Forêt des Ombres n’exhalait pas particulièrement une malévolence ou une fuliginosité insigne, on l’avait juste bêtement traduit du langage Sen, dont le territoire ne comprenait qu’une forêt. On comprend bien que, impressionnés par la puissante barrière d’arbres, ils aient quelque peu exagéré la réalité.
Ils progressaient relativement vite, entravés par le tapis de lichens et par les branches basses qu’ils devaient écarter. Le territoire sen était grand, mais présentait l’avantage de ne pas être difficile à délimiter ; au nord, des lacs baptisés avec imagination « les Lacs » ( c’est d’ailleurs ici qu’eut lieu la célèbre bataille évoquée au chapitre 2, entre les troupes de la pentarchie et l’armée barbare, qui se termina par le massacre de ces derniers). En descendant, on rencontrait un groupe de maisons en torchis pompeusement appelé « ville », qui constituait le centre du territoire, la capitale. Passé ce point, on se retrouvait sur les collines de Tentalie, mornes étendues verdâtres et vides, exceptés quelques créatures sauvages, qui elles-mêmes se couvraient progressivement d’arbres pour former la forêt des ombres. Suivaient ensuite les monts du Penjaj, appartenant à la tribu des traqueurs des neiges. Au nord-ouest se trouvait bien sûr Garadhras, le pays aux milles cascades et aux cinq rois. Toute cette gigantesque péninsule était encerclée par la mer des Mondes, comme du reste tous les territoires connus jusqu’alors.
Le diplomate avait bien sûr eu le temps de récupérer depuis sa longue fuite de l’autre jour, mais il n’en demeurait pas moins éprouvé, et peinait de plus en plus à aligner ses pas devant lui. D’autant plus qu’il était doté d’une taille au-dessus de la moyenne, et que par conséquent nombre de branches avoisinantes le forçaient à se courber, se plier pour continuer ; il avait plusieurs marques sur son visage.
Les deux hommes entamèrent l’ascension d’une petite hauteur, et se retrouvèrent nez à nez avec la chose. C’était noir, trapu et velu. De ses naseaux grotesques sortait comme une vapeur d’enfer, et il raclait le sol de ses sabots de jais. Il se retourna, jeta un œil plein de haine sur nos héros et chargea. Mais il était une chose que la créature ignorait ; elle était comestible. Kathnog bloqua sans peine l’assaut du sanglier nain et lui brisa la nuque avec le geste précis du chasseur. Au moins, ils auraient de quoi se restaurer à la prochaine pause, d’autant que le soleil s’apprêtait à décliner.

Cela avait commencé en douceur. Un crétin, chétif et boutonneux, avait sciemment provoqué une dispute sous les yeux des gardes, qui l’emmenèrent au poste le plus proche. Là, il s’en débarrassa avec la technique rodée de la « dague dans le dos », puis repartit donner le signal aux autres voleurs qui mirent le feu au poste. Puis, une embuscade avait conduit la patrouille du soir dans une ruelle sombre, puis vers leur trépas. Les uniformes récupérés avaient ensuite servi à s’introduire dans le commissariat du quartier des artisans et à y tuer tout le monde ; seuls trois voleurs avaient péri dans toute la manœuvre.
Ainsi, la guilde était contre lui. Shazaraad regarda la fumée s’élever de divers foyers au sein même de sa ville. Il pouvait apercevoir, de son perchoir, les gardes et les voleurs qui se livraient aux jeux cruels du duelliste. Baarg avait aussitôt fait intervenir l’armée, qui s’était regroupé dans le quartier sud. Plusieurs fauteurs de troubles, dont le boutonneux du départ, avaient été réduits au silence. Mais cela s’annonçait mal. L’armée était plus nombreuse, certes, mais c’était justement un désavantage si l’on considérait la place qu’elle avait pour se déployer. En outre, les voleurs agissaient individuellement, ne comptant que sur eux-mêmes pour survivre ; la plupart des soldats espéraient que leur voisin respectif les sauveraient.
Baarg ne tiendrait pas.
Ada avait-elle eu le temps de monter son plan ? Il devait s’en assurer aussitôt. Il héla un des deux esclaves qui se trouvaient dans la pièce et l’envoya quérir l’espionne. Le second, entre deux âges, resta prostré dans son coin. Bakou. Enfin, il pensait se souvenir que tel était son nom. Mais ça n’avait plus grande importance désormais.
- Ada, enfin ! l’acceuillit-il lorsqu’elle entra.
Après une brève génuflexion, Ada attendit.
- Je crains que ce ne soit pour ce soir. As-tu terminé ?
- Presque. Les dispositions immédiates sont déjà prises.
Ada glissa un bref regard à l’esclave. Mais il connaissait son intérêt et n’écoutait pas la conversation.
- Il faut presser le pas. Mon ennemi est plus puissant que je ne l’imaginais s’il a pu ainsi rameuter la guilde.
- À ce propos…
Shazaraad se retourna.
- Qu’y a-t-il ?
- Il est probable qu’un dénommé Zulkhin soit impliqué dans ces troubles.
- Zulkhin… Je crois connaître cet homme.
Ada resta coite. Ce n’était apparemment pas son cas.
- Mais oui, c’est ce noble qui s’était opposé à mon couronnement… Il n’avait pourtant pas fait trop de vagues à l’époque.
- Je n’étais pas encore en fonction à cette époque… Mais il y a sans doute corrélation.
- Bien, je suppose que vous ne le retrouverez plus à présent.
Shazaraad se détourna derechef vers son balcon. Le soleil teintait déjà l’horizon de lueurs rougeâtres.
- Il est une autre chose que vous devez savoir à propos de Zulkhin.
- Je t’écoute, murmura l’empereur sans se retourner.
Froissement. Mais imperceptible.
- Il paie nettement mieux que vous.
Et simultanément, Ada planta sa dague dans la nuque de l’empereur, qui émit une sorte de gargouillis de surprise. Son corps tomba en avant, et l’espionne le précipita par-dessus la balustrade ; il rebondit deux fois avant de tomber, disloqué, dans la cour du palais, causant une vive agitation.
---

Et hop !
´Nuitée^^

xbq
xbq
Niveau 6
29 novembre 2004 à 19:59:46

Je risque un petit up même si ça fait qu´un jour, parce que si vous vous engagez dans la lecture après le chapitre 8 vous aurez vraiment la flemme et je préférerais récolter plus d´un avis quand même^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
30 novembre 2004 à 22:18:14

Vala vala, c´est encore moi!^^
Tjs aussi " vocabularisé"(^^)(limite trop parfois...), bien decrit, mysterieux, bien ecrit. Des retournements de situations, un bon cliffhanger, des persos interessants,... Comme d´hab quoi! :ok:
Et c´est toujours aussi long(mais c´est bien!).
En esperant que tu sois plus lu que par moi seul(qui ne suis pas une reference, dc si Sergei, Loveisgreat, littlething ou Breezounet(et ceux que j´oublie : Soul´, Masterbow, etc...^^) daignaient jete un oeil a ta fic...).

xbq
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Niveau 6
02 décembre 2004 à 19:19:23

Bon, bah...
Tiens Skysoft alors^^

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5.
Pazeb entra dans le commissariat sans hâte excessive, et se dirigea vers son bureau. Il était ordonné, petit et modeste. Son bureau. Enfin lui aussi, mais ça n’a que peu d’incidence. D’ailleurs la taille de son bureau non plus. Bon, reprenons.
Notre homme s’assit donc, jeta un œil aux piles de dossiers qui attendaient sur le côté, noircis de sa fine écriture. Il en saisit un au hasard et fit mine de s’y intéresser, tout en prenant appui sur le dossier de la banale chaise en bois.
Comme il le prévoyait, Aenin entra.
- Alors ? entama le jeune homme.
- Gné ? répliqua-t-il avec morgue.
- Eh bien, qu’as-tu appris en allant voir le délégué ?
- Ah… ( prenant une longue inspiration) Et bien, pas grand-chose en vérité. Il m’a l’air tout à fait honnête.
- Mais que t’as-t-il dit à propos du garde ?
- Le garde ? Il n’y en avait pas.
Pazeb tenta une simulation ; son regard revint à son dossier en espérant qu’Aenin n’insisterait pas.
- Mais pour quelle raison ?
Tain, il soûle.
- Et bien parce qu’un ministre le lui a enjoint dans son édit, que voulais-tu qu’il fasse ?
- Ohlà, que me chantes-tu encore ?
Pazeb regarda autour de lui un instant et brandit la feuille incriminée. Il tenta une dernière manœuvre.
- Ecoute, si un ministre a demandé l’éloignement d’un garde, c’est sûrement pas pour rien. Ce meurtre a été prémédité chez les puissants, il faut mieux éviter de trop s’en mêler.
- En effet.
Pazeb crut qu’il avait mal entendu.
- En effet, reprit Aenin, cette contrefaçon est très habile ; seul un véritable artiste a pu la réussir. La guilde des voleurs est peut-être dans le coup ?
- Tu t’es pas dit que si la contrefaçon était si habile, c’était probablement parce que c’en était pas une ?
- Mais voyons, réfléchis, jamais l’administration n’enverrait un ordre aussi incongru !
- Un de ces jours, il faudra que tu comprennes certaines choses, comme par exemple la vie… m’enfin.
- Nous devrions contacter nos agents parmi la guilde.
- Ah oui, bonne idée, feignit Pazeb, qui se disait que finalement, tant qu’on regardait ailleurs que dans l’état, ça ne pouvait incommoder personne.
Ils quittèrent donc le bureau.

L’esclave courait. Et dieu sait qu’il avait souvent du courir, pour atteindre l’une de ses fins, mais il n’avait jamais couru de la sorte. Non pas que la mort du tyran l’ait proprement affecté d’une quelconque manière, mais il doutait que Ada cherche un témoin à sa trahison.
Bakou était perplexe, d’ailleurs, à ce sujet. Pourquoi Zulkhin se procurait-il un assassin de sa trempe, le stipendiait-il conséquemment, ne plaçait pas même un autre homme derrière lui pour le tuer dès sa mission accomplie ( il s’en était assuré), lui octroyait même une agréable avance, le tout en ayant un agent aussi bien infiltré ? Diffuse, la sensation de s’être fait arnaquer n’en était pas moins là. La seule explication plausible qu’il trouvât, c’était qu’on eût cherché à lui faire porter le chapeau. Il quitta le palais par une sortie dérobée, dissimulée derrière quelque végétal et qui donnait sur une impasse à l’aspect quelconque, mais à l’odeur beaucoup moins quelconque. A son extrémité se trouvait le cadavre de deux voleurs, faces contre pavés. Débouchant sur une place de taille moyenne, Bakou découvrit pêle-mêle un tas de gardes et de malfrats éparpillés, livrés en un ou plusieurs morceaux, uniformes et armes dans le pack supplément six euros, contactez votre informateur France Loisirs pour de plus amples informations.
Évitant les blessés rampants et les corps inertes, il se fraya un chemin à travers le chaos. Rien que dans la rue qu’il empruntât, il compta quatre foyers d’incendie. Prudemment, il s’empara d’une lance et d’un bouclier en fer à cheval, appartenant à un soldat effondré contre une charrette de tonneaux dont le contenu se répandait au sol. Trois hommes, deux gardes et un voleur, se mesuraient au carrefour suivant. Le voleur était nettement supérieur, mais il avait été blessé à l’épaule, ce qui donnait chances égales. Bakou préféra s’écarter et rentra dans une grange désertée, contournant la rixe. Il déboucha sur une impasse inoccupée, dont le fond s’ornait d’une jolie fontaine en forme de gargouille. Ne lui accordant qu’un regard, Bakou pressa sur son aile droite, déclenchant le mécanisme ; une trappe s’ouvrit, à ses pieds, coulissant dans le plus grand silence. Jetant un regard derrière lui, l’assassin se laissa choir dans un caveau, où était enterrée toute une famille de nobles de l’ancien temps. Montant sur un tombeau de marbre, il replaça le mécanisme de la trappe, puis sauta à bas de son perchoir. Dans l’obscurité, il gagna une dalle déplacée qui laissait filtrer un mince rayon de lumière. Il la déplaça et descendit dans un boyau éclairé de torches.
Après un coude vers le nord, il atteignit une salle similaire à celle que Zulkhin avait précédemment visité. En lieu et place de l’autel, cependant, se trouvait une statue guerrière, évoquant un paladin victorieux, ce qui contrastait, parce qu’elle était à moitié en ruine. Précautionneusement, le voleur déplaça l’objet et regarda par l’œil-de-bœuf.
- Bu naeja yurkor, dit-il simplement.
Sans un mot, le personnage attendant de l’autre côté abaissa un levier, et un mécanisme fit son office. Quand Bakou pénétra dans la salle, il n’y avait personne. Il remit le levier dans sa position initiale, avant de se retourner ; la salle, simple, aboutissait à un vieil escalier aux marches fatiguées, qu’il emprunta. Il aboutit enfin à l’arrière-salle de l’auberge du Triton Noir. Nephgûl l’y attendait.
- Enfin, te voici, s’exclama Nephgûl quand Bakou entra. Shazaraad est-il mort ?
- Oui…
- Bonne nouvelle.
- Mais il y a juste que…
- Et bien quoi, parle donc !
- Je m’apprêtais à le tuer, quand Ada entra. Et c’est elle qui s’est chargée de lui.
- Gné ?
- C’est le mot.
Nephgûl, qui se devait de tout prévoir dans sa profession, était réellement intrigué.
- Ada ? ! Si Zulkhin avait eu un allié si puissant, pourquoi aurait-il fait appel à nous ?
- N’est-ce pas manifeste ? Il souhaitait sans doute ne pas dévoiler le rôle de Ada, afin de pouvoir le réutiliser ultérieurement.
- Non, ça n’a aucun sens, dans ce cas pourquoi l’aurait-il fait intervenir après avoir tout planifié ? Non, il y a quelque chose qui sonne faux.
- Oui, ce sont les 3000 pièces d’or de ma récompense, elles ont conscience de ne pas être dans la bonne poche.
Nephgûl le regarda, comme frappé. Gonflé, le Bakou.
- Tu n’as pas tué l’empereur, tu n’as pas accompli ce que tu me devais, pourquoi devrais-je te payer ? Je crains que tu ne te fasses des illusions.
Et d’un geste, Nephgûl héla un cerbère à la carrure imposante.
- Veuillez raccompagner ce jeune homme au dehors.

C’est surprenant comme les montagnes sont différentes ; on arrive à distinguer ça et là une crête, un col, quelque arête rocheuse en triangle, quelque hauteur ou corniche imposante. De loin. Et c’est cette amère conclusion que Basfeth était en train de ruminer.
Au fait, que lui était-il arrivé, à ce bon Basfeth, depuis la dernière fois ?
Et bien, il avait après la fin des intempéries, il avait quitté son refuge et marché droit devant lui, constamment, jusqu’au soir. Epuisé ( car il faut le rappeler, il ne s’était assoupi depuis la nuit précédente), il finit par se coucher à même le sol, sur une pierre arrondie qui évoquait une dalle polie ou quelque chose d’approchant.
Eveillé quelques heures après par le lever du soleil, il avait continué sa route au gré des monts, contournant par ci, s’engageant par là, et avait fini par atteindre des zones qui lui était inconnues.
La faim le tenaillait à présent, ce qui était fort logique. Il se résolut donc à abandonner son stupide projet, et fit marche arrière vers le village. Seulement c’est long, deux jours de marche. Il avait eu le temps de s’éloigner de la ligne droite bien plus qu’il ne l’aurait cru. Ereinté, assoiffé, il aurait sans doute trépassé au soir du troisième jour s’il n’y avait eu la cabane. Elle appartenait sans doute à quelque ermite, mais c’était une habitation. Tel un phare, il se le tint pour objectif et, avec ses dernières forces, gagna les alentours de l’édifice.
C’était une cabane de bois à moitié rongée par les termites, qui aurait plus eu place dans le jardin d’un vieux manoir abandonné. Mais elle était là. Et comme il la détaillait plus finement, sa condition physique le rattrapa et il chut sur le sol, évanoui.
Deux jours de plus avaient passé lorsqu’il se réveilla. Il se trouvait à l’intérieur de la cabane, sur une paillasse à l’état encore plus déplorable que lui. Il nota qu’il avait moins faim, quelqu’un avait du le sustenter depuis. Mais où était le personnage en question ? Basfeth avait entendu parler des ermites qui vivaient dans les montagnes, et peu souvent en bien. Pouvait-il vraiment lui faire confiance ?
Il regretta ces paroles déplacées ; pourquoi un individu malintentionné l’aurait-il recueilli au-dehors, et soigné pendant un temps qui restait indéterminé pour lui ?
Alors, il se rassit sur sa paillasse, et, avec une moue indifférente, attendit le retour de son hôte. Où pouvait-il bien être allé dans un endroit aussi perdu, par ailleurs.

17 gardes, 35 soldats et 2 chevaliers. Voilà tout ce que Baârg avait pu réunir autour de lui. Plus son porte-étendard, Kérudha, mais il ne comptait pas en bataille.
Le combat de rues est très déstabilisant pour une armée en grand nombre, aussi s’était-elle séparée, éparpillée, disloquée, seules quelques places restaient tenues par des factions armées, sans coordination. Et leur nombre s’amenuisait sans doute de minute en minute.
Mais Baârg, à défaut d’être confiant, restait encore optimiste ; ils avaient abattu un nombre conséquent de voleurs dans l’entreprise, certes un nombre inférieur de moitié à leurs propres pertes, mais qui était plus ou moins équivalent en pourcentage considérant l’infériorité numérique des ennemis. Il exhortait son groupe à rester mobile, arguant que trouver d’autres factions les renforcerait, et que s’enliser sur une seule position définirait une cible de choix aux voleurs.
Un groupe de ceux-ci venaient d’ailleurs de déboucher innocemment en face d’eux. Baârg, enthousiaste, se précipita le premier et fendit le crâne du premier, avant même qu’il réalise que sortir son épée était nécessaire. Les autres menèrent un semblant de résistance, qui ne fit illusion que jusqu’à leur mort inévitable. On ne prenait pas la peine de dissimuler, d’essuyer les épées, on continuait. La bataille était plus loin à présent.
Soudain, un des soldats tomba à genoux, touché d’une flèche. Chacun se glissa dans une des ruelles adjacentes, nul ne vint en aide au malheureux, dont un deuxième projectile eut finalement raison. Mais ce tir trahissait l’archer, dont Baârg, expérimenté, connaissait à présent la position. Il fit un large détour et se retrouva derrière la maison suspectée, défonça la porte sans préambules et passa le voleur par le fer.
- Suivant !
A petites foulées, le groupe déboucha sur une petite place, au milieu de laquelle se trouvait un étal renversé, au milieu duquel se trouvait un soldat, au milieu duquel se trouvait une blessure, au milieu de laquelle se trouvait une lance de bonne facture, gravée et diablement bien enfoncée ( en plein milieu en plus ! ). Mais nulle trace d’adversaires alentours.

La ville de Shaztarath flamboyait dans le crépuscule, et une frêle fumée grisâtre s’échappait des différents foyers d’incendie de la ville. Une clameur s’élevait des collines du nord-est. L’armée de Jazareb, voyant que les choses se précipitaient, faisait les derniers préparatifs pour rentrer dans le conflit.
Le général en chef Thazzad était un homme confiant et capable, qui préférait souvent résoudre ses difficultés par les actes que par les palabres, appliquant à cela une psychologie Valorisante ( private joke inside, au moins je me fais rire tout seul, c’est bien). Aussi, après avoir sans peine estimé que la bataille serait terminée bien avant l’arrivée de l’astral à Xioshun, il avait pris l’initiative de ranger l’armée en ligne de bataille, et de donner le signal d’assaut. Les fantassins déferlaient sur la prairie, avec une ardeur renforcée par les siècles d’attente qui avaient précédé le combat, houspillant leurs adversaires futurs. Les portes sautèrent de leurs gonds, les quidams des environs massacrés, les pillages, tout s’envenima. Aucune distinction ne fut faite entre soldats et civils, une grande partie du nord de la ville fut ravagé.
Le capitaine Min tentait autant que possible de redorer son blason, après la cuisante humiliation que lui avait causée son inutile poursuite à travers les montagnes, soldée par la mort d’un de ses hommes et la fuite de l’homme en compagnie d’un barbare à travers la forêt des ombres. Sous ce rapport, il tailladait, étripait, massacrait tout de go ce qui passait à sa portée. Et le porte-étendard qui se trouvait à présent devant lui, sur cette place, n’échappa pas à la règle.
Son escadron venait de rentrer en furieux pugilat contre une faction survivante de l’armée de Shazaraad, et les pertes avaient été nombreuses dans les deux camps. Un particulièrement, dont Min aurait pu reconnaître aux deux lions enlacés de sa cotte, s’il avait été instruit en ces choses, un chef assez haut placé, se battait d’une manière qui n’aurait pas fait rougir un des vénérables félins qu’il arborait. Min avait conscience de la notion d’honneur, mais ne voyait que peu d’intérêt à mourir pour la respecter. Aussi s’empara-t-il de la puissante lance qui traînait à l’intérieur d’un corps à son côté, et la lança dans le dos du titan, entre ses côtes. La blessure le transperça, et les soldats qui lui faisaient face achevèrent sans peine le combattant déchu.
C’est ainsi que, sans trop s’en rendre compte, Min le capitaine tua le général en chef de l’armée du tyran, ainsi que son porte-étendard. La faction pacifiée, le reste de la prise de la capitale du tyran ne représentait que formalité.

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Et hop ! Venez quoi, lol^^
Nuitée, et merci au(x ? ) lecteur(s ? )

xbq
xbq
Niveau 6
02 décembre 2004 à 19:23:37

Y a eu un bug avec les espaces là :( bon vous arriverez à suivre^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
02 décembre 2004 à 22:57:05

Hihihi, c´est encore moi...!!!
Bon, je vais pas copier-coller mes precedents comm´, ms je n´ai rien de plus a dire, sauf que ça devient de + en + interessant avec cette histoire qui avance et les destins de differents persos qui s´entremelent. Compliqué qd meme a suivre au niveau des noms des persos justement, mais on retient facilement les principaux(ceux qui ont eu droit a une bonne grosse description en fait^^), dc on se repere au final pas trop trop mal(mais c qd meme le mega bordel... ou l´art de se contredire en 2 lignes^^).
Vala vala, dc tjs les memes qualites d´ecriture, de style, de voc etc... A quand de nouveaux lecteurs!!!!!?????
Hang in there, ça va venir!!! :ok:

xbq
xbq
Niveau 6
07 décembre 2004 à 17:00:10

Apparemment tu restes le seul^^

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6.
On raconte traditionnellement que l’assaut prit fin pendant le 9ème décan, fin symbolisée par la chute de Titan, la statue de Shazaraad érigée dans la cour du palais. Le colosse de marbre fut entremêlé de toutes parts de chaînes et de cordes, et finit par céder, dispersant sur plusieurs mètres une tenace poussière blanche parsemée de blocs épars. Un silence profond gagna les alentours, comme si les soldats, mus par la puissance déchue de l’édifice, se recueillaient une dernière fois devant sa prestance. Mais tout était dit ; l’empire était vaincu.
Min avait perdu 14 soldats, 2 officiers, et son supérieur direct, le lieutenant Ozanir, avait péri pendant l’assaut des portes nord. De par son haut fait assez inattendu, il changea de grade dès la fin du conflit. Ce qui ne l’étonna pas outre mesure, contrairement à la venue, deux jours plus tard, d’un zélé messager, qui venait de l’avertir que l’empereur Zulkhin II souhaitait le voir au plus vite.
Il restait encore quelques flaques de sang à demi séché dans le palais, mais les cadavres avaient été évacués, et la salle où Zulkhin le reçut était resplendissante ; c’était vraisemblablement un théâtre ou quelque chose d’approchant, vu l’estrade surélevée qui trônait en son fond. Elle donnait sur une pièce évoquant vaguement quelque maladroit gradin, mais bien que inconfortable et inesthétique, celle-ci présentait l’avantage de pouvoir assurer une place assise à un maximum de spectateurs.
On avait placé trois sièges ouvragés sur l’estrade. Sur celui de droite patientait un personnage petit, vêtu d’une ample cape brune. Les seuls traits qui transparaissaient de son visage étaient son regard chafouin, ainsi qu’une mèche de cheveux bruns et filandreux qui dépassait de son capuchon. Min remarqua aussi la présence de deux dagues, glissées dans des étuis à sa ceinture. Manifestement, tout l’attirail d’un voleur, et vu sa position, un chef de guilde. Le siège de gauche était inoccupé.
Le siège central disparaissait presque derrière les parures que portait son occupant. Alternativement, argent, or, bronze, shudakin, pierres précieuses, tissu ouvragé, tissu simple, fourrure et ornements divers formaient un tas compact et étoffé, dans lequel on eût été bien en peine de distinguer le roi, qui s’y nichait pourtant, tout au fond ( mais si, cherchez mieux). D’ailleurs, la première chose que le roi fit fut de retirer toute la partie extérieure du vêtement, avant même de remarquer la présence du lieutenant. Manifestement, les couturiers du précédent régime avaient du mal à discerner la limite entre l’ostentation et le ridicule.
Min détesta le souverain, par anticipation. Mais personne ne venait occuper le siège de gauche, si bien qu’il se demanda s’il ne lui était pas destiné. Puis, étonné de son arrogance, il envoya cette pensée se faire foutre, ce qu’elle fit sans protester. Il posa un genou à terre.
- Ainsi donc, voici le capitaine, que dis-je, le lieutenant Min, entama Zulkhin d’une voix onctueuse. On me vanta vos exploits en termes fort flatteurs, et il est bien rare de trouver des soldats engagés quand on veut fonder un nouveau royaume.
Silence. Sans doute Min était-il censé acquiescer, ou quelque chose du genre. Il le fit, par prudence.
- N’est-ce pas, continua le souverain. Aussi n’irai-je pas par quatre chemins ; il me faut des hommes capables, que je placerai à des postes importants dans la hiérarchie militaire du royaume zulkhin ( Min admira l’originalité dans le choix du nom). Que diriez-vous de devenir général ?
Min regarde le fauteuil vide, avec plus d’insistance. Une petite voix lui intimait l’ordre d’accepter. De toute manière, le choix n’était sans doute qu’une manière polie de lui indiquer la nouvelle situation.
- J’en serai honoré, majesté.
Sur un geste du souverain, Min se leva. Et sur un autre, il gagna le fauteuil.

Ce n’était pas exactement ainsi qu’il avait imaginé sa première mission, notre diplomate. Mais bon, si la vie ne surprenait pas parfois, à quoi servirait-elle ? Une autre surprise lui vint lorsqu’il contempla, du haut d’une colline verdoyante, les vastes plaines qui précédaient le gouffre de Tentalie. La forêt des Ombres s’arrêtait, là, sans préambule, comme si une limite invisible avait été fixée ici lors de la création du monde, laissant place aux collines.
Entre temps, Zéphyrius avait compris quelques rudiments de la langue barbare, et pouvait tenir de brèves conversation avec Kathnog, qui lui apprit qu’une journée de marche serait encore nécessaire avant d’atteindre « Kadathal » ( qui signifiait « ville »), la capitale du peuple Sen. Pressé d’en finir avec ce voyage, les deux compères reprirent leur chemin.
Le contraste entre les deux était réellement frappant. D’un côté, la forêt, dense et buissonneuse, de l’autre l’herbe rase, inexistante par endroit, qui laissait transparaître un sol aride. Les deux se côtoyaient sur une distance de moins de 20 mètres, puis, suivant la direction que l’on prenait, l’un ou l’autre prenait le dessus. Les barbares qui occupaient ces terres simples semblaient bâtis à leur image : carré, peu aptes aux compromis.
Il y avait moins de gibier en plaine, mais il était plus facile de le repérer ; aussi n’eurent-ils point de problème pour déjeuner, si ce n’est le goût affreux du mammifère, qui ne sembla pas indisposer le barbare outre mesure. Zéphyrius eut l’estomac révulsé pour le reste de la journée.
Bien qu’il l’ignorât, le diplomate atteint Kadathal au soir du troisième jour après la chute de Shaztarath. Et la première réflexion qu’il se fit en voyant la capitale fut « Ah oui, quand même. ». La seconde fut que, si c’était ça la capitale, il ne devait pas y avoir énormément de villes en territoire Sen. Du reste, il avait raison.
Il y avait, au bas mot, dix bâtiments, plus deux ruines, le tout autour d’une hutte centrale, qui, pour marquer sa supériorité envers les édifices en torchis et en boue, était en pierre. En grosses pierres, taillées sommairement par les premiers artisans barbares. Kathnog semblait impressionné par l’ensemble de la ville, comme s’il voyait une telle merveille pour la première fois. Il s’extasia, et Zéphyrius acquiesça, sans grande conviction. Il espérait que si l’aspect architectural était si bâclé, c’était parce que les Sens ne se préoccupaient que de guerre, parce que sans quoi, l’empire était vraiment mal barré.
Mais non, l’empire n’était pas mal barré, puisque l’empire était mort. Mais de telles considérations sont faciles pour un narrateur omniscient tel que moi, et bien moins pour un diplomate en mission tel que notre ami. Aussi descendit-il, en compagnie de son guide aux yeux écarquillés, vers la capitale.

Le soleil venait de disparaître sur Xioshun. La lueur des torches embrasait faiblement les rares quartiers qui pouvaient se permettre une telle dépense. Les autres restaient sombres. Bien pratique, pour rencontrer un informateur.
Trois jours, pas moins. Ce n’est jamais facile de duper une guilde pour y introduire un indic, ça l’est encore moins de sortir renseigner la police une fois à l’intérieur. C’était d’ailleurs très correct, trois jours, pensa Pazeb. Ils avaient bien travaillé.
L’homme vint, jetant de furtifs coups d’œil alentours, courant presque, rasant le mur. Encagoulé de la tête aux pieds, pas une parcelle de peau ne transparaissait, pas le moindre élément identifiable. C’était la règle, il ne fallait pas prendre le moindre risque.
Lui et Aenin se trouvaient dans une allée sombre, au fond de laquelle jaillissait un monceau de détritus. Les restes d’une taverne, que le propriétaire avait entassé là en attendant vainement le passage d’un improbable éboueur.
- Vous êtes là, murmura l’indic.
Sa voix était déformée par les différentes couches de tissu qui recouvraient sa bouche. Après un bref silence, il reprit :
- Que désirez-vous savoir ?
- As-tu entendu parler d’un document, contrefait pour ressembler à un ordre émanant du vizir ?
- Comment ça ?
Aenin prit la parole.
- Un ordre, qui intimerait de laisser libre de gardes la salle d’eau de la rue des deux Fûts, il y a environ deux semaines.
Le voleur garda le silence, rassemblant ses souvenirs.
- Un tel ordre a transité dans la guilde, il me semble. Un artisan du nom de Baldrake, qui était très fier de son œuvre. Mes confrères l’ont d’ailleurs chaleureusement remercié.
Pazeb resta coi.
- Oui, nous ne l’avons pas fait souffrir.
- Je me disais aussi, laisser un témoin derrière eux…
- Bien, vous nous affirmez donc que ce document a existé.
- Je l’ai vu de mes yeux. Nous l’avons remis à un de nos jeunes coursiers, qui s’est fait passer pour un envoyé du palais. Je ferais mieux de ne pas m’attarder ici, la mission pour laquelle je suis sorti n’est pas censé durer plus de cinq minutes.
Sur un hochement de tête, le faux voleur s’en alla. Son ombre glissa le long des murs, et s’arrêta derrière une barrière à demi écroulée. Sur le sol suintait un liquide sale, mais il n’en avait cure ; c’était le cas de presque toute la ville. Il attendit que les deux policiers, perplexes, s’en aille. Il entendit même Aenin, triomphant, s’exclamer « je te l’avais dit » à l’intention de son collègue, qui garda le silence. Puis il revint au lieu du rendez-vous, et rentra dans une seconde ruelle, à deux maisons près. Il retira tous ses vêtements, et les replaça sur le corps étranglé de l’indicateur de la guilde. Puis, prenant un paquet sur la chambranle de la porte qui donnait sur la ruelle, il en sortit ses propres vêtements, et, sifflotant, quitta l’endroit.
Tranquillement, le vizir regagna le palais de Jazareb.

Comme chaque nuit, depuis trois jours, Basfeth avait trouvé la gamelle, devant la porte, contenant un mélange de plantes et de baies comestibles. Mais toujours, son bienfaiteur avait gardé l’anonymat.
Au milieu du second jour, il avait commencé à s’inquiéter de la situation ; qui pouvait donc être ce mystérieux inconnu, qui le sauvait d’une mort certaine, qui le nourrissait convenablement, qui le logeait, et ce sans même se présenter, ni lui demander une contrepartie ? Bien qu’il en ignorât totalement le sens, des mots comme « Psychopathe » ou « Schizophrénie » lui vinrent à l’esprit, ( qui n’avaient d’ailleurs rien à faire dans cette situation, comme quoi on peut vraiment penser n’importe quoi quand on se trouve dans une position déconcertante) mots qui éveillèrent en lui des sentiments de méfiance, méfiance qui s’amplifia à mesure que les heures s’égrenaient, et au matin il avait pris sa décision ; il allait quitter cet hôte trop attentif. Mais une pensée le retint : et si il l’observait, n’attendant que ça pour intervenir ? De nuit, il aurait au moins l’avantage d’être plus difficile à repérer. A moins que la créature ne soit nocturne, et… Il s’embrouillait lui-même, mais dans le dilemme une chose ne faisait aucun doute : il devait fuir d’ici.
La nuit précédente, il avait essayé de repérer le personnage venu déposer la gamelle, mais sa vigilance s’était avérée infructueuse. Il avait abaissé le regard une dizaine de secondes, puis s’était repris, pour constater que la gamelle était apparue, comme par magie. Ce qui n’avait fait que renforcer son inquiétude.
Partir de nuit ou de jour ? Il ne choisit la première alternative que pour une raison matérielle ; il n’avait pratiquement pas dormi la nuit précédente, et il aurait besoin de forces s’il devait courir à travers monts. Aussi prit-il parti de dormir toute la journée, d’attendre le bol du soir, et de partir juste après. Ainsi opéra-t-il.
A son grand soulagement, aucune créature visqueuse ne surgit des rochers pour lui barrer le passage, aucune brume enivrante ne l’entraîna dans des mondes parallèles et démoniaques, aucune voix irritée ne lui cria dessus, rien ne se passa. Il courait plus qu’il ne marchait, regardant plusieurs fois derrière lui. Mais rien ne se passait. C’était d’ailleurs pire ; il s’était imaginé toutes sortes de scénarios, et dans peu d’entre eux il en ressortait vivant, mais cette incertitude, cette absence d’événements était encore plus affolante. Son imagination vagabondait aux frontières du réel, et il ne fut vraiment rassuré que beaucoup plus tard, à l’aube suivante. Il avait marché plusieurs heures, et le panorama était toujours le même : Montagnes, arêtes, crêtes, montagnes. Basfeth ne s’imaginait pas que la chaîne Balkirienne était si étendue.

La première réunion du nouvel empire eut lieu le lendemain matin. Zulkhin exultait ; il ne parvenait pas à croire que tout se passait sans anicroches. Min était plus réservé : il craignait que sa fonction ne soit qu’un cadeau empoisonné, puisque l’empereur commandait aux troupes. Ainsi, si Zulkhin commettait une terrible erreur, n’allait-il pas être choisi comme bouc émissaire en tant que général des armées ?
Il y avait en tout dix personnages dans la salle. Ils étaient réuni autour d’une table simple d’apparat, dans une pièce sobre ; le nouveau gouvernement serait plus porté sur l’efficacité que sur le faste, apparemment. Au nord, Zulkhin, vêtu d’une ample robe noire et de la couronne de Shazaraad. Puis, successivement s’étalait son gouvernement, dont Min se sentait étranger. Il ne reconnaissait que le personnage aperçu le soir précédent, qu’il identifia comme étant un certain Nephgûl, et un autre qu’il connaissait déjà, Quan, qui avait dirigé sa section d’infanterie lors de ses débuts dans l’armée du Kenshab. Il occupait un rôle similaire au sien, à la différence qu’il gouvernait la police, et non l’armée. Et, d’après ce qu’il lut sur son visage, il se savait autant sur la sellette que Min.
- Voilà une action rondement créée, mes amis, entama Zulkhin, rayonnant. Jamais je n’entendis parler d’une révolution aussi exempte de bavures.
- Il y en a eu une, de bavure, intervint Nephgûl. Lors de l’assassinat de Shazaraad.
- Eh bien quoi, votre homme a superbement travaillé. Bakou, n’est-ce pas ? J’espère que vous l’avez payé en conséquence.
- Bakou n’est pour rien dans la mort du souverain, révéla le voleur. C’est Ada qui s’en est chargé, et, d’après ses dires, sur votre ordre. Ada qui a disparu depuis.
Zulkhin sembla réellement ébranlé.
- Ada ? Elle était le plus fidèle soutien de Shazaraad. J’avais tenté de la ramener sous mon aile, sans jamais obtenir de résultat. Que me chantez-vous ?
- Que c’est elle qui a assassiné son maître, voilà tout.
- Je ne la crois pas capable d’une telle trahison, analysa l’empereur.
Son cerveau partait en tous sens, échafaudant hypothèse sur hypothèse.
- Et si tout ceci n’était qu’une mise en scène, reprit-il, si Shazaraad, se sachant perdu, avait organisé sa mort en complicité avec Ada ? Qui a identifié le corps du tyran ?
Nephgûl sembla troublé. Il n’avait manifestement pas étudié cette possibilité. Un autre ministre, Jenk, prit la parole.
- C’est Emerkhar, mon prédécesseur aux affaires étrangères, qui s’en est chargé, majesté.
- Emerkhar… Que n’ai-je tenté de le corrompre, lui aussi… Je crains que nous n’ayons été dupé, lui aussi était certainement dans la confidence. Le tyran est sans doute toujours en vie.
Un silence pesant s’installa dans la salle de réunion.
- Et que comptez-vous faire, majesté, reprit Quan ?
- Mais, les traquer, bien entendu. Commencez par me retrouver Emerkhar.

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Hop !
´soir.

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