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Liste des sujets

Instead of Rise, bis

xbq
xbq
Niveau 6
09 décembre 2004 à 15:39:40

Je viens de penser, j´ai le document entier word, donc si vous voulez l´imprimer et le lire tranquille pendant vos cours de géo ( je ne vise personne :-p), vous pouvez me l´indiquer sur ce topic ou simplement m´envoyer un mail à xbq@bluemail.ch

Et pis en même temps, je glisse un :up:

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
09 décembre 2004 à 23:13:49

Yeah!!!
Le scenario se met grave en place et la, ça devient trop passionnant! On a jamais envie que le pavé(^^) ne se finisse!
Un truc qui m´a marqué aujourd´hui(alors que c´est comme ça dans tous les chapitres...^^) : pas une faute d´orthographe, de frappe, pas un mot mal placé ou utilisé a mauvais escient... Du grand art...
Je ne comprends toujours pas pourquoi elle n´est pas lue... Je pense qu´à ta mort, on reconnaitra enfn ton talent!^^
Allez, j´attends la suite avec une impatience grandissante!!! :ok:

xbq
xbq
Niveau 6
12 décembre 2004 à 15:29:53
  • info* je viens de terminer le chapitre 10 hier, tout le monde s´en fout mébon^^

Tiens Sky, valà le 7^^

---

7.
Aenin ouvrit la porte du bureau, du bout des doigts. Il portait une pile conséquente de feuillets et de dossiers, d’un ordre incertain, qu’il posa sur une vieille chaise, laquelle chaise manifesta sa désapprobation en craquant violemment.
Il manifestait ce matin-là un enthousiasme évident, au contraire de son coéquipier, plongé dans ses pensées.
- … Tout ce qu’on a sur la guilde … depuis l’ouverture du commissariat … enquête . ..(bruit indéterminé)… honneur et gloire … tu ouvres les yeux là s’il te plaît ?
- Hein euh quoi ?
- J’ai ramené tout ce qu’on a sur la guilde, répéta le jeune policier.
- Ah ok… Bon… ( l’information atteint le cerveau) QUOI ? ?
- Bah oui, c’est encore relativement récent, on peut tenter de coincer les voleurs sur ce…
- Oh là, de un les trois-quarts de ces dossiers ne sont plus d’actualité, les voleurs en question ayant été éliminés dès la découverte de leur existence par la police, la guilde ou les deux, et de deux c’est probablement pas la peine.
Aenin le regarda, surpris.
- Il doit rester trace de leurs transactions avec les assassins, on devrait pouvoir faire tomber quelques têtes, pourquoi serait-ce inutile ?
- Parce que la guilde n’a rien avoir avec ça.
- Tu crois que l’informateur nous aurait menti ? Quel intérêt aurait-il eu à… J’ai vérifié pour le Baldrake…
La francisation fit frissonner Pazeb.
- …un artisan de ce nom est bien décédé de mort naturelle dans les délais correspondants et…
- Et rien du tout. Ce Baldrake…
L’anglicisme fit frissonner Aenin.
- … a pu être tué sciemment dans ce but, ou bien vraiment mourir naturellement. Par ailleurs, n’as-tu rien remarqué d’anormal hier soir ?
- Laisse-moi réfléchir, non.
- Eh bien, dans son habillement pour commencer. Il portait un habit commun, mais pourquoi recouvrir ainsi son visage ? C’est censé être dissimulateur, mais chacun sait que le résultat est inverse ; tout le monde se questionne sur la raison d’un tel accoutrement. Par ailleurs, pourquoi garder ce masque d’étoffe en notre présence, si ce n’est pour ne pas être reconnu ?
- Eh bien, rétorqua Aenin sans rien trouver à rétorquer.
- Et ce n’est pas tout ; beaucoup d’affaires passent dans la guilde, et des affaires importantes. Comment se souvenir si précisément des détails d’un crime perpétré deux semaines auparavant ?
- Il a pu être chargé de quelque chose sur l’affaire, répliqua Aenin sans grande conviction. Et c’est un assassinat, ce n’est pas n’importe quel crime.
- Je te rappelle que nous ne lui avons pas parlé du meurtre, mais seulement du document. A la limite, il aurait pu connaître le lien, mais dans quel but l’aurait-on informé ?
- …
- Enfin, jamais un informateur ne fixerait un rendez-vous sur le chemin d’une mission de 5 minutes ; il se doit de prendre des précautions, et de vérifier s’il a été suivi tout au long de son trajet. Une tâche que cinq minutes ne suffisent pas à s’accorder. J’ai le sentiment que nous avons été dupés, et par quelqu’un de peu d’expérience. Bon, tu vas remballer tes dossiers ? Je n’apprécie pas particulièrement le cri de ta chaise.

- Repartir ?
Kathnog ne s’était pas trompé. D’un autre côté, il n’était pas nécessaire de posséder une intuition surhumaine pour voir que Zéphyrius était contrarié.
- Ton peuple lâches. Eux dire s’en foutre vie nous.
- Eux sincères.
Ainsi se termina l’entrevue avec les anciens. Il n’y a que peu à en ressortir, d’ailleurs. Le conseil s’était montré hostile dès la première seconde, et bien qu’ils le disent à mots couverts, Zéphyrius avait bien compris qu’il ne recevrait aucune aide. Plusieurs facteurs venaient étayer ce fait ; le premier, c’était que le peuple des guerriers Sens était considérablement affaibli depuis la Guerre des Lacs, mais à un point plus proche de l’extinction que prévu. En fait, le diplomate se souvenait avoir vu en tout quatre hommes adultes et une dizaine d’enfants depuis son arrivée à la capitale, la veille. Les femmes n’avaient pas combattu, mais elles ne pouvaient assurer la descendance à elles seules. Le second, c’était que les anciens en avaient marre des guerres de l’extérieur ; toutes ces armes, cette force améliorée, ce n’était pas du goût des vrais guerriers, ce n’était pas du jeu, si on veut. Il ne connaissait pas l’existence de la troisième, la plus importante, qui consistait en le lot d’or que venait de leur faire parvenir Zulkhin, le nouveau souverain de Zultharat.
Acculé, le jeune homme ne voyait pas d’autre alternative que de se diriger vers l’ouest, vers la puissante pentarchie de Garadhras. Mais il ne savait comment les convaincre d’entrer dans le conflit à ces côtés. Il misait quelque peu sur sa chance, et c’était de toute façon la seule puissance militaire de quelque importance à part les barbares dans cette partie du globe. Aussi prépara-t-il ses affaires et quitta-t-il sans retard Kadathal, au lendemain matin.
Il n’alla pas loin ; au détour d’un chemin, il glissa dans un piège à ours placé aux environs de la ville, ces sortes de trappes découlant sur des pieux. Des pieux acérés, tranchants et empoisonnés pour employer la terminologie heroic-fantasy du terme. Sauf que dans le cas présent, la terminologie se serait bien plantée, en tout cas mieux que Zéphyrius sur ses pieux étant donné qu’ils étaient en bois vieux et humide, et que les pointes émoussées du petit nombre à rester debout ne lui causèrent qu’une légère douleur.
Seulement, la fosse était un peu haute. Suffisamment haute pour empêcher un grand ours de pouvoir s’en échapper. Et Zéphyrius n’était pas un grand ours. De plus, il s’était mis à pleuvoir, ce qui n’avait en fait aucune incidence, je sais pas pourquoi j’ai mis « de plus ».
Il tenta bien de chercher quelque galerie, quelque point d’attache dont il pourrait se servir afin de se sortir de ce mauvais pas, mais la terre était glaiseuse et uniforme, et il n’était pas au mieux de sa condition physique après son long voyage. L’eau s’infiltrait dans le sol. Comme il n’y avait rien d’autre à faire, il tenta d’entendre un bruit qui lui indiquerait la présence de quelque rivière souterraine, d’où il pourrait chercher une résurgence et retourner au sol. Mais si un grondement quelconque se faisait entendre, c’était celui du tonnerre de l’orage qui s’approchait.
Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière non plus, qu’une main salvatrice apparut alors en haut de la fosse. Le diplomate s’en saisit et se laissa hisser. Kathnog l’attendait en haut.
- Moi venir.
- Bien.
Les deux compères gagnèrent donc un refuge de chasseurs proches, le temps que le ciel se calmât.

Contrairement à l’habitude quand des événements importants se passent, Emerkhar n’avait rien vu venir ce jour-là. Il s’était levé aux aurores ( selon l’heure GMT +5) et avait entrepris de se raser dans sa petite salle de bains. Puis, il s’était habillé avec luxe tel n’importe quel courtisan. Après tout, ce n’est pas parce que le nouveau pouvoir avait choisi de le récuser qu’il ne pouvait espérer refaire son parcours. Il avait débuté courtisan, comme bon nombre de l’humanité. A force de travail, il était monté en grade et avait gagné l’estime de Shazaraad, qui l’avait fait ministre. Et c’était par cette même force qu’il comptait recommencer.
Il n’avait plus cinquante ans, soit. Mais ce n’était pas une raison.
Il ne s’étonna pas, en sortant, de voir deux policiers marcher dans sa direction. Les patrouilles matinales étaient fréquentes, tout comme les patrouilles moins matinales, d’ailleurs. Il se promit d’éviter de faire quelque faute l’amenant à être arrêté, car la sécurité semblait plus stricte.
Il ne s’étonna pas que les policiers le suivent alors qu’il changeait de rue. Après tout, qu’y connaissait-il dans leur chemin de patrouille ?
Il commença à avoir quelques doutes lorsque le policier lui posa une main sur l’épaule.
- Veuillez nous suivre, s’il vous plaît.
- Vous devez faire erreur, se défendit le courtisan.
- Ils disent tous ça. Venez.
Protestant d’abord, le courtisan se laissa emmener. Il n’avait rien à se reprocher, c’était donc logiquement une erreur.
Les deux policiers s’appelaient Miskhed et Jhel. L’un d’eux avait trois enfants, le second s’apprêtait à se marier quelques semaines plus tard.
Lorsque la flèche fusa, il ne se passa rien de particulier, puisque l’événement était fort imprévisible. Elle se planta dans la nuque du policier de droite. Jhel tenta pendant la dernière demi-seconde de sa vie de repérer le tireur. Il n’y parvint pas. Et comme tout était silencieux, le diplomate ne remarqua la mort des deux officiers qu’après coup. Une silhouette sauta de la fenêtre du premier étage de la petite maison attenante.
- Suivez-moi.
- Vous ? Mais…
- Suivez-moi.
- Vous avez commis un… je…
Emerkhar se demanda alors si les policiers avaient vraiment commis une erreur. Après tout, que risquait-il à tenter d’en apprendre plus ?
- Je vous suis.
La rue était petite et peu animée, ainsi les deux corps ne furent découverts qu’une bonne dizaine de minutes plus tard.

Vous vous souvenez de la face nord du mont Kirksgûl ? Vous savez, le mont le plus haut de toute la Balkirie, celui que peu de gens pouvaient escalader en entier.
J’ai l’honneur de vous annoncer par l’intermédiaire de Basfeth que la Balkirie n’a pas été explorée avec une grande conscience professionnelle, du moins pas dans son entier.
Etant donné que, en utilisant un euphémisme fort à propos, il était perdu, il avait utilisé un peu de sa jugeote et s’était dit qu’en prenant un peu de hauteur, il verrait mieux les alentours, et ainsi pourrait trouver un quelconque point civilisé proche, la faim commençant à se faire sentir et l’eau de pluie n’étant pas très recommandée pour la santé. C’est pourquoi il avait commencé à gravir la pente la plus proche.
Le problème avec la brume, c’est qu’elle gêne la visibilité. Or quand on n’est pas à la moitié de la falaise alors qu’on se croyait en haut, c’est embêtant. Surtout quand on a le vertige. Ça aussi c’est embêtant en soi, le vertige. Mais bon. Je vous épargne les peines qu’il eût à monter, les maintes fois qu’il faillit tomber à cause d’une mauvaise prise et autres classiques ? ( en fait le point d’interrogation c’était pour être poli, ma décision était déjà faite.)
Toujours est-il qu’il parvint en haut. L’oxygène s’était un peu raréfié, mais rien de dramatique encore. Et de là, surplombant la brume, il ne vit rien, du moins dans un premier temps. Puis, il s’arrêta sur quelques points lointains, quelques îlots sur le désert, quelques… Le désert ? Les montagnes étaient donc finies dans cette direction, et les tours qu’il voyait étaient sans doute la fameuse ligne noire que les rebelles utilisaient pour prévenir une attaque de Shaztarath ?
N’ayant rien à perdre, il se dit que ces gardes avaient forcément de la nourriture, et pourraient peut-être lui en donner. Il estima qu’il serait arrivé à bon port au cours du lendemain, si rien de contrariant ne se produisait. Mais d’abord, il lui fallait redescendre. La brume allait sûrement se dissiper dans la matinée, aussi prit-il quelques instants de repos.
Grossière erreur.
Pour tous ceux qui en douteraient, la brume est un moyen très efficace de ne pas voir en bas, très pratique pour éviter de regarder, par exemple, le vide. Je sens que je vais vous épargner la descente aussi, vous vous l’imaginerez très bien tout seul.

Il n’y a pas d’assurance pour les assassins.
Si vous n’êtes pas payé, vous ne l’êtes pas. Bakou ruminait ce genre de sombres pensées, alors qu’il se préparait à quitter la nouvellement nommée Zultarath. La vengeance ? Quel intérêt y trouverait-il ? Il avait déjà du quitter son cher empire Shudakine pour des questions de vengeance, et ne comptait pas recommencer ici. Mais tout de même… Cette Ada, qui était-elle ? Quel rôle jouait-elle exactement ?
Bakou secoua la tête. Il n’avait pas à se préoccuper de ce genre de choses. Tuer Shazaraad était son but, il avait failli. Il n’avait donc pas été récompensé. Logique, si on y réfléchit, mais fichtrement frustrant quand même. Etait-ce de sa faute, après tout ?
Quand il eut terminé son paquetage, la matinée s’étirait vers sa fin. Il sortit sous une fine bruine rafraîchissante, les prémices d’un orage venant du nord. Il rumina encore une fois, mais il s’améliorait par expérience : sa rumination l’entraîna à se dire qu’il ne devait pas revenir sur ses pas, aller de l’avant. Il se dit que Xioshun était un très bon point de mire, il y avait là une belle guilde prête à avoir besoin de s’entretuer, et prête à payer pour. Le rêve, quoi.
Zulkhin méritait certes d’être puni, mais il n’avait ni l’envie ni les moyens de jouer au héros. C’était quand même plutôt risqué, et le bénéfice à en tirer était la satisfaction personnelle, qui est un synonyme de rien.
Un personnage que je décrirais en employant le mot « commanditaire » traversait la rue en sens inverse. Si Bakou avait lu mon récit, ( s’il savait lire, pour commencer), il aurait pu lui trouver une similitude avec le vizir, ce qui aurait été plutôt bien observé puisque c’était bien le vizir qui s’avançait vers lui.
Bakou changea ses projets dès qu’il vit l’homme en question. Pourquoi ne pas voir ce qu’il proposait, après tout ?
Ils entrèrent dans une taverne proche, et y commandèrent quelque breuvage.
- Bon, je crois vous avoir reconnu et je…
- Ooooké on skippe cette partie. Vous voulez tuer qui ?
- Zulkhin. J’ai cru comprendre que ça ne vous gênerait pas personnellement.
Bakou se leva.
- Au revoir.
- Attendez…
- Vous croyez vraiment m’engager pour un crime dont les probabilités de survie sont inférieures au deux pour cent ?
- Je crois que dix millions de Kennir ne devraient pas vous être inutiles.
Dix millions. Ah oui, ce n’est pas trop mal, quand même. Bakou en tira deux conclusions ; la première était juste, c’est que le personnage venait de Kenshab. La seconde était fausse, c’est qu’il faisait partie de la guilde.
Mais bon, qui d’autre pouvait fournir dix millions, puisque les caisses de l’état étaient vides ?
Bakou soupesa les risques et les avantages.
- Un acompte ?
Cinq Mille Kennirs changèrent de main. L’assassin prit sa décision.
- Quand ?
- Quand l’occasion se présentera.
- Quelle précision terrifiante.
- Je ne suis pas pressé.
Tranquillement, l’homme se leva, régla l’addition en pièces d’or et quitta la taverne. Bakou porta le verre à sa bouche et le termina, souriant.

---

Et hop !
Bonne journée^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
12 décembre 2004 à 22:38:33

Woah, là yavait de la lecture!!!
Mais quelle lecture!!!
je trouve les pointes d´humour de mieux en mieux insérées dans le récit, c´est cool!;-)
Et sinon, ça reste toujours aussi excellent. On imagine les decors et meme le monde entier de la fic avec aisance, de meme que les personnages, et le scenario est vraiment plaisant a suivre.
La question qui me taraude tjs est : pkoi ta fic n´est-elle pas lue...??? Peut-etre a cause de la longueur... C´est sur que tu ecris bcp, dc prendre le train en marhe peut decourager...
Mais TOI, oui toi, lecteur qui tombe sur ce commentaire, ne sachant pas de quoi parle cette fic ni sa qualité, et qui t´es rendu compte de sa longueur. Sache qu´elle est veritablement excellente, et qu´il e faut surtt pas se decourager a la vue des ces chapitres. Ce serait se priver de merveilleux paysages, de personnages sombres et tres bien pensés et mis en scene, et d´une histoire qui transporte.
Et puis surtout ça ferait plaisir a son auteur si tu la lisais...
Alos ami lecteur, forumeur, fanfiqueur, prend le temps de lire cet " Instead of Rise", tu ne le regretteras pas, foi de SkySoft!

xbq
xbq
Niveau 6
16 décembre 2004 à 15:34:11

Bon ben on va pas te lâcher Sky^^

Voici le chapitre 8, qui est peut-être celui dont je suis le moins satisfait. Une fois l´histoire finie, je vais très probablement reécrire la 5ème partie qui est vraiment très moche. Pour la partie avec Pazeb, j´ai tenté d´utiliser un autre style que mon habituel, vous verrez le résultat^^

---
8.
Le territoire Sen et celui de la pentarchie étaient voisins ; Les lacs en haut, puis des plaines qui passaient d’une domination à l’autre sans limite précise, mais sans contestation. Kadathal étant plutôt à l’est, Zéphyrius et Kathnog ne mirent que deux jours pour atteindre la frontière. Mais ils ne rentrèrent dans le véritable territoire de Garadhras qu’après quatre journées de marche.
Je crois me souvenir d’avoir dit d’éviter de placer d’autres villes comme Shaztarath ( enfin Zultarath maintenant), histoire d’éviter d’avoir à trop décrire.
C’est raté.
Etymologiquement, Garadhras vient du phoryllien « Gradh », qui signifie « cascade » et de « Ras » qui, dans leur système métrique, était un nombre s’apparentant à notre millier. Il n’y avait pas les moyens d’aujourd’hui à l’époque de la création de la ville, c’est pourquoi les bâtisseurs ont juste fourni une estimation, rendant ce nombre quelque peu incongru ; Il est en effet, nettement sous-estimé.
Il pleut rarement sur les contrées nordiques, et les fleuves ont acquis une importance vitale. La ville de Garadhras a été bâtie à pied de montagne, au point où convergent cinq fleuves d’envergure pour former l’Udînkathar, qui avait selon la légende était pris pour une mer par Anothreb, le premier grand explorateur du Kenshab.
Au fil des années, les canalisations et détournement d’eaux, construits au début à des fins matérielles, se firent plus ornementales ; on se mit à construire dix cascades là où une suffisait, on les grava, détruisit les anciennes pour en fabriquer de nouvelles, plus sophistiquées et plus attractives. On raconte que la masse de pierre réservée à l’eau en Garadhras est plus grande que celle de Xioshun et de Shaz… Zultarath réunies. Ca, c’est erroné, parce que faut pas rêver non plus, mais imaginez à quoi peut ressembler l’ensemble pour que les gens y croient.
Ensuite de quoi l’ancien monde se tacha de sang lors des guerres des Hauts Plateaux. Après la mort de leurs chefs Fhujio et Wenkara, les hordes d’envahisseurs shudakines se séparèrent et, trop éloignées de leur terre pour y retourner, formèrent les tristement célèbres bandes de soudards errants qui hantèrent jà les campagnes.
Comme toutes les villes qui survécurent, Garadhras approvisionna ses fortifications en tourelles, en hauteur, et, il faut bien l’avouer, en classe. Quoique les ornements aient été ajoutés au cours des siècles, il reste des vestiges de la première muraille ( aujourd’hui dépassée par l’expansion de la cité) qui forcent l’admiration.
Zéphyrius connaissait trois mots de Garadhran, la langue nationale. Il faut pour la commodité du récit ajouter que ces trois mots étaient « Helkanurau », qui était le mot « hibou » accordé au génitif, « Lokisteb », qu’on pourrait traduire par « la cîme des arbres », et « Nethrezalaç », le verbe « chantonner ». En conclusion, il fut bien en peine d’expliquer les motifs de sa venue au garde auquel il s’adressa.

C’était l’occasion.
Bakou avait attendu, pendant ces quatre jours ; il avait guetté, patienté, cherché l’ouverture, et ça avait porté ses fruits.
Il faut avouer que tuer un empereur fraîchement couronné n’est pas forcément une mince affaire. L’attaquer dans son palais ? Impossible. S’introduire en tant que courtisan, gagner sa confiance pour mieux le trahir ? Trop long, et Zulkhin l’avait déjà vu auparavant. Restait une autre solution : attendre qu’il soit exposé, et agir au moment utile.
Savez-vous qu’il existait trois ports dans l’empire de Shazaraad ? Le souverain n’étant pas très porté sur la mer, il avait fait construire le strict nécessaire. Il y avait deux petits ports, l’un dans le golfe de Dhâar, au nord-ouest, qui existait déjà à son couronnement, et l’autre diamétralement opposé, près de la forêt de Yaheran, à la frontière avec l’empire shudakine. Mais quand on parlait de la mer en cette contrée, c’était pour évoquer Henjerzerâad.
Déjà, parce que c’était le seul des trois à posséder plus de deux quais. Ensuite, parce que c’était, en densité de population, la quatrième ville de l’empire.
Zulkhin faisait la tournée des villes, histoire de bien se faire reconnaître comme souverain. Il allait faire un discours, devant le môle d’embarquement, devant plusieurs milliers de personnes à l’enthousiasme varié. Et surtout, la protection se devrait en premier lieu de contenir la foule.
Vous voyez les snipers, sur les toits ? Bah là, ce sera un arc, mais c’est du pareil au même.
Bakou se cala contre le rebord d’une cheminée et observa la scène. Sur l’estrade placée pour l’occasion se tenaient une dizaine de gardes, quatre ministres ( Min, Jenk, Quan et Nephgûl) ainsi bien sûr que l’empereur. Celui-ci s’avança. Il allait prendre la parole sans attendre, la foule se tût.
Bakou tendit la corde, puis la relâcha. Il s’assura que la flèche était bien tranchante, que l’arc était droit. Il était quelque peu nerveux. Il la tendit derechef, se concentra et, tendit que les premières notes de la voix puissante du souverain s’évaporaient dans l’oubli, il tira.
- Attention !
Une froide sueur s’insinua en Bakou. Comment avait-il pu être repéré ? Il chercha le coupable du regard, ce qui l’empêcha de voir Min et Quan, d’un commun accord, se précipiter vers leur souverain pour lui faire éviter la flèche ( mauvaise idée pour Quan, puisqu’il la reçut dans l’épaule droite, le blessant sérieusement), il le vit. C’était le vizir, l’instigateur même du complot. « Et merde, on m’a encore arnaqué », pensa-t-il machinalement.
- Là-haut, indiqua le vizir, nullement troublé par ces cogitations.
Bakou partit, vite. Il ne pouvait descendre dans la rue, les gardes de Zulkhin allant forcément tenter de l’attraper par là. Un saut, deux ou trois, il devait continuer sur les toits. Ne pas se planter, surtout. Prestement, il chût sur le toit suivant. Toujours trop risqué, il devait changer de rue, continuer à sauter. Une flèche lui siffla aux oreilles, puis une autre. Il prit son élan.
Le toit suivant s’effondra sous son poids et il tomba de quatre étages dans l’auberge du Bouclier de l’Est, dont le patron, une fois la consternation passée, se félicita d’avoir signé un contrat avec l’assurance Henjer, qui couvrait ce genre de dégâts occasionnels.

Garder les montagnes Balkirites n’était pas exactement le métier le plus attirant qui soit. Si Kob l’avait choisi, c’était par foi, par abnégation envers Paesher, le chef de la rébellion, et par amour pour la rébellion elle-même. La cause était juste : se libérer de l’emprise des maudits sbires de Shazaraad, de l’Empire des Araignées, comme on l’appelait dans le milieu, et devenir un état indépendant, la Balkirie.
L’influence de Shazaraad sur les monts Balkirites était si éloignée que les gardes n’étaient toujours pas au courant de la passation de pouvoir. Le vizir du Penshab n’avait point redonné signe de vie, pas plus que le messager, ce qui laissait penser que la mort du dernier avait provoqué la rétraction du premier. Quoiqu’il en soit, les astrals partaient sans nouvelles, ces temps-ci.
Si Nafel avait choisi de travailler là, c’était moins par amour de la rébellion que par amour pour Juna, Juna qu’il savait n’avoir moyen de revoir ailleurs qu’en ces rondes de garde. Et c’est aussi pour cette raison qu’il allait se joindre à ce mess officieux entre compères, alors que la nuit s’était arrêtée depuis bien longtemps et qu’il aurait préféré se retrouver en sa bourgade natale de Warinar. Enfin bon.
Je ne saurais dire les raisons qui le poussèrent à se balader, hors de la chaleur des tentes dressées près des tours, pour gagner les premiers contreforts de la chaîne de montagnes.
Ses pensées allaient à Juna, à Kob, à Danir, le compagnon de garde de Juna pour qui il avait quelque amitié, ses pensées allaient à ce monde gris et cynique, à ses guerres insensées et à l’abandon que les dieux avaient manifesté pour cette planète, tout ça.
Le ciel représentait la terre, ce jour-là. Son gris semblait adresser message, envoyer quelque preuve de désillusion. Il pleuvait, sans grande conviction.
Quelques touffes d’herbe ornaient le sol en pente, et il se prit à chercher des champignons, comme ça, par dépit. Il trouva mieux.
En premier lieu, son attention fut attirée par la sandale, à moitié couverte de poussière, gisant au milieu des rochers. En s’approchant, il découvrit le corps maigre d’un jeune homme, couché dans une attitude assortie à celle de sa sandale. Il semblait ne s’être sustenté depuis des lustres, et respirait à peine.
Nafel repéra la position du corps avec lucidité, puis rejoignit le campement pour demander de l’aide.

Une flèche dans la nuque, c’est vachement emmerdant, quand on y pense. Ça nuit aux fonctions motrices ( il y a des vertèbres dans la nuque), on ne peut prendre appui sur un dossier de chaise sans ressentir l’enfoncement d’une pointe taillée et désagréable, et c’est incommode pour dormir, et c’est incommode pour s’habiller l’hiver, et c’est pas très beau, avouons-le. Le seul avantage, tout relatif, de cet état de fait, c’est que le sujet ne s’en rend pas vraiment compte, puisqu’il est mort.
C’est également frustrant mentalement : quand on y pense, qui va utiliser ce genre de procédé ? le bourrin, ou le campeur ? Celui qu’on félicite de notre mort, où le « lucker » caché au fond à droite ( sur le balcon en bois peint en rose de l’épicerie du quartier), n’ayant pas une once de mérite ? Notons par ailleurs qu’une riposte n’est plus envisageable après coup.
Qui souhaiterait voir 50 ans de vie se terminer ainsi, dans la plus parfaite déconsidération ? C’était presque un signe, un symbole, un petit message tatoué sur le front qui disait « ©sert à rien ».
Bien sûr, il n’avait pas été si inutile que sa fin aurait souhaité le démontrer. En une trentaine d’années de carrière, il avait contribué à l’arrestation de maints malfrats de tout ordre, de tout rang, de toutes sortes. Il avait appris les rouages, avait compris les risques, savait éviter les pièges. Pourquoi avait-il fait preuve d’une telle hargne dans cette affaire ? N’était-il pas suffisamment désillusionné ? Quand quelqu’un se donne du mal pour détourner l’attention sur la guilde, il faut le remercier, car de prime abord c’est la preuve de l’existence d’un complot. Et si quelqu’un tente de vous berner, vous êtes supposés survivre, du moins un certain temps.
Pazeb savait tout ça. Alors pourquoi avait-il continué, ce coup-ci ? Pourquoi n’avait-il pas choisi, comme tout homme expérimenté, de privilégier ses propres intérêts à ceux de la vérité ? Par hardiesse ? Par lassitude ? Ou peut-être, par orgueil…
Quoiqu’il en soit, le résultat était là.
Savez-vous qu’il existe quarante-trois archeries différentes à Xioshun ? La ville se targue, en effet, d’être la première productrice de flèches de ce monde. Il existe quatre centres d’entraînement, on fabrique des flèches à pointe simple, à boule, à pointes empoisonnées, à tranchet, en croissant, en feuille de laurier, mais aussi des classiques, pour la chasse ou la guerre. Pour les exécutions, aussi.
Le corps de Pazeb fut découvert en fin d’après-midi, près de l’entrée d’une ruelle adjacente au commissariat. Il eut droit à un article d’une page et demi dans le journal local, où l’écrivain se plaignait de l’insécurité latente de nos jours malheureux. Il fut enterré dans le caveau familial, dans son village natal, au nord de la ville.

Zulkhin tournait en rond dans la petite salle. Il y avait un homme au front bandé, impressionné par la présence du grand homme et de ses ministres, et un autre moins bandé et plus désintéressé. Le médecin revint enfin.
- Alors ? le pressa Zulkhin.
- Il a souffert, mais sa vie n’est pas en danger. Cependant…
- Quoi, parlez !
- Il ne pourra plus exercer ses fonctions ministérielles pendant plusieurs semaines.
- Fonctions ministér… Mais… Ah, vous parlez de Quan, dont tout le monde se fout en cette salle. L’agresseur ?
Le médecin le regarda, d’un air proche de la condescendance.
- L’assassin était déjà mort à votre arrivée, ne vous l’a-t-on dit ?
- Certes non, sinon pourquoi diantre aurais-je gâché mon après-midi en cet endroit. ( il désigna du doigt la fenêtre) Pour le soleil ?
- …
Zulkhin partit, sa cour à sa suite.
- Nous ne saurons donc pas qui a orchestré ce méfait, déclara le tyran, une fois regagné le petit palais de Henjerzerâad. Mais l’évidence me pousse à me tourner vers mon « défunt » prédécesseur.
- Il n’a pu préparer tel acte sans de solides complicités, remarqua Nephgûl. Il se retourna vers le vizir et insinua « le Kenshab ? »
Zulkhin n’attendit pas la réponse :
- Bien sûr que non, notre vizir m’a sauvé la vie dans cet attentat, j’ai d’ailleurs oublié de le remercier. Qui reste-t-il ?
- Les rebelles de Balkirie, suggéra le vizir.
- Ils n’ont aucun pouvoir dans la capitale, c’est ridicule, objecta Nephgûl.
- C’est pourtant le seul groupuscule à m’être opposé, rétorqua Zulkhin. Oui, je pense qu’il y a de l’idée. Min ?
Le ministre releva la tête.
- Quoi donc, monseigneur ?
- Prépare ton armée, nous allons faire un tour.
Et, se repoussant contre le dossier de sa chaise, il ajouta :
- J’ai toujours rêvé de voir la Balkirie de plus près.
---
Et hop !
Bonne soirée à :pacg: TOUS CEUX :pacd: qui liront

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
16 décembre 2004 à 15:51:37

Truc de ouf, une faute d´orthographe!!! : " se tacha " ...hihihi! Une ou deux fautes de frappes aussi, mais sinon, c´est tjs aussi nickel au niveau de le forme.
Je ne vois pas pkoi tu es moins satisfait de ce chapitre, je le trouve tjs aussi bien, même s´il met du tps a demarrer(a cuase de la description sasn doute...lol)! Donc sur le fon, toujours aussi bien egalement, du tres bon boulot.
Je ne sais pas si tu lis bcp de fics sur le forum, ms tu pourrais aider pas mal de monde ( moi le 1er), ne serait-ce qu´au niveau des descriptions qui font svt defaut aux auteurs amateurs ou dans le domaine de l´intrigue. Essaie de voir, mais ne perds pas ton temps lire non plus, on ( moi au moins...!!!!!!!!!!) attend la suite!!!
:ok: :ok: :ok:

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
16 décembre 2004 à 15:53:41

Et merde, encore un double post...
Je voulais te demander combien de chapitres comportait ta fic.
On en est au 8, et tu dis vouloir refaire le 5, donc vouala, je me demandais pdt cbien de tps tu allais encore nous emerveiller...^^

xbq
xbq
Niveau 6
16 décembre 2004 à 16:23:17

La fic comportera 12 chapitres, dont 10 sont déjà écrits.
Merci pour ce qui est du chapitre, mais je pense quand même reécrire la 5ème partie ( = le dialogue dans l´hopital) parce que là ca fait bien bouche-trou on dirait ( si on dirait pas, c´est que j´ai bien réussi à le cacher^^)
Pour des raisons que tu comprendras si tu le lis, j´ai pas mal de probs à écrire les deux derniers chapitres, donc y aura probablement un espace temporel plus long entre le chapitre 10, 11 et 12, qu´entre les autres :/
Merci de continuer à suivre sinon, et bravo pour la rapidité lol^^

xbq
xbq
Niveau 6
16 décembre 2004 à 16:27:43

et y a une autre faute d´ailleurs, j´ai écrit Penshab au lieu de Kenshab. Réminiscence de l´ancienne orthographe du royaume, faudra que je vérifie si j´ai pas fait la faute ailleurs -.^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
16 décembre 2004 à 17:11:00

Oki doki!!!
La fin approche donc...(meme si ce sera plus long pr les derniers chapitres...^^).
J´pense que t´as bien reussi a cacher le fait que ct un chapitre " bouche-trou" lol, ou alors je suis tres nul... C´est bien possible, la vieillesse me guette, c´est horrible, je deviens sourd...(véridique!!!^^).
En tout cas, vivement la suite!

elfeguerrier
elfeguerrier
Niveau 10
16 décembre 2004 à 23:17:29

xbq
Posté le 09 décembre 2004 à 15:39:40
Je viens de penser, j´ai le document entier word, donc si vous voulez l´imprimer et le lire tranquille pendant vos cours de géo

arf, moi j´me sens concerné lol!
d´ailleur je vais l´imprimer ic et le lirais demain ( j´ai deux heure de géo ^^ lol et une heure de math, c´est tranquillou )

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
17 décembre 2004 à 14:13:13

Je vais commencer ce pavé :)

elfeguerrier
elfeguerrier
Niveau 10
17 décembre 2004 à 16:25:08

bon, ben voila, j´me suis occupé en maths et géo avec les 5 premiers chapitres, alors,
j´aime bien, mais, j´ai du mal a comprendre par moment.
j´aime bien aussi ton humour.
les descriptions sont terrib´ ( du sens bien).
des fois j´ai du mal a comprendre qui est qui, mais c´est un detail, et puis y´en a qui meurent regulierement lol.
bon sinon, c´est bien.
je vais me farcire les chap qui restent et je te dirais ce que j´en pense, mais a mon avis, j´en suis meme sur, ce sera bien.
@+

xbq
xbq
Niveau 6
17 décembre 2004 à 20:12:49
  • me ouvre grand les yeux*

DES LECTEURS ! !!!

Tu avais raison SkySoft, ça met un moment lol^^

Sinon merci pour ton commentaire elfe, et bonne chance si tu le lis Clarence^^
A ma grande surprise, j´ai déjà terminé le chapitre 11, en bossant trois heures d´affilée hier. C´était un peu plus simple que je pensais finalement, car je crois avoir obtenu un bon résultat^^
La suite dans deux-trois jours... :-p

xbq
xbq
Niveau 6
19 décembre 2004 à 13:19:21

Valà le 9, qui est censé être mieux que le 8^^
Pour info je viens de terminer cette nouvelle à ma grande surprise, hier soir. Moi qui pensais que je mettrai trois ans, au moins c´est fait.

Bonne lecture :-)))

---

9.
- Espion !
L’idée avait aussi traversé l’esprit de Nafel. Mais il l’avait finalement rétractée.
- Probablement pas. Un espion inventerait une histoire moins ridicule pour s’introduire dans nos rangs.
- Quoi ? s’inquiéta Basfeth.
Kob entraîna son ami à l’écart.
- Tu penses qu’on peut être boulet au point de quitter son village par amour et de se perdre en voulant y retourner ?
- Fais-moi confiance, on peut faire des choses tout à fait étonnantes par amour, répliqua Nafel en pensant à Juna.
- Ouep. Jsuis pas convaincu.
C’est à ce moment que Danir se précipita dans la tour en hurlant.
- Attaaa aastral.
- Ah oui, quand même. Tu nous la refais ?
- Attaque. Astrals.
- Une attaque ? J’avais presque oublié que nous avions des ennemis, depuis le temps. Combien sont-ils ?
La nonchalance de Kob disparut dès qu’il passa son regard dans la meurtrière. Ce n’était pas une attaque. C’était une invasion.
Fiouuuuuuuuut. Plotch.

- Au fait, c’était quoi ce « Fiouuuuuuuuut. Plotch. » ?
- Au son, je dirais que c’était un projectile enflammé qui a percuté le sommet de notre tour de garde, embrasant le bois.
- Ah. Merci de l’info.

- On ferait mieux de descendre, non ?
Ils descendirent. Mais les gardes n’étaient que des éclaireurs, des guetteurs. Ils n’étaient pas armés pour lutter contre une armée. La confrontation n’eut donc pas vraiment lieu. On dénombra trois morts, en tout ; un garde qui avait le sommeil si profond qu’il s’était réveillé directement dans sa prochaine vie, un autre qui se prit les pieds dans l’échelle et se rompit le coup au pied de sa tour, le troisième étant un soldat de Zulkhin, sourd, qui n’avait pas réagi à l’ordre de s’écarter de la trajectoire de feu. A sa décharge, notons qu’il n’avait jamais vu une baliste de sa vie et que jusqu’au jour d’avant, il exerçait le digne métier de paysan sur ses terres, réquisitionnées par l’armée en marche.
Les guetteurs capitulants, on décida qu’ils pourraient être fort utiles dans les mines de la prison de Kettrag. Une cinquantaine de fantassins et une quinzaine de chevaucheurs de baalds ( des sortes d’autruches de guerre, bien que cela produise un effet ridicule sur le papier, ça peut s’avérer payant) se mirent immédiatement en marche vers le sud. Danir, Juna, Nafel, Kob et Basfeth étaient du nombre.
- Mais qui sont ces gens ? demanda Basfeth au grand désespoir de tous ceux qui ont suivi le récit entier.

Zulkhin concertait avec ses tacticiens militaires. Homme d’action et de stratégie, il maîtrisait moins le sujet tactique. Bien sûr, des considérations telles que les possibilités d’embuscade dans les fossés et les sombres machinations ourdies dans les bois obscurs ne lui échappaient point, mais quelle naïveté de croire qu’on restait à un tel premier degré en vrai temps de guerre !
La direction qu’avait prise les astrals indiquait sans ambages la position approximative de l’armée des rebelles Balkirites, quelque part au nord-est. Contrairement à la croyance commune qui aurait prévu d’éviter les ravins et autres terrains sous élevé, il valait mieux s’engager dans les plus profonds d’entre eux : rester en vue offrirait une cible de choix aux tireurs embusqués, tireurs beaucoup plus à l’aise que les gros corps d’armée en ce genre de champ de bataille.
Les cavaliers et les baalds restants prirent la direction opposée à la colonne de prisonniers ; ils chercheraient plus au nord un passage ouvert dans la chaîne, tandis que le corps d’armée s’enfoncerait dans les contreforts, selon la bonne vieille technique qui avait fait ses preuves : les redshirts devant, les vétérans et les généraux derrière.
La bataille eut lieu au pic de Garankahl. Une pluie de flèches décima dans l’indifférence générale les premiers rangs, tandis que se protégeaient ceux qui le pouvaient de boucliers, heaumes et cadavres. La riposte ne tarda pas ; les archers sortirent et un tir nourri s’ensuivit, occasionnant plus de pertes pour les assaillants que pour les rebelles. Eh bien foutre ! Ils étaient trois ou quatre fois plus nombreux. Les fantassins gravirent au prix de quelques pertes les hautes pentes du pic et décimèrent les derniers combattants. Une armure légère se prend 150% contre le corps à corps, c’est bien connu.
Les deux armées se rencontrèrent, dans cette lumière déclinante du soir. Les rangs de rebelles, portés par de hauts chants de combat, emportés par leur rage meurtrière, fondirent sur l’armée de l’empire. On les aurait dit animés du courage des dieux, de la force des vainqueurs. On ne gagne pas par le nombre, ni par la force, ni par la chance ; on gagne en osant faire ce que le camp adverse n’osera pas. Du moins, en théorie, ou dans Usual Suspects. Parce que quand les baalds prirent l’armée rebelle à revers, leurs capacités à oser fut interrompue par leur mort, nette et précise. Paesher ne fuit pas. Zulkhin ne fuit pas. Se sachant perdu, le premier défia le second. Se sachant gagnant, le deuxième fit un geste à son officier. Quatre cavaliers entourèrent le chef des rebelles, mais deux seulement survécurent à ce charismatique guerrier. Paesher n’entra pas dans l’histoire, comme tant d’autres.
- Aucun n’a voulu s’enfuir, murmura Min avec admiration. Pas un seul.
- C’est là qu’on reconnaît les empires qui survivront, déclama Zulkhin. Les idéalistes sont ceux qui finissent en héros, mais qui finissent. Quant à moi, je préfère gagner.
Un chevaucheur de baald s’approcha.
- Monseigneur, leur quartier général à été repéré, à quelques lieues de céans, au nord.
- Bien. Allons débusquer Shazaraad, c’est quand même pour ça qu’on est venu.

Oligarchie serait plus approprié que pentarchie pour désigner le système de Garadhras, et ce terme n’était employé qu’en souvenir des anciennes coutumes qui avaient valu sa splendeur au royaume. Le pouvoir revenait de nos jours à plusieurs ministres qui se réunissaient en conseil et s’occupaient d’un secteur particulier. En somme, rien d’aussi original que le titre ne le laissait présager.
« Reçu par un ministre, pensa Zéphyrius. Ils vont nous aider si je me sors bien de cette conversation. »
Il baissa respectueusement la tête, imité par Kathnog quelques instants plus tard. Le ministre le toisait d’un regard supérieur, mais semblait intéressé. Il se lança :
- Votre Honneur, l’empire de Shazaraad demande votre aide ; une terrible machination entre le Kenshab et la Balkirie a couvert l’avenir d’un voile de ténèbres qui…
- Shazaraad ? Et ses armées noires, ne peuvent-elles régler ces quelques problèmes sans difficulté ? énonca l’homme d’une voix monocorde.
Il parlait le shaztar avec un léger accent buté, mais cela restait tout à fait compréhensible.
- Le commandant Baarg a peur d’être pris sur deux fronts, reprit Zéphyrius. Et l’empereur n’ose porter un coup fatal aux rebelles avant de revenir, de peur que les troupes d’Uzekhat III, le sultan Jazareb, pourraient investir nos territoires entre temps. C’est pourquoi votre support en troupes nous serait d’une grande utilité !
L’homme d’état sembla réfléchir. Zéphyrius resta pendu à ses lèvres jusqu’à ce qu’il délivre enfin sa réponse :
- Oui, nous allons marcher vers Shaztarath, déclara-t-il enfin.

Il y a plusieurs choses dont on n’avait, à tort, pas fait part à Zéphyrius. Les deux principales étant que le ministre qui lui faisait face était celui des affaires extérieures, ce qui équivalait, à Garadhras, au général en chef des armées, et que ce dernier n’était autre que Lohik, réputé à peu près sur tout le continent pour sa violence et sa promptitude à guerroyer à tout va.
Lorsque le jeune homme se présenta devant lui, il pensait avoir affaire à un soldat voulant se faire espion pour le royaume. Ce qui attira son intérêt ; il faut dire que telles occasions sont plutôt rares, vu la haine qu’inspire à tout le continent en général ( au Consortium de Plov et à l’empire de Shazaraad en particulier) la simple évocation du royaume expansionniste nordique. Depuis sa création, Garadhras avait participé à 43 guerres et occasionné la destruction de 27 autres entités étatiques. Lohik en restait plus modestement à 3. Ce qui fait que l’endoctrinement contre eux laissait peu facilement entrevoir des brèches quelconques. De toutes façons, Lohik n’aimait pas finasser.
Le jeune homme fit une révérence du plus haut comique, et entama :
- Votre Honneur, l’empire de Shazaraad demande votre aide ; une terrible machination entre le Kenshab et la Balkirie a couvert l’avenir d’un voile de ténèbres qui…
S’en suivit ensuite la description retranscrite plus haut que j’ai la flemme de copier-coller. Lohik était sidéré d’une telle candeur, et pensa aussitôt à un piège subtil.
- Oui, nous allons marcher vers Shaztarath, conclut-il.
La joie se peignit sur le visage de l’émissaire.
- Nous allons marcher sur Shazaraad, et ravager tout sur notre passage, continua-t-il. Nous vaincrons Shadazaar, puis nous gagnerons la Balkirie et les massacrerons également. Le Kenshab n’osera pas intervenir sans son allié, et si Shazaraad doit envoyer des ambassadeurs aux contrées voisines, il avoue tacitement que sa propre armée est faible, ce qui m’arrange plutôt, de la même manière.
Et, devant le fabuleux tour de passe-passe que présentait le visage de Zéphyrius ( passer de joie à déconfit en moins de deux secondes), il ajouta :
- Jetez cet espion et ce barbare aux fers ; s’ils résistent, tuez-les.
Kathnog résista.

Comme il est coutume pour ce genre de paragraphe, nous nous retrouvons dans un sombre entrepôt. Il est situé au fin fond du quartier ouest de Zultarath, et trois personnes y sont présentes. La première porte une ample cape noirâtre, mais le capuchon est rabaissé et un mince filet de lumière éclaire partiellement son visage ; c’est Nephgûl. Le second, qui s’avance vers lui, a la démarche chaloupée du vizir du Kenshab. Quant au troisième, il reste dans l’ombre, et le seul signe descriptif qu’on pourrait lui attribuer réside en son carquois, fixé sur son dos.
Le vizir parle le premier.
- Eh bien, mon cher Nephgûl, quelles nouvelles ?
- Des bonnes pour vous, et des mauvaises pour l’empereur, marmonna Nephgûl. J’ai décidé de me retirer.
- Comment ça ?
- Vous croyez que je n’ai rien vu ? Je ne sais ce que vous tramez exactement, mais le régime de Zulkhin en fera les frais, et il semble trop obnubilé par son pouvoir nouvellement acquis pour vous voir comploter. Moi, je vous vois, et je ne compte pas faire partie du gouvernement que vous détruirez.
Le vizir sourit légèrement.
- Vous êtes un homme intelligent, Nephgûl. Mais bien entendu, vous comprendrez que je ne sais pas de quoi vous parlez.
- Cela va de soi, acquiesça le voleur. J’imagine que vous aviez imaginé tel scénario, et que ces pensées ne sont pas étrangères à la présence de cet homme qui caché là-bas ?
- Certes, ce sera votre remplaçant auprès du roi. J’ai déjà deux ou trois versions convaincantes, il faudra que vous m’indiquiez votre préférée.
- Il a l’air bien jeune, nota Nephgûl. Pourra-t-il tenir les voleurs de Zultarath à votre merci ?
- Détrompez-vous, cher ami, sa jeunesse n’est qu’un paravent de plus. En réalité, il dirige la guilde de Xioshun elle-même. C’est de plus un archer hors pair.
- Fort bien, un royaume intelligent se doit de contrôler ses ennemis. Ce jeune homme pourrait s’avancer ?
Obéissant à l’injonction, le jeune homme s’approcha. Il portait l’uniforme de police de Xioshun, ce qui rajoutait à l’impression idéaliste de l’ensemble.
- Nous sommes partis dans la précipitation et je n’ai point trouvé le temps de me changer, s’excusa-t-il.
Puis tendant la main, il ajouta formellement :
- Je suis Aenin, fils de Nolak, pour vous servir, confrère.

---

Et hop !
Comme je change d´ordi, je reviendrai peut-être pas avant quelques jours, ce qui permettra à Clarence et Elfe de rejoindre s´ils le souhaitent^^

Bonne journée

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
19 décembre 2004 à 13:20:48

Ha ton absence va me permettre de lire ta fic :)

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
19 décembre 2004 à 14:01:08

J´ai lu les deux premiers chapitres et je dois dire que c´est magnifique ! Je l´ai lu d´une traite , les descriptions sont fabuleuses , les paysages sont décrits avec une force, j´avais l´impression d´y être , par contre j´ai pas tout compris à quel role exact se cantonnaient les personnages ! Je vais poursuivre ma lecture :)

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
21 décembre 2004 à 10:07:33

J´ai lu la troisième partie et sérieusement je ne comprends pas pourquoi cette fic n´est pas lue . En toute honnêteté c´est l´une des toutes meilleures du forum , tu as peut-être fait l´erreur de faire de trops gros pavés . Je trouve les descriptions assez fabuleuses :
Il était ardu de progresser dans cet environnement escarpé etc...

Dans ce passage il y a au moins 3 mots que je ne connaissais pas mais qui sont poétiques.

En ce qui concerne l´orthographe , je pense que tu as du participer au concours de Bernard Pivot , car dans un pavé tel que celui ci , je n´en ai presque pas vu .

En un mot c´est magnifique :)

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
21 décembre 2004 à 12:03:01

Content de voir que le talent de xbq est enfin reconnu à sa juste valeur!

J´avais raison tu vois! :ok:

xbq
xbq
Niveau 6
22 décembre 2004 à 15:27:51

Oué je me doute que la longueur est décourageante, ca me fait le même effet pour commencer les fics bien avancées style " lumière" " providence" ou " sur les traces de..." Enfin, quand je serai en vacances je m´y mettrai, promis.

En attendant, voilà le 10, qui est une introduction à la partie finale. J´espère l´avoir bien réussi, car c´est un mouvement clé dans la formation du récit. Enfin, vous verrez ce que vous en dites...

----

10.
Nafel n’aurait jamais imaginé qu’il y avait des marécages dans la plaine de Darzhor. Quoiqu’à la réflexion, ces flaques brûnatres, nimbées de brume, faisaient pâle figure face aux Lacs, au nord, ou aux marais de Faefellin au sud des territoires du Consortium de Plov, mais jamais il n’avait eu l’occasion de visiter l’une de ces charmantes places. Pour l’heure, il se trouvait à côté de Kob, chose qu’il avait déjà expérimentée plus de fois que nécessaire, mais entouré de gardes montés, ce qu’il aurait préféré éviter.
Les baalds faisaient grand bruit en se déplaçant, clapotant dans la boue humide, écartant les herbes hautes, et rappelant vigoureusement à l’ordre les retardataires.
La colonne des éclaireurs de Balkirie s’ébranlait, tranquillement, vers le sud. Vers Kettrag.
- Kettrag, marmonna Kob en proie au désespoir. Tu te souviens d’Obathren ?
- Bien sûr ; il avait séjourné trois ans là-bas avant de s’échapper, c’est ça ?
- Tu te souviens des marques ? Sur son dos ?
Nafel frissonna.
- Et c’est là-bas qu’on va, poursuivit Kob.
Un baald s’approcha.
- La ferme, lui lança le garde. Tu es là pour avancer, pas pour causer.
Il les menaça de sa lance pour appuyer son propos, puis repartit vers l’avant de la colonne.
Kob écrasa un moustique sur sa joue, puis cracha :
- Je survivrai pas, vieux. Je supporterai pas les marques.
- Tais-toi, le réconforta Nafel. N’y pense pas encore.
- Mais tu veux penser à quoi, merde ! On va à Kettrag !
- Tais-…
Le chevaucheur revint, un sourire satisfait aux lèvres.
- Eh, la grande perche là, t’aurais pas des difficultés auditives ? Je t’ai dit de la fermer.
- Oh, qu’est-ce que ça peut te foutre, se récria Kob avant que Nafel ait pu intervenir. J’avance aussi en même temps, regarde, là, là, là et là.
Et, sous le regard médusé du garde, Kob se mit à lui faire des pas de crabe, exagérant chaque mouvement comme s’il peinait terriblement dans la boue. Puis, la sentinelle se reprit et s’apprêta à le ramener à l’ordre.
Mais Kob n’était pas idiot ; il s’était rapproché, l’air de rien, du baald et de son chevaucheur, et termina son dernier mouvement artistique d’un formidable coup de poing qui vint s’écraser sur le plexus peu protégé de l’homme ; le malheureux s’effondra, un cri effaré en travers de la gorge. Sans attendre, Kob enfourcha la monture terrifiée et la força à quitter la colonne vers l’ouest.
- Kob, non !
Des flèches fusèrent, et l’une traversa le cerveau du baald de part en part ( vu la taille, c’est pas donné à tout le monde). Sans se démonter, Kob s’extirpa de sous le cadavre et se mit à fuir, pataugeant dans la boue aussi vite qu’il le pouvait. Quatre baalds quittèrent la colonne et s’engouffrèrent à sa suite dans la brume, la lance en avant.
Il y eut un cri. Un seul. Puis les chevaucheurs de baalds revinrent.
Un silence de mort régna sur la colonne pendant les derniers kilomètres qui les séparaient de Kettrag. Personne n’avait pris la place de Kob dans la colonne, et Nafel se retrouva esseulé, plus oppressé par cette solitude qu’il ne l’avait été depuis fort longtemps.

Lohik était satisfait ; en quatre jours, l’une des plus grandes armées levées par la Pentarchie était réunie. Des comtés nordiques aux duchés sudistes, du delta comme des montagnes, de la bourgade comme de la capitale avaient afflué les citoyens désireux d’en découdre pour la grandeur de Garadhras.
Bien sûr, l’armée régulière était le noyau dur, celui auquel on pouvait faire confiance. Quatre légions de lanciers, quinze de fantassins, dix-sept centuries de cavalerie lourde et une cinquantaine de cavaliers éclaireurs, 6 légions d’archers, 2 d’archers à cheval, et la garde royale qui se composait de 500 membres lourdement armés et entraînés. A cela se greffait donc 15 légions de miliciens, 5 de cavaliers et 2 de piquiers. Une légion étant un nombre arbitrairement associé à 1000, on peut supposer que personne ne prît la peine de compter les miliciens ; selon les archives des autres puissances en présence, ils étaient bien plus nombreux.
L’armée se mit en branle et atteint les contreforts du Maralgrâth en une semaine. Le passage était direct, mais plus ardu. Lohik avait choisi cette voie après une brève concertation avec les autres rois : les guerriers sens seraient une source de retardement inopportune, et le Penjaj représentait un obstacle tout aussi imposant pour une armée lourde.
Le Maralgrâth, c’est une étroite bande de terre à moitié sauvage, sur laquelle pousse une végétation décatie, composée de lianes variqueuses, de palétuviers et d’arbres approchants qu’on rencontre couramment dans les régions proches de Faefellin. Sauf que curieusement, une falaise de plusieurs mètres l’entoure sur la plus grande partie de sa longueur, empêchant les eaux de former des marécages, séparant les végétaux de leur contexte ; quelques siècles plus tard, la dérive des continents prouvée scientifiquement, on avancera que l’origine de ce terrain particulier est le détachement d’une péninsule du côté des territoires Mings, dont le profil géologique est similaire. Les caprices qui poussèrent cette fusion entre les deux restent un sujet de travail de maturité fort prisé par les élèves du continent, aussi ne m’attarderai-je pas dessus.
La traversée prit deux autres semaines. Quelques paysans moururent dans l’indifférence générale, des nouvelles espèces de serpents aux venins mortels furent découvertes, sans grand enthousiasme, par leurs victimes, et on tua plusieurs prédateurs de fort vilaine figure. Enrichissant voyage, donc.
Et un soir, ils contemplèrent les plaines de Darzhor. Ceci étant la version officielle, bien que dans les textes de Garadhras, on fait allusion à une lune parfois, à la froide lueur de la nuit, et au soleil couchant sur trois lignes différentes et pas forcément dans le même ordre. Mais bon, écrire en vers le langage du nord n’étant à la portée du premier venu, ni du dernier d’ailleurs, on peut accréditer que les poètes ont probablement pris quelques libertés logiques et historiques. Ajoutons qu’ils n’ont pas assisté à la scène, et nous aurons un tableau exhaustif des excuses présentables. Comme c’est mon histoire, je décide qu’il faisait nuit. Et voilà.
Ils campèrent sur place, et firent route vers Zultarath dès le lendemain.

Le campement des rebelles était désert. Shazaraad avait dû s’enfuir. Pendant près de deux semaines, Zulkhin, ne démordant pas de sa colère, envoya des éclaireurs dans toutes les directions, sans trouver sa trace nulle part. Parallèlement, il mit en place les installations d’extraction et de transfert d’or, qui firent route vers la capitale à rythme régulier au bout de la première semaine. On ne signala qu’une attaque, et elle fut réprimée sans grande difficulté.
L’or était acheminé à raison de 4 livraisons par semaines ; les chevaux de bât étant rudement chargés, leur lenteur rendait impossible une plus grande exploitation. Mais ce petit désagrément serait sans doute comblé lorsque l’or nouvellement acquis rehausserait le niveau du commerce de Zultarath avec l’empire Shudakine. Zulkhin exultait : ce pays ne serait pas si difficile à remettre sur pieds, et le commandement lui seyait à merveille. Il envoya les jeunes voleurs aventureux aux confins nord et est du pays, et même vers le sud, à travers les mers, jusqu’au consortium de Plov avec pour mission de s’intégrer à ces différents pays et de garder le contact avec lui. Car, bien que la caste des espions eût existé depuis bien des millénaires en son royaume, Zulkhin doutait de la loyauté que lui offrirait les espions de Shazaraad ; surtout que celui-ci était en vie, il en était certain. Il commençait à porter ses soupçons sur l’empire Shudakine, d’après une déduction logique : Plov et Garadhras étant trop hostiles au monarche déchu et les Balkirites éliminés, seule cette puissance avait pu fomenter le complot de Henjerzeraad. Mais, dans l’état actuel des choses, il ne pouvait se permettre de s’attirer l’inimitié de son puissant voisin. Aussi, si les espions lui ramenaient la présence de Shazaraad, allait-il tenter de l’éliminer en douceur, grâce à un tireur isolé, ou quelque chose d’approchant. Cet Aenin qui avait remplacé le pauvre Nephgûl, atteint de la terrible maladie de l’oubli, pourrait très bien faire l’affaire, par exemple.
Mais Zulkhin n’eut ce jour-là pas le temps de s’en préoccuper. Il n’en eut plus jamais le temps.
Un nuage de fumée se détachait du nord, et bientôt un cheval arriva, épuisé. Sur son dos, Ektalion, un des jeunes voleurs envoyés vers Garadhras. Il se dirigea vers lui et, oubliant les convenances, s’adressa à son souverain sans même prendre la peine de s’incliner.
- L’armée de Garadhras est en train de passer le Maralgrâth, s’exclama-t-il dans un souffle.
Un silence oppressant tomba. Mais Zulkhin s’était préparé à ce genre de désagréables éventualités. Il envoya deux messagers ; un à l’ouest vers Xioshun, l’autre au sud vers Kettrag. Puis, il réunit son armée et, le soir venu, il avait atteint Zultarath. La nouvelle avait bien sûr atteint la capitale où une armée de milice avait été organisée en plus de la milice. En comptant les cinq cents archers voleurs, il y avait là huit bons milliers de soldats, en tout. Quant aux autres habitants, ils avaient fui vers Henjerzeraad, qui connaissait un regain d’émigration étonnant. Qui pourrait les blâmer ?
Le matin où Lohik engagea le combat, Zulkhin était prêt à l’accueillir.

Bon gré mal gré, Nafel se retrouva à Kettrag. Il y avait là les anciens détenus, en nombre conséquent, auxquels s’ajoutaient la longue rafle effectuée en Balkirie, un nombre assez considérable de forçats. La forteresse se dressait sur 20 mètres à son point culminant, et ses hauts murs menaçants se présentaient en grande envergure.
Ils furent accueillis par un gardien récalcitrant, qui leur donna à chacun une pioche sous le regard peu amène d’autres gardes de grade inférieur. Ils portaient un uniforme rouge et sale, et semblaient mécontents de leur sort. L’un d’eux rabroua, comme par plaisir, un pauvre villageois qui ne lui avait rien fait.
- Tanhez ! s’exclama Basfeth, visiblement étonné, à quelque distance de Nafel.
Son ami l’avait aussi reconnu et lui adressa un regard incrédule.
Plus tard, ils se retrouvèrent dans les carrières, à extraire une à une les roches de la montagne qui constituait le flanc est de Kettrag.
C’était une tâche éreintante, car le roc noir était affreusement dur et, comme si ce n’était suffisant, hérissé d’arêtes coupantes qui écorchaient la peau avec un plaisir non dissimulé. Au bout d’une semaine, Nafel avait vu mourir trois gardes de sa connaissance et une dizaine de prisonniers qui lui restaient inconnus.
Personne n’était inutile, à Kettrag. Les femmes polissaient les morceaux de roche extraits par les hommes et en faisaient des joyaux présentables, des pointes de flèche ou des lames d’épée. Nafel cherchait depuis une semaine un moyen de libérer Juna, mais rien ne lui était encore venu à l’esprit, la surveillance étant trop serrée.
Quatre jours plus tard, le messager arriva. Il s’entretint brièvement avec le haut officier du camp, un certain Valgar, puis ce dernier prit la parole :
- La pentarchie de Garadhras s’apprête à nous envahir, déclara-t-il, déclenchant un murmure parmi les gardiens. L’empereur Zulkhin fait savoir, dans son infinie longanimité, que seront libérés sur le champ tous prisonniers prenant part au combat, s’il y survit. Nous avons ordre de faire route aussitôt vers Zultarath.
Le murmure s’étendit parmi les prisonniers. Ceux qui n’étaient plus ou pas encore en âge de se battre furent abandonnés sur place, car tous les gardes se devaient bien sûr d’être présents. Quant aux hommes et femmes qui, bien qu’adultes et sains de corps, refusèrent d’y prendre part, ils furent exécutés après le départ de la colonne. L’armée en marche comprenait les 300 gardes montés sur baalds, et le millier de prisonniers avides d’en découdre.
Au bout de deux jours de marche, ils arrivèrent à Zultarath. La ville était en ébullition : les forges résonnaient du claquement des lames et les archeries fourmillaient de travail. Les prisonniers furent alignés, et on leur donna à chacun une arme. Nafel reçut un marteau de guerre que, malgré sa forte constitution, il eut bien de la peine à soulever, Juna reçut un glaive de belle facture, Danir et le dénommé Tanhez une épée simple, et Basfeth un fléau d’armes. La distribution se poursuivit lentement, jusqu’au soir, puis les nouveaux soldats eurent la nuit pour s’entraîner et dormir quelques heures.
Le matin où Lohik engagea le combat, la branche armée de Kettrag s’apprêtait à l’accueillir.

La grande armée de Xioshun avait été assemblée ; les rebelles balkirites éliminés et l’exploitation de l’or débutée, le dernier obstacle à la prise du royaume venait de disparaître. Zulkhin avait rempli tous ses devoirs, mais il ne présentait plus d’utilité à présent ; il était temps de l’éliminer du tableau international.
Le vizir n’était pas peu fier de son plan. Tout avait marché comme il l’avait prévu ( ou presque, n’omettons pas la fuite de Shazaraad), et seul le sultan Uzekhat III, ce bon vieux Jazareb, en recevrait les hommages ; mais il savait que le pouvoir du Kenshab serait proportionnel à sa fortune personnelle.
Jazareb avait revêtu sa noire armure de guerre, et son armée se mit en branle. Elle n’était pas tout à fait aussi glorieuse que celle de Garadhras ou de l’empire Shudakine, mais elle serait amplement suffisante pour détrôner l’impertinent roitelet. Peu utile en combat, le vizir était resté à la capitale pour régler les affaires courantes.
Le messager de Zulkhin rejoignit l’armée peu avant la frontière entre les deux empires, juste avant le col de Guzar. Il les informa de la présence de Lohik et de ses terribles intentions. Puis, comme illuminé par une conscience subite de la situation, il leur demanda ce que faisait cette armée en marche. Son corps fut sommairement enterré à l’orée de la forêt d’Apghrâd.
Jazareb n’était pas un homme de réflexion, et il regrettait l’absence de son fidèle vizir. Bien sûr, il connaissait les bases : ne pas engager un combat quand on n’est pas sûr de le gagner, ce qui signifie au moins un quart de plus d’hommes que son adversaire. Mais, d’un autre côté, la technologie du Kenshab était plus avancée, et Lohik ne s’attendait certainement pas à un combat en règle. Peut-être fuirait-il ? Soudain, Jazareb se souvint de qui il parlait, et chassa cette éventualité. Sans un doute, Lohik avait de meilleures chances que lui de remporter la victoire.
Mais si Garadhras prenait Zultarath, jamais il ne verrait une parcelle d’or, cet or nécessaire à reconstruire le sultanat du Kenshab. Et cette idée, il ne pouvait la concevoir. Vivre sans richesses pendant un moment, il pouvait. Mais il n’avait pas consacré sa vie à vieillir sans richesses. Et ça, c’était une certitude. Le lendemain matin, ils passèrent la frontière et se dirigèrent vers Zultarath. C’était ce matin-là que Lohik avait lancé l’offensive : Jazareb n’était pas encore tout à fait prêt à l’accueillir.

Va y avoir de la sueur, et du sang. Mais bon, c’est pas grave.

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Et hop !

Bonne soirée

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