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Instead of Rise, bis

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
22 décembre 2004 à 16:57:56

J´ai lu la troisième partie et sérieusement je ne comprends pas pourquoi cette fic n´est pas lue . En toute honnêteté c´est l´une des toutes meilleures du forum , tu as peut-être fait l´erreur de faire de trops gros pavés . Je trouve les descriptions assez fabuleuses

Dans ce passage il y a au moins 3 mots que je ne connaissais pas mais qui sont poétiques. -( nimbé ou autres )

En ce qui concerne l´orthographe , je pense que tu as du participer au concours de Bernard Pivot , car dans un pavé tel que celui ci , je n´en ai presque pas vu .

En un mot c´est magnifique :)

Je ne peux que réitérer ce commentaire :) Vive la sueur et le sang :-p

xbq
xbq
Niveau 6
24 décembre 2004 à 15:54:16

Merci Clarence, ça fait toujours plaisir d´être lu :-)

Voici pour noel l´avant-dernière partie, je posterai la dernière au nouvel an, histoire de faire style lol^^

Attention, c´est long :-p

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11.
Il n’y eut ni soleil rouge, ni longs cris de fantômes dans le lointain. En vérité, un voyageur peu attentif n’aurait rien décelé de particulier à cette matinée tranquille. Aux spécialistes, les herbes froissées en longue ligne, le frissonnement imperceptible de la nature, les effluves emportées par le frémissement du vent auraient pu mettre la puce à l’oreille, mais tous les spécialistes du coin étaient déjà au courant de l’état de fait depuis bien des jours.
L’armée de Garadhras embrasa le nord. Les plaines de Darzhor résonnèrent d’un immense cri guttural qui se répercuta paraît-il jusqu’au nord des terres du Consortium. Le vent soufflait dans cette direction, ceci dit.
Les colonnes avancèrent ensuite sans bruit. Les miliciens étaient devant, et observaient en chien de faïence la très belle cité d’ivoire et sa fierté blanchâtre, amas glaciel sur cette mer de plaines, mais aucun ne fuyait. Sans doute leur crainte de Lohik était-elle nettement plus évoluée que leur crainte de cette cité, en raison de l’éloignement peu proportionnel des deux forces.
Un détachement de cavaliers se fraya un chemin vers le haut de la colonne. Il s’agissait des ambassadeurs, selon toute vraisemblance. Ils portaient les différents signes distinctifs de leur fonction, et se dirigèrent sans ciller vers l’imposante cité.
Les maisons qui débordaient des murailles avaient été brûlées, et l’odeur âcre du bois noirci empestait les alentours. Une petite porte s’ouvrit en marge des larges portes principales, et les ambassadeurs entrèrent sans grande confiance.
Ils eurent raison.
Deux voleurs d’Aenin leur tombèrent sur le dos après quatre pas, et entourés de soldats, ils furent contraints à la mort par de persuasifs coups d’épées aux ouvertures de leurs cottes de mailles. Quatre chevaux de plus, un bon point, pensa Zulkhin.
Puis son armée sortit.
Le soleil était assez haut pour éclairer pleinement la scène. Zulkhin avait ponctué la fin de la nuit de maints discours et le moral de ses hommes était gonflé. Quant à Lohik, il n’avait jamais eu de goût pour ces « jeux de tafioles », et avait cru sa supériorité numérique suffisante pour s’en passer.
Une chaude clameur répondit à celle de Garadhras, une clameur qui augmenta, crépita, atteint des sommets avant de redescendre dans un silence jubilatoire.
Il n’était plus temps de pourparlers, de diplomatie. Les archers s’activèrent, les fantassins avancèrent, les chevaux renâclèrent, les cavaliers piaffèrent d’impatience, et les cors sonnèrent. Les miliciens de Garadhras fondirent sur la cité, courant comme des damnés, sans une once de réflexion. La première victime du combat revint à la pentarchie. Il se nommait Gorkhim, était serf de profession, et n’avait d’expérience de combat que ce que son grand-père lui avait enseigné entre deux beuveries. La flèche qu’il reçut en plein cœur mit immédiatement fin à son existence, ce qui lui permit d’entrer triomphalement dans mon histoire.

Les fantassins finirent par se heurter, parce que ce serait pas drôle, sinon. Nafel se trouvait en cinquième ligne, mais eut tôt fait de constater qu’après le début de la mêlée, cela ne représentait plus grand-chose. Il abattit son marteau sur l’arrière non protégé d’une crâne d’un pauvre hère qui traînait devant lui, puis entra en confrontation directe avec un grand fils de paysan qui n’aurait pas fait pâlir de honte un honnête guerrier sen.
L’ennemi abattit son puissant glaive du haut vers la bas, et Nafel esquiva par réflexe en s’écartant sur la droite. Enervé que son plan subtil ne vienne pas directement à ses fins, le grand gaillard appliqua un coup de droite a gauche, que Nafel para avec le manche de son arme. La force du coup était telle qu’il fut projeté en arrière, et seul un moignon de bois lui resta entre les mains.
Min constata rapidement que son autorité sur les armées s’amoindrissait plutôt vite une fois le combat engagé. Il trônait sur un grand destrier rouan, à l’œil vif, qui paraissait comprendre les tenants et aboutissants du combat qui s’engageait. Il tournait pour l’instant en leur faveur, mais quel était l’intérêt de n’engager que les miliciens dans le combat ?
Min ne comprit que lorsque la manœuvre des cavaliers adverses fut tout à fait achevée. Ils avaient contourné le mont du temple de Bazarhâd et étaient arrivés de l’autre côté sans prévenir. Tandis que les chevaliers lourdement protégés chargeaient dans un même mouvement, les archers à cheval les couvraient selon une tactique bien rôdée. Au même instant retentit un cor, et les forces de Lohik se livrèrent entièrement dans la bataille.
Nafel fut sauvé à la dernière seconde par l’aide inspirée d’un chevaucheur de baald, qui se profila derrière son agresseur et le tua sans autre forme de procès. De sa vie, Heodaned n’avait pu imaginer faire autre chose que monter des baalds. Il était né dans le village de Kettrag, d’une mère shudakine, ce qui expliquait son teint raisonnablement cuivré, et avait rencontré sa première monture à quatre ans. A dix-sept ans, il avait remporté le tournoi international de Henjerzeraad, et se glorifiait d’être l’un des meilleurs chevaucheurs du continent. Puis Kettrag était devenue une ville prison, et il ne put se résoudre à l’abandonner. Il devint garde des mines, et c’est à ce titre qu’il fut enrôlé dans l’armée de Zulkhin. Il menait son baald de main de maître, creusant une traînée sanglante parmi les miliciens, et le liquide vermeil se répandit sur le plumage de sa monture effarouchée. Il en était à vingt-sept victimes quand l’armée entière de Lohik entra en action.
Une flèche atteint un autre baald qui chevauchait sur sa droite. Le pauvre homme fut aussitôt submergé par trois miliciens et disparut dans un glapissement. Ce spectacle détourna Heodaned pendant la seconde qui lui fut fatale. Un piquier impromptu se dressa sur son chemin et la longue arme traversa le baald, entaillant le flanc du chevaucheur. La créature poussa un… hennis… disons un cri d’autruche et fit encore plusieurs pas hésitants avant de s’effondrer près du cadavre d’un archer garadhran, coinçant sous sa masse la jambe gauche de Heodaned.
Le piquier tira alors une longue dague pour achever son ennemi, mais ce dernier n’était pas resté inactif. Il s’était emparé de l’arc à ses côtés et avait lentement mis une flèche sur la corde. Lorsque le Garadhran apparut dans sa vision, il tira instantanément. Le sourire de l’homme se figea tendis que la flèche se plantait dans sa bouche, et tout son corps fut atteint d’un soubresaut avant qu’il ne s’effondre en arrière, réduit à une poupée désarticulée.
Alors Heodaned se mit à rire, du rire décalé qu’on emploie dans une situation désespérée. La brise fraîche emporta son rire, caressant son visage. Il porta une main à son flanc blessé et se remit à rire, encore plus fort. L’instant d’après, son corps sans vie retomba en arrière, un grand sourire sur ses lèvres entrouvertes.

Zulkhin n’était pas dupe : son seul espoir résidait en l’armée du Kenshab. C’est pourquoi il devait faire durer la bataille, au moins suffisamment pour s’octroyer un espoir personnel. En fin stratège, il savait que Lohik hésiterait si le subterfuge était trop visible, et c’est pourquoi il avait d’abord engagé ses troupes dans le combat. La vue du sang et la victoire certaine ferait perdre contenance à son ennemi, et mettrait ses facultés logiques à mal.
Cependant, il ne fallait pas exagérer, et les pertes avaient été suffisantes. Il sonna la retraite. Quan, qui avait toujours le bras en écharpe mais avait manifesté le désir de combattre tout de même, se profila sur sa droite et sonna à son tour, et Min prit place sur sa gauche. Une flèche lui transperça le ventre du côté senestre et il s’effondra sans avoir pu sonner, mais bien essayé quand même. Les troupes refluèrent sous un déluge de flèches, et Nafel chercha du regard ses différentes connaissances. Il repéra assez vite Tanhez, dont le front saignait, mais grande fut sa satisfaction quand il vit enfin Juna, encore en vie. Elle regardait tristement un morceau de corps sur le sol, et, se rapprochant, Nafel reconnut Danir. Il saisit le bras de la jeune femme et, de l’autre, projeta vers le ciel un bouclier glané sur le champ de bataille. Deux flèches étaient déjà plantées dans le bois, mais il tenait encore bon. Dans son dos trônait le lourd glaive du paysan garadhran, et il se fit promesse de le réutiliser plus tard.
Soudain, le silence se déchira pour faire place à une lente musique épique, genre la bataille de Minas Tirith, et la caméra fit un travelling terrible vers l’est. Et, dans la lumière distillée par le soleil ( qui s’était comme par hasard placé au bon endroit alors que tout à l’heure j’ai dit qu’il était haut dans le ciel, cherchez l’erreur), déferlèrent en grande pompe les armées du Kenshab. Ceci, du moins, selon le film qu’on tira de l’événement, des siècles plus tard. En fait de soleil, il était plus haut, mais je l’ai déjà dit, et en fait de grande pompe, il n’y avait là que les cavaliers légers et les archers à cheval, partis à l’avance du fait de leur vitesse, histoire de voir s’il restait quelqu’un à sauver.
Les archers à cheval ennemis furent pris à revers par la cavalerie légère, et les corps tombèrent tandis que les chevaux s’enfuyaient en hennissant. Selon la bonne vieille tactique du harass, les cavaliers s’esquivèrent au premier signe de combat direct.
Or il advint que Lohik, pensant avoir là droit à une diversion sans gravité, n’envoya qu’une part de son armée combattre les cavaliers et concentra le reste sur les murs et les retardataires de Zulkhin. Ce qui fit que la moitié de l’armée de Lohik se retrouva, deux lieues plus loin, à combattre la totalité des troupes du Kenshab. Jazareb pouvait être heureux ; il avait obtenu sans grandes pertes la division de son ennemi et se retrouvait dans une situation de combat avantageuse.
Voyant bien vite le problème, la majeure partie du groupe garadhran s’en fût vers le nord, et ne prirent plus part aux hostilités. Jazareb pensa donner la chasse aux déserteurs, puis se ravisa, sentant qu’il aurait besoin de toutes ses forces dans le combat contre la seconde moitié de l’armée de Lohik.

Ce fut un effroyable massacre. La cavalerie lourde du Kenshab fondit sur l’armée ennemie massée devant les portes, et abattit bon nombre de miliciens avant que les piquiers ne se mettent en position ; ceux-ci causèrent à leur tour des ravages dans les rangs du Kenshab. Puis les deux armées, tels deux monstres tentaculaires, se heurtèrent l’une à l’autre en grand fracas, et les forces étaient égales. Mais les survivants de Zultarath ressortirent de la ville et se joignirent à nouveau à la bataille. Un violent coup d’épée entailla l’épaule de Nafel. Une flèche érafla la tempe du sultan Jazareb, mais il n’en avait cure, tant il était absorbé dans la recherche de Lohik. Les deux armées se déchirèrent, et les pertes furent lourdes dans un cas comme dans l’autre.
En fin de compte, quand les derniers garadhrans prirent à leur tour la poudre d’escampette, il ne restait de la puissante armée du Kenshab qu’une force amoindrie et en piteux état. Nafel se consacra à retrouver Juna, qu’il avait à nouveau perdu lors de la deuxième sortie, et la trouva en compagnie de Basfeth, qui contemplait avec amertume le corps sans vie de Tanhez.
Jazareb retrouva enfin Lohik. Le pentarche avait tenté de fuir vers le nord, mais il boitait avec ostentation, une grande plaie béante dans la jambe droite. Le sultan le rejoignit et le fit tomber au sol d’une bourrade. Puis, il s’empara d’une hache qui traînait à côté et prononça les paroles mythiques :
- Sorry, Lohik.
Min, qui errait dans le voile de suie qui avait obscurci ses yeux, adossé au cadavre de son cheval, avait finalement réussi à enlever la flèche qui le taraudait. Et c’est lui qui rapporta, à la fin de la bataille, les paroles du souverain. Objectivement, Uzekath III n’avait pas de raison de se désoler de la mort de Lohik, son ennemi le plus acharné. La vérité était que ce dernier avait acquis la réputation, à force de combats téméraires, de désirer sa mort. C’est ce qui motiva sans doute le « souris, Lohik. » que lui adressa le sultan. Et voilà, encore une grande énigme de l’histoire résolue.
Ajoutons pour la petite histoire que Jazareb n’était pas très précis à la hache, et que le coup censé décapiter Lohik lui arracha la tête au niveau de la mâchoire supérieure.

Il ne restait qu’un petit millier de survivants dans l’armée de Zultarath, et les hommes valides ne se comptaient plus que dans les trois mille pour le Kenshab. Les plaines étaient jonchées de sang, l’herbe s’était couchée, comme écoeurée, et Zulkhin était heureux. Il enjamba comme si de rien n’était le cadavre de Jenk, son ministre, et vint féliciter le sultan.
- Vous êtes arrivés à temps, s’exclama-t-il avec chaleur. Sans vous, je ne sais comment les choses se seraient terminées.
Puis, avant qu’Uzekhat n’ait pu répondre, il partit rejoindre son armée et la regrouper. Aenin se rapprocha de son sultan et lui murmura quelque chose à l’oreille. Jazareb se retourna vers le reste de son armée glorieuse et lui ordonna de se remettre en rang. Un grand cliquetis métallique accompagna cette demande.
Zulkhin se retourna, surpris, juste au moment où les archers de Jazareb débutèrent le bombardement. Réagissant avec la vitesse que donne la surprise, il donna l’ordre pour la deuxième fois de se replier vers la ville.
Nafel empoigna pour la seconde fois Juna et, sans grande originalité, ils se glissèrent vers la ville, Basfeth sur leurs talons. Par chance, ils étaient proches de la muraille, et n’eurent pas de grandes difficultés à s’introduire à l’intérieur. Derrière eux, deux hommes s’effondrèrent, obstruant l’entrée. Zulkhin n’en était plus très loin.
Aenin ne l’entendait pas de cette oreille. Une légère blessure occasionnée par un Garadhran peu inspiré le gênait, mais pas suffisamment. Il avait repéré l’empereur parmi la masse grouillante de ses anciens « alliés » refluant vers la ville, et courba son long arc. La flèche qu’il utilisait était de la même livrée que celle avec laquelle il avait percé son « collaborateur » et « ami » Pazeb. Il bloqua sa respiration, se concentra consciencieusement malgré les fréquents déclics de flèches qui fusaient autour de lui, et transmit tout son art à se lancer. Il sourit, sûr d’atteindre sa cible pitoyable et relâcha doucement son étreinte sur la corde. La flèche fusa dans le ciel…

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Hop !
Joyeux Nowel

xbq
xbq
Niveau 6
31 décembre 2004 à 19:10:12

12.
…et se planta au milieu du front de Aenin, en plein dans son complexe de supériorité. Sa bouche émit un hoquet étranglé, ses yeux clignèrent de façon horripilante, et son cerveau se récria devant cette intrusion. Ses doigts lâchèrent son arc, relâchant la flèche, relâchant l’arme, et ses genoux ployèrent sous son poids soudain si éprouvant. Les archers voisins restèrent interloqués devant cette mort incompréhensible, et très vite, il n’y eut plus rien à comprendre : les flèches voltigeaient, d’un point indéfinissable, et entamèrent cruellement les rangs des archers de Jazareb.
Ce dernier, se protégeant d’un bouclier de bois en losange, ne perdit pas de temps et finit par repérer plusieurs archers, sur la façade des murailles de la ville.
Nephgûl accueillit assez orgueilleusement la mort de ce petit prétentieux d’Aenin, ce « chef de guilde » qui avait cru prendre possession de ses voleurs si facilement. Et puis, il y avait aussi le fait de viser entre les deux yeux à plus de 80 mètres, qui est toujours glorifiant.
Les voleurs étaient dans les murailles depuis le début du combat, ainsi que Nephgûl leur en avait intimé l’ordre. Il était du reste assez fier de toute sa manœuvre. Son soi-disant abandon, sa retraite paisible… Et il était fier de ses compagnons, qui ne l’avaient pas délaissé.
La guilde au grand complet tirait des murailles crayeuses de Zultarath. Un cri perçant retentit sur sa droite et une forme noire tomba à l’intérieur des fortifications, rappelant aux voleurs la supériorité des archeries du Kenshab.
- Concentrez-vous sur les archers, hurla-t-il. Les archers !
Il tira quatre fois, tuant quatre des meilleurs archers adverses. Il avait l’œil pour repérer les talents, ce qui n’était pas forcément un avantage. Pour les talentueux, s’entend.
Une flèche ricocha à quelques centimètres de sa tête sur un rempart ; apparemment, ce don n’était pas inconnu d’au moins un de ses ennemis. Nephgûl chercha Jazareb du regard, mais ne le trouva point.
La majeure partie des troupes étaient à présent en sécurité, sous les murailles. Si l’angle de tir n’était pas impossible, il exposerait grandement le tireur, et les quelques archers survivants parviendraient bien à régler le compte de ces imprudents. Uzekhat III pestait devant ce retournement inattendu ; il perdait à la fois un chef de guilde, un espion infiltré et un excellent archer. Mais Aenin n’était pas un élément irremplaçable, non : jamais. Ne jamais exposer au grand jour ce qu’on ne peut remplacer, lui avait dit un jour le vizir. Une question s’imposa dans son esprit : que faisait-il donc ici, lui, Jazareb ? N’était-il donc pas irremplaçable ?
La pensée continua son fil dans son esprit : le vizir n’était pas là, il y était. L’armée de Lohik était au départ à ce point nombreuse que l’affrontement contre chaque moitié avait amoindri ses soldats à trois mille âmes. Combien étaient-ils donc au départ, qu’une moitié d’armée puisse ainsi affaiblir ?
Il se souvint alors du traité de Manakhat XVI, le sultan qui l’avait précédé, ce bon vieux Yaothreb. Ce traité, signé de la main de Lohik, interdisait toute intervention armée sur territoire garadhran comme sur le sultanat. Les forces étaient égales, à l’époque. Puis sa mémoire le rappela à sa deuxième année de guerre civile, quand ses forces armées avaient pu contenir la populace entière de Xioshun, soit à peu près la même proportion d’hommes que celle qu’il avait affronté aujourd’hui. Certes, le peuple n’était pas aussi entraîné que l’armée de Lohik, mais les soldats de l’époque étaient alors divisés entre les différents concurrents au trône, et quand il avait pris le pouvoir, il avait aussitôt réunifié la nation, ce qui quadruplait au minimum le nombre de ses soldats.
Les avait-il compté, avant de partir ?
Ce n’était pas une question, en fait. Il avait fait confiance à son vizir – et ce depuis des années. Il s’était empâté, sûr de sa fidélité, sûr de cette chimère. Et il allait le faire payer à ce maudit traître.
Mais pour cela, il devait triompher ici. Car sans or, il n’aurait aucun moyen de pression sur ce nouvel ennemi. Il doutait du reste qu’on le laisse partir en paix, vu la situation actuelle.
- Aux portes, glapit-il avec plus de nervosité qu’il n’aurait voulu en transmettre. Le Kenshab survivra !
- Nous vaincrons ! hurlèrent d’une seule voix les soldats, en écho à leur général.

Les portes résonnèrent comme un gong. Au premier assaut, on crut les voir se désintégrer, réduites en planches éparses, mais elles tinrent bon. Le deuxième fut moins puissant, du fait des épaules endolories.
Zulkhin avait aussitôt déplacé les voleurs selon un quadrillage plus idoine ; pas un toit de la rue principale ne comportait moins de dix archers, et chacun était attentif. Le millier de combattants restants attendaient, dans les rues, que les portes veuillent bien céder. Nafel, Basfeth et Juna étaient vers l’arrière, et la peur commençait à grimper. Les portes ne tiendraient pas, il n’y avait pas de mystère. Et le combat était à 2 contre 3, fort peu encourageant.
Nafel repéra une porte ouverte, de l’autre côté de la rue. Déserter une armée qui l’avait enrôlé de force ne lui posait pas de problème, et mourir lui paraissait une perspective peu attrayante. Il prit Juna par la main et l’entraîna dans cette direction, sans qu’elle se débatte. Elle avait compris, elle aussi.
Le moment d’étonnement dépassé, Basfeth leur emboîta le pas. Il était au milieu de la horde de Zulkhin quand les portes cédèrent. Aussitôt, une grêle de flèches s’abattit sur les assaillants, et l’équilibre défavorable ne voulut plus rien dire. Il n’y eut plus que ce monde manichéen qui envahit les batailles. Dans un hurlement féroce, les quelques archers du Kenshab ripostèrent et les deux forces entrèrent en collision frontale, sur les débris des portes fracassées. Basfeth se retourna, attiré par le bruit, et évita de justesse une flèche qui lui arrivait dans le thorax. Il zigzagua comme il pût pour atteindre la maison où ses deux comparses l’encourageaient, et le cri se fit plus fort, mêlés d’autres cris, de cris d’horreur.
Basfeth entra dans la maison, heureux de vivre. Il se retourna en riant vers ses deux compagnons, et fut surpris de trouver leur regard peiné.
- Eh bien quoi ? s’exclama-t-il avec emphase.
La douleur le prit subitement, et il s’effondra avant d’avoir compris. La hache qui s’était plantée dans son dos n’avait curieusement pas agi de suite, l’adrénaline étant trop forte. Mais elle était tout de même mortelle. A l’instant où Basfeth mourut, Nafel crut entendre un cri de joie dans le lointain, mais ce devait être le vent.
Après quoi, sans autres fioritures, il entraîna Juna dans le fond du bâtiment et ils y restèrent, protégés, jusqu’à la fin du combat.

Les forces ennemies reculaient, mais les pertes étaient nombreuses ; ces maudits archers voleurs lardaient outrageusement les rangs de braves soldats du Kenshab. Jazareb était en quatrième ligne, à présent, et il avait déjà abattu six fantassins depuis la destruction des portes.
A ses côtés, les derniers archers du Kenshab tiraient sur les toits, d’une façon un peu désordonnée. Mais l’armée était tout de même nettement supérieure, aussi les rangs ennemis ployèrent rapidement, rétablissant l’équilibre. Il devait rester environ cinq cents gus à Zulkhin, estimait-il, et à peine moins d’un millier pour lui. Mais ces maudits combattaient avec acharnement, et il aurait bien du mal à s’en débarrasser entièrement.
En un instant, Zulkhin fut sur lui. Jazareb vit une lame se planter dans l’archer à sa droite, et se retourna juste à temps pour parer le coup de son bouclier. La lame crissa, des étincelles jaillirent et le sultan vit la face de son adversaire. Ce maudit tyran osait s’en prendre à lui, à lui-même !
Jazareb riposta en assénant un violent coup du plat de sa hache, encore ensanglantée du souvenir de Lohik, et Zulkhin fut projeté quelque mètres en arrière. Il se releva, embrocha de son épée un fantassin qui traînait, et fondit à nouveau sur le souverain. Le bouclier gémit à nouveau, et la lame resta plantée à l’intérieur. Zulkhin recula, surpris un instant, puis plongea à terre pour saisir un fléau d’armes abandonné. Jazareb éleva sa hache du haut vers le bas, mais ne rencontra que le pavé mal équarri du sol, Zulkhin ayant roulé sur le côté. Rageant, il lui adressa un violent coup vers le visage, et le sultan se protégea à nouveau de son bouclier. Il y eut un crissement déchirant, et la protection martyrisée céda, libérant l’épée enfoncée. Zulkhin s’en empara et fit un moulinet de son arme fétiche. Jazareb recula, horrifié, et appela ses soldats à l’aide. Un d’entre eux se présenta, bien sûr, mais Nephgûl, qui veillait à la scène, l’abattit bien vite.
Uzekhat III tomba à genoux. Il rampa à reculons, vers le mur, et tendit les mains en avant dans un dérisoire geste de clémence. Un instant après, ce fut fini.
Zulkhin brandit la tête dans sa main et, d’une voix de stentor, s’écria :
- Jazareb est mort ! Votre chef est mort, et vous le rejoindrez !
Galvanisés par cet appel, les derniers soldats de Zulkhin redoublèrent d’efforts et enfoncèrent bien vite les rangs démoralisés du Kenshab, toujours arrosé d’un déluge de flèches. Le sort de la bataille ne fut plus douteux bien longtemps.
Quand les derniers soldats du Kenshab se décidèrent enfin à fuir, ils étaient encore supérieurs en nombre ; les derniers cavaliers survivants pourchassèrent les fuyards, et bien peu d’entre eux regagnèrent leur patrie.

Après avoir écarté au loin la tête d’Uzekhat III, l’empereur Zulkhin retourna en plein combat et sa bravoure entraîna ses soldats à sa suite. Quand enfin la débandade parsema les rangs opposés, il saignait abondamment du flanc et avait une joue balafrée, mais rien n’aurait pu l’empêcher d’être heureux. Il avait gagné, il était toujours là, il le savait. Bien sûr, le prix à payer avait été lourd, mais il portait désormais une aura de héros, et son peuple s’en remettrait, il en était persuadé. Le règne de Zulkhin Ier serait long et digne de louange, et on le glorifierait sans fin dans les siècles des siècles.
Nephgûl se tenait sur le toit opposé, une flèche toujours encochée.
Zulkhin lui fit un signe de main, et se félicita intérieurement d’avoir conclu alliance avec la guilde ; son aide et son soutien avait été précieuse en ce jour.
Il se demandait d’ailleurs comment Shazaraad avait pu commettre l’erreur de ne pas s’assurer de l’assistance de la guilde ; un organisme pareil était une arme terrible, il devait tâcher de s’en souvenir.
Nephgûl n’avait toujours pas débandé son arc. Il le regardait, une drôle de lueur dans le regard. L’espace d’un instant, un doute traversa le regard de Zulkhin, et son sourire béat disparut. Il plongea sur le côté, mais Nephgûl était patient ; il n’avait pas encore relâché son trait. Il attendit que l’empereur soit sur le sol, au milieu de ses soldats stupéfaits, pour tirer. La flèche se planta juste au-dessous de son plexus, s’insinuant sous une pièce d’armure, perforant les entrailles du malheureux. Puis, le voleur se retourna, sauta de son perchoir et disparut dans une ruelle adjacente.
Zulkhin était adossé au mur, à côté du corps écimé de Jazareb, l’air morose.
Quan, toujours vivant malgré les circonstances, s’approcha de lui.
- Vous survivrez, majesté, lui assura-t-il.
Mais sa voix trahissait bien moins de certitude.
- Quan…
Faiblesse. Il détestait ça. Il se rembrunit, et d’une voix qui lui sembla forte mais qui se réduisit à un murmure, lui dit :
- Ce n’est pas possible.. J’étais censé être le héros..
Puis sa tête glissa sur le côté et son souffle s’éteignit.

Deux silhouettes inconnues contemplaient le carnage du haut d’un balcon du palais. Stylé, non ? Dommage que ces deux silhouettes soient Emerkhar et Ada, tous deux connus de longue date, rendant ma phrase désuète, mais j’avais quand même envie de la placer.
L’ex-ministre était accoudé à la rambarde, et adressait un sourire carnassier à l’ex-espionne assise sur une chaise ouvragée.
- Bien joué, très cher, lui dit cette dernière en réponse à son exaltation muette.
- Je dois avouer que nous nous sommes surpassés, nota-t-il. Comme Zulkhin aurait enragé de savoir que tout ce temps, nous sommes restés au palais. Je regrette simplement de ne pas avoir eu aussi le vizir. Il s’en tire bien, celui-là.
Ada, sans se départir de son sourire, posa une question intéressante.
- Puis-je tout de même savoir la finalité de tout ceci ? Tous ces morts, tout ce sang, et vous n’avez aucune chance de recouvrir ces terres.
- Voyez-vous, Ada, cela fait bien longtemps que je n’avais plus d’emprise sur ces dites terres. Zulkhin n’a fait qu’envenimer les choses, mais l’alliance des Balkirites et du Kenshab nous aurait forcément défaits.
- Et alors ?
- Et alors, je suis mauvais perdant, et ça m’aurait ennuyé que les liens secrets entre moi et le guilde ne servent jamais à rien, car Nephgûl est quand même un formidable personnage, admit-il avec ce même sourire dérangeant. Et je suis sûr que tous les pauvres hères innocents qui ont défunté en ce jour savent bien que ça n’avait rien de personnel.
Ada rit franchement.
- Vous êtes impossible, Shazaraad.
- Je sais.
- Cet épilogue est en quelque sorte une morale, reprit-elle d’un air sérieux. Tous les mauvais hommes attirés par l’avidité à Shaztarath sont morts, et leurs visions déchues. Et c’est le méchant tyran du départ qui gagne… Quoique, vous ne gagnez pas, ça ne colle pas si bien, nuança-t-elle, comme déçue.
- Les générations futures mettront bien longtemps à reconstruire nos pauvres empires, Ada, et peu me chaut ; après tout, il ne s’agit là que d’une histoire d’avènement qui a mal tourné. La naïve gloire qu’on croit retirer de ce genre d’événements est tardive, dans le temps comme dans l’espace. Et si certains sages peuvent arguer connaître les limites que doivent s’imposer les hommes, Dieu seul pourrait, sur cette terre, imaginer quelque chose d’aussi dangereux qu’un avènement.
Puis, Shazaraad frissonna.
- La brise fraîchit. Rentrons.

---

Fini. ça m´a fait tout bizarre, mais bon, voilà.
Bon courage si vous lisez, et commentez plz^^

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
01 janvier 2005 à 13:40:38

Voilà, une des plus belles fics du forum se termine.
J´avour avoir du mal avec les personnages et les différents " groupes" que je confonds souvent, une relecture plus calme et posée me sera nécessaire pour mieux appréhender.
Mais le récit demeur splendide, comme je te l´ai toujours dit.
Je suis content d´avoir réussi à amener d´autres lecteurs sur ce topic qui le mérite amplement, merci xbq pour cette magnifique histoire.

xbq
xbq
Niveau 6
02 janvier 2005 à 14:14:21

Merci surtout pour ta fidélité^^
A vrai dire, sur les 3 forums ou je l´ai postée, tu es la seule personne à m´avoir donné un commentaire plus loin que le chapitre 10.
C´est sympa

ClarenceSeedorf
ClarenceSeedorf
Niveau 10
02 janvier 2005 à 14:17:01

Ha c´est vrai xbq , j´avais oublié cette fic , il faut que je lise , absolument ! Ce sera fait avant ce soir .

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
02 janvier 2005 à 14:18:03

Je n´aime d´habitude pas le style que tu as adopté pour ta fic(fantasy, truc dans le genre), mais la tienne est particulière. Tu as réussi a me passionner dans ce genre, c´est un tour de force! lol^^
Ton écriture m´a poussé à continuer, c´est un réel plaisir de te lire, tout coule si naturellement... Un grand bravo encore.
De rien donc!

xbq
xbq
Niveau 6
03 janvier 2005 à 20:21:49

Allez je :up: un coup, pour voir

-Le-Chat-
-Le-Chat-
Niveau 1
06 avril 2005 à 16:02:16

Moi j´ai adoré ta fic

Maaaaaaaaaaaaw

xbq
xbq
Niveau 6
06 avril 2005 à 16:17:55

Super, Atomix, pour une fois que j´ai pas envie qu´une de mes fics se up tu me le fais, sympa ^.^

Bon, Info - cette fic et ce topic ne sont plus d´actualité. Je suis en train de la corriger, en mieux j´espère, et je posterai un nouveau topic pour ça. Alors laissez couler plz :-)

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