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l'arme à gauche

Hyper_Taupe
Hyper_Taupe
Niveau 7
16 mai 2008 à 18:30:31

J’ai cru un instant faire un constat amer que mon indécrottable optimisme et mon intolérable foi en l’avenir radieux plein de commodités sans fils et de métastases que nous promet la science m’avait jusqu’à lors caché. J’ai cru affronter la triste vérité de l‘appauvrissement de notre société. Pourtant, Dieu sait que nous, nantis issus de la petite bourgeoisie satisfaite et suffisante de ce pays, sommes à l’abri de cette pauvreté révoltante, tellement hideuse que c’est par pure hygiène que nous refusons aux mendiants plus ou moins métropolitains la pièce qui nous servira à acheter de quoi crever lentement dans notre cholestérol. Nous détournons donc les yeux de ces pauvres hères en trouvant je-ne-sais-quoi de subitement passionnant dans les affiches baveuses du métro, vantant les mérites comparés des voyages à bas prix à l’autre bout du monde, des dernières superproductions du cinéma de complaisance, et de tout ce qui est censé faire s’éloigner le comptable moyen de son morne quotidien, qui se compose d’un mélange de noir costume et du blanc de la faïence souterraine, bref d’un gris d’ordinateur.

Mais comme j’avais commencé à le dire avant d’être grossièrement interrompu pas des digressions d’adolescent pré pubère au demeurant peu originales, j’ai cru que la société s’appauvrissait. Ne voit-on pas, dans nos rues, sous nos fenêtres, et même dans les plus respectables de nos établissements scolaires des jeunes aux cheveux longs, sales et gras, vêtus de haillons innommables ? La pauvreté s’insinue décidément partout. Certains mêmes, et c’est bien là la politesse du désespoir, osent arborer quelques slogans révoltés contre cette société qui les réduit en un tel état, d’autres distribuent des tracts appelant à des manifestations se voulant unitaires où ils s’amuseront à jouer gaiement du tam-tam en chantant que le Che est vivant. Les indigents s’organisent, ils sortent la tête de la pauvreté et ont le courage de faire face à l’oppresseur, c’est-à-dire à un conglomérat vaseux plus ou moins hypothétique de grands patrons et autres ronds de cuir dont la simple évocation donne de l’urticaire - rouge, comme par hasard - au militant lambda de l’amicale de la lutte finale et des casquettes Ricard.

Oui, me disais-je, mais ce n’est pas de leur faute. Ils vivent certainement dans la rue et n’ont un accès régulier ni à des douches ni à une culture et à une information dignes de ce nom. Je faisais pourtant erreur. Après l’expression extatique de leur révolte contre la société, au dos décidément surdéveloppé, ils s’en vont, avec l’air satisfait de celui qui s’imagine qu’il est en train de refaire le monde, vous savez cet air niais de contentement que l‘on ne retrouve vraiment que dans les yeux humides de celui qui vient de perdre son pucelage. Ils rentrent ensuite chez eux, dans leur grand F5 que leur femme de ménage a eu l’obséquiosité d’évacuer avant leur venue. Ils méditent un peu sur l’instabilité des choses de ce monde, s’en vont parfois faire du shopping dans un festival artisanal népalais ou dans des boutiques hors de prix où l’on paie plus cher pour que les vêtements aient cet aspect dégueulasse. Je vous assure, ces gens-là ont accès à une douche ainsi qu’à des sanitaires mais ils cultivent sciemment la pauvreté de leur look et de leur pensée.

La question qui se pose est alors : pourquoi ? A l’heure où, même dans les plus humbles de nos banlieues, chacun a de quoi se loger, se nourrir, se vêtir, et même de quoi payer le forfait mensuel de leur machine à cancer, pourquoi donc cet élan gluant de solidarité nauséabonde avec les clochards ? Il semble de prime abord que ce look soit indéfectiblement attaché aux factions les plus extrême de la gauche honnête et humaniste qui refuse catégoriquement de collaborer avec les puissances du capitalisme mondial mais qui n’a pas hésité à collaborer, sur les ordres d’un vieillard moscovite sénile, avec un allemand autrichien tout aussi timbré que lui. Bref, cet aspect minutieusement étudié pour avoir l’air négligé est idéologique. Il suit une envie irrépressible de se distinguer du commun des mortels. S’habiller en guenilles c’est anticonformiste. Comme quoi, même l’idéologie de masse la plus crasse essaie de faire croire à chacun qu’il est unique (critique que ces Lénine de bac à sable n’hésiteront pas à appliquer à la société de consommation plutôt qu’à eux-mêmes).

Je me permet tout de même d’insister sur ce point auprès des bonnes âmes qui penseraient encore que je plaisante et que je ne les déteste pas vraiment. Les vils épanchements sudoripares de ces crétins harangueurs, de ces hypocrites casuistiques et de ces lanceurs de slogans ou d’autres pensées en conserve, rejoignent le scatophile lacanien dans une admiration béate pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la merde.

D’ailleurs, je puis m’enorgueillir de m’être aliéné l’inimitié de tout ce que mon arrondissement compte comme militants. C’était durant la dernière campagne présidentielle. Un meeting prétendument unitaire avait réuni des orateurs des deux gauches qui devaient chacun souligner ce qu’ils avaient en commun, c’est-à-dire bien peu de choses. J’eus l’exécrable idée de me mettre dans les premiers rangs. Et lorsque l’un d’entre eux monta à la tribune pour y baver la même rengaine surannée que ses prédécesseurs, je fus bien malgré moi pris d’une violente colique qui m’obligea à me lever et à partir rapidement. Je sentis dans mon dos le regard du cuistre dépité de n’avoir dit mot qui me foudroyait, tandis que l’assistance me mirait avec des yeux aussi ronds que le point final que j’ai mis ce jour-là à mon engagement politique.

__________________________________________________
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Plus haineux que vraiment drôle, j'en ai bien peur. Le style de Monsieur D. s'éloigne dramatiquement tandis que je me complais à conspuer tout ce qui m'entoure dans des lieux communs exceptionnellement banals. :o))

Reste à savoir si cela peut plaire à un lecteur. C'est vrai, quoi, la provocation n'a plus d'intérêt puisqu'aujourd'hui tout le monde en fait. :-)))

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
16 mai 2008 à 18:37:25

"J’ai cru un instant faire un constat amer que mon indécrottable optimisme et mon intolérable foi en l’avenir radieux plein de commodités sans fils et de métastases que nous promet la science m’avait jusqu’à lors caché."

4 lignes sans la moindre virgule, avec des relatives et des coordonnées à la pelle, et une magnifique faute de phonétique sur les derniers mots. Pas motivé pour lire la suite maintenant, je ferai ça d'ici une heure ou deux.

[Cam]Ron
[Cam]Ron
Niveau 5
16 mai 2008 à 19:17:12

Ton texte est plutôt sympa à lire malgré quelques lourdeurs. J'ai souri plusieurs fois. ^^

Mais je rejoins complètement LeClochard sur la première phrase qui est ratée. A cause de ça, on a un petit peu de mal à rentrer dans le style du texte. Surtout que le style des Chroniques était orale, à l'écrit cela passe moins bien, le lecteur a bien plus de mal que l'auditeur.

J'ai bien aimé le faux quiproquo du début qui est assez bien trouvé mais je pense que tu es quelque part un peu trop vulgaire là où Desproges savait rester poète, même dans la plus ordinaire des haines. :)

En fait je te rejoins ^^ tu es plutôt haineux et provocateur que drôle, et surtout... tu fais de la politique ! alors que Desproges se voulait être un artiste dégagé. :-)

neokobaya
neokobaya
Niveau 18
17 mai 2008 à 12:38:39

que dire de plus puisque tu as fait pertinemment ta propre autocritique : c'est un billet d'humeur qui manque d'humour.
tu as su passer les erreurs de ton premier texte qui consistait à reprendre telles quelles des expressions desprogiennes et tu maitrises plutôt bien son vocabulaire. Mais il te manque encore des images, expressions et métaphores humoristiques pour désamorcer le sérieux de la charge par des pirouettes dérisoires

sans me vanter (parce c'est un de mes textes dont je suis le plus fier), tu peux lire une tentative de desprogisme, quej'espère réussie, ici :
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-118541-1-0-1-0-0.htm

Hyper_Taupe
Hyper_Taupe
Niveau 7
18 mai 2008 à 11:01:29

Ce que tu appelles humblement une "tentative" est plus que réussie et je le savais d'autant plus que ton blog de gamekult est dans mes favoris depuis que tu as fait ce topic, l'année dernière.

D'ailleurs, avant de t'avoir lu, je croyais qu'il était tout simplement impossible d'atteindre le niveau de Pierre Desproges. C'est toi qui m'a donné envie d'essayer de l'imiter.

Mais je crois que tu es passé à côté de mon précédent texte, plus court mais bien plus drôle que les deux autres. ^^

https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-134067-1-0-1-0-0.htm

Negatum
Negatum
Niveau 10
18 mai 2008 à 17:36:09

J'avais lu le texte de neobakaya, que j'avais trouvé pas mal de mon coté :-) Je n'ai pas encore lu celui-là, mais ça ne saurai tarder.
C'est juste pour indiquer que, parmis les différentes tentatives de Desproges-likes que j'ai lu sur internet, la plus réussie reste le blog comment-ecrire-un-roman, d'Aloysius Chabossot (On ignore qui c'est, mais le monde avait dit que c'était un journaliste, 'fin bref). Une ironie mordante, un style génial, une élégance et une auto-dérision qui forle parfois les plus grands coup de génies de Desproges, ce gas-là est trop bien :-) (Asp Explorer est pas mal aussi, mais son style diffère vachement de Desproges, et se perd dans ses images débiles et son sur-geekisme parfois). Enfin, bref, je vous laisse découvrir, quoi :-)
http://comment-ecrire-un-roman.over-blog.com/

neokobaya
neokobaya
Niveau 18
19 mai 2008 à 22:32:02

Damned ! j'aurais donc un lecteur ? il me va donc falloir me sortir le stylo du cul pour en être digne et que je finisse mon étude sur le Cochon d'Inde et ma parodie de la Bible
mais je dois avoir un vieux texte qui traîne qui pourrait être intéressant

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