un petit article de mon blog, en hommage à Desproges :
La minute du réquisitoire de la haine à l’usage des rustres et des bien nantis
En parcourant mon blog (oui, j’aime beaucoup lire les grands auteurs), je me suis avisé que mon dernier article remontait à un temps où Mathusalem suçait encore le pouce de qui voulait se prêter à ses perversités pas très catholiques.
Les occasions de se narrer étant rares, telle la vérole sur Kolwezi ou la Légion sur le bas-clergé, je saute donc sur la sus-dite occasion pour vous conter une mienne anecdote dont la totale invraisemblance s’explique aisément par le fait qu’elle est totalement inventée.
La journée avait parfaitement commencé : Sarkozy n’était pas encore Président et, entre les nuées saturées d’hydrocarbures qui conféraient à Paris son cachet envié de capitale moderne où les nourrissons ont plus de chance de mourir d’un emphysème que de malnutrition, un riant soleil annonçait de ses rayons le retour des beaux jours et d’Emmanuelle Béart à poil en couverture de Elle.
Je vaquais alors de mon allure inexorable à des occupations qui ne concernent que moi et mon médecin psychiatre, voire à l’extrême rigueur mon blanchisseur les fois où j’ai été particulièrement inventif.
La veille encore, je m’étais rendu au cimetière pour rendre visite à ma grand-mère qui, par la faute d’un climat plus détraqué qu’un phytophile en pleine séance d’astiquage de tige sur la page centrale de Maisons et Jardins, avait contre toute attente passé l’hiver mais pas l’été. Histoire de joindre l’agréable à l’utile, j’en avais profité pour aller sur la tombe de Pierre Desproges voir quelles fleurs du mal poussaient en terrain si fertile.
Cédant à un fanatisme des plus primaires qu’on ne rencontre plus guère que chez les jeunes de l’U.M.P. si vous me permettez cet hardi oxymore, je m’étais même surpris à y déposer ma gerbe, après bien sûr en avoir ôté la bannière qui déclamait en lettres dorées à quel point le quatuor à cordes municipal de Vincerre-sur-Auxois n’oublierait jamais Frédéric Chopin, le voisin d’allée le plus illustre de l’humoriste jusqu’à l’arrivée de Michel Petrucciani, le célèbre pianiste handicapé à ne pas confondre avec Richard Claydermann qui, lui, n’a aucune excuse pour jouer comme ça.
Voilà pourquoi, désireux de dérider des zygomatiques qui n’avaient guère eu l’occasion de travailler depuis la dernière rediffusion de la mort de Jean-Paul II, j’avais décidé de me rendre par cette belle journée dans un de ces temples de la consommation culturelle qui fleurissent dans les centres-villes avec le même entrain qu’un mélanome sur une cuisse de maître-nageur. Là, je me rendis au rayon des spectacles dits d’humour, dénomination par ailleurs parfaitement mensongère puisqu’on y trouve aussi Elie Kakou et Laurent Gerra.
Avisant un vendeur qui traînait par là avec cet air faussement occupé que se croit obligé d’arborer le camelot de base lorsqu’un client ose l’interrompre dans sa partie de Tetris, je m’adressai à lui avec la courtoisie empreinte de simplicité qu’il convient d’arborer quand on est malheureusement obligé d’établir le contact avec des gens du peuple et qu’on a malencontreusement oublié ses verroteries à la maison :
- Holà mon bon ! point n’auriez-vous en vos étals la dernière galette vidéonumérique du sieur Desproges, loué soit son nom sur 7 générations ?
- Qui ça ? Devos ? Non, j’ai pas, mais si vous voulez j’ai le dernier Elie Semoun
me répondit le cuistre avec autant d’à-propos qu’un pétomane dans un repas de première communion en me montrant le linéaire qui affichait sur plusieurs mètres la tronche épanouie de l’imbécile susnommé.
Comprenez-moi bien, tout antisémitisme naturel mis à part, je n’ai rien contre ce sympathique bouffeur à tous les râteliers audiovisuels : je sais voir le talent là où il est et je me dois de reconnaître qu’il est presque aussi bon comique que chanteur de bossa-nova, mais je lui préfère quand même son ancien duettiste Dieudonné, ne serait-ce que pour l’acuité et la pertinence de sa pensée politique qui, de sa présentation aux législatives de Dreux contre Marie-France Stirbois à sa récente participation à un congrès du FN, ne lasse pas de m’étonner par la cohérence de son parcours.
- et en plus ici on achète, on ne loue pas, et encore moins sur 7 générations, crût bon d’ajouter le boutiquier approximatif, m’apportant une ultime preuve, au demeurant inutile, de la vacuité toute durassienne de son esprit simple, dont le manque de profondeur n’était pas sans évoquer les meilleures saillies de Frédéric Beigbeder.
Peut-être était-ce là ce qui pouvait passer pour une pointe d’humour dans ces milieux de basse extraction qui trouvent normal que Jean-Pierre Pernaut ait une carte de presse ou qui pensent être de gauche en votant Ségolène, mais force m’est d’avouer que c’est à ce moment là que, malgré mon anticommunisme primaire aussi désuet qu’un gag de Karl Zéro dans la mesure où on compte désormais dans le monde moins de cocos authentiques que d’anciens Nazis planqués par l’église catholique, et à cause d’une forte propension conjuguée à l’écologisme et au daltonisme, j’ai vu plus rouge qu’un morpion dans le slip du Père Noël.
Vous n’imaginerez jamais tout ce qu’on peut faire avec un éclat de DVD bien aiguisé quand on a un peu d’imagination, des rudiments d’anatomie et pas peur de se salir mais sachez seulement que Le Nouveau Détective m’a attribué le Poutine d’Or du plus joli meurtre, catégorie « y’en a plus dehors que dedans »
Donc voilà, mesdames et messieurs les jurés, je suis coupable mais mon avocat vous en convaincra mieux que moi et s’il le faut je suis prêt à rembourser la moquette.