Le lendemain, Holmes et moi décidâmes d’interroger tous les lanceurs de couteaux de Londres. Nous nous répartîmes la tâche sur plusieurs jours.
Une semaine et demie plus tard, après maintes interrogations, nous n’avions que trois réels suspects.
Nous nous rendîmes chez le premier, un certain Alexander Shale.
En entrant chez lui, nous le surprîmes en plein entraînement.
C’est alors qu’Holmes s’écria :
- Inutile de l’interroger, cet homme est innocent.
Nous nous excusâmes de notre intrusion et sortîmes aussi vite que nous étions arrivés.
Une fois dehors, je demandais à Holmes de m’expliquer comment il avait déduit qu’Alexander Shale était innocent :
- Vous avez peut-être remarqué mon cher Watson, la façon dont le crochet a tournoyé dans les airs, le jour de la mort de Bryan Nybb.
- Heu, non, répondis-je.
- Hé bien, si un crochet, dans les airs, tourne de cette façon, cela signifie que c’est un gaucher qui l’a lancé. Nous aurions, aussi, pu nous servir de son inclinaison, nous serions arrivés à la même conclusion.
- Intéressant, mais je ne vois pas en quoi cela vous a permis de déduire que…, commençai-je, mais je fus interrompu par Holmes.
- Alexander Shale est droitier, répondit-il simplement.
- Mais bien sûr ! Vous avez raison ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
- Cela, je me le demande Watson, fit Holmes d’un ton moqueur.
Une rue plus loin, nous nous séparâmes, je retournai chez moi et Holmes à Baker Street.
Le lendemain, vers sept heures du matin, j’allai chez mon ami.
Une fois à sa porte, je sonnai. Il fallut à Holmes au moins trois minutes pour aller m’ouvrir. Je n’aurais pas dû arriver à une heure si matinale.
Malgré tout, Holmes me proposa de déjeuner avec lui. J’acceptai et il me conduisit dans son salon où déjà, deux couverts étaient installés.
Je comprenais maintenant pourquoi Holmes m’avait fait attendre ; il savait que j’allais accepter son invitation et il avait pris le temps de préparer un petit déjeuner.
Nous discutâmes, tout en mangeant, de ce que nous allions faire de notre journée :
-Nous pourrions rendre une petite visite à nos deux suspects restants, proposai-je.
- Oui, effectivement, répondit Holmes, mais il faudra rester sur nos gardes, je suis sûr que le ‘’Serpent’’ est l’un d’eux.
- Vous avez raison, dis-je, je vais prendre mon pistolet, on ne sait jamais. Peu après, nous nous levâmes et je débarrassai la table pendant que Holmes allai faire sa toilette.
Un quart d’heure plus tard, nous étions partis. Nous nous dirigions vers la maison de notre premier suspect de la journée.
Un homme du nom de Sean Keth.
Celui-ci habitait une petite maison coincée entre une épicerie et un ancien magasin de chaussures.
Quand nous sonnâmes à la porte, un grand homme blond vint nous ouvrir.
Il portait une grande chemise blanche et un pantalon beige. A ses mains, deux gros gants de cuir noir luisaient à la lumière du soleil.
- Entrez, entrez, Mr Holmes, je vous attendais, fit Sean Keth. En pénétrant dans la maison, nous vîmes des dizaines de couteaux et poignards rangés consciencieusement par ordre de taille sur les étagères.
Le suspect nous fit asseoir et nous proposa une tasse de thé.
Nous acceptâmes et l’homme sortit d’un placard trois tasses qu’il disposa autour de la table. Ensuite, il alla chercher le thé puis nous le servit.
Tout en buvant, je regardai autour de moi, impressionné par l’imposante exposition de couteaux.
Tout à coup, la sonnette d’entrée retentit.
Sean Keth alla ouvrir et nous découvrîmes à notre grande surprise un petit garçon demandant un autographe. Le lanceur de poignards signa et referma la porte en esquissant un sourire à l’enfant qui repartait.
En s’asseyant, Sean Keth nous expliqua qu’il était très populaire dans son quartier. C’est pour cela que beaucoup de personnes lui demandaient des autographes. Il y avait cependant quelque chose d’autre que j’avais remarqué :
Sean Keth avait signé l’autographe de la main droite.
Je vis que Holmes aussi l’avait remarqué et nous trouvâmes un prétexte pour partir.
En sortant, je demandai à Holmes :
- Nous pouvons maintenant aller voir Karl Malby, le troisième suspect et sans aucun doute, le ‘’Serpent’’.
- Je ne suis pas aussi sûr que vous, Watson que ce Karl Malby soit le ‘’Serpent’’. D’ailleurs, il y a quelque chose que je dois vérifier.
Nous fîmes demi-tour et retrouvâmes le petit garçon qui avait demandé un autographe, il jouait avec ses copains.
Nous lui posâmes quelque questions et apprîmes que ses amis avaient eux aussi des autographes. Après les avoir examinés de plus près, nous vîmes que l’autographe du premier garçon était beaucoup moins net et le trait moins droit.
Holmes demanda s’il pouvait les prendre en échange de quelques pièces pour qu’ils aillent s’acheter des friandises.
Les enfants acceptèrent et nous rentrâmes à Baker Street.
Le soir même, nous n’avions même pas pris la peine d’aller interroger le troisième suspect.
Holmes avait observé que les deux autographes n’avaient sans doute pas été écrits avec la même main.
- Donc, Sean Keth n’a pas utilisé la même main que d’habitude pour signer l’autographe quand il était devant nous.
- Hé, oui Watson, mais j’ai également découvert autre chose ; Sean Keth, si on change l’ordre des lettres, cela donne : The Snake ! Ce qui signifie le Serpent.
- C’est donc lui le ‘’Serpent’’ !
- Sans aucun doute Watson. Mais il reste encore à l’arrêter.
- Est-ce que je préviens la police ? Demandais-je.
- Non, inutile. J’en fais mon affaire. Répondit Holmes d’un ton grave.
Nous retournâmes rapidement chez Sean Keth.
En arrivant, nous trouvâmes la porte ouverte mais aucun signe de Sean Keth.
Dans le salon, sur la table, Holmes trouva un message. Il le lut à haute voix :
Mon cher Holmes.
Je vois que vous avez retrouvé ma trace. J’ai longtemps cru que personne n’y parviendrait jamais et c’est pour cela que vous m’impressionnez beaucoup.
Je vous laisse donc une chance de me capturer. Venez ce soir même, au cimetière, à minuit.
Je vous attends
Sean Keth dit le ‘’Serpent’’.
P.S. : Il est inutile de vous cacher mon nom puisque vous le connaissez déjà.
C’est ainsi, que, le soir même, à minuit juste, nous pénétrâmes dans le cimetière.
Mais, à peine Holmes avait franchi le portail, en forçant le passage devant moi, qu’un crochet de serpent caractéristique siffla dans l’air et fini sa course : dans la gorge de Holmes ! ! !
Je m’attendais à ce qu’il meure, devant mes yeux, lorsque je vis le crochet tomber par terre.
Holmes se tourna vers moi, bien vivant. Il souleva son col et je pus voir ce qui l’avait sauvé : un large collier d’acier brillait autour de son cou à la lueur de la lune. Je ne le vis que très peu de temps car déjà, le ‘’Serpent ‘’s’apprêtait à envoyer un autre crochet, mais cette fois, dans le corps de Holmes.
Mon ami plongea et fort heureusement, le crochet le rata, mais de quelques centimètres seulement.
C’est à ce moment que je décidais d’intervenir ; j’empoignai mon revolver et tirait. Ma première balle toucha le ‘’Serpent’’ au poignet gauche. Je tirai une seconde fois, cette fois, je le touchai à la jambe. Privé de toutes possibilités d’évasion, nous allions pouvoir procéder à son arrestation. Je rejoignis Holmes et l’aidai à se relever. Ensuite, nous nous dirigeâmes vers le corps du ‘’Serpent’’.
Ce dernier avait enlevé son masque, et, comme nous l’avions prévu, le ‘’Serpent’’ était bien Sean Keth :
- Vous m’avez eu, cette fois. Il faut que vous me soigniez, je vous en supplie, et je vous raconterai tout.
Sans dire un mot, Holmes et moi soulevâmes le blessé et l’amenâmes jusque dans un canapé de Baker Street où le Serpent raconta sa version de l’histoire :
- Quand j’étais enfant, j’ai été piqué par un serpent d’une espèce inconnue.
Pour empêcher le venin d’arriver au cœur, mes parents me firent un garrot.
Mais de jour en jour, ma main devenait de plus en plus grosse puis, cela s’arrêta. Au bout d’un mois, elle retrouva sa taille normale, mais ma peau, des doigts jusqu’au garrot, avait pris l’aspect rugueux des écailles d’un serpent !
Je ne voulais plus retourner en classe car tous les élèves se moquaient de moi et m’appelaient le ‘’Serpent’’.
Mes parents ne pouvaient me faire soigner car nous étions pauvres, très pauvres. Aucun médecin ne voulait s’occuper de moi.
Un jour, des hommes proposèrent à mon père de me soigner, à condition qu’il aille travailler dans une mine menaçant de s’effondrer. Mon père accepta mais, il ne revint jamais de sa première expédition dans les entrailles de la terre.
Ces hommes refusèrent pourtant de donner à ma mère l’argent qui aurait permis de me faire soigner, prétextant que mon père n’avait rien fait dans la mine.
Peu de temps après, ma mère mourut de chagrin. N’ayant aucune famille pour s’occuper de moi, je fus placé dans un orphelinat. Un mois après, je m’échappai de ma ‘’prison’’ et restai, pendant plus d’un an, à errer sur les routes jusqu’à ce que je sois recueilli par une troupe de Tziganes.
En quinze ans, sous la tutelle d’un lanceur de couteaux, j’appris l’art qui allait bientôt me permettre d’assouvir ma vengeance.
Je me donnai un nouveau nom qui bientôt, serait respecté. Je devins Le ‘’Serpent’’. Mais il me fallait aussi un nom que j’utiliserais tous les jours. Je choisis Sean Keth, l’anagramme de ‘’The Snake’’.
Il y a huit ans de cela, je quittai ‘’ma famille d’adoption’’ pour partir à la recherche des‘’assassins’’ de mes parents. Je les traquai, un à un. Je prenais un malin plaisir à leur faire peur, en leur envoyant des lettres, jusqu’au jour fatal où je leur envoyai un des ces crochets, que, vous avez, je suppose, pris le temps d’étudier.
Les uns après les autres, ils mouraient. Jusqu’au jour où ce Bryan Nybb m’a vu tuer son collègue. Ce dernier, comme vous vous en doutez faisait partie des hommes que je devais éliminer. Par contre, Bryan Nybb était juste là au mauvais moment. Mais il avait vu mon visage et je ne pouvais prendre le risque qu’il me dénonce.
Il réussit pourtant à s’enfuir et je le recherchai pendant près de six ans. Quand je le retrouvai, il savait déjà qui j’étais. Il fallait que j’agisse vite. Je lui envoyai une lettre indiquant qu’il allait bientôt mourir car, pour le tuer, il fallait qu’il sorte de chez lui, et ce fut le seul moyen que je trouvai puisqu’il ne quittait presque jamais son domicile. Heureusement pour moi, il n’eut pas le temps de dévoiler mon nom mais je savais déjà que vous me retrouveriez. Vous, le grand Sherlock Holmes. Lors de votre première visite chez moi, je portais des gants. Je suppose que vous savez pourquoi. Pour cacher ce qui à causé la perte de mes parents et celle de leurs assassins.
Sean Keth enleva son gant, et nous pûmes voir sa main. On aurait vraiment dit de la peau de serpent.
- Vous pouvez maintenant vérifier que je ne mentais pas !
Holmes et moi avions les yeux fixés sur la main du ‘’Serpent’’.
- Si cela ne vous dérange pas, je vais remettre mon gant. C’est la première fois depuis vingt ans que je montre ceci.
- Je vous en prie, fit Holmes. Est-ce que vous avez autre chose à nous dire ?
- Non, fit Sean Keth. Mon seul regret est qu’il me sera impossible d’assouvir complètement ma vengeance puisqu’un des assassins de mes parents vit encore.
- En effet, vous avez raison. Mais je suis obligé de vous conduire à Scotland Yard. Votre sort ne dépend plus de moi à présent.
- Vous ne me laissez donc pas le choix, répondit le ‘’Serpent’’.
Ce dernier empoigna un de ses crochets et l’envoya de toutes ses forces dans ma direction sans m’atteindre toutefois. Un bruit assourdissant retentit derrière nous : La vitre venait de voler en éclat. A peine nous étions nous retournés vers l’agresseur que nous le vîmes prendre son élan malgré ses blessures et sauter par la fenêtre maintenant brisée.
Holmes et moi bondîmes à sa poursuite. Nous étions à peine sortis que Sean Keth plongeait dans la Tamise, qui coulait non loin de là.
Nous nous précipitâmes vers le bord, mais il était déjà trop tard ; Son corps ne réapparaissait pas : il s’était sans doute noyé, préférant ce sort que la prison.
Quinze jours plus tard, en lisant le journal, je découvris qu’un homme av ait été retrouvé mort, un gigantesque crochet de serpent dans la gorge. Je m’empressai de montrer cela à Holmes qui semblait déjà être au courant.
- Pour moi, Watson, l’affaire est résolue.
C’était sans doute le dernier crime du ‘’Serpent’’.
Si vous l´avez lu, dites-moi ce que vous en pensez .