Extrait du livre "Jusqu´où va-t-on descendre ?" d´Alain Soral
La liberté, c´est la liberté d´entreprendre, soit de se hisser au-dessus des autres... et de les exploiter.
L´égalité, c´est au contraire l´empêchement de cette exploitation possible et inéluctable, soit une atteinte...à la liberté.
Les libéraux, du haut de leur vision individualiste, ont bien vu l´irréductible contradiction des deux termes ; concluant, en défenseurs de la liberté individuelle, qu´il fallait lutter contre l´égalité, ferment totalitaire.
Quant aux socialistes internationalistes, ils concluent, au contraire, qu´il fallait abolir la liberté d´entreprendre pour empêcher l´exploitation, tuant peu à peu avec elle tout dynamisme social.
Ce que n´ont pas pu voir les libéraux de leur petit point de vue individualiste, ce qu´ont oublié les socialistes internationalistes de leur point de vue trop élevé, trop abstrait, c´est le troisième terme : la fraternité.
La fraternité, accolée à la liberté et l´égalité pour constituer notre devise, n´est pas là par hasard, juste pour faire joli. Elle est la condition sine qua non à laquelle liberté et égalité peuvent cesser d´être contradictoires. Sorte d´extension sociale de la famille où s´exerceraient les commandements chrétiens : << Aime ton prochain comme toi-même >> , << Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu´il te fît >> , la fraternité réalise la nécessaire communauté humaine où la liberté ne débouche pas inéluctablement sur l´exploitation, l´égalité inéluctablement sur une entrave aux libertés.
Or cette communauté humaine, absolument nécessaire au dépassement de la contradiction des deux termes constitutifs de la démocratie, a été partiellement réalisée sur terre par la République citoyenne. La Nation est historiquement, et en attendant mieux, la plus grande communauté humaine à peu près fraternelle, réalisée par l´adhésion commune à son mythe commun : la Révolution française.
Communauté humaine réalisée par cette sensation transcendante d´appartenir à une communauté authentique, où soit possible la coexistence pacifique de la liberté et de l´égalité, par ce respect fraternel qui est aussi la notion laïque de l´amour chrétion : l´intérêt général.
Un petit miracle historique qui n´a été réalisé ni par l´entreprise, ni par l´internationalisme abstrait, ni par le fédéralisme communautaire, sous le règne desquels liberté et égalité redeviennent fatalement contradictoires.