Onze " enfants réunionnais de la Creuse" assignent l´Etat en justice
AFP 21 mai 2004
Onze personnes vivant dans la Creuse ont assigné l´Etat en justice pour obtenir réparation de la " déportation" dont elles estiment avoir été victimes quand, dans les années 60, elles ont été arrachées de La Réunion, leur île natale, afin de repeupler les campagnes de la métropole, a-t-on appris vendredi auprès de leur avocat.
Ces onze personnes ont engagé " une action en civil contre le Trésor" le 14 mai, selon Me Gilbert Collard. Le Trésor est " l´organe comptable des faits de l´Etat", a-t-il dit.
Aucune plainte, a précisé Me Collard à l´AFP, ne pouvait être déposée notamment à l´encontre de Michel Debré, député de la Réunion pendant 25 ans et ancien Premier ministre, décédé, qui avait largement mis en oeuvre cette politique dite " de migration des pupilles".
Entre 1963 et 1981, selon un rapport de l´Inspection générale des affaires sociales ( Igas), publié en 2002, environ 1.500 enfants et adolescents réunionnais - abandonnés, confiés par leurs parents à la Ddass de la Réunion, pupilles de l´Etat ou encore délinquants - ont été envoyés en métropole, plus particulièrement dans des départements touchés par l´exode rural.
Certains avaient été littéralement arrachés à leurs familles. " Le drame, a insisté Me Collard, c´est que par la suite, ils ont été privés de toute relation avec leurs familles".
Entre 200 et 300 d´entre eux se sont retrouvés au foyer de la Ddass à Guéret ou dans des familles d´agriculteurs creusois.
Parmi les onze personnes qui ont engagé la procédure figure Simon A-Poi, membre de l´Association " les Réunionnais de la Creuse", créée en 2002 dans le but de poursuivre l´Etat.
Simon A-Poi avait été arraché avec ses 17 frères et cousins à sa grand-mère en 1966 alors qu´il avait 12 ans. " Je suis arrivé dans la Creuse le 6 septembre 1966", a-t-il dit lors d´une conversation téléphonique avec l´AFP. " C´est une date qui ne s´oublie pas".
L´assignation de l´Etat intervient alors qu´au début du mois un autre " enfant réunionnais de la Creuse", Roland Payet, âgé de 54 ans, a été retrouvé en Corrèze par sa soeur, après 38 ans de séparation forcée.
Roland Payet, qui avait été envoyé en novembre 1966 dans la Creuse à l´âge de 16 ans, est reparti à la Réunion, où il a été accueilli, le 11 mai, en héros.
Je soutiens cette action. il faut vraiment que les responsables soient condamnés. Comment ont-ils pu oser détruire des familles ? vraiment y´en a qui sont coeur. ![]()
Roland Payet de retour à la Réunion après 38 ans d´exil forcé en Corrèze
Clicanoo.com
Roland Payet est mort deux fois. Une première fois quand ses parents sont décédés et une seconde fois à 17 ans, quand l´État français l´a exilé manu militari en métropole. Arraché à ce qu´il lui restait de sa famille réunionnaise, ses frères et sœurs, il va passer près de quarante ans en Corrèze, sans savoir lire ni écrire, sans savoir ce que devenaient ses proches. Là-bas, pour tenir le coup, il s´est raccroché au billet d´avion de retour que lui promettaient les autorités. Mais de billet, il n´en a jamais vu. Et c´est finalement au terme d´un combat de 38 ans mené par sa sœur, qu´il a pu revenir, mardi dernier, sur sa terre natale, physiquement diminué par des années de travail acharné.
Mars 2002. Un jour comme les autres dans ce village de Corrèze, Tarnac, où vivent 350 personnes. Le printemps tente un timide retour, le bar du coin sert allégrement ses habitués et Roland Payet est tranquillement accoudé à la fenêtre de sa chambre. Il n´attend plus rien, si ce n´est que sa santé s´améliore. Depuis 36 ans qu´il est arrivé dans le département, il n´a cessé de travailler et son corps fatigue. Ce fut d´abord chez une famille d´agriculteurs, avant d´alterner entre un poste de manœuvre sur des chantiers de maçonnerie et celui d´ouvrier dans une usine. C´est dans cet établissement, d´ailleurs, que les quatre doigts de sa main droite seront sectionnés suite à une mauvaise manipulation sur une machine-outil. Un mauvais coup du sort pour Roland, lui qui a déjà deux prothèses en guise de hanches et qui a été victime de deux attaques cérébrales.
Toujours est-il qu´en ce jour de mars 2002, Roland Payet passe une journée banale. Jusqu´à ce que le téléphone du centre d´hébergement où il dort se mette à sonner.
-“Moumousse ( c´est son surnom), téléphone pour toi”, l´interpelle une employée du foyer.
- “Qui c´est ? ”, demande-t-il à son tour.
- “Un appel pour toi”.
Il s´en va répondre. Au bout du fil, c´est sa sœur, Marie-Chantal Payet. Il ne l´a plus revue depuis ce mois d´août 1966, où, échappé de son foyer d´Hell-Bourg, il avait traversé la Réunion pour l´avertir que l´État allait l´envoyer en métropole. Il avait 17 ans. Et près de quarante ans plus tard, il réentend enfin la voix de sa sœur. “Quand j´ai compris que c´était elle au téléphone, je ne savais plus où j´étais”, se rappelle-t-il. Il pourrait même dire qu´il était bouleversé. Car au terme de toutes ces années d´exil forcé, Roland Payet avait fini par ne plus y croire. “Au départ, on m´avait promis un billet d´avion pour revenir à la Réunion. Je l´ai attendu vingt ans, avant de comprendre que je ne l´obtiendrai jamais”, explique-t-il, en mâchant ses mots de façon quasi inaudible.
Du coup, loin des siens, Roland Payet a composé au mieux. Essayant de s´en sortir, sans savoir ni lire ni écrire, essayant de se faire accepter dans un village aux habitudes de vie à dix mille lieues de l´état d´esprit réunionnais. Et mine de rien, Moumousse, “le seul noir du village” comme le précise sa sœur, a gagné son pari. “J´ai fais ma vie. J´ai eu des copains et des copines”, raconte-t-il. C´est sans doute son caractère serviable qui lui a permis de conquérir le cœur des villageois.
Gaëtan, l´autre combat
En plus de Roland, un autre des frères de Marie-Chantal a été déporté en métropole. Il s´agit de Gaëtan. Parti avec Roland en 1966, il a fini par disparaître dans la nature. Personne n´a de ses nouvelles, ne sait où il est ni ce qu´il fait. Marie-Chantal ainsi que son entourage se mobilisent toujours pour le retrouver. Elle est certaine qu´il est en vie. Aujourd´hui, elle lance un appel à toutes les familles qui sont dans sa situation. “Il ne faut pas perdre espoir. Vous devez continuer à vous démener pour retrouver vos proches”.
L´avion de la peur
Toujours prêt à rendre service, Roland a su trouver sa place et résister à des tentations morbides auxquelles d´autres enfants réunionnais ont succombé. “Je suis allé de l´avant. Mais j´en voulais à l´État. Ils m´ont fait du mal ainsi qu´à ceux qui sont partis avec moi”. Le jour de son départ, en effet, c´est un avion un peu spécial qui l´attendait. Pas l´un de ces engins qui vous transportent pour un voyage touristique. Mais un oiseau de fer spécialement affrété pour emporter 150 enfants dans la Creuse.
L´avion de la peur en quelque sorte, l´avion qui n´est pas inscrit sur les horaires de départ des aéroports. C´est ainsi que débarqués au fin fond de la France, ses amis de circonstance n´ont pas tous eu le même destin. “Roland m´a raconté, souffle sa nièce Emmanuelle, que certains se sont suicidés, que d´autres sont morts”. Bref, malgré tous ses efforts pour aménager une vie qui puisse ressembler à quelque chose, Roland n´a pas toujours affronté des événements heureux. Son frère Gaëtan, également déporté dans la Creuse, a par exemple travaillé avec lui durant quelques années, avant de s´évaporer définitivement dans la nature.
Et puis, même s´il pensait à sa famille, si ses racines lui manquaient, il ne pouvait rien faire pour rejoindre la Réunion. Jamais personne ne lui a communiqué l´adresse de ses quatre frères et sœurs restés dans le département. Alors, Roland a avancé comme il le pouvait et a fini par croire qu´il ne reverrait plus jamais les siens, jusqu´à ce fameux coup de fil de mars 2002. Sa sœur, après des dizaines d´années de recherches difficiles, l´avait retrouvé. “J´ai demandé mon émancipation à seize ans pour ne pas être à mon tour envoyée dans la Creuse. À partir de là, j´ai tout fait pour contacter mon frère”, explique Marie-Chantal. Président de la république, ministre, préfet, Dass..., elle sera passée par tous les services administratifs que peut compter la France. Mais très rarement avec succès. “Un jour, je suis allée voir les gendarmes. Ils m´ont répondu que ”si mes frères étaient morts, je serais mise au courant””, lance-t-elle. Rassurant. Finalement, aidée par sa fille, ainsi que par M. Martial, un ancien de la Creuse revenu à la Réunion, et par l´association Ankraké, Marie-Chantal retrouve son frère. Mais le combat n´était pas encore gagné. Durant deux ans, il a fallu réunir les fonds nécessaires pour payer le retour “parce qu´aucun budget, nous a-t-on dit du côté de l´État, n´existe pour ça”, commente avec aigreur Marie-Chantal. Il a aussi fallu soutenir Roland, tombé en dépression depuis ses retrouvailles téléphoniques. Bref, le combat a été long et difficile. Et il n´est pas près de se terminer. Roland doit aujourd´hui se réadapter à un milieu qu´il ne connaît plus. Lui, le Réunionnais de souche, est devenu un étranger dans son quartier de Terre-Sainte, à Saint-Pierre.
Jean-Philippe Lutton
s´il te plait, tou cela a l´air fort interressant, mais c´est edcourageant a lire, les copier coller.
dis nous plutot ce que tu en penses, non , comment tu vois cela ?
sinon l´interet est limite quand meme...
C´est vos impressions qui m’intéressent
parlons de ca. ![]()
Le gouvernement de l´époque ne faisait pas dans la dentelle.
En tout cas, de nos jours, ona plus besoin de faire venir nos antillais pour nous repeupler.... :sarcstic:
Eh y´a un sujet important ici aussi Qu´on arrête avec el FN et la guerre en Irak et préoiccupons nous de nos erreurs internes.
Les antillais comme tu dis habite en France. Donc y´a aucun rapport. Je rappelle que pour ceux qui ne savent pas que l´Ile de la Réunion est un département et une région française.
je suis d´humeur joyeuce ce matin
pour ton histoire: maitre collard se charge de tout. Nous verrons bien le verdict de la Cour ![]()
Je me doute de ton souhait pour ce verdict.
Il est passé ou le " Travail Famille Patrie" hein ?
ce que je comprend pas trop, c´est le chef d´accusation. Déportation, je trouve çà un peu bizarre. Et n´y a t il pas prescription des faits ? En 1966, çà fait... 38 ans... Or pour une action en réparation, je pense que c´est 30 ans après les faits...
Iroquois
une famille a été décomposée pourquoi ? Tu trouves ca normal toi ?
Evidemment ca serait arrivé à un Blanc la tout le monde aurait criée au scandale. Mais non c´est une personne de couleur alors on s´en fout.
La Réunion est un département d´assistés sociaux. Au lieu d´envoyer des enfants en France, on ferait mieux d´inciter les réunionnais à travailler...
Kilyn, tu t´emballes toujours... j´aime çà ![]()
kilyn_
Posté le 22 mai 2004 à 11:04:26
Evidemment ca serait arrivé à un Blanc la tout le monde aurait criée au scandale.
personnelement, non. Mais je ne remet pas en cause que ça a du être dur pour eux.
Alors, on va commencer par rectifier tes propos: ces enfants n´ont pas été arréchés à leur famille. Il s´agissait d´enfants abandonnés, ou bien confiés par leurs parents à la Ddass de la Réunion, ou pupilles de l´Etat, ou encore délinquants...
Perso, je trouve tout à fait justifié leur action en justice. Mais je me demande quelle est exactement la dénomination péale de l´infraction.
lroquois
pfff c´est bien des propos de privilégiés hein Iroquois ? Et celui qui était élevé par sa grand mère hein ?