La différence est que ces enfants l´ont vécus , et que le rapport fait honte à l´Etat
Jean-Jacques Barbey-Martial avait 6 ans
Il y a des images qu’il n’oubliera jamais.” Celles où on jouait au ballon entre les huttes avec une boîte de conserve “. Quand il y repense, Jean-Jacques Barbey-Martial esquisse un sourire nostalgique, presque triste. Et puis il y a les souvenirs qui font mal : une 2 CV camionnette grise, un homme et une femme à l’avant, deux petites valises posées dans la cour.” C’était la première fois que je montais dans une voiture “, raconte-t-il, le visage soudainement éteint.
Le jeune Réunionnais avait 6 ans à l’époque. Aujourd’hui, Jean-Jacques Barbey-Martial est de retour au pays après 37 ans d’exil. Dans sa bouche, l’expression est pesée, réfléchie. Le gouvernement parlait jusqu’à présent de transfert
, explique-t-il. Mais c’est écrit là, noir sur blanc, il s’agit bien d’une déportation.
Dans la petite case de Saint-André, le magazine “VSD” est ouvert au milieu de la table du salon : quelques pages dévoilant plusieurs documents inédits à propos des enfants exilés de la Réunion.“J’avais peur que les archives soient brûlées. Je me sens rassuré maintenant. Les pièces à conviction sont là. Ils ne peuvent plus mentir. C’est eux maintenant qui sont au pied du mur ”.