Un sociologue se lance dans un semblant d´explication...
Plus de 330 véhicules ont été incendiés en France durant la nuit de la Saint-Sylvestre, un phénomène récurrent spécifique à la France et, selon un sociologue français, une " réponse d´exclus contre la société de consommation".
Le chiffre officiel de 333 voitures détruites par le feu " témoigne d´une stabilité des phénomènes de violence urbaine" puisque 324 véhicules avaient été brûlés en 2003, ( 379 en 2002 et 388 en 2001), souligne le ministère de l´Intérieur.
La France est le seul pays d´Europe à connaître un tel phénomène, selon une enquête des bureaux de l´AFP à travers le continent.
Dans la quasi totalité des cas, ces incendies volontaires se sont déroulés dans des quartiers dits " difficiles", comme dans les cités de Sevran, Clichy-sous-Bois, Aulnay et La Courneuve en Seine-Saint-Denis. Ce département figure d´ailleurs en tête des départements d´Ile-de-France avec 75 voitures brûlées ( 47 il y a un an).
Les chiffres recueillis par l´AFP auprès des services de police montrent d´ailleurs une augmentation sensible du nombre des voitures incendiées en Ile-de-france par rapport à l´année précédente avec près de 190 véhicules détruits ( contre 150).
Quant au Bas-Rhin, département traditionnellement fortement touché, il enregistre pratiquement le même chiffre qu´il y a un an. 33 voitures ont été brûlées, dont 29 à Strasbourg et sa banlieue, contre 32 il y a un an.
Dans ce département, ces incendies de véhicules sont généralement associés aux violences urbaines devenues au fil des années une sorte de rituel qui marque cependant le pas depuis l´an 2000 ( 53 voitures brûlées à Strasbourg), notamment en raison des importants déploiements de police dans les quartiers sensibles.
Pour Michel Wieviorka, directeur d´études à l´Ecole des hautes études en sciences sociales ( EHESS), qui a travaillé sur les violences urbaines, ces incendies sont " une réponse d´exclus à la société de consommation".
Ce sociologue relie ce phénomène, apparu en France il y a une quinzaine d´années, à celui des " rodéos" qui consistait pour des jeunes gens à voler des grosses cylindrées pour rouler le plus vite possible avant de les brûler.
" Il y a une rage qui continue d´exister dans ces quartiers de plus en plus ghettoïsés où l´exclusion n´a jamais cessé de grandir", ajoute Michel Wieviorka interrogé samedi par l´AFP,
Il relève que ces " problèmes d´exclusion, déjà repérés depuis 25 ans lors des premiers +étés chauds+, n´ont pas été réglés". Et, ajoute Michel Wieviorka qui a mené avec sept autres sociologues en 1999 une enquête au Havre, à Strasbourg et dans l´agglomération lyonnaise, " cette colère" se manifeste plus particulièrement durant la nuit de la Saint-Sylvestre, temps fort de cette société de consommation.
Et ce même si, note Michel Wieviorka, les voitures détruites sont " souvent celles de ceux qui vivent aussi dans ces quartiers car ce n´est pas à Neuilly que ces voitures sont brûlées".