En europe c'est pas vraiment la BCE seule qui agit mais toutes les banques nationales. On appelle ça l'euro-système.
La FED n'a pas fait vraiment plus objectivement : son action a même été négative, pour plusieurs raisons que je vais expliquer ici vite fait :
1) Le taux d'intérêt :
Tout d'abord, son action sur les taux d'intérêts. Pour un pays maître de sa monnaie, le taux d'intérêt directeur de la Banque Centrale est également le taux payé sur les Bons du Trésor.
Le taux d'intérêt, comme tout le monde le sait, est le taux payé à la fois sur les crédits et sur l'épargne.
L'étude de la réalité nous montre qu'en période de crise, la propension marginale à épargner est sensiblement la même que la propension marginale à consommer.
La condition sine qua non de la réussite d'une baisse de taux d'intérêts est que la propension marginale à consommer soit supérieure à la propension marginale à épargner, c'est à dire que la demande en crédit soit supérieure au désir d'épargne des agents. Cela n'est pas le cas en période de crise : la baisse des taux d'intérêt génère autant de demande par l'octroi de nouveaux crédits qu'elle n'en détruit en laminant l'épargne : c'est un jeu à somme nulle.
Changeant cela, il y a un fait qui passe complètement inaperçu chez la plupart des économistes : le fait que le Trésor reverse des intérêts au secteur privé dans sa globalité via le remboursement de Bons du Trésor. Le Trésor Public, payeur net d'intérêts, est une source non négligeable de revenus pour le secteur privé. Or, le taux d'intérêts directeur d'un État maître de sa monnaie est également celui versé sur les Bons du Trésor, une baisse du taux d' intérêt signifie mécaniquement une baisse des intérêts versés par le Trésor au secteur privé, là encore, une baisse de revenus. Certains néo-chartalistes, dont Warren Mosler, jugent ainsi les taux d'intérêts bas comme étant essentiellement déflationnistes par ce fait.
Certains calculs évaluent le travail de la FED à la moitié, en valeur, du plan de relance d'Obama : la FED a donc détruit la moitié de la demande générée par le plan de relance en gesticulant inutilement.
2) L'Assouplissement Quantitatif
Deuxième bourde colossale de la FED, l'assouplissement quantitatif. Alors là, on rentre dans le dogme mainstream le plus enraciné : celui du multiplicateur monétaire, à savoir que les réserves sont multipliées par l'octroi des crédits, de sorte qu'1 euro en réserve permet de délivrer 5 € en crédit par exemple. Il n'y en a pas, tout simplement parce que les réserves ne sont pas prêtées au secteur privé non financier. Ce fait, démontré plusieurs fois, notamment par Standard's and Poor, a été reconnu très tôt par les néochartalistes par le biais de la passivité du crédit, celle-ci veut notamment que le montant des réserves tout comme l'offre de la monnaie ne sont pas déterminantes dans le nombre de crédits attribués, tout simplement parce que les Banques Centrales ne limitent pas le montant des liquidités qu'elles prêtent au banques : l'offre est potentiellement illimitée. De fait, c'est la demande solvable en crédit qui détermine le montant des crédits attribués dans une économie. Second dogme du mainstream, l'AQ serait de la planche à billets. Tout d'abord ce mot ne fait aucun sens : toute la devise (la monnaie centrale, les billets et pièces par exemples) est générée par de la "planche à billets". Deuxièmement, l'AQ, c'est un swap : il consiste en fait à échanger une chose contre une autre : c'est comme si par exemple, un client avait acheté un CD, et qu'il le rendait 3 mois plus tard au magasin auquel il l'a acheté. C'est exactement le même principe pour l'assouplissement quantitatif : la Banque Centrale (bras de l'État), reprend le bien qu'un autre bras de l'État (le Trésor) a vendu contre la somme qui a été nécessaire pour l'acheter : il n'y a aucune création de monnaie additionnelle dans l'histoire, c'est simplement la remise en circulation de monnaie qui avait été au préalable crystallisée dans l'achat du Bon.
En revanche, les réserves excédentaires sont prêtées entre les banques et servent en cas de crise à solder l'excès de crédits par de la monnaie. Dans un premier temps donc, l'assouplissement quantitatif est justifié pour permettre d'éponger les défauts liés à la crise. Plus le temps dure toutefois, plus l'assouplissement va simplement conduire à financer les activités spéculatives des banques dans le cadre des prêts interbancaires. C'est ce qui se passe aujourd'hui : l'essentiel de la monnaie approvisionnée par le QE est tout simplement jouée sur le plus grand casino du monde, Wall Street.
3) Ce que l'Assouplissement quantitatif nous as appris :
Je passe les détails sur quelques opérations courantes des banques, notamment ce qui est fait de réserves excédentaires et des raisons pour lesquelles les banques souscrivent à des bons du Trésor dès que possible; les réserves excédentaires investies dans des Bons du Trésor, la seule forme d'épargne sûre rémunérée des banques, contrairement à leurs réserves, qui sont un peu leur compte courant (d'où l'analogie du virement que je fais souvent sur l'assouplissement quantitatif). Notamment, la Banque Centrale de Chine, lorsque son gouvernement est à l'équilibre budgétaire, choisit tout simplement de rémunérer les réserves excédentaires des banques au taux directeur, ce qui est l'équivalent de la même chose in fine, mais qui est une condition, je tiens à le souligner, sine qua non de la réussite des objectifs de taux des Banques Centrales (notamment car toute réserve bancaire non investie et non prêtée à d'autres banques conduirait à une chute des taux sur le marché interbancaire). Générer des réserves excédentaires conduit donc mécaniquement les banques à les investir dans des Bons du Trésor émis par l'État.
Faisons un récapitulatif : des banques se voient mis à leur disposition des réserves excédentaires, des liquidités donc, créées de toute pièce par la Banque centrale. Celle-ci servent à acheter des Bons du Trésor; on peut donc dire raisonnablement que la Banque Centrale "imprime" les liquidités qui servent à financer le budget des USA. Comment appelle-t on cela? De la monétisation, tout simplement.
Ce mécanisme, décrié à tort, est rentré par la petite porte dans l'esprit des économistes : la nécessité d'emprunter pour financer son budget n'est finalement pas si nécessaire : il suffit de financer son budget par de la monnaie sortant de sa banque centrale... Friedman aurait crié à l'hyperinflation, comme tous les économistes du mainstream, et ils l'ont fait. mais où est-elle, cette inflation? Nulle part, et pourtant, c'est bien 10% DU PIB AMÉRICAIN qui ont été injectés par la FED. La monétisation a prouvé qu'elle pouvait ne pas être inflationniste, par le simple fait que la création monétaire, qui passe aujourd'hui par le canal du crédit, n'atteint pas toujours le secteur privé non-financier, d'une part parce que les réserves ne sont pas prêtées, d'autre part parce que le montant des crédits est déterminé par la demande en crédits...
Pour résumer, la FED a bien montré l'impuissance de la politique monétaire à générer de l'activité, à relancer l'économie et nous a montrés aussi que la monétisation n'était pas toujours inflationniste.
Quant à la BCE, on peut résumer son action ainsi : too little, too late, too stupid.
Juste une petite question : tu fais des études de quoi exactement kotaro ? ![]()
Je suis à Sciences Po, et là je m'oriente vers un de leur master d'urbanisme ![]()
Paris ? ![]()
ouip ![]()
Ah ok, en tout cas je t'admire pour tes connaissances en éco. ![]()
Franchement, j'avais pas ses connaissances là en économie il y a quelques mois.
Il y a eu un topic il y a quelques mois sur les écoles d'économies hétérodoxes, c'est comme ça que j'ai découvert le néochartalisme. On m'a vite fait découvrir le blog frappermonnaie, sur wordpress. Et celui-là, je peux vous dire que je l'ai saigné, et je conseille à tout le monde de saigner au moins l'article "les bases", qui est juste incroyable : facile d'accès, logique, bien articulé.
Ça a été comme la révolution copernicienne pour moi, tout ce que j'avais appris jusque là, y compris à Pipo se faisait détruire avec une facilité déconcertante, par la logique et les faits. Vraiment, Jean Baptiste Bersac m'a ouvert les yeux. Après frappermonnaie, qui est vraiment je le répète, excellent, on passe rapidement sur mosleronomics (notamment son article 7 deadly innocent frauds of economic policy, qui est lui aussi superbe, mais en anglais), puis neweconomicperspectives, le site du Levy Institute of Bard college pour des aspects un peu plus techniques, après on bascule sur des débats, des conférences et des explications de la MMT sur youtube... Ces derniers mois ont vraiment été exceptionnels pour ma culture économique : je ne me suis jamais autant informé, je n'ai jamais autant débattu, commenté et réfléchi sur l'économie que depuis que je connais le néochartalisme.
http://frappermonnaie.wordpress.com/les-bases/
Je poste au passage le lien vers "les bases" sur frapper monnaie, si ça vous intéresse, et si vous avez des questions, N'HÉSITEZ PAS à me les faire parvenir par MP (à défaut de commenter su l'article), je réponds toujours! ![]()
Merci pour les références et lien ( et aussi pour avoir pris le temps de développer. ). ![]()
De rien ![]()
Néanmoins ça ne m'apporte pas de réponses au sujet de l'amassement d'or par les E-U. ![]()
Serait-il plus difficile d’appliquer votre néochartalisme dans l’Eurosystème/BCE qu’avec la Fed' ?
Oui, ça requerrait une Union complète, la disparition de la souveraineté budgétaire des États, réduits au rang d'États des USA, la création d'un budget européen taxant et dépensant en euros, avec une construction contra-cyclique (ce qui comprend la protection sociale etc...), suffisamment grand pour avoir un impact sur l'économie européenne, la modification des statuts de la BCE etc etc... Aux USA, tout est déjà là, quelques corrections mineures comme l'abolition du plafond de la dette, un casse-tête politique sans aucun fondement économique, qui ne sert à rien dans le fonctionnement actuel du dollar, et l'augmentation de la contra-cyclicité du budget américain seraient bien.
Par pragmatisme, vu l'infaisabilité d'une union complète en Euroland, une sortie de l'euro semble beaucoup plus réaliste
J'ai plusieurs topics dans les cartons, je pense faire un topic sur le rôle des taux d'intérêts, notamment le point de vue de Warren Mosler sur les taux d'intérêts bas déflationnistes, je pense qu'il y a pas mal de potentiel là dedans, j'en avais promis un autre sur la façon des structurer un programme d'emploi en dernier ressort
il va falloir hierarchiser, qu'aimeriez-vous voir en premier Grimrold?
Taux d'intérêts ![]()
J'y travaillerais ce week end ![]()