03 mars 2003
Le code antidopage à l´examen final
Un millier de délégués, venus des milieux sportifs et politiques, vont plancher ces lundi, mardi et mercredi, à Copenhague, sur le texte d´un code mondial antidopage. Le but de cette délicate entreprise : promouvoir, coordonner et harmoniser - enfin - la lutte contre l´un des principaux fléaux du sport moderne. En faire, aussi, un véritable document de référence.
Cette réunion est la suite logique du premier congrès convoqué en 1999 à Lausanne par le CIO, quelques mois après le scandale du Tour de France 98, congrès qui avait débouché sur la création de l´Agence mondiale antidopage ( AMA), sorte d´ONU du sport, organe indépendant financé par les gouvernements, les fédérations et, surtout, le CIO, et chargé d´établir et de faire appliquer un règlement planétaire de lutte contre le dopage. But de cette véritable prise de conscience : redonner une crédibilité au sport moderne, qui risquait, par perte d´éthique, de courir au « krach ». Selon les recommandations du CIO, il fallait être prêt pour le printemps 2004, de manière à ce que le code puisse être d´application lors des Jeux olympiques d´Athènes.
Ce document d´une cinquantaine de pages, maintes fois amendé, rédigé avec le concours de scientifiques, d´athlètes, de dirigeants et de juristes, est enfin prêt. Dire qu´il fait l´unanimité serait exagéré. Plusieurs fédérations, dont la plus virulente est sans doute l´Union cycliste internationale ( UCI), ont déjà annoncé qu´elles ne le signeraient pas. Le principal reproche qui lui est formulé est sa permissivité par rapport aux athlètes évoluant dans les ligues professionnelles nord-américaines de basket ( NBA) de hockey sur glace(NHL) ou de base-ball ( MLB). Ces ligues, qui relèvent presque plus du show-biz que du sport, ne dépendent, en effet, d´aucune fédération ou d´un pouvoir public, ce qui empêche toute mesure de rétorsion en cas de contrôle positif d´un athlète, même dans une compétition comme les JO. Elles ne pourront être qu´« invitées » à adhérer au code.
Tout récemment réunis à Bruxelles, les ministres des Sports de l´Union européenne ont rappelé qu´aucun pays ou championnat ne pourrait se soustraire au code de l´AMA. Il n´y a pas deux sortes d´athlètes, a précisé Viviane Reding, la commissaire à l´Education et à la Culture chargée du Sport.
Nous devons avoir une discussion très claire avec nos amis américains et leur dire qu´ils doivent eux aussi appliquer les règles, a lancé, de son côté, le ministre allemand des Sports, Otto Schilly.
Le CIO, qui a reconnu, par la voix de Jacques Rogge, que cette partie du code était trop conciliante avec les ligues professionnelles ( nord-américaines), entend bien obtenir des gouvernements américain et canadien qu´ils légifèrent pour contraindre ces ligues à se fondre dans le mouvement sportif mondial, mais ce ne sera pas simple.
C´est injuste, a reconnu le Canadien Dick Pound, président de l´AMA, mais comme peuvent l´être les contrôles de vitesse sur la route. Parfois, vous vous faites prendre et vous vous considérez victime d´une injustice parce que le conducteur que vous suiviez n´a, lui, pas été arrêté...
Autre pierre d´achoppement, les sanctions et suspensions que certains estiment trop lourdes lors d´infractions graves pour des « travailleurs » que l´on risque de priver parfois de leur gagne-pain pendant deux ans alors que leur carrière s´étend rarement sur plus de 15 saisons. Des fédérations comme l´UCI ( encore ! ) ou la Fifa soulignent une certaine injustice par rapport à d´autres sports que l´on peut pratiquer ( beaucoup) plus longtemps, comme le tir ou l´équitation. Et elles rappellent qu´elles pourraient se retrouver ruinées par certains tribunaux du travail si ceux-ci étaient saisis et estimaient qu´il y a effectivement une disproportion entre la sanction et la faute commise.
L´AMA estime, au contraire, que ces sanctions lourdes sont dissuasives et qu´elles doivent rester égales pour tous. Une échelle de sanctions en fonction des disciplines sportives équivaudrait, selon elle, à faire preuve de laxisme et d´injustice.
On n´a sans doute pas fini de polémiquer et de négocier dans la ville de la Petite Sirène... ( avec AFP.)·