Cela fait bien longtemps que les amateurs de culture du monde entier déplorent le puritanisme américain. Stéréotypé, pudibond, à tendances frigides et nationalistes, apôtre du politiquement correct, le système de censure du " pays des droits de l´homme" a déjà fait de nombreux ravages portant atteinte à la liberté d´expression artistique.
Les Américains s´attaquant à tous les arts, il était logique qu´après avoir anéanti la littérature à grands coups de procès, les comics tendancieux avec un code de morale étriqué et profondément ridicule, le cinéma par une hypocrisie hors du commun et la peinture par moult lobbys, ils prennent pour cible le jeu vidéo dès que celui-ci commença à revendiquer une certaine qualité de texte et de graphisme. L´intégrité artistique d´un art naissant fut ainsi mise en péril.
" Final Fantasy VI" est un excellent exemple de ce que le système de censure des Etats-Unis d´Amérique est capable d´infliger à une oeuvre relativement inoffensive et profondément humaine. Bien entendu, les Européens disposant de la traduction américaine subirent également ces ridicules outrages. Voici quelques points sur lesquels la censure a exercé ses foudres :
- Le jeu fut renommé " Final Fantasy III" ( seuls " Final Fantasy" et " Final Fantasy IV" étaient sortis auparavant en Amérique) et la police de caractères remaniée dans l´écran-titre.
- La jaquette américaine fut retravaillée pour obtenir un visuel plus sophistiqué et davantage agressif.
- Le scénario fut quelque peu simplifié par une traduction infantile.
- La violence de certains concepts véhiculés par les dialogues fut atténuée.
- Le corps de la Déesse " Goddess", que l´on affronte dans la Tour de Kefka, fut recouvert de davantage de voiles. La nudité, c´est MAL !
- Erreur de traduction majeure : les Trois Dieux de la Destruction devinrent des " Godess", c´est-à-dire des Déesses. Ils auraient dû vérifier que deux des trois déités, Doom et Poltergeist, étaient de sexe masculin...
- Le Porno Book que l´on peut trouver dans le coffre fermé à clé de Cyan, dans la montagne où on le déniche dans le Monde des Ruines, parmi divers ouvrages de mécanique, a été supprimé.
- Le langage des personnages a été châtié, en particulier les " P*utain ! " de Locke Cole.
- Plus grande victime de la traduction, Kefka Palazzo vit ses dialogues corrigés pour en extraire les montagnes de grossièretés qu´il débitait dans la version japonaise. A l´origine, il était bien plus vulgaire, traitant à tout bout de champ Terra de " p*ute", les Dieux de la Destruction de " p*étasses débiles" et accumulant les " B*ordel de m*erde". En version américaine, ses jurons furent remplacés par des phrases ridicules du type " I HATE YOU ! " ou encore des jurons folkloriques tels que " Son of a submariner" ( "fils de p*ute" en japonais, quel " subtil" changement).