Chapitre III : L’entrée du cauchemar :
J’allais mourir… Telle était la pensée qui occupait actuellement mon esprit, submergeant toutes les autres. Le froid, la fatigue, le découragement, je ne ressentais plus rien de tout cela. Mais ce que j’éprouvais en ce moment même était bien pire. Je regardais la porte close et immobile se trouvant sous mes yeux d’un air las. La neige continuait de tomber, me recouvrant petit à petit. Alors que mes paupières tombaient d’elles-mêmes, une pensée me traversa l’esprit. Une pensée indescriptible, qui regroupait tous les éléments de ma vie jusqu’à ce point. D’un coup, je me sentis revivre. Je relevais la tête et tentais de m’extirper de l’entité blanche. Non, je ne pouvais pas mourir. Pas moi, VGM, avec mes principes à la con et ma vantardise à deux balles. Non, je ne pouvais pas mourir. Avec la rage du désespoir, je me dégageais de l’étreinte mortelle de la neige pour me diriger vers la porte. Mon dernier espoir résidait à l’ouvrir, puis à la franchir. Je tentais de nouveau l’escalade, mais mes doigts dérapèrent contre la paroi gelée. Je me lançais de nouveau à l’assaut. Comme si le gel n’était pas un obstacle suffisant, les énormes flocons me repoussaient inexorablement vers le bas. Grillant mes dernières ressources d’énergie, je plantais mes ongles dans la pierre, puis me hissais de toute la force de mes bras le long des corniches. Dans un dernier élan, je m’élevais au niveau de l’interrupteur, l’enfonçais d’un féroce coup de poing puis lâchais prise. La chute ne fut pas douloureuse. Du moins, je ne sentis rien. Je m’extirpais du manteau neigeux à moitié inconscient, puis me jetais sur le sol dur de la caverne. Je sentis une vague douleur au niveau de ma colonne vertébrale, puis tout devint noir…
Une silhouette floue se dessinait devant mes yeux. Son sourire angélique, mélange de crainte et de soulagement, provoqua en moi une bouffée d’énergie. La brume qui occultait mes yeux se leva et je pus enfin voir clair. Néanmoins, je ne savais toujours pas où je me trouvais. D’ailleurs, je ne savais même pas qui j’étais. Bizarrement, je ne sentais aucun membre de mon corps. Je voyais les lèvres de la jeune femme s’agiter, mais je n’entendais aucun son. Soudain, l’ange sortit de mon champ de vision pour laisser la place à quelque chose de bien moins ragoûtant. Cette chose devait être un homme. Mais mon esprit embrouillé n’eût pas le temps d’y réfléchir. Je sentis ma tête être ballottée dans tous les sens, puis un liquide frais vint inonder mon visage. Alors seulement, tout me revint en mémoire. Les vacances, le Pérou, Lima, le guide, la tempête de neige, la porte… D’un coup, je sentis de nouveau mes bras et mes jambes. Mes oreilles captaient de nouveau du son. Mais mon cerveau avait apparemment du mal à analyser toutes ces nouvelles données. Je n’entendais qu’un brouhaha incessant et irritant. Je me redressais et regardais mes compagnons d’un air vague. Oui, car c’était mes compagnons qui m’entouraient. Et la personne que j’avais prise pour un ange n’était autre qu’Elli. Au bout de quelques minutes, je réussis enfin à décrypter les sons qui tourbillonnaient autour de moi.
-Julien, ça va ? me lança Gaëtan.
-Lorsque tu es rentré, tu as heurté le sol si violemment que ta tête a fait une embardée contre le mur, repris Linoa. Tu as de la chance d’être encore en vie.
Je voulus leur répondre, mais rien ne sortit de ma bouche.
-Merde, son cerveau a été bousillé, se lamenta Jojo. Nous sommes foutus. S’il connaissait l’interrupteur caché, c’est qu’il devait connaître la région.
-Mais non, espèce de crétin, lui répondit Busard. Il n’était jamais venu ici avant aujourd’hui.
Je regardais toujours les autres d’un air de dégénéré. J’avais repris toutes mes facultés mentales, mais mon corps, lui, ne suivait plus. Je réussis néanmoins à me lever. Je pris quelques secondes pour respirer, puis me dirigeait d’un pas incertain vers les entrailles de la caverne.
-Mais où est-ce qu’il va, ce con ? ragea Alphonse, dont les nerfs étaient à vif.
-Ce con, comme tu le dit si bien, susurra Busard, sait très bien ce qu’il fait. Si vous voulez attendre que quelqu’un vienne vous ouvrir la porte, c’est votre problème. Je ne prendrais pas ce risque.
Je ne me retournais pas, mais je pus comprendre que mes compagnons étaient tous d’accord avec Busard, bien qu’ils eussent du mal à se l’avouer eux-mêmes.
Malheureusement, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Ma terrible théorie s’était jusqu’à présent révélée vraie. Si elle continuait dans ce sens, alors un pas de plus pouvait signer mon arrêt de mort. Mes pieds s’arrêtèrent d’eux-mêmes. Je tournais lentement la tête. Le reste du groupe avait également stoppé sa marche. Je regardais Busard d’un regard perçant, visible même dans l’obscurité qui nous entourait, puis je levais doucement ma main jusqu’à mes abdos, puis jusqu’à ma tête, avant de la redescendre au niveau des abdos. Je vis mon interlocuteur acquiescer d’un air grave. Il m’avait compris. Je voulus m’accroupir convenablement, mais je ne maîtrisais pas encore très bien mes mouvements, et je m’affalais sur le sol de pierre. Néanmoins, je finis par reprendre le contrôle de mon corps, et me mis à avancer en rampant.
-Faites comme VGM ! cria Busard. Sinon, vous ne verrez plus jamais le jour se lever.
-Et pourquoi ? cria Alexey. Je ne te fais pas plus confiance à toi qu’à ce dégénéré mental. Vous êtes tous fou ! Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? Dites-le nous au lieu de vous faire des gestes dénués de sens !
-Si tu tiens à vivre encore un peu, fais ce que je te dis, répondit Busard d’un ton autoritaire.
Mais Alexey ne l’entendait pas ainsi. Et pour montrer qu’il ne se soumettrait pas, il avança d’un pas déterminé vers le piège mortel.
« Mais quel con », pensais-je intérieurement.
Busard, quant à lui, regardait le jeune homme se tailler un chemin vers sa propre mort sans rien dire, attendant l’inéluctable. Je ne pouvais laisser faire ça ! Alors qu’il passait à ma hauteur, je me relevais, l’attrapait, et le plaquait contre le mur. Dans mon élan, je réussis à crier quelque chose qui ressemblait à « Non, ne fais pas ça ! ».
-Ôte-toi de mon chemin VGM, ou je te réduis en charpie.
En temps normal, j’étais sûr de pouvoir le maîtriser. Mais sachant que je n’étais pas dans mon état normal, je doutais ma force. Voyant que je ne bougeais pas, il me balança un violent coup de coude dans les hanches, me faisant tressaillir. Il m’avait fait mal, terriblement mal. Et ça, je ne pouvais le tolérer. Je lui assénais un énorme uppercut avant de l’enchaîner en le criblant de coups. Je ne me reconnaissais pas. Ma fureur était telle qu’il me semblait que j’aurais pu affronter une armée entière. J’entendais des voix crier et protester derrière nous, mais je n’en avais cure. Finalement, Alexey, finit par échapper à ma mortelle étreinte et me tourna le dos avant de s’enfuir, mort de terreur. Il s’était enfui dans le mauvais sens… Mais ceci, je ne le sus que lorsque j’entendis le mécanisme grincer et le piège se déclencher. Une seconde plus tard, un cri déchira l’obscurité. L’inéluctable était arrivé. En voulant protéger Alexey, je l’avais tué. La première victime… Mon instinct me soufflait qu’il y en aurait encore beaucoup d’autres…